22.10.2026, 06:43

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Loup : fonction écologique et réalité politique

Le loup n'est pas un animal à problèmes, mais un architecte des écosystèmes. En tant que prédateur au sommet de la chaîne alimentaire, il régule les populations d'ongulés, modifie le comportement de ses proies et déclenche des réactions en chaîne écologiques qui vont de la régénération forestière à la végétation riveraine, jusqu'à la diversité des espèces de milieux entiers. Ces liens sont documentés scientifiquement, reconnus au niveau international et, en Suisse, politiquement largement sans importance. Car la politique suisse en matière de loup ne s'oriente pas sur l'écologie, mais sur les intérêts d'un lobby de la chasse de loisir qui voit dans le loup avant tout une chose : un concurrent.

Ce dossier rassemble la recherche écologique sur le loup, des cascades trophiques à l'écologie des carcasses en passant par la régénération forestière, et la confronte à la réalité politique en Suisse. Il montre pourquoi le retour du loup est un gain pour la biodiversité et pourquoi la politique de tir ne repose pas sur la science, mais sur une gestion de la peur et sur des conflits d'intérêts. Toutes les preuves sont présentées de manière à pouvoir être utilisées dans des interventions politiques, des entretiens avec les médias et des débats publics.

Ce qui vous attend ici

  • Cascades trophiques : Comment le loup, en tant que prédateur au sommet de la chaîne alimentaire, façonne des écosystèmes entiers de haut en bas. Yellowstone comme référence, recherche européenne et question de ce que cela signifie pour la Suisse.
  • Prédation sélective : Pourquoi le loup renforce la condition physique des populations de proies en capturant de préférence les individus malades, âgés et faibles, et en quoi cela diffère de la chasse de loisir.
  • Écologie des carcasses : Comment les proies du loup créent une base alimentaire pour les charognards, les insectes, les champignons et les plantes, et élargissent le réseau trophique.
  • Régénération forestière et réduction de l'abroutissement : Pourquoi le loup est plus pertinent pour la forêt protectrice suisse que n'importe quel régime de tir, et ce que montre la recherche sur le paysage de la peur (Landscape of Fear).
  • Autorégulation : Pourquoi les loups régulent eux-mêmes leur densité de population par le comportement territorial, la structure de la meute et l'offre alimentaire, et pourquoi les « valeurs cibles » fixées politiquement n'ont aucune base écologique.
  • Méfiance envers l'humain : Ce que dit la recherche sur le comportement des loups envers les humains et pourquoi le risque est statistiquement négligeable.
  • La réalité politique en Suisse : Comment la fonction écologique du loup est systématiquement occultée dans le débat politique et quels intérêts se cachent derrière.
  • Les récits de concurrence de la chasse de loisir : Pourquoi les chasseurs de loisir perçoivent le loup comme une menace et comment ce récit fausse la politique de la faune sauvage.
  • Ce qui devrait changer : 6 revendications pour une politique de la faune sauvage qui prenne au sérieux les données écologiques.
  • Argumentaire : Réponses aux objections les plus fréquentes concernant le rôle écologique du loup.
  • Liens rapides: Toutes les contributions, études et dossiers pertinents.

Cascades trophiques : le loup, architecte de l'écosystème

Les cascades trophiques décrivent un processus écologique dans lequel les changements au sommet de la chaîne alimentaire se répercutent sur tous les niveaux inférieurs. Le loup en est l'exemple le plus connu de cet effet descendant : en tant que prédateur au sommet de la chaîne, il n'influence pas seulement la taille des populations de ses proies, mais aussi leur comportement, ce qui se répercute en cascade sur la végétation, les sols, les cours d'eau et d'autres espèces animales.

L'exemple le plus emblématique est celui du parc national de Yellowstone. Après l'extermination du dernier loup en 1926, les populations de wapitis ont explosé de manière incontrôlée, entraînant un abroutissement massif et la destruction de la végétation riveraine. Après la réintroduction de 31 loups en 1995 et 1996, les chercheurs menés par William J. Ripple (Oregon State University) ont documenté un rétablissement remarquable : saules, trembles, aulnes et arbustes à baies ont repoussé, l'ombrage des berges a augmenté, la faune aquatique s'est rétablie, l'érosion a reculé et même la morphologie de la rivière s'est modifiée. L'étude comparative de Ripple (Global Ecology and Conservation, 2025) montre que le volume de la couronne des saules a augmenté d'environ 1 500 pour cent en 20 ans, et que l'intensité de cette cascade dépasse celle de 82 pour cent des cascades trophiques quantifiées à l'échelle mondiale.

La recherche n'est pas pour autant sans nuances : des écologues comme Arthur Middleton et Oswald Schmitz soulignent que toutes les zones de Yellowstone ne montrent pas la même régénération et que des facteurs tels que le changement climatique, la densité d'ours et les dégâts historiques causés aux sols brouillent les effets. David Mech, l'un des plus grands spécialistes mondiaux du loup, met en garde contre une « canonisation » du loup comme unique sauveur de l'écosystème. Cette nuance est importante : les cascades trophiques sont réelles et avérées, mais leur intensité varie selon l'écosystème, et aucun prédateur isolé ne peut effacer des décennies de destruction du paysage par l'être humain.

Pour la Suisse, cela signifie que le retour du loup a le potentiel de réduire la pression d'abroutissement sur la forêt, de favoriser la régénération forestière et de renforcer la biodiversité dans les écosystèmes de montagne. Ce potentiel ne se réalisera toutefois que si le loup n'est pas décimé de manière systématique avant de pouvoir exercer son effet écologique.

Pour en savoir plus : Chasse et biodiversité : la chasse protège-t-elle vraiment la nature ? et Le paysage culturel comme mythe

Prédation sélective : pourquoi le loup renforce les populations de proies

L'une des caractéristiques les mieux documentées de la prédation par le loup est sa sélectivité. Les loups « testent » leurs proies en les poursuivant brièvement et en observant leur réaction. La vitesse de fuite, la condition physique et le comportement indiquent à la meute si un individu est en bonne santé ou affaibli. Résultat : les loups capturent de manière disproportionnée des animaux jeunes, vieux, malades et affaiblis.

Ce mécanisme sélectif a des conséquences considérables. À court terme, la condition physique moyenne de la population de proies augmente, car les individus les moins viables sont éliminés. À long terme, la sélection naturelle opère : les animaux qui échappent à la prédation du loup transmettent à leur progéniture leur capacité de fuite, leur vigilance et leur condition physique.

La chasse de loisir fonctionne à l'inverse. Les chasseurs de loisir ne choisissent pas les individus les plus faibles, mais les plus visibles, les plus grands et souvent les plus précieux sur le plan génétique : le cerf imposant au grand bois, le chamois sur son promontoire rocheux, le chevreuil mâle dans la force de l'âge. Des études telles que celle de Darimont et al. (2015, Science) montrent que la « prédation » humaine décime en moyenne bien plus fortement les populations de proies que les prédateurs naturels, en éliminant de surcroît sélectivement les individus les plus robustes. Le résultat est un renversement évolutif : au lieu de favoriser la condition physique, la chasse de loisir sélectionne la discrétion et la petite taille.

En Suisse, cette différence est particulièrement importante : dans les cantons pratiquant la haute chasse et orientés vers les trophées, ce sont systématiquement les individus génétiquement les plus précieux qui sont abattus. Le loup ferait exactement le contraire. Si le lobby de la chasse de loisir refuse de reconnaître cette fonction écologique, la raison est toute simple : un loup qui s'attaque aux animaux faibles entre directement en concurrence avec les chasseurs de loisir, qui revendiquent les animaux forts.

Pour en savoir plus : La haute chasse en Suisse : rituel traditionnel, zone de violence et test de stress pour les animaux sauvages et Mythes de la chasse : 12 affirmations à examiner d'un œil critique

Écologie des cadavres : comment les proies du loup élargissent le réseau trophique

Les loups mangent rarement leur proie entièrement. Les restes, os, viscères, peau et lambeaux de viande, deviennent la source de nourriture d'une multitude d'autres espèces. L'écologie des cadavres est un domaine de recherche à part entière, qui montre à quel point les effets d'une seule proie tuée par un loup peuvent être profonds pour l'écosystème environnant.

À Yellowstone, des chercheurs ont documenté que les proies des loups sont régulièrement exploitées par des charognards tels que les grands corbeaux, les pygargues à tête blanche, les pies, les coyotes et même les grizzlis. Les populations de corbeaux, à elles seules, ont profité de manière significative de la réintroduction des loups. Mais la cascade ne s'arrête pas là : des insectes colonisent les cadavres, des bactéries et des champignons décomposent la matière organique, et les nutriments libérés enrichissent le sol et favorisent la croissance des plantes dans les environs immédiats.

En Suisse, cette fonction est particulièrement importante pour les écosystèmes alpins, où les charognes sont naturellement rares. Depuis l'extermination des prédateurs au XIXe siècle, les communautés de charognards alpins, aigle royal, gypaète barbu, grand corbeau, renard roux, manquent d'une source de nourriture régulière en dehors des déchets humains. Le loup ramène cette source de nourriture. Il ne s'agit pas d'un effet secondaire, mais d'une fonction écologique qui renforce directement la biodiversité.

À titre de comparaison : un animal abattu par des chasseurs de loisir est évacué, éviscéré et valorisé. Toute la biomasse est soustraite à l'écosystème. Un animal tué par un loup reste sur place et alimente le réseau trophique local. La différence écologique entre la chasse de loisir et la prédation du loup est donc fondamentale à ce niveau aussi.

Pour en savoir plus : Chasse et maladies de la faune sauvage et Corridors fauniques et mise en réseau des habitats

Régénération forestière, abroutissement et paysage de la peur

En Suisse, la régénération forestière est un sujet politique central. En particulier dans les forêts protectrices, qui protègent les localités, les routes et les voies ferrées contre les avalanches, les chutes de pierres et les laves torrentielles, l'abroutissement excessif par les ongulés pose depuis des décennies de graves problèmes : les jeunes arbres sont broutés avant d'avoir pu grandir, et la régénération naturelle de la forêt ne se fait pas. Les coûts du reboisement artificiel et des protections contre l'abroutissement se chiffrent chaque année en millions.

La recherche sur le « Landscape of Fear » (paysage de la peur) montre pourquoi le loup peut apporter une contribution décisive à la résolution de ce problème. En présence de loups, les cerfs, les chevreuils et les chamois modifient leur comportement d'utilisation de l'espace : ils évitent les zones où le risque de prédation est élevé (végétation dense, cours d'eau, pentes raides) et restent moins longtemps sur chaque site d'alimentation. Cet effet, la « peur écologique », réduit la pression d'abroutissement sans qu'un seul animal ait à être tué.

Des études menées à Yellowstone, dans les Carpates polonaises et au Parc national suisse montrent que cet effet comportemental est souvent plus fort que le simple effet sur la population : même lorsque le nombre total de cerfs reste constant, la pression d'abroutissement diminue, car les animaux se répartissent différemment et se nourrissent moins intensément aux mêmes endroits.

Pour la politique suisse des forêts protectrices, ce serait un changement de paradigme : au lieu de tirer chaque année quelque 13’600 cerfs élaphes et 42’500 chevreuils (statistique fédérale de la chasse 2025) tout en ayant malgré tout des problèmes d'abroutissement, la présence de meutes de loups dans les périmètres de forêts protectrices pourrait réduire la pression d'abroutissement, sans deniers publics et sans violence de loisir. Si ce lien est presque absent du débat politique, ce n'est pas faute de preuves, mais faute de volonté d'en tirer les conséquences : si le loup protège mieux la forêt que la chasse de loisir, celle-ci perd sa dernière légitimation écologique.

Pour en savoir plus : La chasse spéciale aux Grisons et Alternatives à la chasse de loisir

Autorégulation : pourquoi les loups n'ont pas besoin d'objectifs politiques

Les loups régulent leur densité de population grâce à un système complexe fait de comportement territorial, de structure de meute et d'adaptation de la reproduction. Une meute de loups occupe un territoire de 100 à 300 kilomètres carrés, qu'elle défend contre les autres meutes. Au sein de la meute, seul le couple alpha se reproduit en règle générale ; les autres membres aident à élever les petits ou partent fonder leur propre territoire.

Lorsque le territoire disponible et l'offre alimentaire sont épuisés, la croissance de la population stagne : les jeunes loups ne trouvent plus de territoires libres, le taux de reproduction diminue, la mortalité naturelle (combats pour les territoires, maladies, trafic routier, manque de nourriture) compense le taux de natalité. Ce mécanisme est documenté chez les loups dans le monde entier et fonctionne sans intervention humaine.

En Suisse, la fondation KORA a recensé 350 loups répartis en 43 meutes en 2025. L'«objectif» fixé politiquement en Valais (réduction de 11 à 3 meutes, Darbellay) n'a aucune base écologique. Il ne relève pas de la gestion de la faune, mais d'une politique d'acceptation à l'égard du lobby de la chasse de loisir et du lobby agricole. Le loup s'autorégule lorsqu'on le laisse faire. Ce qu'il ne régule pas, ce sont les peurs politiques et les intérêts économiques, mais pour cela il existe la protection des troupeaux, pas le tir.

La révision de la JSG adoptée par le Parlement en décembre 2022 permet depuis décembre 2023 la «régulation proactive» des meutes, notamment l'abattage jusqu'à deux tiers des jeunes loups, ce que l'on appelle la régulation de base. La révision précédente avait été rejetée par le peuple le 27 septembre 2020. Sur le plan écologique, c'est contre-productif : retirer des jeunes loups déstabilise la structure de la meute, entraîne la dissolution des groupes familiaux et augmente la probabilité que les individus survivants se dispersent et provoquent des conflits dans de nouvelles zones. La Suède en a fait l'expérience et a mis fin à la chasse sous licence du loup à la suite de décisions de justice en 2026.

Pour en savoir plus : Le loup en Suisse : faits, politique et limites de la chasse et Bilan valaisan sur le loup : les chiffres d'un massacre

Crainte de l'humain : ce que montre réellement la recherche

Au cours des 50 dernières années, aucune attaque mortelle de loup contre un être humain n'a été enregistrée en Europe occidentale. Le risque d'être tué par un chien, une vache, un cheval ou la foudre est nettement plus élevé. Les études sur la crainte de l'humain chez le loup montrent que les loups ont une réaction d'évitement profondément ancrée à l'égard des humains.

Des études comportementales documentent que les loups réagissent aux enregistrements sonores de voix humaines par des réactions de fuite plus marquées qu'aux aboiements de chiens. Les données de télémétrie montrent que les loups évitent systématiquement les zones habitées et les chemins très fréquentés, en particulier de jour. Le loup de recherche «Andrea» en Carinthie (collier GPS, Université d'Udine, projet d'une valeur de 250’000 euros, documenté dès février 2026) fournit d'autres données sur l'utilisation de l'espace dans des paysages façonnés par l'humain.

Le récit politique du «loup à problème» qui s'approche des humains et menace les localités est en contradiction avec ces données. Ce qui est classé comme «comportement inhabituel» correspond en règle générale à la simple présence d'un loup dans un territoire également utilisé par les humains. Dans un paysage culturel densément peuplé comme la Suisse, les observations sont inévitables, et inévitable ne signifie pas dangereux.

Le Concept Loup Suisse de 2008 définissait des seuils de dommages (25 animaux tués par mois ou 35 animaux tués sur quatre mois) à partir desquels des tirs pouvaient être autorisés. Aujourd'hui, l'ordonnance sur la chasse fixe le seuil pour un loup isolé à six moutons ou chèvres tués en l'espace de quatre mois (art. 9b OChP). Ces seuils concernent les dommages aux animaux de rente, et non un danger pour les humains. L'amalgame entre protection des animaux de rente et protection des personnes dans la rhétorique politique est une stratégie délibérée de gestion de la peur.

Pour en savoir plus : Protection des troupeaux en Suisse et Médias et thématiques de chasse

Réalité politique contre preuves écologiques

La politique suisse du loup ne repose pas sur l'écologie, mais sur un compromis politique entre le lobby agricole, les associations de chasse de loisir et une administration qui accorde plus de poids à l'évitement des conflits qu'aux preuves scientifiques. La fonction écologique du loup, cascades trophiques, réduction de l'abroutissement, écologie des cadavres, renforcement des populations, n'apparaît dans aucun message du Conseil fédéral, aucune consultation de ChasseSuisse ni aucune décision cantonale de tir.

En Valais, 27 loups ont été tués entre juin 2025 et janvier 2026, les meutes du Chablais, de la Salentin et du Simplon ont été entièrement éliminées, et 7 jeunes loups ont été abattus dans le cadre de la régulation de base. 13’390 heures de travail et, selon les estimations, 0,8 à 1 million de francs ont été consacrés en 2025 à la gestion et à la régulation du loup (bilan valaisan du loup). Dans le même temps, pas un seul franc n'a été investi dans l'étude des effets écologiques du loup sur la forêt protectrice valaisanne. Le canton des Grisons a abattu 35 loups durant la période 2025/26. À l'échelle nationale, selon l'OFEV, 92 loups ont été tués à titre préventif durant la période de régulation 2024/25, et 77 autres en 2025/26. La période en cours 2026/27 est documentée en continu par notre compteur de loups .

La Convention de Berne a explicitement établi en octobre 2024 que les tirs préventifs sans preuve concrète de dommages sont illégaux. En décembre 2024, le Conseil de l'Europe a ouvert à l'unanimité une procédure d'enquête contre la Suisse. Le déclassement de la protection du loup par l'UE en 2025 a été critiqué par plus de 700 scientifiques comme « prématuré et erroné », et la Large Carnivore Initiative for Europe (LCIE) a qualifié cette mesure de scientifiquement injustifiée.

La réalité politique montre un schéma clair : les preuves écologiques sont systématiquement ignorées lorsqu'elles contredisent le discours en faveur des tirs. La question n'est pas de savoir si le loup a une valeur écologique, la recherche a répondu à cette question. La question est de savoir si la politique suisse est prête à placer les preuves au-dessus des intérêts du lobby.

Pour en savoir plus : Comment les associations de chasse influencent la politique et l'opinion publique et Le lobby des chasseurs en Suisse : comment fonctionne l'influence

Les récits de concurrence de la chasse de loisir

Pourquoi le lobby de la chasse de loisir réagit-il si violemment au retour du loup ? La réponse écologique est simple : le loup est un concurrent naturel du chasseur de loisir. Les deux revendiquent les mêmes proies, cerfs, chevreuils, chamois, sangliers, mais avec un schéma de sélection opposé et un effet écologique opposé.

Les chasseurs de loisir tirent les animaux les plus forts et les plus visibles, le loup capture les plus faibles. Les chasseurs de loisir retirent de la biomasse de l'écosystème, le loup la laisse sur place. Les chasseurs de loisir chassent de manière saisonnière et liée à un territoire donné, le loup chasse toute l'année et de façon territoriale. Dans les régions où des meutes de loups s'établissent, les tableaux de chasse des chasseurs de loisir diminuent, d'après l'expérience, car les ongulés deviennent plus prudents, se retirent dans des zones plus difficiles d'accès et décalent leurs périodes d'activité.

Pour les chasseurs de loisir, dont l'identité repose sur les chiffres de tirs, les trophées et le récit du « régulateur nécessaire », c'est une menace existentielle. Si le loup assume la régulation, la légitimation centrale de la chasse de loisir disparaît. C'est pourquoi, dans la communication de ChasseSuisse, le loup n'est pas présenté comme un acteur de l'écosystème, mais comme un « fauteur de dégâts » et un « animal à problèmes », et c'est pourquoi le lobby investit davantage dans la lutte politique contre le loup que dans la recherche écologique sur sa fonction.

L'initiative cantonale « Wolf fertig, lustig ! » de 2016, approuvée par la CEATE et qualifiée par Pro Natura d'« offensive d'extermination », illustre cette dynamique : il n'a jamais été question des attaques sur le bétail (pour lesquelles la protection des troupeaux existe), mais du contrôle de l'espace vital.

Pour en savoir plus : Psychologie de la chasse et Chasse au renard sans faits : comment JagdSchweiz invente des problèmes

Ce qui devrait changer

  • Suivi scientifique des effets écologiques : Dans aucun canton suisse, les effets écologiques de la présence du loup ne font l'objet de recherches systématiques. Il faut un suivi à long terme financé par l'OFEV, qui documente l'évolution de l'abroutissement, la structure de la végétation, les populations de charognards et la diversité des espèces dans les zones de présence du loup, et qui les compare avec des zones témoins sans meute de loups.
  • Expertise écologique dans la politique du loup : Les décisions de tir sont rendues par des administrations cantonales de la chasse qui ne disposent ni d'écologues ni de biologistes des populations. Toute décision de régulation doit reposer sur une expertise écologique indépendante évaluant les effets sur la structure de la meute et sur la fonction écologique du loup.
  • Suppression des objectifs chiffrés politiques : La fixation d'un nombre « souhaité » de meutes de loups (Darbellay : 11→3) n'a aucune base écologique. Les objectifs de population doivent s'orienter sur l'état de conservation et sur la capacité d'accueil écologique, et non sur l'acceptation politique par le lobby de la chasse de loisir.
  • Intégration du loup dans la stratégie des forêts protectrices : Le loup doit être reconnu, dans les concepts cantonaux et fédéraux de forêts protectrices, comme un régulateur écologique de l'abroutissement. Tant que la forêt protectrice coûte des millions en reboisement artificiel et que, dans le même temps, le régulateur naturel est abattu, la politique reste écologiquement incohérente.
  • Protection des troupeaux avant le tir : Aucun tir sans preuve documentée que toutes les mesures raisonnables de protection des troupeaux ont été épuisées. Le Concept Loup Suisse 2008 le prévoit, la pratique l'ignore systématiquement.
  • Transparence sur les tirs erronés et les effets sur les meutes : Les tirs erronés de 2022 (mâle dominant du Marchairuz, mâle dominant de la Moesola, loup non autorisé en Valais) doivent être entièrement analysés. Chaque tir doit être documenté par une analyse a posteriori de la stabilité de la meute et des effets écologiques.

Interventions types : Textes types pour des interventions critiques envers la chasse et Lettre type : appel pour un changement en Suisse

Argumentaire

« Le loup n'a pas sa place dans la Suisse densément peuplée. » Le loup a vécu pendant des millénaires en Europe, y compris dans des régions densément peuplées. La France, l'Italie, l'Allemagne et l'Espagne prouvent que les loups peuvent exister dans des paysages façonnés par l'humain. La Suisse n'est pas plus densément peuplée que certaines parties du nord de l'Italie ou du sud de l'Allemagne, où des meutes sont établies. La question n'est pas de savoir s'il y a de la place, mais s'il existe une volonté politique de coexistence.

«Les loups ne s'autorégulent pas, ils se multiplient sans contrôle.» Il est démontré que les populations de loups s'autorégulent par le comportement territorial, l'adaptation de la reproduction et la mortalité naturelle. Aucune «multiplication incontrôlée» n'est documentée dans aucun pays européen. Ce qui est présenté comme une «augmentation» est l'expansion naturelle, dans des habitats disponibles, d'une espèce auparavant exterminée. Lorsque les territoires sont occupés, la population se stabilise.

«Le loup menace la population sauvage et la chasse de loisir.» Le loup modifie la structure des populations et le comportement des ongulés, il ne les extermine pas. Dans les zones où vivent des meutes de loups, les tableaux de chasse diminuent parce que les animaux deviennent plus prudents, et non parce qu'ils disparaissent. Que la chasse de loisir y voie une menace ne fait que confirmer le motif de concurrence: il ne s'agit pas d'écologie, mais d'intérêts de loisirs.

«Les résultats de Yellowstone ne sont pas transposables à l'Europe.» Les cascades trophiques ne se limitent pas à Yellowstone. Des études menées dans les Carpates polonaises, dans les Apennins italiens, dans la forêt boréale scandinave et dans le Parc national suisse documentent des effets comparables. L'ampleur varie, mais le principe est universel: les prédateurs au sommet de la chaîne façonnent les écosystèmes de haut en bas, et leur absence laisse des vides qu'aucune chasse de loisir ne peut combler.

«Le loup n'est pas menacé, il doit être régulé.» L'état de conservation favorable d'une espèce est une condition juridique préalable à toute mesure de régulation. En Suisse, cet état n'est pas atteint pour le loup. La Convention de Berne et le Conseil de l'Europe ont jugé la pratique suisse de régulation juridiquement problématique. Plus de 700 scientifiques ont critiqué le déclassement décidé par l'UE. Celui qui dit «réguler» et pense «décimer» devrait connaître la différence.

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Notre exigence

Ce dossier ne cherche pas à transfigurer le loup en animal miracle. Son but : résumer la recherche écologique qui montre pourquoi le loup est précieux pour la biodiversité suisse, pour la forêt et pour l'équilibre écologique, et confronter cette recherche à la réalité politique qui ignore systématiquement ces enseignements. Les recherches menées à Yellowstone ne sont pas un conte de fées et les cascades trophiques ne relèvent pas de l'illusion. Mais elles ne sont pas non plus un automatisme : pour que le loup puisse remplir sa fonction écologique, il doit pouvoir vivre. Une politique qui tue 92 loups au cours d'une seule période de régulation, 77 lors de la suivante, tout en prétendant protéger les espèces, n'est pas crédible sur le plan scientifique.

Toute personne qui connaît des études, des données ou des observations sur la fonction écologique du loup en Suisse est priée de nous écrire. Nous recherchons tout particulièrement : des documentations sur l'évolution de l'abroutissement dans les territoires de loups, des observations de charognards sur des proies de loups et des données à long terme sur la répartition des ongulés.

Plus d'informations sur la chasse de loisir : dans notre Dossier sur la chasse nous rassemblons des vérifications de faits, des analyses et des reportages de fond.