22.10.2026, 16:35

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Mythes de la chasse : 12 affirmations examinées de façon critique

Le débat sur la chasse est mené en Suisse depuis des décennies autour des mêmes récits. Beaucoup de gens entendent les mêmes phrases depuis leur enfance. Certaines paraissent plausibles jusqu'à ce qu'on les confronte à des sources scientifiques, des observations empiriques et des questions de logique fondamentales. Alors apparaissent des lacunes, des contradictions et des constructions d'intérêts.

Ce dossier analyse douze des mythes les plus répandus sur la chasse. Il ne s'agit pas de condamner les chasseurs de loisir, mais de mettre au jour des arguments rarement vérifiés, qui influencent pourtant les décisions politiques, façonnent le débat public et assurent l'acceptation sociale. Quiconque souhaite débattre de manière fondée de la chasse de loisir, de la protection de la faune et de la politique de protection de la nature devrait connaître ces mythes.

Celles et ceux qui souhaitent approfondir le sujet trouveront dans notre dossier La chasse en Suisse : chiffres, systèmes et la fin d'un récit la base systématique. Et dans le Introduction à la critique de la chasse la structure argumentative plus large.

Ce qui vous attend ici

  • Mythe 1 : la chasse de loisir, c'est de la protection de la nature. Pourquoi la chasse de loisir en tant qu'intervention et la protection de la nature en tant que protection sont des activités structurellement opposées.
  • Mythe 2 : sans chasse de loisir, il y a «surpopulation». Ce que le mot « surpopulation » accomplit politiquement et ce qui régule réellement les populations d'un point de vue biologique.
  • Mythe 3 : les chasseurs de loisir régulent les populations comme le ferait un écosystème. Pourquoi un tir sélectif, guidé par des intérêts, n'est pas une simulation écologique.
  • Mythe 4 : la chasse de loisir prévient de manière fiable les dégâts causés par la faune. Pourquoi la chasse de loisir combat les symptômes mais ne s'attaque pas aux causes.
  • Mythe 5 : la chasse de loisir est l'alternative humaine. Ce que signifie « humain » dans l'évaluation du stress, des tirs ratés et des jeunes animaux orphelins.
  • Mythe 6 : les chasseurs de loisir sont les meilleurs experts de la faune. Ce qui distingue l'expérience de terrain de la recherche indépendante sur la faune sauvage.
  • Mythe 7 : la chasse de loisir est nécessaire à cause des accidents de la route. Quelles mesures d'infrastructure sont démontrées plus efficaces que les tirs.
  • Mythe 8 : la chasse de loisir protège la forêt. Pourquoi les dégâts forestiers ont de nombreuses causes et pourquoi les animaux sauvages servent souvent de boucs émissaires politiquement commodes.
  • Mythe 9 : la chasse de loisir finance la protection de la nature. Pourquoi un système de protection de la nature qui dépend de la mise à mort d'animaux n'est pas un système de protection de la nature.
  • Mythe 10 : la chasse de loisir est une culture, donc inattaquable. Pourquoi la tradition ne confère pas d'immunité éthique.
  • Mythe 11 : les critiques ne connaissent pas la réalité. Pourquoi cet argument vise à remplacer la discussion plutôt qu'à la mener.
  • Mythe 12 : la chasse de loisir est toujours «nécessaire». Ce que la nécessité présupposerait en tant que notion de justification, et pourquoi elle est rarement remplie.
  • Ce qui devrait changer : Des revendications politiques concrètes.
  • Argumentaire : Réponses aux contre-arguments les plus fréquents.
  • Liens rapides : Tous les articles, études et dossiers pertinents.

Mythe 1 : la chasse de loisir est de la protection de la nature

Ce mythe est le plus important, car il soutient tous les autres. Si l'on accepte que la chasse de loisir est de la protection de la nature, tout le reste s'ensuit presque automatiquement : les chasseurs de loisir doivent alors être loués pour leur «engagement», les tirs deviennent nécessaires, les alternatives superflues. C'est pourquoi il vaut la peine de déconstruire précisément ce mythe.

La protection de la nature consiste à préserver les habitats, à promouvoir la biodiversité, à réduire au minimum les interventions humaines dans les écosystèmes et à protéger les espèces menacées. Ce sont là les définitions centrales de l'OFEV, de l'UICN et de toutes les organisations de protection de la nature établies dans le monde. Selon ces définitions, la chasse de loisir n'est pas de la protection de la nature, mais une intervention : dans les populations, les structures sociales, l'utilisation de l'habitat et les comportements des animaux sauvages. La chasse de loisir tue chaque année plus de 130’000 animaux sauvages en Suisse (statistique fédérale de la chasse 2025 : 133’508), soi-disant pour protéger la forêt. Or des études menées dans le Parc national suisse, dans la forêt bavaroise et en Slovénie montrent de manière constante que, dans les zones sans chasse, les populations sauvages se régulent par des mécanismes naturels : offre alimentaire, climat, prédateurs, structures sociales.

Ce que les chasseurs de loisir apportent réellement à la protection de la nature est sélectif, volontaire et souvent invérifiable : sauvetage des faons au début de l'été, entretien des biotopes, travaux en forêt de protection. Ces activités méritent d'être reconnues, mais elles n'ont aucun lien logique avec le droit de tir. Celui qui sauve des faons et abat ces mêmes faons à l'automne ne pratique pas la protection de la nature. Il pratique un loisir qui comprend par moments des activités proches de la protection de la nature. C'est une différence essentielle pour le débat public.

Pour en savoir plus : Pourquoi la chasse de loisir en Suisse n'est pas de la protection de la nature et Chasse en Suisse : chiffres, systèmes et la fin d'un récit

Mythe 2 : sans la chasse de loisir, il y aurait une «surpopulation»

«Surpopulation» est l'un des mots les plus efficaces de la boîte à outils du lobby de la chasse de loisir. Il sonne scientifique, suscite un malaise et implique une nécessité d'agir. En réalité, dans la plupart des contextes où il est employé, ce terme est une construction politique, et non un fait écologique.

Les populations d'animaux sauvages se régulent par la disponibilité de la nourriture, la capacité d'accueil de l'habitat, les structures sociales, le climat et les maladies. Dans les zones non chassées, ce sont de préférence les animaux disposant d'un territoire propre ou d'un statut social qui se reproduisent, un contrôle naturel des naissances par les structures sociales et les hormones, qui n'a besoin d'aucune arme. Le professeur Ragnar Kinzelbach, zoologue à l'Université de Rostock, le résume avec précision : « La chasse est superflue. Si on l'arrête, les populations se régulent d'elles-mêmes. » Le Parc national suisse est entièrement exempt de chasse depuis 1914 et ne montre aucune explosion de populations d'animaux sauvages, mais des effectifs stables et une biodiversité croissante.

Ce que «surpopulation» signifie le plus souvent dans l'argumentation des chasseurs, c'est : «Il y a plus d'animaux sauvages que ce que les chasseurs de loisir ou les agriculteurs jugent agréable.» Il s'agit d'une préférence anthropocentrique, et non d'une nécessité écologique. La question déterminante serait : quelle est la capacité d'accueil d'un territoire ? Ces capacités sont-elles artificiellement restreintes par l'agriculture, la sylviculture ou la pression de l'urbanisation ? Dans ce cas, le problème n'est pas «trop d'animaux sauvages», mais «pas assez d'habitat». La chasse de loisir combat le symptôme, pas la cause.

Pour en savoir plus : Pourquoi la chasse de loisir échoue comme moyen de contrôle des populations et La chasse sous la loupe des faits

Mythe 3 : les chasseurs de loisir régulent les populations comme un écosystème

Ce mythe évoque une pensée systémique, mais dans sa logique interne, c'est exactement l'inverse. Un écosystème fonctionnel se régule par des mécanismes continus et non sélectifs : les prédateurs prélèvent les animaux faibles et malades, les dynamiques alimentaires régulent la taille des populations, les structures sociales régulent la reproduction. La chasse de loisir n'accomplit systématiquement rien de tout cela.

Les chasseurs de loisir prélèvent selon des préférences humaines : les animaux porteurs de beaux trophées sont tirés en priorité, car ils démontrent le succès de la chasse. Les animaux difficiles d'accès sont épargnés, car l'effort serait trop grand. Les objectifs de tir sont négociés politiquement, non calculés écologiquement. Il en résulte un prélèvement sélectif qui déstabilise les structures sociales au lieu de les préserver : le loup s'attaque avec une probabilité bien plus élevée à des animaux malades ou affaiblis que le chasseur de loisir, car il sélectionne selon l'efficacité énergétique, non selon la taille du trophée. C'est la différence centrale entre la régulation naturelle et le tir humain.

À cela s'ajoute que la régulation d'un écosystème exige de la continuité, à travers toutes les saisons et sur des décennies. La chasse de loisir est limitée dans le temps, fragmentée géographiquement et dépend de la disponibilité et de la motivation de chaque chasseur de loisir. Ce n'est pas une fonction écosystémique, c'est une intervention discontinue selon un calendrier personnel.

Pour en savoir plus : Pourquoi la chasse de loisir échoue comme moyen de contrôle des populations et Le loup en Suisse : faits, politique et limites de la chasse

Mythe 4 : la chasse de loisir empêche de manière fiable les dégâts causés par la faune sauvage

Les dégâts causés par le gibier (abroutissement dans les forêts protectrices, dégâts dans les cultures et les champs, dégâts de sangliers sur les surfaces agricoles) sont réels et économiquement importants. La question est de savoir si la chasse de loisir est la bonne mesure pour y remédier. La réponse de la recherche est décevante : dans la plupart des cas, la chasse de loisir combat les symptômes sans s'attaquer aux causes structurelles.

Les dégâts forestiers dus à l'abroutissement sont particulièrement importants là où la pression de chasse refoule les animaux sauvages dans des habitats restreints, là où l'on cultive des monocultures d'essences inadaptées à la station, et là où font défaut les prédateurs naturels qui maintiennent les animaux sauvages en mouvement. Dans son ouvrage de référence «Forêt et gibier», l'OFEV constate que les dégâts d'abroutissement sont fonction de la densité du gibier, de la qualité de l'habitat et du dérangement, et que la pression de chasse seule ne résout pas le problème si les conditions structurelles ne sont pas réunies. Les poussées et les battues, en particulier, refoulent les animaux sauvages en masse vers certaines zones et augmentent ainsi localement la pression d'abroutissement au lieu de la réduire.

Pour les sangliers et les cultures, le même principe s'applique : une forte pression de chasse sur les laies meneuses déclenche une reproduction compensatoire : davantage de jeunes, moins de structure sociale, plus de déplacements et donc davantage de surfaces touchées. Quiconque souhaite réellement réduire les dégâts du gibier a besoin d'améliorations de l'habitat, d'une sylviculture adaptée à la station, de dispositifs de protection sur les surfaces de valeur et de la promotion des prédateurs, et non d'un quota de tir saisonnier.

Pour en savoir plus : OFEV : Forêt et gibier, bases pour la pratique (PDF)

Mythe 5 : la chasse de loisir est l'alternative humaine

«Humain» signifie : infliger le moins de souffrance possible à un être. Les chasseurs de loisir aiment employer ce mot en comparaison avec d'autres formes de mise à mort : abattage rituel, élevage intensif, piégeage dans d'autres pays. Cela peut être vrai ponctuellement dans une comparaison directe. Comme caractérisation globale de la chasse de loisir, c'est faux.

Les tirs manqués (touches qui ne tuent pas immédiatement) sont structurellement inévitables dans la chasse de loisir. Il n'existe en Suisse aucune statistique uniforme sur le nombre d'animaux blessés sans qu'une recherche au sang aboutisse. Il existe en revanche des estimations issues du milieu des réserves de chasse et la pratique du travail avec les chiens de sang, qui montre qu'une part considérable des animaux blessés ne meurt qu'après des minutes ou des heures, parfois après des recherches de plusieurs heures. À cela s'ajoutent les jeunes animaux devenus orphelins, dont la mère est abattue pendant l'élevage, une pratique qui n'est pas entièrement exclue par la loi en Suisse et qui a été documentée à plusieurs reprises, notamment lors de la chasse spéciale dans le canton des Grisons.

Le stress est mesurable : les animaux sauvages qui ont été pourchassés, effarouchés ou blessés avant leur mort présentent des taux de cortisol sanguin considérablement élevés. Cette réalité physiologique contredit fondamentalement l'idée d'un prélèvement « humain ». Ce qui vaut pour le produit qu'est la viande de gibier (le résultat final d'un processus aigu de peur et d'agonie) vaut a fortiori pour la pratique qui produit ce produit. « Humain » est une auto-attestation du lobby de la chasse de loisir, sans aucun fondement objectif.

Pour en savoir plus : Animaux sauvages, peur de la mort et absence d'étourdissement et Grisons : les pires tireurs sont les chasseurs de loisir

Mythe 6 : les chasseurs de loisir sont les meilleurs experts de la faune sauvage

L'expérience du terrain en réserve de chasse est précieuse. Celui qui parcourt la même forêt pendant des décennies connaît les passages du gibier, les rythmes quotidiens et les particularités locales. C'est un savoir réel, mais ce n'est pas un savoir scientifique. La différence est d'ordre méthodologique : la science exige de la transparence, des données reproductibles, un examen indépendant et un contrôle des conflits d'intérêts. L'expérience du terrain ne possède structurellement aucune de ces propriétés.

Le problème s'aggrave lorsque des chasseurs de loisir siègent dans des commissions spécialisées et des organes consultatifs cantonaux en tant qu'experts de la faune sauvage et influencent ainsi des décisions politiques qui concernent leur propre loisir. C'est un conflit d'intérêts, pas un statut d'expert. La véritable expertise en matière de faune sauvage se trouve chez les biologistes de la faune, les écologues du comportement, les généticiens des populations et les institutions de recherche indépendantes, et ceux-ci sont structurellement moins souvent entendus dans les processus de consultation en politique de la chasse que le lobby de la chasse de loisir. Ce n'est pas un hasard, mais le résultat d'un travail de lobbying réussi.

Un exemple concret : l'expertise de biologie de la faune sur la chasse spéciale dans le canton des Grisons constatait déjà en 2014 que la chasse spéciale posait problème au regard de la protection animale et n'était pas absolument nécessaire sur le plan de l'écologie des populations. La chasse spéciale a pourtant été maintenue, non pas parce que la science l'aurait recommandée, mais parce que le lobby de la chasse de loisir l'a imposée. Le savoir des experts et celui des chasseurs de loisir ne sont pas la même chose.

Pour en savoir plus : Mythes de la chasse et récits de chasseurs et Comment les associations de chasse influencent la politique et l'opinion publique

Mythe 7 : la chasse de loisir est nécessaire à cause des accidents de la circulation

Ce mythe associe deux problèmes bien réels (les accidents de la faune sont fréquents et coûteux) à une fausse causalité. L'affirmation est la suivante : moins d'animaux sauvages grâce à la chasse de loisir signifie moins d'accidents. L'empirie la contredit clairement.

Les systèmes d'alerte à la faune donnent des résultats nettement meilleurs. En Autriche, selon les études du biologiste Ernst Moser, le nombre d'accidents de la faune a diminué de 93 pour cent sur des tronçons tests équipés de dispositifs d'alerte. En Suisse, les accidents impliquant des chevreuils ont reculé de 32 à 43 pour cent sur les tronçons équipés de tels dispositifs. Un nouveau système d'alerte à feux clignotants, testé dans le canton de Zurich, a montré que la majorité des automobilistes freinaient activement. Les ponts à faune, les passages verts et les passages inférieurs permettent aux animaux sauvages de traverser en toute sécurité, sans être poussés en panique sur les routes, et donc sans le risque pour la sécurité que créent activement les poussées et les battues en mettant les animaux sauvages en mouvement.

Le problème de fond est un problème d'infrastructure, non un problème de faune : la Suisse a construit des routes dans des corridors fauniques sans investir suffisamment dans des aides à la traversée. La chasse de loisir tire sur les symptômes sans modifier l'infrastructure. Ce qui serait efficace a un coût, mais il est inférieur aux dégâts des accidents de la faune, qui se chiffrent à plusieurs centaines de millions par an, et il ne tue aucun animal sauvage.

Pour en savoir plus : Suisse : statistique des accidents de chasse mortels et Corridors fauniques et mise en réseau des habitats

Mythe 8 : la chasse de loisir protège la forêt

Les dégâts d'abroutissement dans les forêts de protection et d'exploitation sont réels. La question est de savoir qui ou quoi les cause, et qui ou quoi les combat efficacement. La réponse de la recherche est nuancée, et elle contredit le récit simpliste selon lequel les animaux sauvages seraient coupables et la chasse de loisir la solution.

Les dégâts forestiers ont de nombreuses causes : le réchauffement climatique et le stress hydrique, la culture de monocultures inadaptées à la station issues d'une sylviculture dominée par l'épicéa ou le pin, la fragmentation des habitats par les routes et les zones d'habitation, et, effectivement, des concentrations accrues d'animaux sauvages. L'OFEV constate que, là où les animaux sauvages sont repoussés vers les lisières de forêt par la pression de la chasse et les dérangements, l'abroutissement augmente fortement au niveau local, non pas malgré la chasse de loisir, mais à cause d'elle. Le zoologue Ragnar Kinzelbach le résume bien : à l'origine, les chevreuils étaient surtout actifs le jour, dans les champs et les prairies, et non en forêt. C'est la chasse de loisir qui en a fait des habitants craintifs et nocturnes de la forêt.

Une politique forestière durable nécessite un choix d'essences adapté au site, des forêts mélangées résistantes au climat, des dispositifs de protection pour les jeunes arbres menacés et la promotion des prédateurs qui maintiennent les animaux sauvages en mouvement naturel. L'ouvrage de référence de l'OFEV «Forêt et faune sauvage» précise clairement que désigner les animaux sauvages comme seule cause des dégâts d'abroutissement, sans tenir compte de la qualité de l'habitat et de la pression de dérangement, n'est scientifiquement pas tenable.

Pour en savoir plus : Changement climatique, diversité génétique et chasse de loisir et La chasse sous la loupe des faits

Mythe 9 : la chasse de loisir finance la protection de la nature

Les recettes des patentes, les loyers de chasse et les redevances versées aux fonds cantonaux de la chasse sont effectivement investis dans des mesures proches de la nature. C'est une réalité, mais ce n'est pas un argument en faveur de la chasse de loisir ; c'est un argument en faveur d'un financement public de la protection de la nature.

La logique selon laquelle un système qui tue des animaux serait légitime parce qu'il réinvestit une partie de ses recettes dans la protection de la nature est structurellement indéfendable. Cela reviendrait à dire qu'une industrie de la pêche est légitime parce qu'elle cofinance des projets de renaturation. Le problème ne réside pas dans le flux financier, mais dans la conception du système : la protection de la nature ne devrait pas dépendre d'activités de loisir qui perturbent les écosystèmes. En Suisse, les dépenses publiques consacrées à la biodiversité et à la protection de la nature s'élèvent, selon l'OFEV, à plusieurs centaines de millions de francs par an, dont seule une fraction provient des redevances de chasse. La plus grande partie provient des recettes fiscales, des subventions et des programmes publics.

Ce que le mythe passe en outre sous silence : les coûts sociaux de la chasse de loisir (dégâts causés par les accidents de la faune, frais administratifs, risques sanitaires liés à la viande de gibier contenant du plomb, objectifs de biodiversité manqués en raison de surfaces protégées bloquées par le lobby) dépassent largement les recettes des redevances de chasse. Une analyse coûts-bénéfices complète de la chasse de loisir n'a encore jamais été réalisée de manière indépendante. Et ce n'est pas un hasard.

Pour en savoir plus : Introduction à la critique de la chasse et Modèle alternatif : garde-faune

Mythe 10 : la chasse de loisir est une culture, donc elle est intouchable

La tradition et la culture sont des valeurs sociétales importantes. Mais elles ne confèrent aucune immunité éthique. Chaque société a défendu, en les qualifiant de traditionnelles, des pratiques qu'elle a ensuite abandonnées à mesure que les connaissances scientifiques, l'empathie sociétale et la réflexion éthique progressaient : combats de chiens, chasses à l'ours pour le divertissement, exécutions publiques en guise de spectacle populaire, travail des enfants. Il ne s'agit pas là d'une comparaison visant à condamner personnellement les chasseurs de loisir. C'est un argument structurel : la tradition ne protège aucune pratique d'un examen éthique.

Il importe aussi de savoir quelle société porte la «culture de la chasse» comme partie de son identité. En Suisse, cela concerne 0,3 % de la population. 79 % de la population portent un regard critique sur la chasse de loisir. Lorsqu'une société évalue si une pratique mérite d'être protégée en tant que bien culturel, elle doit se demander: la culture de qui? Quelles valeurs véhicule-t-elle? Et comment se situe-t-elle par rapport aux valeurs que cette société partage majoritairement, parmi lesquelles la protection animale, l'empathie envers les êtres vivants et la proportionnalité?

La réponse est claire: une activité de loisir qui tue plus de 130 000 animaux sauvages par an, produit structurellement de la souffrance animale et est rejetée par une majorité de la société ne peut pas se réclamer de la culture pour échapper à un examen éthique. La culture n'est pas un permis général de violence.

Pour en savoir plus : Psychologie de la chasse et Politique de la chasse 2025 : tirs de loups, chasse au trophée et braconnage au service du lobby

Mythe 11 : les critiques ne connaissent pas la réalité

Cet argument est le schéma de défense universel du lobby de la chasse de loisir. Il obéit à une structure précise: quiconque critique la chasse de loisir «n'a jamais été dehors», «ne sait pas comment la nature fonctionne réellement», «ne comprend pas les interdépendances». L'argument n'a pas besoin de réfuter le moindre contenu, il délégitime le critique avant même que le contenu ne soit examiné.

Sur wildbeimwild.com, les critiques sont formulées sur la base de données de l'OFEV, de publications scientifiques, de statistiques cantonales de la chasse, d'expertises de biologie de la faune et de rapports de cas vérifiés. Ces sources proviennent d'institutions dont le lobby de la chasse de loisir reconnaît lui aussi la compétence, tant que leurs déclarations sont favorables à la chasse. L'argument «les critiques ne connaissent pas la réalité» se révèle ainsi être un instrument d'empêchement du débat: il sert à compliquer les discussions qui remettent factuellement en question la chasse de loisir.

Ce qui résiste réellement à un examen critique, c'est la question suivante: quelles preuves le lobby de la chasse de loisir apporte-t-il à ses affirmations centrales que sont la régulation, la protection de la nature et l'humanité? La réponse à cette question est documentée, section par section, dans ce dossier.

Pour en savoir plus : Mythes de la chasse et récits de chasseurs et Comment les associations de chasse influencent la politique et l'opinion publique

Mythe 12 : la chasse de loisir est toujours « nécessaire »

« Nécessaire » est le mot le plus fort du répertoire de légitimation de la chasse de loisir. Il implique qu'il n'existe aucune alternative, que le bénéfice l'emporte sur le dommage, et que s'abstenir serait pire qu'agir. Ces trois hypothèses ne sont régulièrement pas étayées dans le contexte de la chasse de loisir.

Pour qu'une mesure soit considérée comme « nécessaire », trois conditions doivent être remplies : premièrement, le problème existe et il est significatif ; deuxièmement, la mesure est efficace ; troisièmement, il n'existe pas d'alternatives plus douces, aussi efficaces ou plus efficaces. Pour la chasse de loisir, l'argumentation échoue le plus souvent sur les conditions deux et trois. Canton de Genève : pas de chasse de loisir depuis 1974, pas d'explosion des populations d'animaux sauvages, pas de dégâts forestiers dus à des populations d'animaux sauvages incontrôlées, mais au contraire une biodiversité accrue et une meilleure acceptation sociale des animaux sauvages. C'est une preuve empirique qui réfute le mot « nécessaire » dans son caractère absolu.

Des mesures dont l'efficacité est prouvée, qui sont au moins équivalentes et plus respectueuses du bien-être animal : systèmes d'avertissement pour la faune, passages à faune, sylviculture adaptée au site, promotion des prédateurs, structures professionnelles de garde-faune sur le modèle genevois, mise en réseau des habitats et interventions ciblées, contrôlées par l'État, effectuées par du personnel spécialisé. Quiconque utilise malgré tout le mot « nécessaire » pour la chasse de loisir doit expliquer pourquoi, précisément dans ce contexte, ces mesures ne constituent pas une alternative. Le lobby de la chasse de loisir reste régulièrement en défaut de fournir cette explication.

Pour en savoir plus : Alternatives à la chasse de loisir : ce qui aide vraiment, sans tuer d'animaux et La chasse dans le canton de Genève : interdiction de la chasse, psychologie et perception de la violence

Ce qui devrait changer

  • Éliminer les mythes du discours politique : Les décisions politiques concernant les lois sur la chasse, les tirs de loups et les zones protégées doivent se fonder sur des bases scientifiques vérifiées. Recours obligatoire à la recherche indépendante sur la faune sauvage lors des processus législatifs, sans pouvoir de veto du lobby de la chasse de loisir. Texte type : Surveillance indépendante de la chasse : contrôle externe plutôt qu'autocontrôle
  • Institutionnaliser la vérification des faits concernant les affirmations sur la chasse : Quiconque défend publiquement une mesure sur le plan politique doit fournir les preuves de son efficacité. Des affirmations telles que « la chasse de loisir est nécessaire » ou « les populations sauvages explosent sans tir » doivent être étayées par des chiffres vérifiables avant de pouvoir être politiquement efficaces.
  • Une plateforme pour la recherche indépendante sur la faune sauvage dans les débats de politique de la chasse : Les biologistes de la faune sauvage, les écologues du comportement et les spécialistes de la recherche sur les populations doivent être aussi fortement représentés dans les commissions spécialisées cantonales que les représentants de la chasse de loisir. Texte type : Textes types pour des interventions critiques envers la chasse
  • Analyse coûts-bénéfices publique de la chasse de loisir : Une analyse indépendante et uniforme à l'échelle nationale des coûts et bénéfices sociétaux de la chasse de loisir doit être réalisée et publiée, incluant les coûts externes tels que les dommages liés aux accidents de la faune, les atteintes à la protection animale, les charges sanitaires et les objectifs de biodiversité manqués.

Argumentaire

«La chasse régule le gibier, c'est un fait.» Le Parc national suisse est exempt de chasse depuis 1914. Le canton de Genève depuis 1974. Les deux montrent des populations sauvages stables sans chasse de loisir. Ce n'est pas un mythe, c'est une donnée empirique. « La régulation par la chasse de loisir », en revanche, est une affirmation pour laquelle il n'existe aucune étude comparative contrôlée qui la démontre.

«Nous avons besoin de la chasse de loisir pour la forêt.» L'OFEV constate que les dégâts d'abroutissement dépendent de la qualité de l'habitat, de la pression de dérangement et de la concentration d'animaux sauvages, et que la chasse de loisir sans amélioration de l'habitat ne résout pas le problème. Une sylviculture adaptée à la station, des dispositifs de protection et la promotion des prédateurs sont les mesures fondées sur des preuves.

«Les systèmes d'avertissement du gibier ne remplacent pas la chasse de loisir.» Les systèmes d'alerte pour la faune réduisent les accidents de la faune de 32 à 93 pour cent, ce qui est empiriquement démontré en Suisse et en Autriche. C'est plus efficace que les tirs, respectueux de la protection animale et sans mort d'animaux sauvages ni accidents de chasse de loisir pour les humains.

«La protection de la nature a besoin des chasseurs de loisir comme partenaires.» La protection de la nature a besoin de compétence technique, de transparence et d'indépendance. Les chasseurs de loisir ont des conflits d'intérêts structurels : ils paient pour avoir le droit de tuer des animaux sauvages. Les organisations de protection de la nature, les structures de garde-faune et les instituts de recherche sur la faune sauvage travaillent sans ce conflit.

«Celui qui critique devrait proposer des alternatives.» Ce dossier et wildbeimwild.com font exactement cela : des structures de garde-faune sur le modèle genevois, des systèmes d'avertissement du gibier, une sylviculture adaptée au site, la promotion des prédateurs, la mise en réseau des habitats. Des alternatives existent, sont éprouvées et fonctionnent. Le problème n'est pas l'absence d'alternatives, mais la résistance du lobby face à ces alternatives.

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Notre exigence

Les douze mythes de ce dossier sont efficaces parce qu'ils sont simples. Ils fonctionnent comme des slogans, comme des moyens de couper court à la discussion, comme des formules de légitimation dans les débats politiques. Ce qu'ils ne sont pas : des arguments étayés. Quiconque les confronte à des sources scientifiques, à des observations empiriques et à des questions logiques fondamentales y trouve des lacunes, des contradictions et des constructions d'intérêts, systématiquement au profit d'une activité de loisir pratiquée par 0,3 pour cent de la population et qui tue plus de 130’000 animaux sauvages par an.

L'IG Wild beim Wild documente cette réalité parce que, depuis des décennies, le débat sur la chasse en Suisse est marqué par les mêmes récits non étayés. Quiconque veut débattre de manière fondée (dans la commune, au parlement cantonal, à l'école ou sur les réseaux sociaux) n'a pas besoin de slogans, mais de faits vérifiables. C'est précisément l'ambition de ce dossier et de l'ensemble du travail de wildbeimwild.com.

Quel mythe entends-tu le plus souvent ? Écris-nous avec le contexte et la source : wildbeimwild.com/kontakt. Nous en ferons une série de vérifications des faits datées, reliées à des sources documentées et à des exemples cantonaux.

Plus d'informations sur la chasse de loisir : dans notre Dossier sur la chasse nous rassemblons des vérifications de faits, des analyses et des reportages de fond.