Conflit foret-faune en Suisse : pourquoi le narratif de l'abroutissement ne justifie pas la chasse de loisir
Le prétendu conflit forêt-faune est le récit de justification le plus efficace des chasseurs de loisir en Suisse. L'argumentation suit un schéma simple : les animaux sauvages broutent les jeunes arbres, la forêt ne peut pas se régénérer, il faut donc chasser. Ce dossier montre pourquoi cette équation ne tient pas, quels facteurs le récit de l'abroutissement occulte et pourquoi la chasse de loisir ne résout pas le problème, mais y contribue.
Le Rapport forestier 2025, publié par l'Office fédéral de l'environnement (OFEV) et l'Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL), documente certes de réels problèmes d'abroutissement dans certaines régions. Mais les données montrent aussi que la forêt souffre avant tout du stress climatique, et non du stress dû à la faune sauvage. Et la question décisive n'est pas de savoir si les animaux sauvages broutent les arbres, mais pourquoi des décennies de chasse par quelque 29’000 chasseurs et chasseuses de loisir en Suisse n'ont pas résolu ce problème.
État des lieux : ce que les données montrent réellement
Rapport forestier 2025 et inventaire forestier national
Le Rapport forestier 2025 de l'OFEV et du WSL fournit l'inventaire national le plus récent. Il confirme que, par endroits, des populations sauvages trop élevées compromettent la régénération naturelle et le potentiel d'adaptation naturel de la forêt. Dans le même temps, le rapport est sans équivoque : les plus fortes pressions sur la forêt suisse sont les événements extrêmes tels que la chaleur, la sécheresse, les tempêtes, les organismes nuisibles et les apports élevés d'azote.
Les chercheurs du WSL Andrea Kupferschmid et Martin Frei ont évalué à l'échelle nationale les données cantonales de 2020 à 2024 : sur environ la moitié de la surface forestière évaluée, la régénération n'est pas affectée par les animaux sauvages, et sur au moins 21 pour cent, l'influence est forte (Kupferschmid et Frei 2025, Revue forestière suisse 176(3) : 146–157). Le récit d'un effondrement généralisé dû à l'abroutissement n'est pas étayé par ces données.
Dans son rapport basé sur des données cantonales couvrant la période 2020 à 2024, la Société forestière suisse parvient à un constat plus nuancé, mais préoccupant : la part de surface forestière présentant une influence du gibier supportable est passée de plus des deux tiers en 2015 à moins de la moitié aujourd'hui. Le sapin blanc et les feuillus sont particulièrement touchés. Il est toutefois important de noter que la Société forestière elle-même met en garde contre un problème d'interprétation, car les niveaux cantonaux sont définis de manière hétérogène et les affirmations relatives à la portée réelle de ce constat restent souvent imprécises.
La forêt protectrice sous pression
Dans les forêts protectrices, qui représentent environ la moitié de la forêt suisse et protègent les personnes ainsi que les infrastructures contre les dangers naturels, la situation s'est aggravée. Selon le Rapport forestier 2025, la part de forêt protectrice présentant très peu de régénération (taux de couverture de la régénération inférieur à 5 %) a atteint 30 % de la surface forestière protectrice. Les différences régionales sont marquées : environ 12 % dans le Jura et sur le Plateau, 19 % dans les Préalpes, 34 % dans les Alpes et 41 % sur le versant sud des Alpes.
Le Rapport forestier cite comme causes le manque de lumière dans des peuplements de plus en plus denses ainsi que l'abroutissement persistant et élevé par les chevreuils, les cerfs et les chamois. Ces deux facteurs pourraient aussi être traités par des interventions sylvicoles et une amélioration de l'habitat, et pas uniquement par des tirs.
Ce que le récit sur l'abroutissement occulte
Il ne s'agit pas d'un conflit forêt-faune sauvage, mais d'un conflit entre humains
La chercheuse du WSL Andrea Kupferschmid le résume parfaitement dans une interview : il ne s'agit en principe pas d'un conflit entre la forêt et la faune sauvage, mais d'un conflit entre des personnes qui travaillent dans le domaine forestier et des personnes qui chassent ou qui exercent la fonction de garde-faune. Le chevreuil, le cerf et le chamois n'ont aucun conflit avec la forêt. L'abroutissement est un processus naturel qui fait partie de la dynamique forestière depuis des millénaires. Le problème ne survient que lorsque l'être humain impose à la forêt des attentes économiques : rendement en bois, composition particulière des essences, reboisement rapide.
Les perturbations causées par l'être humain poussent la faune sauvage vers la forêt
L'état de la recherche montre clairement que les perturbations humaines constituent un facteur central de l'abroutissement. Les cerfs rouges et les chamois préféreraient s'alimenter en terrain découvert, mais sont de plus en plus refoulés vers la forêt par les activités de loisirs, le trafic et le mitage du territoire. Là, ils abroutissent les arbres, car la nourriture disponible y est plus rare. Un garde-faune bernois décrit le problème sans détour : dans une société active 24 heures sur 24, même la nuit, on croise encore des joggeurs ou des cyclistes équipés de lampes frontales. Le gibier reste alors en forêt et se nourrit des jeunes pousses d'arbres.
La méthode de chasse la plus répandue, l'affût, aggrave cet effet. Avec en moyenne dix séances d'affût pour un seul tir, le gibier est maintenu dans un stress permanent, ce qui perturbe son rythme biologique et le pousse plus profondément dans la forêt. Des études menées dans des zones de chasse montrent que des concepts prévoyant des périodes de chasse courtes et intensives donnent des résultats nettement meilleurs pour la régénération forestière que la chasse continue prédominante en Suisse.
Lacunes de la sylviculture
L'abroutissement seul n'explique pas le déficit de régénération. Les coupes rases, les sols compactés par des machines lourdes, l'absence de gestion de la lumière et les monocultures d'épicéas créent des conditions dans lesquelles la régénération naturelle peut échouer même sans influence de la faune sauvage. L'institut de recherche sur l'écologie forestière du Bade-Wurtemberg le souligne clairement : pour atteindre les objectifs de régénération, la seule prise en compte de la chasse n'est, dans la plupart des cas, pas suffisante. Le type de sylviculture détermine la disponibilité de nourriture pour les herbivores et constitue un levier important pour la sensibilité aux dégâts du gibier.
Le changement climatique, principal facteur de stress
Le rapport forestier 2025 ne laisse planer aucun doute : le plus grand défi pour la forêt suisse est l'adaptation au changement climatique. Des sécheresses, tempêtes, incendies de forêt et organismes nuisibles plus fréquents ont considérablement affaibli la forêt au cours des dix dernières années. Dans le Jura, l'état est déjà qualifié de « critique ». Quiconque considère le problème de l'abroutissement de manière isolée et l'instrumentalise comme principale justification de la chasse de loisir détourne l'attention des causes structurelles.
Situation juridique en Suisse
Loi fédérale sur la chasse (LChP) et loi sur les forêts (LFo)
La loi fédérale sur les forêts (LFo) et la loi fédérale sur la chasse (LChP) stipulent que la population sauvage doit être régulée de manière à garantir la régénération forestière naturelle, avec des essences adaptées à la station, sans mesures de protection (protection individuelle, clôtures, etc.). Si ce n'est pas le cas, l'ordonnance sur les forêts (OFo) exige l'élaboration d'un concept de prévention des dégâts causés par la faune sauvage.
Cette exigence légale existe depuis des décennies. Qu'elle ne soit toujours pas remplie dans de nombreuses régions, alors que la chasse de loisir est activement pratiquée dans 25 des 26 cantons, constitue l'argument le plus fort contre l'affirmation selon laquelle les chasseurs et chasseuses de loisir protégeraient la forêt. Dans les 16 cantons à chasse à patente, qui organisent leur chasse sans responsabilité de territoire, il n'existe en outre aucune obligation structurelle pour les chasseurs de loisir de préserver la forêt en tant qu'habitat.
Postulat Reichmuth 23.3129
En juin 2023, le Conseil des États a adopté le postulat d'Othmar Reichmuth (Le Centre, SZ). Celui-ci demande à la Confédération d'examiner comment elle peut assumer davantage de responsabilités dans le domaine forêt-faune sauvage, comment réduire l'influence de la faune sauvage à un niveau supportable et comment mettre en place un controlling national avec des valeurs cibles claires. Il est révélateur que ChasseSuisse ait recommandé de rejeter ce postulat, en arguant que la problématique du changement climatique ne devait pas être reportée sur les animaux sauvages vivant en liberté. Cet argument révèle un schéma récurrent : le lobby de la chasse de loisir rejette systématiquement la responsabilité de l'abroutissement, alors même que la régulation de la population sauvage est censée constituer la mission centrale déclarée de la chasse.
Aide à l'exécution Forêt et faune sauvage (OFEV 2010)
L'aide à l'exécution de l'OFEV définit des seuils de dommages et de concept et décrit la marche à suivre en cas de problèmes forêt-faune sauvage. Elle souligne expressément que la gestion de la faune sauvage et des forêts doit permettre une coexistence entre la forêt et la faune. L'influence de la faune sauvage est un facteur parmi d'autres, mais souvent déterminant. L'aide à l'exécution mentionne également des mesures non cynégétiques : entretien des lisières, zones de dégagement, surfaces de compensation écologique, passages à faune et zones de tranquillité pour la faune.
Le rôle des prédateurs : le lynx et le loup comme régulateurs naturels
Preuves scientifiques
Le retour du loup et du lynx en Suisse fournit des données empiriques sur l'autorégulation naturelle des populations. Une étude du WSL de Kupferschmid et Bollmann (2016) montre que l'équation « loup = moins de gibier = moins d'abroutissement » ne se vérifie que partiellement, mais donne une image plus nuancée : les loups modifient fortement le comportement spatial des ongulés. Dans la région du Calanda, où s'est formée la première meute de loups suisse, l'abroutissement du sapin, de l'érable et du sorbier des oiseleurs a nettement reculé dans le territoire central de la meute.
Pour le lynx, l'effet est scientifiquement encore plus clairement établi. Le mémoire de master de Jasmin Schnyder (Université des sciences agronomiques de Vienne, en collaboration avec le canton de Saint-Gall) montre que les sapins blancs ont été significativement moins abroutis après la réintroduction du lynx dans le territoire central. Martin Kreiliger, ingénieur forestier de Disentis, confirme après trente années de métier : dans les forêts où le loup ou le lynx sont présents, la situation de la régénération forestière s'améliore nettement.
Une étude internationale (Journal of Applied Ecology, 2023, 492 sites dans 28 pays) relativise toutefois les attentes : dans les paysages cultivés d'Europe, la chasse humaine et l'utilisation du territoire déterminent bien plus fortement la densité des populations de cerfs élaphes que les prédateurs. Ce n'est que là où le loup, le lynx et l'ours coexistent et où l'influence humaine est faible que la densité des cerfs diminue de manière mesurable.
La logique paradoxale du lobby de la chasse
Le lobby de la chasse de loisir se trouve dans une contradiction argumentative : d'une part, il justifie la nécessité de la chasse de loisir par la problématique de l'abroutissement. D'autre part, il combat le retour des prédateurs naturels, dont il est prouvé qu'ils réduisent la pression d'abroutissement. L'ordonnance sur la chasse révisée autorise même la régulation du lynx lorsque celui-ci réduit les populations de proies au point que « les possibilités de chasse des cantons soient excessivement restreintes ». En clair, cela signifie : le lynx peut être régulé s'il prend trop de gibier aux chasseurs de loisir. Les intérêts de la régénération forestière ne jouent aucun rôle dans cette logique.
Le modèle genevois et le Parc national suisse
Canton de Genève : plus de 50 ans sans chasse de loisir
Dans le canton de Genève, la chasse de loisir (chasse milicienne) a été abolie en 1974 par votation populaire. Depuis lors, la gestion de la faune sauvage est assurée exclusivement par des gardes-faune professionnels. Les résultats pour la régénération forestière réfutent le récit sur l'abroutissement du lobby de la chasse de loisir :
La population de chevreuils s'est stabilisée entre 10 et 15 animaux par kilomètre carré de forêt. L'ancien inspecteur de la faune genevois Gottlieb Dändliker (2001 à 2025), en poste de longue date, a clairement affirmé que le chevreuil ne menaçait pas la forêt. Dans les forêts de chênes prédominantes, peu de dégâts sont constatés. Il est frappant de constater que pratiquement aucun dégât forestier n'est signalé. Les chiffres de dégâts du canton de Genève sont comparables à ceux de Schaffhouse, bien que la chasse de loisir y soit autorisée.
Les coûts de la gestion professionnelle de la faune sauvage s'élèvent à environ 1,2 million de francs par an. Cela correspond à une tasse de café par habitant. À titre de comparaison : dans d'autres cantons, des milliers de chasseurs et chasseuses de loisir doivent être gérés, avec la vente de patentes, la surveillance de la chasse, la recherche au sang, le règlement des dégâts, la planification des tirs et l'appareil administratif, sans compter les coûts externes liés à la pression d'abroutissement, aux accidents de la faune et aux pertes de biodiversité.
L'analyse du modèle genevois apporte toutefois un éclairage nuancé : des dégâts forestiers considérables causés par les ongulés ont contraint à l'élaboration d'un concept forêt-faune conforme à l'aide à l'exécution de l'OFEV. En guise de contre-mesures, la construction de clôtures a été renforcée et des tirs ciblés sur le chevreuil ont été entrepris. Le modèle genevois n'est donc pas un modèle sans aucune régulation, mais un modèle sans chasse de loisir : des interventions professionnelles plutôt qu'un loisir armé.
Pour en savoir plus : Dossier : Genève et l'interdiction de la chasse
Parc national suisse
Dans le Parc national suisse, l'interdiction de chasse est en vigueur depuis 1914. Des études du WSL sur l'abroutissement du gibier ont montré que les cerfs contribuent à la régénération forestière et à la biodiversité : sur les passages de gibier, un nombre bien plus élevé de jeunes pousses d'arbres se développent. Cela montre que l'abroutissement n'est pas en soi un problème forestier, mais fait partie d'une dynamique naturelle que la forêt connaît depuis des millénaires.
Pourquoi la chasse de loisir ne résout pas le problème de l'abroutissement
Les chiffres parlent d'eux-mêmes
En Suisse, environ 29’000 chasseurs et chasseuses de loisir pratiquent la chasse (statistique fédérale de la chasse 2025 : 29’328). Malgré cela, la situation en matière d'abroutissement ne s'est pas améliorée dans de nombreuses régions depuis des décennies et s'est même aggravée à certains endroits. La part de la surface forestière présentant un impact tolérable du gibier est passée de plus de deux tiers à moins de la moitié entre 2015 et 2024. Cette détérioration s'est produite alors que la chasse de loisir était pratiquée sans interruption.
Les raisons structurelles de l'échec
La chasse de loisir échoue à réduire l'abroutissement pour plusieurs raisons systémiques :
Premièrement : la chasse à patente, pratiquée dans 16 cantons, ne crée aucune responsabilité de territoire. Les chasseurs et chasseuses de loisir achètent un permis et chassent selon leur intérêt personnel, et non selon les besoins forestiers. Il n'existe aucune incitation structurelle à réduire la population sauvage là où la forêt en a le plus besoin.
Deuxièmement : la chasse à l'affût, largement répandue, engendre une perturbation permanente avec une faible efficacité. La pression de chasse constante pousse le gibier plus profondément dans la forêt et augmente l'abroutissement sur la régénération.
Troisièmement : l'orientation vers le trophée de nombreux chasseuses et chasseurs de loisir est en contradiction avec une chasse respectueuse de la forêt. Là où les mâles forts doivent être épargnés et les femelles tirées de manière ciblée, les intérêts de chasse entrent en collision avec les nécessités forestières.
Quatrièmement : la chasse de loisir crée un intérêt économique à des populations sauvages élevées. Là où il y a beaucoup de gibier, chasser est plus plaisant et les recettes des patentes sont plus élevées. La réduction de la population sauvage à un niveau supportable pour la sylviculture va à l'encontre des intérêts propres des chasseurs de loisir.
Le mythe du « service bénévole »
Le lobby de la chasse de loisir qualifie régulièrement son activité de « service bénévole » rendu à la collectivité. La réalité est tout autre : les chasseuses et chasseurs de loisir paient pour leurs patentes afin de pratiquer un hobby qui leur procure une satisfaction personnelle. Un « service bénévole » pour l'exercice duquel il faut acheter une patente, qui permet de collectionner des trophées et dont les résultats, après des décennies, ne remplissent toujours pas les exigences légales, ne mérite pas cette appellation.
Alternatives à la chasse de loisir
Une gestion professionnelle de la faune sauvage
Depuis plus de 50 ans, le canton de Genève démontre que des gardes-faune professionnels régulent la faune sauvage de manière plus efficace, plus économique et plus respectueuse de la protection animale que la chasse de loisir. Les coûts d'environ 1,2 million de francs par an ne représentent qu'une fraction des coûts globaux cachés du système de chasse de loisir dans les autres cantons.
Mesures sylvicoles
La recherche le montre clairement : la régénération forestière n'est pas seulement une question de densité de gibier, mais aussi de sylviculture. Le contrôle de la lumière par une éclaircie ciblée, la promotion des peuplements mixtes, l'aménagement de zones de pâturage en dehors de la forêt et la prévention du tassement du sol sont des leviers qui agissent indépendamment de la forme de chasse pratiquée.
Zones de tranquillité et amélioration de l'habitat
Les zones de tranquillité pour la faune réduisent le stress des animaux sauvages et donc leur repli dans les zones de régénération forestière. L'aide à l'exécution de l'OFEV les mentionne comme instrument central. Dans la pratique, elles sont toutefois souvent imposées contre la résistance des chasseurs de loisir, qui craignent des restrictions de leur territoire de chasse.
Régulation naturelle par les prédateurs
Le retour du loup et du lynx offre une solution naturelle à long terme à la problématique de l'abroutissement. Les données scientifiques montrent que les prédateurs réduisent l'abroutissement au niveau local et régional, en modifiant à la fois les populations sauvages et le comportement spatial des ongulés. Cette solution est activement combattue par le lobby de la chasse de loisir.
Argumentaire
«Sans la chasse de loisir, la forêt ne se régénère plus.»
Faux. Le canton de Genève, le Parc national suisse et le parc national du Grand Paradis (Italie, sans chasse depuis 1922) montrent que les forêts se régénèrent sans chasse de loisir. À Genève, les dégâts forestiers sont comparables à ceux des cantons où la chasse de loisir est autorisée. Les données du WSL montrent en outre que, sur environ la moitié de la surface forestière suisse évaluée, la régénération n'est pas compromise par les animaux sauvages. Dans le Parc national suisse, il a même été démontré que davantage de jeunes plants poussent sur les passages du gibier que sur les surfaces non perturbées.
Contre-argument du lobby de la chasse de loisir :«Genève est trop petit et trop urbain, le modèle n'est pas transposable.»Analyse :Genève est densément peuplé, pratique une viticulture intensive, possède un aéroport international et un trafic frontalier direct. Si une gestion professionnelle de la faune sauvage fonctionne dans ce contexte, aucun argument structurel ne s'oppose à ce qu'elle fonctionne également dans des cantons plus grands et moins densément peuplés.
«La chasse de loisir régule la population sauvage à un niveau compatible avec la forêt.»
Les données réfutent cette affirmation. Malgré une chasse de loisir ininterrompue dans 25 cantons, la part de la surface forestière avec une influence de la faune sauvage supportable a massivement diminué au cours des dix dernières années. Dans les cantons de Glaris, des Grisons et du Valais, même les épicéas sont parfois fortement abroutis. En plusieurs décennies, la chasse de loisir n'est pas parvenue à garantir l'état prescrit par la loi, à savoir une régénération forestière naturelle sans mesures de protection.
Contre-argument du lobby de la chasse de loisir :«On ne chasse pas assez, et non pas trop.»Analyse : Si environ 29’000 chasseurs et chasseuses de loisir ne parviennent pas, en des décennies, à remplir l'exigence légale, ce n'est pas un argument en faveur de davantage de chasse de loisir, mais en faveur d'un autre système.
«L’abroutissement est le principal problème de la forêt suisse.»
Non. Le rapport forestier 2025 identifie le changement climatique comme le plus grand défi. La chaleur, la sécheresse, les tempêtes, les organismes nuisibles et les apports d’azote pèsent bien plus lourdement sur la forêt que l’abroutissement par la faune sauvage. L’abroutissement est un facteur régional, qui peut être considérable localement, mais qui ne constitue pas le problème dominant de la forêt suisse.
Contre-argument du lobby de la chasse de loisir :«C’est justement à cause du changement climatique que nous avons besoin d’essences résistantes au climat, qui sont toutefois particulièrement sensibles à l’abroutissement.»Analyse :Il est vrai que le sapin blanc et les feuillus sont importants pour la transformation de la forêt et sensibles à l’abroutissement. Ce qui est faux, c’est la conclusion selon laquelle la chasse de loisir serait la solution. Les données montrent que la chasse de loisir n’a justement pas résolu ce problème pendant des décennies. Les mesures sylvicoles et une gestion professionnelle de la faune sauvage sont les instruments les plus efficaces.
«Sans chasseuses et chasseurs de loisir, l’abroutissement met en péril la forêt protectrice.»
La forêt protectrice est en effet sous pression : 30 pour cent de sa surface présente très peu de régénération. Mais le rapport forestier ne mentionne pas seulement l’abroutissement comme cause, mais aussi un manque de lumière dans des peuplements trop denses, soit un problème sylvicole. De plus, la situation actuelle montre que la forêt protectrice s’est dégradée sous le régime de la chasse de loisir, et non améliorée. La conséquence logique n’est pas davantage de chasse de loisir, mais une gestion professionnelle.
Contre-argument du lobby de la chasse de loisir :«Les gardes-faune ne peuvent pas atteindre seuls les chiffres de tir.»Analyse :À Genève, une douzaine de gardes-environnement professionnels assurent la gestion de la faune sauvage pour un canton de 500 000 habitantes et habitants. Les coûts sont documentés et transparents. Le lobby de la chasse de loisir n’a jamais présenté de comptabilité complète comparable pour son propre système.
«La chasse de loisir est un service rendu bénévolement à la collectivité.»
Cette affirmation n’est étayée par rien. Les chasseuses et chasseurs de loisir paient pour des permis qui leur procurent un loisir. Ils n’assument aucune responsabilité de réserve de chasse (chasse à patente), leur activité n’a manifestement pas rempli le mandat légal de régénération forestière, et les coûts externes de leur hobby (accidents de gibier, pertes de biodiversité, charges administratives, munition au plomb) sont mis à la charge de la collectivité. Un système professionnel de gardes-faune selon le modèle Modèle genevois serait plus efficace, plus transparent et plus économique.
Liens rapides
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- Mythes sur la chasse : ce que dit vraiment la recherche
- Chasse de loisir et biodiversité
- Autorégulation des populations sauvages
- Statistique de la chasse en Suisse 2025
Autres ressources
- Pourquoi la chasse de loisir échoue comme moyen de contrôle des populations
- La chasse de loisir, un problème de protection animale
- La chasse sous la loupe des faits
Sources
- OFEV / WSL (2025) : Rapport forestier 2025. Office fédéral de l'environnement et Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage.
- OFEV (2010) : Aide à l'exécution Forêt et gibier. La gestion intégrale du chevreuil, du chamois, du cerf et de leur habitat. Pratique environnementale n° 1012.
- Kupferschmid, A. D. ; Frei, M. (2025) : Auswertung kantonaler Daten zum Wildeinfluss auf die Waldverjüngung 2020–2024. Schweizerische Zeitschrift für Forstwesen 176(3) : 146–157.
- Kupferschmid, A. D. ; Abegg, M. (2025) : Analyses de séries temporelles sur l'abroutissement dans le contexte de la régénération de l'Inventaire forestier national suisse. WSL.
- Kupferschmid, A. D. ; Bollmann, K. (2016) : Effets directs, indirects et combinés des loups sur la régénération forestière. Revue suisse de sylviculture 167(1) : 3–12.
- Kupferschmid, A. D. (2024) : Comparaison méthodologique et analyses de séries temporelles sur l'abroutissement dans le contexte de la régénération de l'IFN : rapport final. WSL.
- Schnyder, J. (2016) : Influence du lynx sur l'abroutissement et la régénération forestière dans le canton de Saint-Gall. Mémoire de master, Université des sciences agronomiques de Vienne.
- Gehring, E. et al. (2025) : Influence de l'abroutissement par la faune sauvage sur la régénération forestière. Revue suisse de sylviculture.
- Société forestière suisse (2025) : L'influence de la faune sauvage sur la régénération forestière continue d'augmenter en Suisse. Schweiz. Z. Forstwes. 176(3) : 132–135.
- Université de Fribourg et al. (2023) : Determinants of red deer density across Europe. Journal of Applied Ecology. 492 sites dans 28 pays.
- Postulat Reichmuth 23.3129 : « Des forêts d'avenir ne sont possibles qu'avec un abroutissement conforme à la loi ! » Adopté par le Conseil des États le 8 juin 2023.
- Dandliker, G. (2013) : Interdiction de chasse : scientifiquement possible et démontrée en pratique. Conférence à l'Université de Bâle, 15 octobre 2013.
- Reimoser, F.; Stock, R. et al. (2022) : Does Ungulate Herbivory Translate into Diversity of Woody Plants? A Long-Term Study in a Montane Forest Ecosystem in Austria.
- Gordon, I. J. ; Prins, H. H. T. (2008) : The Ecology of Browsing and Grazing. Ecological Studies n° 195. Springer.
- Pro Natura : « Voir le loup comme une chance ». Magazine Pro Natura.
- Bebi, P. et al. (2023) : Publication spécialisée sur la problématique forêt-faune sauvage.
- Document de position GWG/SFV/BWB/WaldSchweiz (2024) : Une influence trop forte de la faune sauvage met en péril les prestations forestières.
- OFEV, Statistique fédérale de la chasse 2025 (jagdstatistik.ch).
- Loi fédérale sur la chasse et la protection des mammifères et oiseaux sauvages (LChP), RS 922.0.
- Loi fédérale sur les forêts (LFo), RS 921.0.
- Ordonnance sur les forêts (OFo), RS 921.01.
- Loi sur la protection des animaux (LPA), RS 455.
Notre exigence
Le récit de l'abroutissement est au cœur de la justification de la chasse de loisir : sans nous, la forêt est condamnée. Les données racontent une tout autre histoire. Quelque 29’000 chasseurs et chasseuses de loisir n'ont, pendant des décennies, pas rempli la mission légale d'assurer la régénération forestière sans mesures de protection. Entre 2015 et 2024, la situation s'est même aggravée. Dans le même temps, le canton de Genève démontre depuis plus de 50 ans qu'une gestion professionnelle de la faune sauvage est plus efficace, moins coûteuse et plus respectueuse de la protection animale.
La chercheuse du WSL Andrea Kupferschmid le dit clairement : il ne s'agit pas d'un conflit entre forêt et faune sauvage, mais d'un conflit entre êtres humains. Et c'est un conflit que la chasse de loisir, malgré son autoproclamation en tant que « corvée », ne résout pas, mais contribue systématiquement à aggraver par une perturbation permanente, un manque de responsabilité envers les réserves de chasse et une orientation tournée vers le trophée.
Les alternatives sont sur la table : une gestion professionnelle de la faune sauvage selon le Modèle genevois, des mesures sylvicoles, des zones de tranquillité pour la faune et le retour des prédateurs naturels. Tous ces instruments sont scientifiquement avérés et éprouvés dans la pratique. S'ils ne sont pas appliqués à large échelle, ce n'est pas faute de preuves, mais en raison de l'influence politique du lobby de la chasse de loisir.
Ce dossier est mis à jour en continu lorsque de nouveaux chiffres, études ou développements politiques l'exigent.
Plus d'informations sur la chasse de loisir : dans notre Dossier sur la chasse nous rassemblons des vérifications de faits, des analyses et des reportages de fond.
