21.10.2026, 23:17

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Lois sur la chasse et contrôle : pourquoi l'autosurveillance ne suffit pas

La chasse de loisir est un domaine réglementé. Il existe des lois, des ordonnances, des périodes de chasse, des périodes de protection et des plans de tir. Cela ressemble à un système clair. Mais réglementation ne signifie pas automatiquement contrôle. Ce qui compte, c'est l'indépendance de la surveillance, la transparence des données et la rigueur avec laquelle les infractions sont poursuivies. Ce dossier montre où le système échoue et ce dont un droit de la chasse moderne aurait besoin à la place.

Ce qui vous attend ici :

  • La promesse de la réglementation et la réalité. Pourquoi le conflit d'intérêts structurel du système de chasse suisse pose problème sur le plan démocratique.
  • Conflits d'intérêts dans le système de chasse. Comment des acteurs proches de la chasse conseillent les autorités censées les contrôler, et ce que cela signifie pour la politique relative au loup.
  • Le contrôle échoue faute de ressources. Pourquoi 7'000 kilomètres carrés de surface à contrôler avec une fraction du personnel nécessaire ne donnent pas un système de surveillance fonctionnel.
  • Absence de transparence des données. Pourquoi la Suisse ne dispose pas de registre de chasse accessible au public et ce que cela signifie pour l'évaluation démocratique de la chasse de loisir.
  • La technique sans adaptation des règles. Comment les caméras thermiques, les silencieux et les drones élargissent la pratique de la chasse avant que le législateur ne réagisse.
  • Ce dont un système de contrôle moderne a besoin. Cinq éléments structurels : une surveillance indépendante, des obligations de rapport, des données ouvertes, des sanctions sévères et une évaluation des conséquences technologiques.
  • Ce qui devrait changer. Des revendications politiques concrètes pour un système de surveillance de la chasse conforme à l'État de droit.
  • Argumentaire. Des réponses aux objections les plus fréquentes contre un contrôle indépendant de la chasse et la transparence des données.
  • Liens rapides. Tous les articles, lois, dossiers et sources externes pertinents.

La promesse de la réglementation et la réalité

Le droit de la chasse est complexe et morcelé au niveau cantonal. La Suisse connaît deux systèmes de chasse fondamentaux : la chasse à patente dans 16 cantons et la chasse à territoire dans 9 cantons ; Genève a aboli la chasse de loisir en 1974 (OFEV). À cela s'ajoutent le droit fédéral (loi sur la chasse LChP et ordonnance sur la chasse OChP), les dispositions d'exécution cantonales, les plans de tir, les périodes de protection et les prescriptions techniques. Sur le papier, il en résulte un corpus de règles dense. Dans la pratique, il existe de graves écarts entre ce qui est écrit et ce qui s'applique.

Le cœur structurel du problème : en Suisse, le droit de la chasse est largement façonné par des acteurs proches de la chasse. Dans les commissions cantonales de la chasse, les organes consultatifs et les procédures de consultation, les associations de chasse et les chasseurs de loisir sont solidement ancrés. Dans un État fédéral de milice, ce n'est pas une exception, mais la normalité. Cela devient problématique lorsque d'autres perspectives font systématiquement défaut : la recherche sur la faune sauvage, les organisations de protection animale et le grand public sont structurellement sous-représentés dans ces processus. Il en résulte non pas un système de régulation équilibré, mais un cercle largement fermé.

Pour en savoir plus : Chasse en Suisse : chiffres, systèmes et la fin d'un récit et Le lobby des chasseurs en Suisse : comment fonctionne l'influence

Conflits d'intérêts dans le système de chasse

Dans des cantons comme les Grisons, le Valais et Uri, les frontières entre l'autorité de la chasse, la commission de la chasse et l'association de chasse sont floues. Des membres d'associations de chasseurs de loisir conseillent des autorités qui sont censées contrôler ces mêmes associations. C'est un conflit d'intérêts classique. Le résultat : des réglementations qui créent des marges de manœuvre en faveur de la chasse de loisir, comme des autorisations exceptionnelles, des périodes de chasse prolongées et des listes de tir élargies.

La régulation des prédateurs en est un exemple concret. Le loup est protégé par le droit fédéral et les conventions internationales. Parallèlement, des prélèvements de loups sont autorisés à une fréquence que les organisations de protection des espèces jugent régulièrement incompatible avec la mission de protection. Les autorités compétentes s'appuient sur des plans de tir et des rapports de dommages élaborés par des services cantonaux proches de la chasse. Une évaluation scientifique indépendante n'a pas lieu de manière systématique. Il en résulte une réglementation qui paraît neutre de l'extérieur, mais qui, dans les faits, met en œuvre la position du lobby de la chasse de loisir.

Dans le canton des Grisons, l'Office de la chasse et de la pêche a enregistré chaque année, de 2012 à 2020, plus de mille amendes et dénonciations contre des chasseurs de loisir ; depuis 2021, il ne publie plus ce chiffre. Dans la base de données de la protection animale, on ne trouve pour l'ensemble de la Suisse, de 2018 à 2022, que 17 condamnations pour cruauté envers les animaux lors de la chasse (Analyse). Le système gère les infractions au lieu de les réduire.

Pour en savoir plus : Le loup en Suisse et du Compteur de loups 2026/27 et Surveillance indépendante de la chasse : contrôle externe plutôt qu'autocontrôle (intervention type)

Le contrôle échoue faute de ressources

Les réserves de chasse sont vastes. La surveillance est limitée. Les preuves sont difficiles à établir. Les infractions se produisent en forêt, pas sur une scène publique. Cela crée un espace où les règles existent, mais sont appliquées de manière lacunaire. Le service de la chasse et de la pêche d'un canton comme les Grisons gère une surface de plus de 7'000 kilomètres carrés avec une fraction du personnel qu'exigerait une tâche comparable dans un domaine de régulation urbain.

Un système fondé sur la responsabilité individuelle peut fonctionner lorsqu'un contrôle externe est possible et réel. Là où le contrôle externe est chroniquement sous-financé et manque de personnel, la responsabilité individuelle devient une formule creuse. Les tirs manqués ne sont pas recensés ni publiés de manière uniforme à l'échelle suisse. Les recherches au sang ne sont pas documentées de façon exhaustive, les contrôles reposent souvent sur les déclarations des tireurs eux-mêmes (Amden, Avers, Tessin). Les infractions à la protection animale liées aux pièges, au déterrage et aux battues sont rarement dénoncées et plus rarement encore poursuivies. L'argument « il y a pourtant des règles » ne convainc pas dans un système de contrôle qui repose de facto sur l'autodéclaration.

Pour en savoir plus : La haute chasse en Suisse : rituel traditionnel, zone de violence et test de résistance et Chasse de loisir et criminalité : contrôles d'aptitude, obligations de signalement et conséquences (intervention type)

Absence de transparence des données

Chiffres de tir, taux de blessures, recherches au sang, tirs manqués, accidents de la faune liés à la pression de chasse, conflits avec la population : ces informations existent sous une forme dispersée selon les cantons, sont publiées de manière sélective et ne sont pas systématiquement regroupées. La Statistique fédérale de la chasse ne compte que les tirs et les animaux trouvés morts ; il manque une base de données accessible au public sur les tirs manqués, les recherches au sang, les infractions et les sanctions.

Cela a des conséquences. Le public ne peut pas évaluer sérieusement la chasse de loisir, car on lui refuse les bases nécessaires pour le faire. Le Parlement et les médias ne peuvent exercer aucune surveillance fondée sur des faits. Les organisations de protection animale et la recherche sur la faune ne peuvent produire aucune analyse indépendante, car les données brutes ne sont pas accessibles. La transparence des données n'est pas une attaque contre la chasse de loisir. C'est une condition démocratique minimale pour tout domaine soumis à une réglementation publique et qui occupe l'espace public, comme les forêts, les animaux sauvages et les cours d'eau.

Un registre de chasse moderne devrait contenir au minimum : les chiffres de tir par espèce, lieu et méthode, les tirs manqués et les recherches au sang avec leur issue, les blessures des chiens de chasse, les déclarations de captures accidentelles liées au piégeage et les plaintes déposées contre des chasseurs de loisir avec l'issue des procédures. Le tout public, uniforme à l'échelle cantonale et mis à jour chaque année.

Pour en savoir plus : ChasseSuisse : une population mal informée et Argumentaire contre la chasse de loisir et en faveur des gardes-faune

La technique sans adaptation des règles

Les nouvelles technologies bouleversent la pratique de la chasse. Les caméras thermiques et les dispositifs de vision nocturne permettent la chasse de loisir dans l'obscurité avec une précision autrefois impossible. Des drones sont utilisés pour rechercher les animaux et observer le gibier. Les silencieux modifient la perception acoustique et, par conséquent, la possibilité de contrôle. Des leurres sonores électroniques attirent délibérément les animaux sauvages. Ce qui passait autrefois pour une exception devient la routine avant même que le législateur ait réagi.

Le problème n'est pas la technique elle-même, mais l'absence d'évaluation d'accompagnement. Lorsque de nouveaux moyens accroissent la pression de chasse, cela modifie l'impact sur les populations d'animaux sauvages, l'intensité des dérangements et les standards de protection animale. Cela doit être étudié scientifiquement, débattu publiquement et encadré par des règles claires. Sinon, ce qui est possible devient ce qui est normal, sans que la société n'ait jamais été consultée pour savoir si elle le souhaite.

En Suisse, il manque un organe indépendant chargé d'évaluer les évolutions technologiques dans la chasse de loisir et de subordonner leur autorisation à des conditions. Cette lacune n'est pas un oubli, mais le résultat d'un système dans lequel les personnes réglementées participent de manière déterminante à l'élaboration de la réglementation.

Pour en savoir plus : Chasse de nuit et chasse high-tech et Chasse et armes : risques, accidents et dangers des chasseurs de loisir armés

Ce dont un système de contrôle moderne a besoin

Un système digne de ce nom nécessite cinq éléments structurels :

Surveillance indépendante : Les commissions de la chasse et les organes consultatifs doivent être composés de manière paritaire : avec des représentantes et représentants de la recherche sur la faune sauvage, de la protection animale, de la protection de la nature et de la population non chasseuse. Les acteurs proches de la chasse sont des participants légitimes, mais pas les seuls.

Obligations de déclaration claires : les chasseurs de loisir doivent déclarer obligatoirement et de manière uniforme les tirs manqués, les recherches au sang avec leur résultat et les incidents liés au piégeage. Pas sur une base volontaire. Obligatoirement.

Données ouvertes : Toutes les données relatives à la chasse doivent être accessibles au public : sous forme lisible par machine, de manière uniforme dans tous les cantons et mises à jour chaque année. Cela vaut aussi bien pour les chiffres de tir que pour les infractions et les sanctions.

Sanctions sévères : Quiconque dissimule des tirs manqués, enfreint les périodes de protection ou ignore les prescriptions de protection animale doit s'attendre à un retrait définitif de l'autorisation de chasse, et non à une amende qui peut être prise en compte dans le calcul.

Évaluation des conséquences technologiques : Toute nouvelle méthode ou technologie de chasse doit être soumise, avant son autorisation, à une évaluation indépendante incluant la protection animale, l'impact écologique et l'acceptation sociétale.

Pour en savoir plus : Textes types pour des interventions critiques envers la chasse dans les parlements cantonaux et Genève et l'interdiction de chasse

Ce qui devrait changer

  • Moratoire sur les nouvelles technologies de chasse jusqu'à leur évaluation : Avant que les caméras thermiques, silencieux ou drones ne soient normalisés sur le plan juridique de la chasse, il faut une évaluation indépendante de leur impact sur la protection animale, l'écologie et la société. Proposition type : Textes types pour des interventions critiques envers la chasse
  • Commissions de chasse indépendantes et paritaires au niveau fédéral : La recherche sur la faune sauvage, la protection animale et la protection de la nature doivent être représentées à égalité. Un organe composé exclusivement d'acteurs proches de la chasse n'est pas une surveillance, mais une autogestion. Proposition type : Surveillance indépendante de la chasse : contrôle externe plutôt qu'autocontrôle
  • Obligation fédérale de publication publique des données : Tous les cantons doivent publier chaque année des données de chasse uniformes : tirs, tirs manqués, recherches au sang, infractions, sanctions. Des données qui ne sont pas publiques n'existent pas démocratiquement.
  • Obligation de déclaration uniforme pour les tirs manqués et les incidents de protection animale : La déclaration volontaire a échoué. Il faut un système obligatoire avec des conséquences claires en cas d'omission, à l'instar de l'obligation de déclaration dans d'autres domaines d'activité réglementés. Proposition type : Chasse de loisir et criminalité : contrôles d'aptitude, obligations de déclaration et conséquences
  • Retrait du permis de chasse comme sanction régulière : Les amendes ne suffisent pas. Les infractions graves et répétées doivent entraîner un retrait définitif du permis. Il n'en va pas autrement dans aucun autre domaine réglementé impliquant des armes et l'espace public.

Argumentaire

«Le système de chasse est déjà bien réglementé.»
Réglementation et contrôle ne sont pas la même chose. Un système comportant beaucoup de règles, une application faible et un manque de transparence des données n'est pas un système de contrôle qui fonctionne. Plus de mille amendes et dénonciations par an dans le seul canton des Grisons (2012 à 2020) montrent que les infractions sont fréquentes. Le contraire de « bien réglementé ».

« Les chasseurs de loisir sont des personnes responsables qui n'ont pas besoin de contrôle externe. »
Aucun autre domaine utilisant des armes à feu dans l'espace public ne renonce à un contrôle externe avec cet argument. Police, armée, services de sécurité : tous connaissent une surveillance externe. La responsabilité individuelle sans possibilité de contrôle n'est pas un modèle, mais un privilège.

« La transparence des données placerait les chasseurs de loisir sous suspicion généralisée. »
La transparence ne place personne sous suspicion générale. Elle permet à la société de juger si un domaine qui utilise des ressources publiques respecte les règles qui y sont liées. Cela vaut pour les banques, les entreprises pharmaceutiques et les usines à animaux. Cela vaut aussi pour la chasse de loisir.

«Les nouvelles technologies rendent la chasse de loisir plus précise et plus respectueuse de la protection animale.»
C'est possible. L'inverse l'est tout autant. Seules des données permettent de le déterminer. Une autorisation sans évaluation n'est pas un argument de protection animale, mais un souhait. Celui qui qualifie une technique de respectueuse des animaux doit le prouver.

«Les différences cantonales sont une force, pas une faiblesse.»
L'autonomie cantonale est un principe légitime. Mais lorsque des standards différents signifient qu'une période de protection s'applique dans un canton et pas dans le canton voisin, ou que la même espèce animale est protégée ici et abattue là-bas, ce n'est pas une force. C'est une mosaïque dépourvue de logique écologique.

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Notre exigence

Un système de chasse qui n'est pas transparent, qui n'est pas contrôlé de manière indépendante et qui ne sanctionne pas systématiquement les infractions n'est pas un système de régulation conforme à l'État de droit. C'est un privilège qui s'autogère. IG Wild beim Wild exige que la chasse de loisir soit soumise aux mêmes critères que toute autre activité qui utilise l'espace public, emploie des armes à feu et concerne la vie d'êtres sensibles. Cela signifie : une surveillance indépendante, des données ouvertes, des obligations claires et des sanctions sévères.

Nous documentons ce qu'est le système aujourd'hui, afin qu'il soit clair ce qu'il devrait être. Ce dossier est actualisé en continu lorsque de nouveaux cas, des jugements ou des évolutions politiques l'exigent. Tu sais ce qui doit changer dans ton canton ? Envoie-nous ton indication, nous l'intégrerons à la documentation : wildbeimwild.com/kontakt

Plus d'informations sur la chasse de loisir : dans notre Dossier sur la chasse nous rassemblons des vérifications de faits, des analyses et des reportages de fond.