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Chasse en Suisse : chiffres, systèmes et mythes

Environ 30’000 chasseuses et chasseurs de loisir sont actifs en Suisse. Ils abattent annuellement environ 76 000 ongulés sauvages ainsi que près de 22’000 prédateurs – renards roux, blaireaux, martres. La chasse est alors commercialisée comme protection de la nature : comme un service désintéressé aux animaux sauvages et au paysage, comme un instrument de régulation indispensable, comme un pont entre l'homme et la nature.

Ce qui devient visible à un examen plus approfondi est autre chose. Environ 65 pour cent des pratiquants de la chasse en Suisse le font dans des cantons avec chasse à patente – des cantons où il n'y a pas de territoire permanent, pas de surface clairement attribuée et pas de responsabilité institutionnellement ancrée pour les habitats ou les animaux sauvages. Ils paient pour un droit temporellement limité d'abattre des animaux sauvages dans un vaste territoire. Ensuite le droit expire. Celui qui délivre la même patente l'année suivante n'est pas plus responsable du même habitat que l'année précédente.

Ce problème structurel constitue le cœur du narratif cynégétique en Suisse : la majorité des pratiquants de la chasse n'a aucune base institutionnelle pour la responsabilité qu'elle revendique publiquement. Les études de biologie comportementale montrent que les animaux sauvages réagissent à la pression de chasse par un stress chronique, un retrait et un taux de reproduction accru – pas par de la gratitude. Les écologistes des populations démontrent que les abattages ne génèrent pas une régulation stable des effectifs, mais déclenchent des dynamiques compensatoires. Et le canton de Genève montre depuis 1974 que la diversité de la faune sauvage, la biodiversité et l'acceptation sociale n'diminuent pas sans la chasse de loisir – mais qu'elles croissent.

Ce dossier remet systématiquement en question le narratif cynégétique. Au centre se trouvent non pas des jugements moraux, mais des faits vérifiables : chiffres, compétences, responsabilité et impact. En complément, nos analyses cantonales offrent une classification approfondie : Berne, Grisons, Zurich et Genève etc.

Ce qui t'attend ici

  • Abolition de l'irresponsabilité structurelle dans le système de chasse par permis : Qui obtient le droit de tuer des animaux sauvages dans un grand territoire doit aussi porter durablement la responsabilité de ce territoire. Cela signifie soit la transformation de la chasse par permis en un système de réserves avec une responsabilité claire de surface et de temps, soit le remplacement progressif par des structures professionnelles de gardes-chasse selon le modèle genevois. Motion type : Gardes-chasse au lieu de chasseurs de loisir
  • Projets pilotes cantonaux selon le modèle genevois : Les cantons qui veulent examiner sérieusement le modèle de garde-chasse ont besoin d'une marge de manœuvre de droit fédéral et d'un soutien financier pour une phase d'évaluation. Le modèle genevois a 50 ans, sa transférabilité à d'autres cantons n'est pas une question hypothétique, mais une décision politique planifiable.
  • Contingents d'abattage transparents et écologiquement justifiés : Les contingents doivent reposer sur des relevés d'effectifs scientifiquement validés, être liés à des valeurs cibles écologiques claires, être documentés de manière publiquement accessible et soumis à un contrôle indépendant. Des chiffres d'abattage négociés politiquement sans base biologique ne constituent pas une régulation. Motion type : Statistique de chasse transparente
  • Calcul complet des coûts de la chasse de loisir : Un décompte transparent de tous les coûts directs et indirects du système de chasse de loisir et leur comparaison avec les coûts d'un modèle de garde-chasse. Sans ce calcul, le débat politique sur la « valeur » de la chasse de loisir pour la communauté n'est pas mené sérieusement.
  • Découplage entre protection de la nature et droit de chasse : Le travail de protection de la nature doit être organisé comme une prestation autonome, reconnue et encouragée. Qui veut protéger la nature n'a pas besoin d'autorisation de chasse. Qui veut chasser ne peut pas automatiquement se légitimer comme protecteur de la nature.
  • Cadre de droit fédéral pour une gestion professionnelle de la faune : La loi fédérale sur la chasse doit reconnaître la gestion professionnelle de la faune sans chasse de milice comme alternative équivalente et offrir aux cantons qui empruntent cette voie le cadre juridique correspondant. Ce qui fonctionne à Genève depuis 50 ans ne peut plus être traité comme une exception au niveau du droit fédéral.
  • Argumentaire : Réponses aux objections les plus fréquentes sur le sujet.
  • Liens rapides : Tous les articles, études et dossiers pertinents.

Deux systèmes, une légitimation : chasse par permis et chasse en réserve en comparaison

La Suisse connaît deux systèmes de chasse fondamentalement différents, dont la distinction est centrale pour l'évaluation du narratif de la chasse. Dans les cantons à chasse de territoire – parmi lesquels Zurich, Argovie, Lucerne, Saint-Gall, Schaffhouse, Soleure, Thurgovie, Bâle-Ville et Bâle-Campagne – les autorisations de chasse sont liées à des territoires concrets, géographiquement délimités. Celui qui chasse loue un territoire déterminé pour plusieurs années et est formellement responsable de cet habitat. Cette liaison systémique entre surface, responsabilité et continuité temporelle crée au moins la possibilité formelle d'une responsabilité durable.

Dans les cantons à chasse par permis – parmi lesquels Berne, Valais, Grisons, Vaud, Fribourg, Glaris, Jura, Neuchâtel, les deux Appenzell, Nidwald, Obwald, Schwyz, Tessin, Uri et Zoug – le système fonctionne fondamentalement différemment : le permis autorise la chasse sur l'ensemble du territoire cantonal (excepté les zones de protection fédérales et cantonales), pour une durée limitée, sans habitat assigné de manière permanente. Celui qui acquiert un permis a accès à une grande surface sans être durablement responsable d'aucune partie de celle-ci. Après l'expiration de la saison, le droit s'éteint. Une responsabilité d'habitat ancrée institutionnellement n'en résulte pas.

La répartition est statistiquement claire : environ 65 pour cent des chasseurs actifs en Suisse le sont dans des cantons à chasse par permis – donc dans un système sans responsabilité territoriale permanente. L'essentiel n'est pas que la chasse de territoire signifie automatiquement protection de la nature. L'essentiel est que la responsabilité n'est structurellement pas possible dans la chasse par permis. La légitimation publique de la chasse de loisir comme « service à la nature » invoque une responsabilité que le système ne prévoit pas pour la majorité de ses pratiquants.

Plus d'informations : OFEV : Chasse et systèmes de chasse et Mythes de la chasse : 12 affirmations que tu devrais examiner de manière critique

Corvée ou droit d'usage : ce que reçoivent réellement les chasseurs de loisir

Le terme « corvée » apparaît régulièrement dans le débat de politique cynégétique. Les chasseurs et chasseuses de loisir aiment présenter leur activité comme un service désintéressé à la collectivité, comme une prestation gratuite pour la nature et la société. Une analyse lexicale et systémique montre : le terme est historiquement mal utilisé dans le contexte de la chasse de loisir et occulte les structures réelles de pouvoir, d'usage et d'incitation.

La corvée désignait historiquement une prestation de travail gratuite et obligatoire pour la communauté ou l'État, sans contrepartie individuelle. Le cœur du terme est le désintéressement. Dans le système de chasse suisse existe une contrepartie claire et exclusive : les chasseurs et chasseuses de loisir paient pour des permis ou des territoires et obtiennent en échange un droit exclusif – l'accès aux animaux sauvages y compris l'abattage. Ce droit est l'incitation centrale du système. Sans droit de tir, il n'y aurait ni permis de chasse ni baux de chasse. Ainsi disparaît le critère décisif pour la corvée : la chasse n'est pas un service gratuit, mais un droit d'usage réglé contractuellement. Celui qui paie attend quelque chose en retour – et c'est clairement défini.

Cette contradiction apparaît particulièrement clairement dans les cantons à chasse par permis : il n'y existe aucune liaison territoriale permanente, aucune responsabilité de surface à long terme et aucun travail d'habitat ancré institutionnellement. Ce qui reste, c'est le droit d'usage temporaire. L'abattage n'est pas un effet secondaire, mais le cœur de l'activité. La protection de la nature est mesurable : elle se manifeste dans des surfaces entretenues, des mesures concrètes, des périodes et des effets vérifiables. Les organisations d'entretien du paysage, de gestion de la forêt de protection ou de promotion de la biodiversité travaillent sans armes, sans logique de trophées et sans quotas d'abattage. La référence à la « corvée » sert dans le contexte cynégétique principalement à la revalorisation morale d'un droit d'usage – non à sa description factuelle.

Plus d'informations : L'initiative exige « des gardes-faune au lieu de chasseurs » et Psychologie de la chasse

Pourquoi les animaux sauvages n'aiment pas les chasseurs de loisir : preuves éthologiques

L'affirmation selon laquelle les animaux sauvages profiteraient de la chasse de loisir ou l'accepteraient au moins ne résiste pas à un examen éthologique. En présence de chasseurs de loisir, les animaux sauvages basculent dans un mode comportemental plus vigilant – c'est ce qu'a montré de manière constante la recherche sur les élans au Canada et le gibier à sabot en Europe. « Les humains sont perçus comme un danger », explique le Prof. Ilse Storch, directrice de la chaire d'écologie et de gestion de la faune sauvage de l'Université de Fribourg. Ce n'est pas de l'accoutumance, ce n'est pas de l'acceptation – c'est une réaction de stress biologiquement justifiée face à une menace mortelle.

Sous pression de chasse, les animaux sauvages adaptent profondément leur comportement d'utilisation de l'espace. Les chevreuils et les cerfs abandonnent les surfaces ouvertes et vivent davantage sous la protection de la forêt. Les phases d'activité se déplacent vers la nuit, moins perturbée. Ces effets de déplacement conduisent à de moins bonnes conditions alimentaires, à une concentration accrue sur une surface plus petite – et donc à plus d'abroutissement des arbres forestiers, pas moins. Ce que le lobby de la chasse décrit comme « protection de la forêt » produit donc en partie exactement cette pression d'abroutissement qu'il prétend combattre : parce que les battues et les rabattages poussent les animaux sauvages paniqués dans ces zones de repli où ils broutent ensuite la végétation disponible sous un stress accru.

Les mesures scientifiques de stress confirment ce que suggèrent les études éthologiques. Une étude de 14 ans d'échantillons sanguins de gibier à sabot abattu et mort sur la concentration de cortisol montre : les animaux qui ont été chassés, dérangés ou percutés avant leur mort présentent des taux d'hormones de stress drastiquement plus élevés que ceux qui sont morts sans être dérangés. Chez le cerf rouge provenant de battues, cette différence est particulièrement nettement mesurable. La chasse n'est donc pas, d'un point de vue biologique, une activité neutre, mais un facteur de stress permanent avec des conséquences physiologiques mesurables. Un argument central des chasseurs selon lequel les animaux sauvages s'habitueraient à la chasse contredit clairement cela : les animaux sauvages peuvent s'habituer aux perturbations non dangereuses, mais pas aux menaces mortelles qui créent une pression de survie sélective.

Plus d'informations : Études sur l'impact de la chasse sur les animaux sauvages et Animaux sauvages, angoisse de mort et absence d'anesthésie

L'abattage comme régulation : pourquoi cet argument ne tient pas biologiquement

L'un des arguments de justification centraux de la chasse de loisir prétend que les abattages sont nécessaires pour réguler les populations d'animaux sauvages. Cet argument semble intuitivement plausible, mais ne résiste pas à une analyse écologique des populations. Le zoologiste et écologue Prof. Dr Josef H. Reichholf, ancien directeur du département des vertébrés de la Collection zoologique d'État de Munich, le résume précisément : « La chasse ne régule pas. Elle crée des populations excessives et réprimées. »

La justification réside dans la dynamique compensatoire des populations. Les populations d'animaux sauvages ne réagissent pas passivement aux pertes, mais par des contre-mécanismes biologiques : taux de reproduction accrus, maturité sexuelle plus précoce, portées plus importantes. Les études montrent clairement que les sangliers, chevreuils et autres animaux sauvages augmentent leur taux de reproduction sous pression de chasse – plus ils sont chassés, plus ils produisent de descendants. Sur wildbeimwild.com, il est justement écrit : « La chasse de loisir sous sa forme actuelle n'est pas un instrument efficace de régulation des populations, mais une récolte périodique de gibier qui stabilise ou agrandit souvent la population – avec l'effet secondaire que le gibier ne manque jamais aux chasseurs de loisir. »

S'ajoute le problème de sélection : en pratique, les individus prélevés ne sont pas aléatoires, mais appartiennent à certaines classes d'âge ou de sexe – de préférence les animaux les plus expérimentés, visibles et forts. L'abattage d'animaux dominants et d'individus dominants déstabilise les structures sociales chez les cervidés, les sangliers et les renards. Il en résulte des groupes désorganisés, des mouvements migratoires accrus et souvent une augmentation plutôt qu'une diminution des dégâts. D'un point de vue biologique, l'abattage agit souvent de manière déstabilisante, non régulatrice. Et la régulation présuppose des valeurs cibles écologiques claires – qui font souvent défaut dans la pratique cynégétique suisse ou sont définies politiquement plutôt que biologiquement. Des termes comme «effectif supportable» ou «densité de gibier adaptée» restent vagues et servent souvent à légitimer a posteriori des quotas d'abattage déjà fixés.

En savoir plus : Pourquoi la chasse de loisir échoue comme contrôle démographique et Mythes cynégétiques : 12 affirmations que tu devrais examiner de manière critique

76 000 ongulés sauvages : ce que révèle vraiment la statistique cynégétique 2024

Durant la saison cynégétique 2023, environ 30 000 chasseurs de loisir en Suisse ont abattu environ 76 000 ongulés sauvages ainsi que près de 22 000 prédateurs – renards roux, blaireaux, martres des pins et martres des pierres. Tant le nombre de pratiquants de la chasse que le nombre d'ongulés sauvages abattus sont restés approximativement stables ces dernières années. C'est une information pertinente : la stabilité n'est pas un signe d'efficacité pour la protection de la nature, mais d'une pratique d'exploitation qui assure sa propre pérennité.

Dans le canton de Berne – l'un des plus grands cantons de chasse à patente – la valeur actuelle d'abattage de 4 789 chevreuils durant la saison 2024/2025 correspond au niveau le plus bas depuis le début de la collecte de données. Le nombre de patentes de base délivrées atteint également un niveau plancher : 2 124 patentes – ce qui montre que moins de chasseurs de loisir sont actifs, non que la pression sur les populations d'animaux sauvages ait diminué. Dans le canton de Saint-Gall – un canton de chasse en reviers – près de 5 000 chevreuils, cerfs, chamois et sangliers ont été abattus en 2024 ; l'autorité cynégétique qualifie cela de résultat obtenu «grâce au grand engagement des chasseuses et chasseurs». La formulation est révélatrice : les abattages comme engagement, les animaux comme objectif à atteindre, pas un mot sur le travail d'habitat ou l'efficacité pour la protection de la nature.

Ce que révèle vraiment la statistique cynégétique, c'est la dimension de l'intervention : 76 000 ongulés sauvages en une année, 22 000 prédateurs, des milliers d'animaux individuels par canton. Ce n'est pas un phénomène marginal et pas une «intervention nécessaire» qui disparaît dans la mesure de la nature. C'est un prélèvement à grande échelle, répété annuellement sur les populations d'animaux sauvages, qui repose sur des contingents fixés politiquement, non sur des valeurs cibles écologiques scientifiquement justifiées et contrôlées publiquement. Ce qui n'apparaît dans aucune statistique cynégétique : combien d'animaux ont été blessés par balle et non tués immédiatement, combien de recherches sont restées infructueuses, et combien d'animaux sont morts sur les routes suite aux battues.

En savoir plus : Chasse en Suisse : vérification des faits, types de chasse, critique et Suisse : Statistique des accidents mortels de chasse

Genève : Succès sans chasse de loisir

Le canton de Genève a décidé en 1974 par votation populaire d'abolir la chasse de milice sur les mammifères et les oiseaux. Depuis, le droit d'abattre les animaux sauvages appartient à l'État : les abattages sont effectués par des gardes-faune employés par le canton dans le cadre d'une gestion de la faune sous responsabilité officielle. L'interdiction de chasse empêche quelques centaines de personnes sur 500 000 Genevois et Genevoises d'exercer leur loisir dans leur propre canton. Les avantages pour la grande majorité sont documentés après plus de 50 ans.

L'inspecteur de la faune Gottlieb Dandliker décrit l'impact sur la faune : la population d'oiseaux, qui ne comptait initialement que quelques centaines d'individus à Genève, a augmenté pour atteindre 30 000 hôtes hivernaux. Dans tout le canton, un réseau d'habitats différents a émergé, dans lequel une multitude d'animaux et de plantes parfois rares ont trouvé refuge. Une étude à long terme confirme une forte augmentation de la biodiversité. Les animaux sauvages utilisent Genève comme zone de refuge face aux territoires de chasse environnants. Pour la population, cela signifie des observations de la nature plus fréquentes et moins stressantes, ainsi qu'une acceptation sociale plus élevée des animaux sauvages dans les zones habitées.

Le modèle genevois réfute l'affirmation selon laquelle une milice armée serait une condition préalable à la régulation ou à la sécurité. Les interventions sont ciblées, traçables et sans logique de trophées ou de baux. Elles sont liées à des critères clairs comme la prévention des dégâts, la sécurité routière et la protection animale – et sont mises en œuvre par du personnel professionnel employé par l'État avec des technologies de vision nocturne et thermique, ce qui minimise les tirs manqués et les accidents. Genève n'est pas une alternative théorique. C'est une pratique vécue depuis 50 ans – et donc l'argument empirique le plus fort qui existe dans le débat suisse sur la chasse.

En savoir plus : Chasse dans le canton de Genève : interdiction de chasse, psychologie et perception de la violence et Nature sans chasse : interdiction de chasse dans le canton de Genève depuis 1974

Le modèle des gardes-faune : ce que signifient les structures professionnelles

Le modèle des gardes-faune selon l'exemple genevois sépare de manière conséquente la régulation de la faune du domaine des loisirs. Les gardes-faune sont employés par l'État, formés professionnellement et redevables envers la communauté. Leurs interventions sont liées à des critères traçables – prévention des dégâts, sécurité routière, protection animale, objectifs de biodiversité – et sont documentées de manière transparente. C'est l'opposé d'un système où les quotas d'abattage sont financés par la vente de patents et les baux de chasse et dépendent donc structurellement d'incitations économiques.

Une proposition concrète pour un changement de système – des parlements cantonaux au niveau fédéral – est détaillée dans le Modèle de texte pour interventions critiques de la chasse. Central à cela : les coûts de la gestion de la faune et de la prévention des dégâts doivent être présentés de manière traçable et comparés avec la situation actuelle – chasse de loisir plus indemnisations pour dégâts de gibier plus coûts d'assurance accidents de chasse. Qui prend cela au sérieux constatera que les structures professionnelles ne doivent pas nécessairement être plus chères que le système fragmenté et difficilement contrôlable de chasse de milice.

Ce qu'un changement de système ne signifie pas : un laissez-faire complet pour la faune. Même avec des structures de gardes-faune, il y a des interventions ciblées là où elles sont justifiées écologiquement et socialement. Ce qu'il signifie : que ces interventions sont effectuées par du personnel professionnel qui n'a pas d'intérêts pour les trophées, pas d'investissements de bail à justifier et pas d'attentes culturelles de chasse à satisfaire. Ce n'est pas une rupture radicale, mais la conséquence logique d'une politique de la faune qui veut être à la hauteur de ses propres exigences – protection de la nature, bien-être animal, responsabilité sociale.

En savoir plus : Initiative exige « Gardes-faune au lieu de chasseurs » et Modèles de texte pour interventions critiques de la chasse dans les parlements cantonaux

Ce qui devrait changer

  • Premièrement : abolition de l'irresponsabilité structurelle dans le système de chasse par patent. Qui obtient le droit de tuer des animaux sauvages dans une grande zone doit aussi porter une responsabilité durable pour cette zone. Cela signifie soit la transformation de la chasse par patent en un système de reviers avec une responsabilité claire de surface et de temps, soit le remplacement progressif par des structures professionnelles de gardes-faune selon l'exemple genevois.
  • Deuxièmement : projets pilotes cantonaux selon le modèle genevois. Les cantons qui souhaitent examiner sérieusement le modèle des gardes-faune ont besoin d'une marge de manœuvre juridique fédérale et d'un soutien financier pour une phase d'évaluation. Le modèle genevois a 50 ans – sa transférabilité à d'autres cantons n'est pas une question hypothétique, mais une décision politique planifiable.
  • Troisièmement : des contingents de tir transparents et écologiquement justifiés. Les contingents doivent se baser sur des recensements de populations scientifiquement validés, être liés à des valeurs cibles écologiques claires, être documentés de manière publiquement accessible et soumis à un contrôle indépendant. Les quotas de tir négociés politiquement sans fondement biologique ne constituent pas une régulation.
  • Quatrièmement : calcul complet des coûts de la chasse de loisir. Un relevé transparent de tous les coûts directs et indirects du système de chasse de loisir – indemnisations pour dégâts de gibier, coûts d'assurance pour accidents de chasse, coûts des accidents de gibier induits par la pression de chasse, coûts de contrôle étatique – et leur comparaison avec les coûts d'un modèle de gardes-faune. Sans ce calcul, le débat politique sur la « valeur » de la chasse de loisir pour la collectivité ne peut être mené sérieusement.
  • Cinquièmement : découplage de la protection de la nature et du droit de chasse. Le travail de protection de la nature – entretien des biotopes, protection des amphibiens, soins aux sites de reproduction, monitoring de la faune sauvage – doit être organisé comme une prestation autonome, reconnue et soutenue. Qui veut protéger la nature n'a pas besoin d'un droit de chasse. Qui veut chasser ne peut pas automatiquement se légitimer comme protecteur de la nature.
  • Sixièmement : cadre juridique fédéral pour une gestion professionnelle de la faune sauvage. La loi fédérale sur la chasse doit reconnaître la gestion professionnelle de la faune sauvage sans chasse de milice comme alternative équivalente et offrir aux cantons qui s'engagent dans cette voie le cadre juridique correspondant. Ce qui fonctionne à Genève depuis 50 ans ne doit plus être traité comme une exception au niveau du droit fédéral.

Argumentaire

« Les chasseurs de loisir fournissent un service obligatoire indispensable pour la protection de la nature. » Le service obligatoire est historiquement un travail obligatoire gratuit sans contrepartie individuelle. Les chasseurs de loisir acquièrent un droit exclusif et payant de tir sur les animaux sauvages. C'est un droit d'usage, pas un service obligatoire. Le terme sert à la revalorisation morale d'une activité de loisir, pas à sa description objective.

« Sans la chasse de loisir, les populations d'animaux sauvages exploseraient. » L'écologie des populations montre le contraire : la chasse intensive déclenche des augmentations reproductives compensatoires. Reichholf : « La chasse ne régule pas. Elle crée des populations surélevées et réprimées. » Genève n'a plus de chasse de milice depuis 1974 – et pas de populations qui explosent. Les populations d'animaux sauvages se régulent par la disponibilité alimentaire, la capacité de l'habitat, les conditions climatiques et les structures sociales – pas par des contingents de tir.

« Les chasseurs de loisir détenteurs de permis connaissent bien leur habitat et portent une responsabilité. » Un permis temporairement limité sans lien géographique ne crée pas de responsabilité institutionnelle. Qui chasse cette saison en Valais et ne prend pas de permis l'année suivante ne porte aucune responsabilité juridiquement ou factuellement applicable pour l'habitat. La bonne volonté et les connaissances informelles ne remplacent pas une responsabilité structurelle.

« Le modèle genevois n'est pas transférable – Genève est trop petit et trop urbain. » Genève est le canton le plus petit de Suisse en superficie, borde la France et a une forte densité de population. Si le modèle des gardes-faune fonctionne justement là depuis 50 ans – avec une biodiversité croissante, des populations d'animaux sauvages stables et une acceptation sociale –, alors « non transférable » n'est pas un argument de fond, mais une affirmation protectrice politique.

« Qui veut protéger la nature doit être sur place – les chasseurs de loisir le sont. » La présence sur le terrain est une condition nécessaire mais non suffisante pour la protection de la nature. Elle ne devient protection de la nature que si elle est liée à des objectifs clairs, des mesures vérifiables et une responsabilité. Ceci n'est structurellement pas donné dans la chasse milice – en particulier pas dans la chasse au brevet. Les gardes-faune professionnels sont également « sur le terrain » – avec une compétence technique plus élevée, une responsabilité claire et sans intérêts de tir.

« La chasse de loisir se finance elle-même – un modèle de garde-faune pèserait sur le contribuable. » Ce calcul ignore tous les coûts externes du système de chasse de loisir : indemnisations des dégâts de gibier, prestations d'assurance accidents de chasse, coûts de contrôle étatiques, coûts dus à la pression d'abroutissement résultant de la concentration d'animaux sauvages induite par la pression de chasse. Un calcul global honnête fait défaut et le lobby de la chasse n'a aucun intérêt à ce qu'il soit fait.

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Notre exigence

La chasse en Suisse n'est pas un système de protection de la nature. C'est un modèle d'utilisation historiquement développé qui opère avec une rhétorique de responsabilité là où la responsabilité institutionnelle fait structurellement défaut – particulièrement dans la chasse au brevet, qui comprend 65 pour cent de tous les chasseurs. La recherche en biologie comportementale montre que les animaux sauvages souffrent sous la pression de chasse. L'écologie des populations montre que les tirs ne produisent pas de régulation stable, mais déclenchent des dynamiques compensatoires. Le canton de Genève montre depuis 1974 que la diversité de la faune sauvage, l'acceptation sociale et la régulation professionnelle n'augmentent pas sans chasse milice, mais augmentent.

La conséquence est logique : qui veut la protection de la nature pour la société doit l'organiser institutionnellement. Cela signifie responsabilités professionnelles, objectifs clairs, contrôle transparent et évaluation scientifique. Un changement de système vers des structures de garde-faune n'est pas une radicalité, mais une adaptation à l'état de la science et de l'éthique et un impératif d'équité envers ceux qui ne veulent pas de tir et sont néanmoins supportés comme fardeau de la collectivité par un lobby armé de loisir. Ce dossier sera continuellement mis à jour si de nouveaux chiffres, études ou développements politiques l'exigent.

Plus sur le thème chasse de loisir : Dans notre Dossier sur la chasse nous rassemblons vérifications des faits, analyses et reportages de fond.