23.10.2026, 05:34

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La chasse en Suisse : chiffres, systèmes et mythes

Environ 29’000 chasseurs et chasseuses de loisir sont actifs en Suisse. En 2025, ils ont tué quelque 74’700 chevreuils, cerfs, sangliers et chamois, ainsi que plus de 22’000 renards et blaireaux (Statistique de la chasse en Suisse 2025). La chasse de loisir est présentée comme de la protection de la nature : un service désintéressé rendu aux animaux sauvages et au paysage, un instrument de régulation indispensable, un pont entre l’être humain et la nature.

Un examen plus attentif révèle tout autre chose. Environ 65 pour cent des personnes pratiquant la chasse en Suisse le font dans des cantons à chasse à patente, c'est-à-dire dans des cantons où il n'existe ni réserve de chasse permanente, ni surface clairement attribuée, ni responsabilité institutionnellement ancrée envers les habitats ou les animaux sauvages. Elles paient pour un droit limité dans le temps leur permettant d'abattre des animaux sauvages sur un vaste territoire. Ce droit expire ensuite. Celui qui acquiert la même patente l'année suivante n'est pas plus responsable du même habitat qu'il ne l'était l'année précédente.

Ce problème structurel est au cœur du récit de la chasse en Suisse : la majorité des personnes pratiquant la chasse n'a aucune base institutionnelle pour la responsabilité qu'elle revendique publiquement. Des études de comportement animal montrent que les animaux sauvages réagissent à la pression de chasse par un stress chronique, un repli et un taux de reproduction accru, et non par de la gratitude. Les écologues des populations prouvent que les tirs ne génèrent pas une régulation stable des populations, mais déclenchent des dynamiques compensatoires. Et le canton de Genève démontre depuis 1974 que la diversité de la faune sauvage, la biodiversité et l'acceptation sociale ne diminuent pas sans la chasse de loisir, mais augmentent.

Ce dossier remet systématiquement en question le récit de la chasse. L'accent n'est pas mis sur des jugements moraux, mais sur des faits vérifiables : chiffres, compétences, responsabilités et effets. En complément, nos analyses cantonales offrent une mise en perspective approfondie : Berne, Grisons, Zurich et Genève etc.

Ce qui vous attend ici

  • Deux systèmes, une seule légitimation : chasse à patente et chasse à territoire en comparaison.
  • Corvée ou droit d’usage : ce que les chasseurs de loisir obtiennent réellement.
  • Pourquoi les animaux sauvages n’aiment pas les chasseurs de loisir : les preuves issues de l’éthologie.
  • Le tir comme régulation : pourquoi cet argument ne tient pas biologiquement.
  • La statistique de la chasse 2025 : ce que montrent les chiffres de la Confédération.
  • Genève : le succès sans chasse de loisir depuis 1974.
  • Le modèle des gardes-faune : ce que signifient des structures professionnelles.
  • Ce qui devrait changer : Des revendications politiques concrètes.
  • Argumentaire : Réponses aux objections les plus fréquentes sur ce sujet.
  • Liens rapides: Toutes les contributions, études et dossiers pertinents.

Deux systèmes, une seule légitimation : la chasse à patente et la chasse à territoire en comparaison

La Suisse connaît deux systèmes de chasse fondamentalement différents, dont la distinction est centrale pour évaluer le narratif de la chasse. Dans les cantons à chasse à territoire (dont Zurich, Argovie, Lucerne, Saint-Gall, Schaffhouse, Soleure, Thurgovie, Bâle-Ville et Bâle-Campagne), les autorisations de chasse sont liées à des réserves de chasse concrètes et délimitées géographiquement. Celui qui chasse loue un territoire déterminé pour plusieurs années et en est formellement responsable. Ce lien systémique entre surface, responsabilité et continuité temporelle crée, au moins formellement, la possibilité d'une responsabilité durable.

Dans les cantons à chasse à patente (dont Berne, Valais, Grisons, Vaud, Fribourg, Glaris, Jura, Neuchâtel, les deux Appenzell, Nidwald, Obwald, Schwyz, Tessin, Uri et Zoug), le système fonctionne fondamentalement différemment : le permis de chasse autorise la chasse sur l'ensemble du territoire cantonal (à l'exception des zones protégées fédérales et cantonales), pour une durée limitée, sans habitat attribué de manière durable. Celui qui obtient un permis de chasse a accès à une vaste surface sans être durablement responsable d'aucune partie de celle-ci. À la fin de la saison, ce droit s'éteint. Aucune responsabilité envers l'habitat ancrée institutionnellement ne voit ainsi le jour.

La répartition est statistiquement sans équivoque : environ 65 pour cent des personnes pratiquant la chasse en Suisse sont actives dans des cantons à chasse à patente, c'est-à-dire dans un système sans responsabilité durable sur un territoire. L'essentiel n'est pas que la chasse à territoire signifie automatiquement protection de la nature. L'essentiel est que la responsabilité soit structurellement impossible dans la chasse à patente. La légitimation publique de la chasse de loisir en tant que « service rendu à la nature » invoque une responsabilité que le système ne prévoit pas pour la majorité de ses pratiquants.

Pour en savoir plus : OFEV : chasse et systèmes de chasse et Mythes de la chasse : 12 affirmations à examiner d'un œil critique

Corvée ou droit d'usage : ce que les chasseurs de loisir obtiennent réellement

Le terme de « corvée » revient régulièrement dans le débat sur la politique de la chasse. Les chasseuses et chasseurs de loisir aiment présenter leur activité comme un service désintéressé rendu à la collectivité, une prestation gratuite pour la nature et la société. Une analyse lexicale et systémique montre que ce terme est historiquement mal employé dans le contexte de la chasse de loisir et qu'il masque des structures réelles de pouvoir, d'usage et d'incitation.

Le terme « corvée » désignait historiquement un travail obligatoire et non rémunéré fourni à la communauté ou à l'État, sans contrepartie individuelle. L'essence de ce concept est l'altruisme. Dans le système de chasse suisse, il existe une contrepartie claire et exclusive : les chasseuses et chasseurs de loisir paient pour des patentes ou des réserves de chasse et obtiennent en échange un droit exclusif : l'accès aux animaux sauvages, y compris le tir. Ce droit constitue l'incitation centrale du système. Sans droit de tir, il n'y aurait ni permis de chasse ni baux de chasse. Le critère déterminant de la corvée disparaît ainsi : la chasse n'est pas un service gratuit, mais un droit d'usage réglementé par contrat. Celui qui paie attend quelque chose en retour, et cela est clairement défini.

Cette contradiction apparaît particulièrement clairement dans les cantons à chasse à patente : il n'existe là ni lien durable avec une réserve de chasse, ni responsabilité à long terme sur une surface, ni travail institutionnalisé sur l'habitat. Ce qui demeure, c'est un droit d'usage temporaire. Le tir n'est pas un effet secondaire, mais le cœur de l'activité. La protection de la nature est mesurable : elle se manifeste par des surfaces entretenues, des mesures concrètes, des durées définies et des effets vérifiables. Les organisations d'entretien du paysage, de gestion des forêts protectrices ou de promotion de la biodiversité travaillent sans armes, sans logique de trophée et sans quotas de tir. Dans le contexte de la chasse, la référence à la « corvée » sert avant tout à valoriser moralement un droit d'usage, et non à le décrire objectivement.

Pour en savoir plus : Une initiative demande « des gardes-faune à la place des chasseurs » et Psychologie de la chasse

Pourquoi les animaux sauvages n'aiment pas les chasseurs de loisir : les preuves de l'éthologie

L'affirmation selon laquelle les animaux sauvages profiteraient de la chasse de loisir, ou du moins l'accepteraient, ne résiste pas à un examen éthologique. En présence de chasseurs de loisir, les animaux sauvages adoptent un mode de comportement plus vigilant. Des recherches menées sur les élans au Canada et sur les ongulés en Europe l'ont montré de manière constante. « Les humains sont perçus comme un danger », explique la professeure Ilse Storch, responsable de la chaire d'écologie et de gestion de la faune sauvage de l'université de Fribourg-en-Brisgau. Il ne s'agit ni d'une accoutumance, ni d'une acceptation, mais d'une réaction de stress biologiquement fondée face à une menace mortelle.

Sous la pression de la chasse, les animaux sauvages modifient profondément leur utilisation de l’espace. Les chevreuils et les cerfs quittent les surfaces ouvertes et vivent davantage à l’abri de la forêt. Les phases d’activité se déplacent vers la nuit, plus calme, comme le démontre une méta-analyse de 76 études (Gaynor et al. 2018, Science). Ces effets de refoulement entraînent de moins bonnes conditions d’alimentation, une concentration accrue sur une surface plus réduite et donc davantage d’abroutissement des arbres forestiers, et non moins. Ce que le lobby de la chasse décrit comme de la « protection de la forêt » produit ainsi en partie précisément la pression d’abroutissement qu’il prétend combattre : car les poussées et les battues chassent les animaux sauvages, pris de panique, vers ces zones de repli où ils broutent alors la végétation disponible sous un stress accru.

Des mesures scientifiques du stress confirment ce que laissent supposer les études de biologie comportementale. Chez les sangliers lors de poussées, Güldenpfennig et al. (2021, Scientific Reports) ont mesuré des taux de cortisol élevés dans tous les échantillons ; chez les cerfs élaphes, d'après Santos et al. (2018), ce sont des facteurs liés à la gestion de la chasse qui étaient les principaux déterminants des taux d'hormones de stress. D'un point de vue biologique, la chasse n'est donc pas une activité neutre, mais un facteur de stress durable aux conséquences physiologiques mesurables. Un argument central des chasseurs de loisir, selon lequel les animaux sauvages s'habitueraient à la chasse, est clairement contredit : les animaux sauvages peuvent s'habituer à des dérangements inoffensifs, mais pas à des menaces mortelles qui exercent une pression de survie sélective.

Pour en savoir plus : Études sur les effets de la chasse sur les animaux sauvages et Animaux sauvages, peur de la mort et absence d'étourdissement

Le tir comme régulation : pourquoi cet argument ne tient pas biologiquement

L'un des principaux arguments de justification de la chasse de loisir est que les tirs seraient nécessaires pour réguler les populations sauvages. Cet argument semble intuitivement plausible, mais il ne résiste pas à une analyse d'écologie des populations. Le zoologue et écologue Prof. Dr Josef H. Reichholf, ancien responsable du département des vertébrés de la Collection zoologique d'État de Munich, le résume avec précision : « La chasse ne régule pas. Elle crée des populations surdimensionnées et des populations réprimées. »

L'explication tient à la dynamique compensatoire des populations. Les populations d'animaux sauvages ne réagissent pas passivement aux pertes, mais par des mécanismes biologiques de compensation : taux de reproduction accrus, maturité sexuelle plus précoce, portées plus nombreuses. Chez les sangliers, il est démontré que, sous forte pression de chasse, ils investissent plus tôt et davantage dans la reproduction (Servanty et al. 2011, Journal of Applied Ecology ; La chasse sous la loupe des faits), et chez les renards, l'immigration compense les tirs élevés (Autorégulation des populations sauvages). Sur wildbeimwild.com, on peut lire à ce sujet : « Sous sa forme actuelle, la chasse de loisir n'est pas un instrument efficace de régulation des populations, mais une récolte périodique de gibier qui souvent stabilise, voire accroît les effectifs, avec pour effet secondaire que les chasseurs de loisir ne manquent jamais de gibier. »

S'y ajoute le problème de la sélection : en pratique, ce ne sont pas des individus pris au hasard qui sont prélevés, mais certaines classes d'âge ou de sexe, de préférence les animaux les plus expérimentés, les plus visibles et les plus forts. Le tir des animaux meneurs et des individus dominants déstabilise les structures sociales chez les cervidés, les sangliers et les renards. Il en résulte des groupes désorganisés, des déplacements accrus et des dégâts souvent en hausse plutôt qu'en baisse. D'un point de vue biologique, le tir a souvent un effet déstabilisateur plutôt que régulateur. Or, la régulation suppose des objectifs écologiques clairs, qui font souvent défaut dans la pratique de la chasse suisse ou qui sont définis de manière politique plutôt que biologique. Des notions comme la « population supportable » ou la « densité de gibier adaptée » restent vagues et servent souvent à légitimer a posteriori des quotas de tir déjà fixés.

Pour en savoir plus : Pourquoi la chasse de loisir échoue comme moyen de contrôle des populations et Mythes de la chasse : 12 affirmations à examiner d'un œil critique

74’700 ongulés : ce que montre vraiment la statistique de la chasse 2025

En 2025, les 29’328 titulaires d'un permis de chasse en Suisse ont tué, dans la catégorie « tir », 42’530 chevreuils, 13’636 cerfs, 9’280 sangliers et 9’228 chamois, ainsi que 19’208 renards et 3’166 blaireaux ; au total, la statistique fédérale recense 133’508 animaux sauvages tués (Statistique de la chasse en Suisse 2025, année précédente : Statistique de la chasse en Suisse 2024). Le nombre de chasseurs diminue lentement (2000 : 33’593), mais les chiffres de tir restent élevés. C'est une information pertinente : la stabilité n'est pas le signe d'un effet de protection de la nature, mais celui d'une pratique d'exploitation qui assure sa propre pérennité.

Dans le canton de Berne, l'un des plus grands cantons de chasse à patente, le nombre actuel de tirs de 4'789 chevreuils lors de la saison 2024/2025 correspond à la valeur la plus basse depuis le début de la collecte de données. Le nombre de patentes de base délivrées se situe lui aussi à un niveau historiquement bas : 2'124 patentes. Cela montre que moins de chasseuses et chasseurs de loisir sont actifs, et non que la pression sur les populations sauvages aurait diminué. Dans le canton de Saint-Gall, un canton à chasse à territoire, près de 5'000 chevreuils, cerfs, chamois et sangliers ont été abattus en 2024 ; les autorités de la chasse qualifient cela de « résultat du grand engagement des chasseuses et chasseurs ». La formulation est révélatrice : les tirs présentés comme un engagement, les animaux comme un objectif à atteindre, et pas un mot sur le travail en faveur de l'habitat ou sur l'effet pour la protection de la nature.

Ce que la statistique de la chasse révèle donc réellement, c'est l'ampleur de l'intervention : environ 74’700 ongulés en une année, plus de 22’000 renards et blaireaux, des milliers d'animaux par canton. Ce n'est pas un phénomène marginal, ni une «intervention nécessaire» qui se fondrait dans la mesure de la nature. C'est un prélèvement à grande échelle, répété chaque année, sur des populations d'animaux sauvages, fondé sur des contingents fixés politiquement et non sur des valeurs cibles écologiques justifiées scientifiquement et contrôlées publiquement. Ce qui ne figure dans aucune statistique de la chasse : combien d'animaux ont été blessés par balle sans être tués immédiatement, combien de recherches au sang sont restées vaines et combien d'animaux sont morts sur les routes à la suite de battues.

Pour en savoir plus : Statistique de la chasse en Suisse 2025 : ce que montrent les chiffres de la Confédération et Suisse : statistique des accidents de chasse mortels

Genève : un succès sans chasse de loisir

En 1974, le canton de Genève a décidé par votation populaire de supprimer la chasse de milice sur les mammifères et les oiseaux. Depuis lors, le droit de tirer des animaux sauvages revient à l'État : les tirs sont effectués par des gardes-faune employés par le canton, dans le cadre d'une gestion de la faune sauvage assumée par les autorités. L'interdiction de chasse empêche quelques centaines des 500'000 Genevoises et Genevois de pratiquer leur hobby dans leur propre canton. Les avantages pour la grande majorité sont documentés après plus de 50 ans.

L'inspecteur de la faune genevois de longue date Gottlieb Dandliker (de 2001 à 2025) a décrit les effets sur la faune : la population d'oiseaux, qui ne comptait à l'origine que quelques centaines d'individus à Genève, a atteint 30’000 hivernants. Dans tout le canton, un réseau d'habitats variés s'est formé, où une multitude d'animaux et de plantes, parfois rares, ont trouvé un foyer. Une étude à long terme atteste une forte augmentation de la biodiversité. Les animaux sauvages utilisent Genève comme refuge face aux territoires de chasse environnants. Pour la population, cela signifie des observations de la nature plus fréquentes et moins stressantes, ainsi qu'une meilleure acceptation sociale des animaux sauvages en zone urbaine.

Le modèle genevois réfute l'affirmation selon laquelle une milice armée serait la condition de la régulation ou de la sécurité. Les interventions sont ciblées, transparentes et dénuées de toute logique de trophée ou de bail de chasse. Elles sont liées à des critères clairs tels que la prévention des dégâts, la sécurité routière et la protection animale, et sont mises en œuvre par du personnel spécialisé employé par l'État, équipé de dispositifs de vision nocturne et d'imagerie thermique, ce qui réduit au minimum les tirs manqués et les accidents. Genève n'est pas un contre-modèle théorique. C'est une pratique vécue depuis plus de 50 ans, et donc l'argument empirique le plus solide du débat suisse sur la chasse.

Pour en savoir plus : La chasse dans le canton de Genève : interdiction de la chasse, psychologie et perception de la violence et Genève et l'interdiction de chasse

Le modèle du garde-faune : ce que signifient des structures professionnelles

Le modèle du garde-faune, calqué sur l'exemple genevois, sépare rigoureusement la régulation des animaux sauvages du domaine du loisir. Les garde-faune sont employés par l'État, formés professionnellement et responsables devant la collectivité. Leurs interventions sont liées à des critères traçables (prévention des dégâts, sécurité routière, protection animale, objectifs de biodiversité) et documentées de manière transparente. C'est l'exact opposé d'un système dans lequel les chiffres de tir sont financés par la vente de permis et de baux de chasse, et dépendent donc structurellement d'incitations économiques.

Une proposition concrète pour un changement de système (des parlements cantonaux jusqu'au niveau fédéral) se trouve dans le texte type pour les interventions critiques envers la chasse élaborée en détail. Un élément central : les coûts de la gestion de la faune et de la prévention des dégâts doivent être présentés de manière transparente et comparés à la situation actuelle (chasse de loisir plus indemnisations pour dégâts causés par la faune sauvage plus coûts des assurances pour accidents de chasse). Quiconque prend cela au sérieux constatera que des structures professionnelles ne doivent pas forcément coûter plus cher que le système fragmenté et difficilement contrôlable de la chasse de milice.

Ce qu'un changement de système ne signifie pas : un laisser-faire total envers la faune sauvage. Même avec des structures de garde-faune, des interventions ciblées restent possibles là où elles sont justifiées écologiquement et socialement. Ce qu'il signifie en revanche : que ces interventions soient effectuées par du personnel spécialisé n'ayant à justifier ni intérêts liés aux trophées, ni investissements de bail, ni attentes liées à une culture de la chasse. Il ne s'agit pas d'une rupture radicale, mais de la conséquence logique d'une politique de la faune sauvage qui veut répondre à ses propres exigences (protection de la nature, bien-être animal, responsabilité sociétale).

Pour en savoir plus : Une initiative demande « des gardes-faune à la place des chasseurs » et Textes types pour des interventions critiques envers la chasse dans les parlements cantonaux

Ce qui devrait changer

  • Premièrement : abolir l'irresponsabilité structurelle du système de la chasse à patente. Celui qui obtient le droit de tuer des animaux sauvages sur un vaste territoire doit également assumer une responsabilité durable pour ce territoire. Cela signifie soit la transformation de la chasse à patente en un système de chasse à territoire avec une responsabilité claire sur le plan spatial et temporel, soit son remplacement progressif par des structures professionnelles de garde-faune selon le modèle genevois.
  • Deuxièmement : des projets pilotes cantonaux selon le modèle genevois. Les cantons qui souhaitent examiner sérieusement le modèle des gardes-faune ont besoin d'une marge de manœuvre en droit fédéral et d'un soutien financier pour une phase d'évaluation. Le modèle genevois a plus de 50 ans ; sa transposition à d'autres cantons n'est pas une question hypothétique, mais une décision politique planifiable.
  • Troisièmement : des contingents de tir transparents et fondés sur des critères écologiques. Les contingents doivent se fonder sur des recensements de populations validés scientifiquement, être liés à des objectifs écologiques clairs, être documentés de manière accessible au public et faire l'objet d'un contrôle indépendant. Des chiffres de tir négociés politiquement sans fondement biologique ne constituent pas une régulation.
  • Quatrièmement : un calcul complet des coûts de la chasse de loisir. Un état des lieux transparent de tous les coûts directs et indirects du système de la chasse de loisir (indemnisations pour dégâts causés par la faune sauvage, coûts des assurances pour accidents de chasse, coûts liés aux accidents de la faune sauvage induits par la pression de chasse, coûts de contrôle étatiques) et leur comparaison avec les coûts d'un modèle de garde-faune. Sans ce calcul, le débat politique sur la « valeur » de la chasse de loisir pour la collectivité ne peut pas être mené sérieusement.
  • Cinquièmement : dissociation entre protection de la nature et droit de chasse. Le travail de protection de la nature (entretien des biotopes, protection des amphibiens, surveillance des sites de nidification, monitoring de la faune sauvage) doit être organisé comme une prestation autonome, reconnue et soutenue. Qui veut protéger la nature n'a pas besoin de droit de chasse. Qui veut chasser ne peut pas se légitimer automatiquement comme protecteur de la nature.
  • Sixièmement : un cadre de droit fédéral pour une gestion professionnelle de la faune sauvage. La loi fédérale sur la chasse doit reconnaître une gestion professionnelle de la faune sans chasse de milice comme alternative équivalente et offrir aux cantons qui empruntent cette voie le cadre juridique correspondant. Ce qui fonctionne à Genève depuis plus de 50 ans ne doit plus être traité en droit fédéral comme une exception.

Argumentaire

« Les chasseuses et chasseurs de loisir accomplissent une corvée indispensable au service de la protection de la nature. » Historiquement, la corvée est un travail obligatoire non rémunéré, sans contrepartie individuelle. Les chasseuses et chasseurs de loisir acquièrent un droit exclusif et payant de tirer des animaux sauvages. Il s'agit d'un droit d'usage, pas d'une corvée. Ce terme sert à valoriser moralement une activité de loisir, et non à la décrire objectivement.

« Sans la chasse de loisir, les populations d'animaux sauvages exploseraient. » L'écologie des populations montre le contraire : une chasse intensive déclenche des augmentations compensatoires de la reproduction. Reichholf : « La chasse ne régule pas. Elle crée des populations excessives et des populations réprimées. » Genève n'a plus de chasse en milice depuis 1974 et ne connaît pas d'explosion des populations. Les populations d'animaux sauvages se régulent par la disponibilité de la nourriture, la capacité de l'habitat, les conditions climatiques et les structures sociales, et non par des quotas de tir.

« Les chasseuses et chasseurs de loisir à patente connaissent bien leur habitat et assument des responsabilités. » Une patente à durée limitée, sans lien géographique, ne crée aucune responsabilité institutionnelle. Qui chasse cette saison en Valais et ne prend pas de patente l'année suivante n'assume aucune responsabilité juridiquement ou factuellement exigible pour l'habitat. La bonne volonté et des connaissances informelles ne remplacent pas une compétence structurelle.

« Le modèle genevois n'est pas transposable, Genève est trop petit et trop urbain. » Genève est le canton le plus petit de Suisse en termes de superficie, il est frontalier de la France et présente une forte densité de population. Si le modèle du garde-faune y fonctionne justement depuis 50 ans (avec une biodiversité croissante, des populations sauvages stables et une acceptation sociétale), alors l'argument « non transposable » n'est pas un argument de fond, mais une affirmation politique de défense.

«Qui veut protéger la nature doit être sur place, et les chasseurs et chasseuses de loisir le sont.» La présence sur le terrain est une condition nécessaire, mais non suffisante, pour la protection de la nature. Elle ne devient protection de la nature que si elle est liée à des objectifs clairs, des mesures vérifiables et une responsabilité assumée. Ce n'est structurellement pas le cas dans la chasse milicienne, et en particulier pas dans la chasse à patente. Les gardes-faune professionnels sont tout autant «sur le terrain», avec une compétence technique plus élevée, des responsabilités clairement définies et sans intérêt au tir.

«La chasse de loisir s'autofinance, un modèle de garde-faune pèserait sur le contribuable.» Ce calcul ignore tous les coûts externes du système de la chasse de loisir : indemnisations pour dégâts causés par la faune sauvage, prestations d'assurance liées aux accidents de chasse, coûts de contrôle étatiques, coûts liés à la pression d'abroutissement résultant d'une concentration des animaux sauvages induite par la pression de chasse. Un bilan global honnête fait défaut, et le lobby de la chasse de loisir n'a aucun intérêt à ce qu'il soit établi.

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Notre exigence

La chasse en Suisse n'est pas un système de protection de la nature. C'est un modèle d'exploitation issu de l'histoire, qui opère avec une rhétorique de responsabilité là où la responsabilité institutionnelle fait structurellement défaut, en particulier dans la chasse à patente, qui regroupe 65 pour cent de l'ensemble des personnes pratiquant la chasse. La recherche en biologie comportementale montre que les animaux sauvages souffrent de la pression de chasse. L'écologie des populations montre que les tirs ne produisent pas une régulation stable, mais déclenchent des dynamiques compensatoires. Le canton de Genève démontre depuis 1974 que la diversité de la faune sauvage, l'acceptation sociétale et une régulation professionnelle n'y diminuent pas sans chasse milicienne, mais au contraire y progressent.

La conséquence est logique : une société qui veut la protection de la nature doit l'organiser sur le plan institutionnel. Cela implique des compétences professionnelles, des objectifs clairs, un contrôle transparent et une évaluation scientifique. Un changement de système en faveur de structures de gardes-faune n'a rien de radical : c'est une adaptation à l'état de la science et de l'éthique, et une exigence d'équité envers celles et ceux qui ne veulent pas de tir et qui, malgré cela, doivent supporter, comme un fardeau pour la collectivité, un lobby de loisir armé. Ce dossier est actualisé en continu, dès que de nouveaux chiffres, de nouvelles études ou de nouveaux développements politiques l'exigent.

Plus d'informations sur la chasse de loisir : dans notre Dossier sur la chasse nous rassemblons des vérifications de faits, des analyses et des reportages de fond.