3 avril 2026, 17:08

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Chasse et droits humains

Le débat sur la chasse de loisir est mené en Suisse presque exclusivement comme une question de protection de la nature et des animaux. C'est une vision trop étroite. La chasse de loisir ne viole pas seulement les animaux sauvages, elle viole aussi les droits fondamentaux des personnes qui ne veulent rien avoir à faire avec ce divertissement sanglant et sont pourtant contraintes de le tolérer sur leurs terres, dans leur environnement résidentiel et avec leurs impôts.

Garantie de propriété, liberté de conscience, droit au respect de la vie privée et familiale : Ce ne sont pas des revendications militantes, mais des droits fondamentaux codifiés protégés par la Convention européenne des droits de l'homme. La Cour européenne des droits de l'homme les a appliqués dans plusieurs arrêts de principe contre l'obligation de chasse. En France, Allemagne, Luxembourg et Portugal, le droit de chasse a été adapté en conséquence. Pas en Suisse.

Ce qui t'attend ici

  • La CEDH et la fin de l'obligation de chasse en Europe. Comment les arrêts Chassagnou (1999) et Herrmann (2012) ont fait tomber l'obligation de chasse en France et en Allemagne et pourquoi la Suisse n'a pas tiré les conséquences.
  • Droit de propriété : À qui appartient vraiment cette terre ? Pourquoi des tiers armés peuvent pénétrer sur des terrains privés et si cela est compatible avec la garantie de propriété selon l'art. 26 Cst.
  • Liberté de conscience et obligation de chasse. Comment les opposants éthiques à la chasse en Suisse sont contraints de tolérer un système que les États voisins ont depuis longtemps reconnu comme contraire aux droits humains.
  • Droit au respect de la vie privée et familiale. Coups de feu près des zones habitées, animaux traqués dans l'environnement résidentiel et la question de savoir si l'art. 8 CEDH l'autorise.
  • Sécurité : Le bilan que personne n'établit. 14 accidents mortels de chasse en quatre ans, plus de 1’000 accidents avec des armes de chasse et la question de savoir pourquoi ce n'est pas un sujet public.
  • Ce qui devrait changer. Quatre mesures juridiques concrètes : propriétés privées sans chasse, liberté de conscience, protection des zones habitées et surveillance professionnelle de la faune.
  • Argumentaire. Réponses aux principales objections juridiques du lobby de la chasse de loisir.
  • Liens rapides. Toutes les contributions, décisions et dossiers pertinents en un coup d'œil.

La CEDH et la fin de l'obligation de chasser en Europe

L'arrêt de principe date de 1999 : dans l'affaire Chassagnou et autres c. France, la Cour européenne des droits de l'homme a établi que l'adhésion forcée des propriétaires fonciers aux associations de chasse et l'obligation de tolérer la chasse sur ses propres terres violaient la Convention européenne des droits de l'homme. Le cœur de l'arrêt : les personnes ayant des convictions critiques envers la chasse ou des convictions éthiques animales ne peuvent être contraintes de soutenir activement un système de chasse de loisir. La liberté de conscience vaut aussi face au lobby de la chasse.

En 2012, la CEDH a confirmé cette ligne dans l'affaire Herrmann c. Allemagne : les propriétaires fonciers ne doivent pas tolérer inconditionnellement la chasse sur leurs terres. L'Allemagne a adapté son droit de la chasse. Depuis, les propriétaires peuvent interdire la chasse sur leurs terrains pour des raisons éthiques. Il en va de même aujourd'hui en France, au Luxembourg et au Portugal. Des panneaux comme « Propriété privée, chasse interdite » y sont une réalité pour des raisons de conscience. En Suisse, ils sont impensables.

Le message de la CEDH est le même dans les deux arrêts : la passion cynégétique d'une minorité ne peut primer sur les droits de propriété et la liberté de conscience de l'ensemble de la population. La Suisse se prévaut volontiers d'un haut degré d'État de droit et de protection des droits de l'homme. Parallèlement, elle contraint des personnes qui rejettent strictement la chasse pour des raisons animales et de conscience à tolérer cette chasse sur leurs terres. Ce n'est pas un oubli. C'est le résultat du pouvoir du lobby.

Plus d'informations : Textes types pour des interventions critiques envers la chasse dans les parlements cantonaux et Mettre fin à la violence de loisir contre les animaux

Droit de propriété : À qui appartient vraiment cette terre ?

Dans de nombreux cantons suisses, la propriété foncière se trouve automatiquement dans un territoire de chasse. Les sociétés de chasse ont le droit de chasser, même si les propriétaires le refusent catégoriquement pour des raisons éthiques. Dans les cantons avec chasse territoriale, les propriétaires fonciers sont de facto membres forcés d'un système qu'ils ne peuvent ni soutenir ni contrôler.

Cela soulève une question constitutionnelle fondamentale qui n'a pas encore été posée avec assez de courage en Suisse : est-il compatible avec la garantie de la propriété selon l'art. 26 Cst. que des tiers armés puissent pénétrer sur la propriété privée, poursuivre et abattre des animaux, sans que le propriétaire puisse l'empêcher ? La CEDH a clairement répondu à cette question pour des systèmes juridiques comparables. La Suisse n'en a pas tiré les conséquences.

Juridiquement piquant est le concept d'« animaux sauvages sans maître » : les animaux sauvages sont juridiquement considérés comme sans maître, mais la chasse qui leur est donnée est menée comme un processus de production imposable sur des terrains privés. Ceux qui en profitent sont les sociétés de chasse. Ceux qui en subissent les conséquences sont les propriétaires fonciers, les animaux sauvages, la population.

Plus d'informations : Argumentaire contre la chasse de loisir et pour les gardes-faune et La chasse en Suisse : chiffres, systèmes et la fin d'un narratif

Liberté de conscience : Ce que signifie être contraint à la chasse

La liberté de conscience est protégée en Suisse par l'art. 15 Cst. et l'art. 9 CEDH. Elle protège non seulement les convictions religieuses, mais aussi les attitudes éthiques profondes : la conviction que tuer des êtres sensibles pour des motifs de loisir est moralement répréhensible. Celui qui a une telle conviction et est propriétaire foncier est néanmoins contraint en Suisse de tolérer la chasse sur ses terres, de supporter l'infrastructure de la société de chasse et de cofinancer les coûts externes du système.

Il s'agit d'un conflit de conscience qui a été résolu juridiquement depuis longtemps dans les pays voisins. En Allemagne, un propriétaire foncier qui refuse la chasse pour des raisons éthiques peut faire retirer sa propriété du territoire de chasse. Le mécanisme est administratif et a été jugé légal par les tribunaux. En Suisse, cette possibilité n'existe pas. On peut refuser autant qu'on veut : la société de chasse vient quand même.

Pour en savoir plus : Chasse et droits humains (article original) et Lobby des chasseurs en Suisse : Comment l'influence fonctionne

Droit au respect de la vie privée et familiale : Coups de feu devant la porte

La chasse a lieu en Suisse souvent à proximité immédiate des zones habitées. Dans de nombreux cantons, la zone d'habitation fait explicitement partie du territoire de chasse. Les sociétés de chasse peuvent ainsi pratiquer leur loisir pratiquement jusqu'aux clôtures de jardin et aux lisières de forêt. Pour les familles concernées, cela signifie : coups de feu, bruit, peur pour les enfants et les chiens, rencontre avec des animaux traqués ou mourants dans l'environnement résidentiel.

L'art. 8 CEDH protège le droit au respect de la vie privée et familiale. La question de savoir si cette protection permet sans autres la confrontation régulière avec la violence cynégétique dans son propre environnement résidentiel est une question qui est à peine posée dans la pratique juridique suisse. Les enfants qui vivent sur le chemin de l'école un terrier de renard d'où des chiens sont poussés en aboyant dans le sol, ou qui tombent lors d'une promenade sur un mirador avec place d'appât, n'ont pas leur mot à dire. Leurs parents non plus.

Pourtant, une solution serait simple : Là où exceptionnellement un abattage est nécessaire près des zones habitées, les gardes-faune ou la police pourraient s'en charger. Il n'est pas nécessaire pour cela d'avoir des sociétés de chasse qui agissent selon leurs propres intérêts.

Pour en savoir plus : Genève et l'interdiction de la chasse et Chasse et enfants

Sécurité : Le bilan que personne ne tient

Quand un loup tue un animal de rente, la réaction politique en Suisse est immédiate et bruyante. Quand un chasseur de loisir abat ou blesse un être humain, c'est une affaire privée. Entre 2010 et 2013, il y a eu en Suisse quatorze accidents de chasse mortels et environ 200 accidents non mortels avec des armes de chasse, sur un total de 1157 accidents selon le Bureau de prévention des accidents. Parmi eux se trouvent des cas où des personnes non impliquées ont été touchées, et ils sont pratiquement absents du débat public sur la chasse.

Celui qui situe le monopole de la violence chez l'État, parce que l'État est le mieux placé pour faire respecter les standards de sécurité, les contrôles de formation et les sanctions, doit expliquer pourquoi des milliers de personnes privées peuvent opérer dans l'espace public avec des armes létales, sous des règles qui ont été co-élaborées par le lobby de la chasse, et avec une surveillance qui est structurellement trop proche des intérêts cynégétiques pour être indépendante. Ce n'est pas une question de protection des animaux. C'est une question de sécurité publique.

Pour en savoir plus : Chasse et armes : Risques, accidents et les dangers des chasseurs de loisir armés et Suisse : Statistiques des accidents de chasse mortels

Ce qui devrait changer

  • Surveillance professionnelle de la faune sauvage au lieu de chasse de loisir : Le monopole de la violence appartient aux mains de l'État, pas à celles des associations de loisir. Une gestion de la faune sauvage fondée sur l'expertise et sous responsabilité étatique selon le modèle genevois est la voie cohérente du point de vue des droits humains.
  • Droit à un terrain privé sans chasse : Les propriétaires fonciers doivent pouvoir libérer leurs terrains de la chasse de loisir pour des raisons éthiques, comme c'est déjà possible en Allemagne, en France, au Luxembourg et au Portugal suite aux arrêts de la CEDH. La Suisse doit cette démarche juridique. Modèle d'intervention : Textes modèles pour des interventions critiques de la chasse
  • Protection de la liberté de conscience dans le droit de la chasse : Les personnes qui refusent la chasse de loisir pour des raisons morales ne doivent pas être contraintes de soutenir structurellement la chasse de loisir ou de la tolérer sur leur terrain. L'art. 15 Cst. et l'art. 9 CEDH doivent aussi valoir face au lobby de la chasse.
  • Règles claires pour l'espace d'habitation :La chasse de loisir à proximité immédiate de zones d'habitation, d'aires de jeux et d'espaces de loisirs doit être interdite. Là où un abattage s'avère exceptionnellement nécessaire, les gardes-chasse ou la police s'en chargent. Motion type : Gardes-chasse au lieu de chasseurs de loisir

Argumentaire : Les principales objections juridiques

«Le droit de chasse est un droit cantonal, la CEDH n'est pas directement applicable.»La CEDH est un droit directement applicable en Suisse et prévaut sur le droit cantonal. Les arrêts de la Cour EDH contre la France et l'Allemagne ne constituent pas un précédent contraignant pour la Suisse, mais un signal clair sur la façon dont des questions juridiques comparables sont évaluées au niveau européen. Les tribunaux suisses et le législateur ne peuvent pas ignorer durablement cette jurisprudence.

«La chasse sert l'intérêt public, elle prime donc sur les droits privés.»Une restriction des droits fondamentaux dans l'intérêt public nécessite une base légale, un objectif public légitime et la proportionnalité. Que la chasse de loisir constitue un intérêt public légitime justifiant la violation des droits de propriété et de la liberté de conscience n'est pas soutenable selon l'état de la science et la jurisprudence de la Cour EDH.

«Les propriétaires fonciers peuvent faire opposition.»Le droit suisse de la chasse ne connaît aucune possibilité générale d'exempter des terrains de la chasse pour des motifs éthiques. Les oppositions se limitent aux vices de procédure formels, non aux motifs éthiques de conscience. C'est là le cœur structurel du problème.

«Le bruit de chasse est comme le bruit de chantier, il doit être toléré.»Le bruit de chantier est limité dans le temps, autorisé publiquement et sert un objectif public compréhensible. Le bruit de chasse est périodique, incontrôlé et sert principalement au plaisir d'une minorité privée. Cette assimilation est juridiquement intenable.

Contributions sur Wild beim Wild :

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Notre exigence

La chasse n'est pas seulement une question de tradition et d'éthique animale. Elle est depuis longtemps aussi une question de droits humains. Garantie de propriété, liberté de conscience et droit au respect de la vie privée et familiale sont des droits fondamentaux codifiés, pas des revendications d'activistes. La Cour européenne des droits de l'homme a clairement établi dans deux arrêts de principe que l'obligation de chasse et l'adhésion forcée aux systèmes de chasse peuvent être incompatibles avec ces droits fondamentaux. La France, l'Allemagne, le Luxembourg et le Portugal en ont tiré les conséquences. La Suisse ne les a pas encore tirées, parce que le lobby de la chasse est plus puissant que la jurisprudence de la Cour EDH. Tel est le constat. Et il ne se résoudra pas en ne l'énonçant pas. Ce dossier sera régulièrement mis à jour lorsque de nouveaux arrêts, motions ou développements politiques l'exigeront.

Plus sur le thème de la chasse de loisir : Dans notre dossier sur la chasse nous rassemblons fact-checks, analyses et reportages de fond.