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Chasse

Chasse de loisir et droits de l'homme en Suisse

En Suisse, la chasse est réglementée au niveau cantonal et fédéral. Ce qui a longtemps été considéré comme une «tradition» intouchable est de plus en plus remis en question. De plus en plus d'amoureux de la nature, de promeneurs, de cavalières et de vététistes s'opposent au fait que leur présence en forêt soit dictée par des chasseurs de loisir qui tuent des animaux sauvages et, parfois, des animaux domestiques.

Rédaction Wild beim Wild — 7 août 2023

Au-delà des questions de protection des animaux et de la nature, une autre interrogation s'impose de plus en plus clairement : dans quelle mesure la chasse de loisir porte-t-elle atteinte aux droits fondamentaux des personnes qui ne souhaitent avoir aucun lien avec ce divertissement sanglant ?

La chasse de loisir ne constitue pas seulement une intrusion dans la vie des animaux sauvages. Elle empiète également sur les droits de ceux à qui appartiennent les forêts et les terres, ou qui vivent dans une région où la chasse de loisir est pratiquée.

Les principaux points de conflit sont :

  • Droit de propriété: les propriétaires fonciers doivent tolérer que des tiers armés pénètrent sur leurs terres, poursuivent et abattent des animaux.
  • Liberté de conscience: les personnes qui, pour des raisons éthiques, rejettent toute forme de chasse de loisir sont contraintes d'accepter la chasse sur leurs terres.
  • Droit au respect de la vie privée et familiale: la chasse a souvent lieu à proximité immédiate des zones habitées. Les enfants sont confrontés à des animaux tués ou agonisants. Les riverains se sentent menacés ou fortement perturbés.

Dans de nombreux cantons, les zones habitées font explicitement partie du territoire de chasse. Les sociétés de chasse organisées peuvent ainsi pratiquer leur loisir pratiquement jusqu'aux clôtures des jardins et aux lisières des forêts. Pour les personnes concernées, cela signifie bruit, coups de feu, crainte pour les enfants et les chiens, et la conscience que des animaux sont traqués et tués juste devant leur porte.

Cour européenne des droits de l'homme : des signaux clairs contre la chasse forcée

La Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) s'est penchée à plusieurs reprises sur la question de savoir si les propriétaires fonciers peuvent être contraints de tolérer la chasse sur leurs terrains.

Un arrêt de référence fut l'affaire Chassagnou et autres contre France (1999). La Cour a constaté que l'affiliation obligatoire de propriétaires fonciers à des associations de chasse et la contrainte de tolérer la chasse sur leur propre terrain pouvaient être contraires à la Convention européenne des droits de l'homme. L'enjeu fondamental était que des personnes ayant des convictions critiques envers la chasse ou des positions éthiques sur le traitement des animaux ne peuvent pas être contraintes de soutenir activement un système de chasse de loisir.

La France, l'Allemagne, le Luxembourg ou le Portugal ont réagi à cette jurisprudence. Les propriétaires forestiers et fonciers peuvent y retirer leurs terres d'un territoire de chasse s'ils s'y opposent pour des raisons de conscience. Dans plusieurs autres États européens, il n'existe pas du tout d'affiliation obligatoire aux coopératives de chasse.

La Cour européenne des droits de l'homme s'est ultérieurement penchée à nouveau sur la question, notamment dans l'affaire «Herrmann contre Allemagne» (2012). Là encore, la Cour précise que les propriétaires fonciers ne sont pas tenus de tolérer sans restriction la chasse sur leurs terres. L'Allemagne a adapté son droit de la chasse. Depuis lors, les propriétaires peuvent interdire la chasse sur leurs terrains pour des raisons éthiques.

Le message de la Cour européenne des droits de l'homme est sans équivoque : la passion cynégétique d'une minorité ne peut pas être placée au-dessus des droits de propriété et de la liberté de conscience de l'ensemble de la population.

Et la Suisse ?

En Suisse, les propriétaires fonciers sont dans de nombreux cantons de facto intégrés de force dans des systèmes de chasse. Leurs terres se trouvent en zone de chasse. Les sociétés de chasse y ont le droit de chasser, même si les propriétaires s'y opposent résolument pour des raisons éthiques.

Cela soulève des questions :

  • La liberté de conscience et le droit de propriété de la population critique envers la chasse sont-ils suffisamment respectés ?
  • Est-il compatible avec les droits de l'homme que quelqu'un ne puisse pas faire exclure son terrain de la chasse de loisir, alors que celle-ci contredit ses convictions éthiques les plus profondes ?
  • Pourquoi peut-on, dans les pays voisins, apposer pour des raisons de conscience des panneaux tels que «Propriété privée – chasse interdite», alors que cela n'est pas possible en Suisse ?

La Suisse aime à se prévaloir d'un haut niveau d'État de droit et de protection des droits de l'homme. Parallèlement, elle contraint des personnes qui rejettent strictement la chasse pour des raisons animalières et de conscience à tolérer cette chasse sur leurs terres. Il en résulte une tension entre la tradition cynégétique, le pouvoir des lobbies et les standards modernes en matière de droits fondamentaux.

Exemple de Genève : la nature sans la chasse de loisir

Le canton de Genève montre qu'une autre voie est possible. Depuis 1974, la chasse de loisir y est interdite. Les tâches de régulation de la faune sauvage sont assurées par des gardes-faune professionnels. Le canton investit dans la surveillance, le monitoring et la revalorisation des habitats, et non dans des baux de chasse.

Les conséquences sont remarquables :

  • Les lièvres des champs, les perdrix et les lapins de garenne y présentent des populations particulièrement importantes en comparaison nationale.
  • La biodiversité a bénéficié de l'absence de chasse de loisir. Cela est scientifiquement démontré.
  • Les coûts liés à la protection professionnelle de la faune sont modérés et représentent des montants symboliques par contribuable et par an.

Genève le démontre : une politique moderne de la faune sauvage sans chasse de loisir est possible, conforme au droit et praticable.
Cela élimine également le conflit en matière de droits humains lié aux affiliations forcées et à la contrainte de chasse sur des terrains privés.

La chasse de loisir en zone habitée : sécurité et dignité

Lorsque la chasse de loisir s'étend jusqu'aux zones habitées, des problèmes humains et éthiques surgissent, au-delà des questions juridiques :

  • Des enfants sont confrontés à des animaux mutilés ou agonisants.
  • Des promeneurs assistent à des chasses à courre, des coups de feu, des cris de détresse d'animaux.
  • De nombreuses personnes évitent la forêt lors des périodes de chasse et se sentent chassées de « leur » nature.

Cela touche non seulement la question de la sécurité, mais aussi la dignité humaine. Celui qui est régulièrement témoin de violences envers des animaux dans son environnement résidentiel ressent cela comme une atteinte difficilement supportable.

Or une solution serait relativement simple : si, exceptionnellement, un abattage s'avérait nécessaire à proximité d'une zone habitée, des gardes-faune ou la police pourraient s'en charger. Il n'est pas nécessaire de faire appel à des sociétés de chasse agissant selon leurs propres intérêts.

La chasse de loisir comme passe-temps – pas une mission d'intérêt général

La chasse de loisir moderne est aujourd'hui majoritairement pratiquée comme activité de loisir par une petite minorité. Elle n'est ni nécessaire à la sécurité alimentaire, ni l'unique option pour la protection de la nature.

Parallèlement, elle engendre :

  • une souffrance animale considérable due aux chasses à courre, aux tirs, aux tirs manqués et aux tirs de rattrapage
  • des perturbations de la faune sauvage dans ses zones de repos et de retraite hivernale
  • des conflits avec les propriétaires fonciers, les personnes en quête de détente et les amis des animaux
  • des nuisances dues aux munitions et au bruit dans des habitats sensibles

Lorsqu'une activité de loisir porte régulièrement atteinte aux droits fondamentaux et à la sensibilité éthique d'autres personnes, elle n'est plus une simple affaire privée sans conséquences. Elle devient un sujet de conflit sociétal.

La passion de la chasse n'est pas un droit fondamental. La garantie de la propriété, la liberté de conscience et la protection de la vie privée, elles, le sont.

Ce qui doit changer

Du point de vue des droits humains, les étapes suivantes s'imposent en Suisse :

  1. Droit à un terrain privé exempt de chasse
    Les propriétaires fonciers doivent pouvoir soustraire leurs terrains à la chasse de loisir pour des raisons éthiques.
  2. Protection de la liberté de conscience
    Les personnes qui rejettent la chasse pour des raisons morales ne peuvent être contraintes de soutenir structurellement la chasse ou de la tolérer sur leurs terres.
  3. Règles claires en zone habitée
    La chasse à proximité immédiate de zones résidentielles, d'aires de jeux pour enfants et d'espaces de détente très fréquentés doit être interdite. Les situations d'urgence peuvent être gérées par des gardes-faune ou la police.
  4. Orientation vers une surveillance professionnelle de la faune sauvage
    Au lieu de la chasse de loisir, il faut une politique faunique fondée sur l'expertise et relevant de la responsabilité de l'État, sur le modèle de Genève.

La chasse n'est pas seulement une question de tradition et d'éthique animale. Elle est depuis longtemps aussi une question de droits humains. La jurisprudence européenne a clairement établi que la chasse obligatoire et les affiliations forcées à des systèmes de chasse peuvent être incompatibles avec les droits fondamentaux.

La Suisse devra se confronter à la question de savoir pourquoi les propriétaires fonciers et les citoyens de ce pays devraient avoir moins de droits que dans des pays soumis aux mêmes conventions relatives aux droits humains. Celui qui pratique la chasse comme un loisir ne peut plus décider par-dessus la tête de ceux qui ne veulent rien avoir à faire avec ce passe-temps sanglant.

En savoir plus sur la chasse de loisir : Dans notre dossier sur la chasse nous rassemblons des vérifications des faits, des analyses et des reportages de fond.

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