Environ 30 000 personnes pratiquent la chasse en Suisse, soit 0,3 % de la population. Elles ont légalement accès aux armes à feu, abattent environ 120 000 animaux sauvages par an, siègent dans des commissions cantonales d’experts, influencent la législation sur la chasse et les débats publics, et se présentent systématiquement comme des gardiens altruistes de la nature.
Le Baromètre suisse de la chasse 2025 dresse un portrait démographique clair : les chasseurs amateurs sont majoritairement des hommes, plus âgés que la moyenne et disposent de revenus supérieurs à la moyenne. La pratique de la chasse de loisir est onéreuse : formation, frais d’examen, équipement, permis ou baux de chasse, chiens de chasse et dépenses courantes représentent plusieurs milliers de francs suisses par an. Ce n’est pas un loisir accessible à tous ; il s’adresse à une catégorie spécifique de la population.
Ce dossier analyse le profil des chasseurs de loisir en Suisse : leurs caractéristiques démographiques, leur formation, leur possession d’armes, leur influence politique et les contradictions entre l’image qu’ils en ont et la réalité. L’objectif n’est pas de déterminer si les chasseurs de loisir sont des personnes individuellement vertueuses, mais plutôt d’examiner les structures, les incitations et les mécanismes de pouvoir qui perpétuent le système de la chasse de loisir, de plus en plus rejeté par une majorité de la société.
Qu'est-ce qui vous attend ici ?
- Qui sont les chasseurs amateurs ? Données démographiques, revenus, âge, sexe : que révèle le Baromètre suisse de la chasse 2025, pourquoi la chasse amateur est une activité de loisir socialement sélective et qu’est-ce que cela dit de la représentativité et des ambitions politiques ?
- Formation à la chasse : ce qui est appris – et ce qui ne l'est pas : Comment l'examen de chasse varie d'un canton à l'autre, pourquoi le bien-être animal et l'éthique jouent un rôle secondaire dans la formation, et ce qu'une formation qui teste principalement la manipulation des armes et la connaissance des espèces révèle sur l'image que le système a de lui-même.
- Possession d'armes à feu : La chasse comme faille dans la législation sur les armes à feu : Quelle proportion de propriétaires d'armes à feu privés sont des chasseurs amateurs, pourquoi un permis de chasse en Suisse est l'un des moyens les plus faciles d'accéder légalement aux armes à feu, et qu'est-ce que cela signifie en termes de politique de sécurité ?
- Sociologie de la chasse de loisir : réseau, loyauté, isolement : Comment la chasse fonctionne comme un réseau social avec de fortes loyautés internes et une culture de protection mutuelle, pourquoi les critiques externes sont systématiquement détournées et ce que cela signifie pour l’autocontrôle du système.
- Le lobby de la chasse : un pouvoir sans mandat : comment les associations de chasse exercent une influence politique aux niveaux fédéral et cantonal, quelle est leur place dans les processus législatifs et pourquoi leur pouvoir est manifestement disproportionné par rapport à la taille de leur base sociale.
- Chasseurs amateurs et bien-être animal : rhétorique contre pratique : pourquoi le bien-être animal est mis en avant dans l’autoprésentation des chasseurs, mais est structurellement subordonné dans la pratique, et que signifie l’absence de contrôle indépendant des pratiques de chasse.
- Perception du public : Pourquoi les médias perpétuent le mythe de la chasse : Comment la couverture médiatique de la chasse est structurellement biaisée en faveur de la chasse de loisir et quelles perspectives critiques sont trop rarement présentées.
- Comparaisons internationales : ce que montrent les pays sans chasse ou à faible chasse : pourquoi les pays ou régions où l’intensité de la chasse est plus faible ne présentent pas de désavantages écologiques et ce que Genève, les grandes zones protégées et les régions sans chasse d’Europe prouvent empiriquement.
- Ce qui doit changer : Des revendications politiques concrètes.
- Argumentation : Réponses aux justifications les plus courantes des chasseurs amateurs.
- Liens rapides : Tous les articles, études et dossiers pertinents.
Qui sont les chasseurs de loisir ? Données démographiques, revenus, âge, sexe
Le Baromètre suisse de la chasse 2025 offre le tableau le plus précis disponible de la chasse de loisir en Suisse. Les résultats montrent que 39 % des chasseurs interrogés ont 55 ans ou plus, et 33 % ont entre 35 et 54 ans. Seuls 28 % ont moins de 35 ans – un problème de recrutement que les associations de chasse s'efforcent également de résoudre en interne. Concernant les revenus, on constate une nette surreprésentation de la tranche de revenus la plus élevée : les chasseurs de loisir dont le revenu mensuel du ménage dépasse 9 000 francs suisses sont nettement plus nombreux que la moyenne de la population suisse dans cette tranche de revenus.
L'accès à la chasse de loisir est onéreux et, de ce fait, socialement sélectif. Frais de formation, d'examen, d'achat et d'entretien des armes à feu, permis ou bail de chasse, vêtements de chasse, optiques, chien de chasse et son dressage : le coût annuel total de la chasse de loisir peut facilement atteindre quatre à cinq chiffres en francs suisses, selon le canton et le système. Il s'agit d'une activité de loisir que tout le monde ne peut pas se permettre ou ne souhaite pas pratiquer. Par ailleurs, la répartition par sexe est un facteur important : la chasse de loisir est majoritairement masculine. Bien que son ouverture aux femmes soit politiquement souhaitée et mise en avant par les associations de chasse, la composition actuelle des chasseurs de loisir reste largement dominée par les hommes.
Quelles conséquences cela a-t-il pour les ambitions politiques des chasseurs de loisir ? Une petite minorité, composée majoritairement d’hommes, aux revenus et à l’âge supérieurs à la moyenne (0,3 % de la population), revendique le droit d’abattre 120 000 animaux sauvages par an et d’influencer le cadre politique qui en découle. Leur prétention d’agir « dans l’intérêt public » ne repose sur aucune base démographique. Il s’agit d’une revendication intéressée, dissimulée sous un discours sur le bien commun.
Pour en savoir plus : La chasse en Suisse : chiffres, systèmes et fin du récit, et la psychologie de la chasse
Formation à la chasse : ce qui est enseigné – et ce qui ne l’est pas
En Suisse, la formation à la chasse est réglementée au niveau cantonal. Il n'existe donc pas de normes minimales uniformes au niveau fédéral concernant le bien-être animal, l'éthique ou la précision du tir. Dans le canton d'Argovie, l'examen de chasse comprend des modules sur l'hygiène du gibier, le maniement des armes à feu, la balistique, les effets des tirs, les chiens de chasse et la prévention des dégâts causés par la faune sauvage. Dans le canton de Zurich, la formation dure au moins deux ans en zone de chasse, suivis d'un examen pratique. Dans le canton des Grisons, un cours LARGO obligatoire sur l'hygiène du gibier et l'anatomie de la faune sauvage est requis, et au moins 50 heures d'expérience en gestion du gibier sont nécessaires pour l'examen théorique.
Ce qui n'est jamais systématiquement et exhaustivement évalué dans les programmes de formation à la chasse cantonaux, c'est la législation sur le bien-être animal, la perception de la douleur chez les animaux sauvages, les principes de l'écologie des populations au-delà des simples estimations, et la prise de décision éthique dans les situations ambiguës. La formation à la chasse forme des individus capables d'identifier les animaux sauvages, de manipuler les armes en toute sécurité et de traiter le gibier. En revanche, leur compréhension des conséquences physiologiques des tirs accidentels et des moyens de les minimiser dans le respect du bien-être animal n'est pas systématiquement évaluée. Résultat : dans le canton des Grisons, environ 1 000 contraventions et amendes sont dressées chaque année contre des chasseurs de loisir, au sein d'un système qui certifie officiellement leur « expertise ».
La Fédération allemande de chasse mentionne explicitement l'éthique de la chasse comme objectif de formation, sans toutefois l'associer à un système d'évaluation contraignant. En réalité, l'éthique de la chasse reste lettre morte : elle n'est qu'un élément décoratif dans un système de formation dont l'essentiel est le maniement des armes et l'identification des espèces. Ce qui manque, c'est ce qui distingue toute autre activité présentant un potentiel comparable de mise en danger de tiers et d'êtres vivants : des normes minimales indépendantes et uniformes au niveau national, une évaluation régulière des compétences de tir et un examen obligatoire d'éthique du bien-être animal assorti de sanctions en cas d'infraction.
Pour en savoir plus sur ce sujet : Accidents de chasse en Suisse et dossier sur les chiens de chasse : déploiement, souffrance et bien-être animal
Possession d'armes à feu : la chasse, une faille dans la législation sur les armes à feu
En Suisse, environ 2,3 millions d'armes à feu sont détenues par des particuliers, soit environ 45 armes pour 100 habitants, ce qui en fait l'un des pays d'Europe où la densité d'armes est la plus élevée. La majorité des propriétaires d'armes à feu sont membres de clubs de tir. Le troisième groupe, particulièrement important, est celui des chasseurs de loisir : selon une étude représentative menée en 2023 sur la possession d'armes à feu, 12 % des personnes interrogées ont déclaré utiliser leur arme pour la chasse.
En Suisse, le permis de chasse est l'une des voies légales les plus directes pour obtenir des armes à feu : sans test de tempérament, sans interdiction de consommer de l'alcool pendant la chasse et sans exigences psychologiques minimales uniformes. Toute personne titulaire d'un permis de chasse acquiert simultanément le droit d'acheter et de porter une ou plusieurs armes longues (carabines, fusils de chasse, armes combinées). Ce droit n'est soumis à aucun certificat psychiatrique, test de tir régulier ni examen médical. C'est précisément ce qui fait de la législation sur les armes à feu à la chasse une faille dans les politiques de sécurité : l'accès aux armes à feu via un permis de chasse est plus facile que leur acquisition dans de nombreux autres pays européens.
Les statistiques suisses sur les accidents de chasse révèlent cette lacune : à partir de 40 ans, le nombre d’accidents augmente considérablement. Dans un système sans limite d’âge, sans tests de temps de réaction obligatoires ni tests réguliers de compétence au tir, les facteurs de risque connus de mauvaise utilisation des armes à feu – l’âge, la baisse de la vue et le ralentissement des réflexes – ne font l’objet d’aucun contrôle systématique. Il en résulte chaque année des décès et des blessures causés par des armes de chasse, au sein d’un système qui se prétend professionnel et responsable.
Plus d'informations sur ce sujet : Suisse : Statistiques sur les accidents de chasse mortels et les victimes de la chasse en Europe
Sociologie de la chasse de loisir : réseautage, fidélité, isolement
La chasse de loisir est bien plus qu'un simple passe-temps. C'est un réseau social très soudé, animé par une forte loyauté, un système de valeurs propre, un langage spécifique – le jargon des chasseurs – et une culture qui discrédite systématiquement toute critique extérieure, la qualifiant d'« anti-chasse », de « émotionnelle » ou d'« ignorante ». Quiconque, au sein de la communauté des chasseurs, ose souligner un problème risque l'exclusion sociale. Quiconque critique de l'extérieur se voit reprocher de ne rien comprendre à la nature.
Cette culture de l'isolement a des conséquences structurelles. L'autorégulation de la chasse de loisir est limitée : il n'existe aucun contrôle indépendant des pratiques de chasse, aucune obligation de déclarer les animaux tués accidentellement, et aucune évaluation systématique des accidents de chasse ou des atteintes au bien-être animal par des organismes neutres. Il existe en revanche des gardes-chasse cantonaux – souvent eux-mêmes chasseurs de loisir – censés assurer le suivi interne du système. Ce système est structurellement comparable à un secteur bancaire autorégulé : il manque la distance institutionnelle nécessaire à un contrôle indépendant. Dans le canton des Grisons, 1 000 signalements et amendes par an démontrent que ce système d'autorégulation est inefficace.
Le jargon des chasseurs, en tant que système linguistique, remplit une fonction importante : il idéalise ce qui, objectivement, est la mise à mort d’un animal. Le « chasseur » « chasse » le « gibier » et le transporte jusqu’à sa « collection de gibier ». La « chasse éthique » promet la dignité sans la garantir. Ce langage sert à la cohésion interne – et à la défense externe : ceux qui ne parlent pas le jargon des chasseurs sont considérés comme des étrangers qui « n’y connaissent rien ». Il ne s’agit pas d’une stratégie de communication, mais d’un système identitaire. Et c’est l’un des outils les plus efficaces utilisés par une petite minorité pour détourner les critiques de la société.
Pour en savoir plus sur ce sujet : Récits de chasseurs et psychologie de la chasse
Lobby de la chasse : un pouvoir sans mandat
Les associations de chasse ne se considèrent pas comme de simples clubs de loisirs ou traditionnels. Ce sont des acteurs politiques, aux niveaux fédéral et cantonal, qui exercent une influence particulière sur les décisions relatives à l'application de la réglementation. Leurs principales préoccupations sont la protection des libertés de chasse, l'influence sur la législation en matière de chasse et de protection de la nature, et la préservation de la chasse de loisir face aux critiques publiques. Elles sont représentées au sein des commissions cantonales d'experts, participent à l'élaboration des outils et des lignes directrices d'application de la réglementation, et reçoivent des informations des instances consultatives parlementaires qui ne sont pas accessibles au public.
L’asymétrie politique est frappante : 0,3 % de la population – les chasseurs de loisir – disposent de structures de lobbying organisées, financées et politiquement intégrées. Les 99,7 % restants, qui ne s’intéressent pas à la chasse de loisir, ne bénéficient d’aucune représentation politique comparable. Transparency International Suisse a documenté ce déséquilibre dans divers domaines du lobbying : dans certaines commissions parlementaires, les mandats de lobbying peuvent être tellement concentrés qu’un groupe d’intérêt particulier détient de facto la majorité. C’est notamment le cas pour les associations de chasse au sein des commissions environnementales et de chasse, où les chasseurs de loisir, les agriculteurs et les groupes d’intérêt apparentés sont structurellement surreprésentés.
Le résultat est manifestement législatif : à Berne, le Conseil national et le Conseil des États ont à plusieurs reprises abaissé les conditions d’abattage des loups, malgré la baisse du nombre de victimes parmi le bétail. À l’avenir, il sera encore plus facile de « réguler préventivement » les loups, même dans les réserves de chasse. Cette décision ne repose pas sur des données scientifiques, mais sur des pressions de lobbying. Le lobby de la chasse parle de « gestion de la faune sauvage ». Les écologistes, quant à eux, la dénoncent : il s’agit d’une imposition politique des intérêts de la chasse contre le consensus scientifique.
Pour en savoir plus sur ce sujet : Comment les associations de chasse influencent la politique et l’opinion publique , et le lobby des chasseurs suisses
Chasseurs amateurs et bien-être animal : rhétorique contre pratique
L’expression « chasse éthique » est utilisée par les chasseurs de loisir pour affirmer respecter les animaux lors de leur mise à mort. Le Tribunal fédéral et les tribunaux cantonaux ont examiné à plusieurs reprises cette notion. Un tribunal de Bellinzone a confirmé que les associations de chasse promeuvent pratiquement toutes les pratiques cruelles, inutiles et inhumaines, en les présentant comme compatibles avec la chasse éthique. Cela démontre à quel point cette expression est éloignée d’une norme contraignante en matière de bien-être animal.
Plus précisément : la chasse à l’affût consiste à envoyer des chiens dressés dans les terriers de renards et de blaireaux. Le piégeage consiste à laisser des animaux sauvages en attente dans des pièges vivants pendant plusieurs jours, jusqu’à l’arrivée du chasseur. Lors des battues, les animaux sont poursuivis en panique sur de vastes étendues avant d’être abattus – ce qui provoque des taux de cortisol mesurables témoignant de l’ampleur physiologique du stress. Les plombs de fusil de chasse tirés sur du petit gibier entraînent souvent des blessures, et non une mort immédiate. Ces pratiques sont autorisées par la législation sur la chasse. Elles contredisent le libellé des lois sur le bien-être animal, mais en sont de fait exemptées grâce à des réglementations de chasse spécifiques.
Ce qui fait défaut structurellement, c'est un contrôle indépendant : aucune autorité neutre ne vérifie systématiquement le respect des normes minimales de bien-être animal pendant la chasse. L'absence de déclaration obligatoire des animaux tués accidentellement garantit le recensement statistique des animaux blessés et non retrouvés. L'absence d'examen annuel par des inspecteurs externes assure que la « chasse éthique » repose sur plus qu'une simple auto-certification. Ce n'est pas un hasard. C'est le résultat de décennies de lobbying politique mené par les milieux de la chasse pour empêcher tout contrôle indépendant de la chasse récréative, car ils savent ce qu'un tel contrôle révélerait.
Pour en savoir plus : Chasse et bien-être animal : conséquences de cette pratique sur les animaux sauvages , peur de la mort et absence d’étourdissement
Perception du public : Pourquoi les médias perpétuent le mythe de la chasse
Les reportages sur la chasse dans les médias suisses suivent des schémas bien précis : le chasseur amateur y apparaît comme un expert amoureux de la nature, connaissant la forêt à l’aube et la faune sauvage mieux que quiconque. La chasse en haute altitude dans les Grisons est présentée comme un « rituel traditionnel ». Le salon de la chasse de Lucerne est décrit comme un « rassemblement professionnel ». Les accidents de chasse, les victimes de la chasse, les atteintes au bien-être animal et les jeux de pouvoir sont rarement, voire jamais, mentionnés dans ces mêmes médias.
Pourquoi ? Premièrement, parce que les associations de chasse fournissent systématiquement des images, des communiqués de presse et des personnes interviewées – et les rédactions, soucieuses d'efficacité, utilisent ces informations. Deuxièmement, parce que les points de vue critiques sur la chasse sont catégorisés comme relevant de la « défense des droits des animaux » ou de l'« activisme » et sont donc discrédités avant même que leur contenu ne soit vérifié. Troisièmement, parce que les chasseurs de loisir sont des figures sociales importantes dans de nombreuses zones rurales – élus locaux, présidents de clubs, gardes-chasse – et que les médias locaux hésitent à nuire à ces réseaux. Il en résulte un biais structurel dans le traitement de l'information, favorable à la chasse de loisir, ce qui surestime son soutien populaire.
Pour contrer ce phénomène, il est utile de recourir au journalisme d'investigation qui analyse les statistiques sur les accidents de chasse, documente les violations du bien-être animal, expose les structures de lobbying et établit un lien entre la réalité démographique des chasseurs de loisir et leur influence politique. C'est précisément ce que fait wildbeimwild.com : avec des sources vérifiées, sans moralisation, mais en affirmant qu'une activité de loisir pratiquée par une minorité et responsable de la mort de 120 000 animaux sauvages par an doit faire l'objet d'un débat public critique.
Pour en savoir plus sur ce sujet : Politique de chasse 2025 et Comment l’arène environnementale de Spreitenbach légitime la cruauté envers les animaux
Comparaisons internationales : ce que montrent les régions sans chasse ou à faible chasse
Canton de Genève, Suisse : la chasse par les milices est interdite depuis 1974. Cinquante ans plus tard, le bilan est le suivant : des populations d’animaux sauvages stables, voire en augmentation, une biodiversité considérablement accrue, 30 000 oiseaux hivernants au lieu de quelques centaines seulement, et une meilleure acceptation sociale de la faune sauvage dans les zones habitées. Les vastes aires protégées d’Europe – parcs nationaux, réserves naturelles, zones centrales des réserves de biosphère – présentent systématiquement des niveaux de biodiversité plus élevés dans les études à long terme que les régions comparatives où la chasse est intensive.
Les pays pratiquant une chasse peu intensive ou soumise à une réglementation stricte ne présentent aucun désavantage écologique. Les Pays-Bas ont limité la chasse à un nombre restreint d'espèces, sans que les populations d'animaux sauvages ne s'emballent. L'Angleterre et le Pays de Galles ont interdit la chasse au renard en 2004, sans que la population de renards n'explose. L'Autriche et l'Allemagne ont interdit les munitions au plomb, sans que la chasse de loisir ne s'effondre. Ces exemples démontrent ce qui est structurellement possible lorsque la volonté politique existe et que les groupes de pression n'ont pas le dernier mot.
Les comparaisons internationales ne révèlent pas les pays où l'abolition de la chasse récréative aurait entraîné des catastrophes écologiques. L'argument selon lequel, sans chasse récréative, les populations d'animaux sauvages exploseraient et les écosystèmes s'effondreraient n'est étayé par aucune donnée empirique. Il s'agit d'une tactique d'intimidation propagée par les associations de chasse, à court d'autres arguments.
Pour en savoir plus : La chasse dans le canton de Genève : interdiction de la chasse, psychologie et perception de la violence , et alternatives à la chasse : ce qui est vraiment efficace sans tuer d’animaux
Qu'est-ce qui devrait changer ?
- Normes minimales nationales harmonisées pour la formation à la chasse : le droit relatif au bien-être animal, la perception de la douleur chez les animaux sauvages, la prise de décision éthique et la réduction des tirs accidentels doivent être obligatoires et intégrés à la formation à la chasse dans tous les cantons, et faire l’objet d’examens. Proposition modèle : exemples de textes pour des propositions critiques à l’égard de la réglementation de la chasse
- Évaluation psychologique obligatoire et tests réguliers de compétence au tir : Toute personne manipulant des armes à feu dans les forêts publiques doit présenter une aptitude psychologique et une compétence au tir vérifiables, évaluées de manière régulière et indépendante. Proposition modèle : Chasse récréative et criminalité : Vérifications d’aptitude, obligations de déclaration et conséquences
- Interdiction de consommer de l'alcool et d'autres substances pendant la chasse : toutes les autres professions ou activités de loisir impliquant des armes à feu sont soumises à cette norme. Ce n'est pas le cas pour la chasse de loisir.
- Supervision indépendante des pratiques de chasse : Contrôle de la chasse par des inspecteurs externes employés par l’État. Signalement obligatoire des incidents de tir et des infractions au bien-être animal. Rapports annuels accessibles au public. Proposition modèle : Supervision indépendante de la chasse : Contrôle externe plutôt qu’autorégulation.
- Transparence concernant les mandats des groupes de pression sur la chasse dans les parlements et les commissions : les parlementaires qui détiennent des mandats auprès d'associations de chasse et siègent simultanément dans des commissions liées à la chasse doivent déclarer pleinement et publiquement ce conflit d'intérêts.
- Examen systématique des réglementations spéciales en matière de chasse dans le cadre du droit du bien-être animal : la chasse dans les terriers, le piégeage sans surveillance quotidienne et les chasses en battue pour les animaux gestants ou jeunes doivent faire l’objet d’un examen indépendant du bien-être animal, sans l’implication du lobby de la chasse.
Argumentation
Les chasseurs amateurs sont présentés comme des experts de la faune sauvage. Or, la formation à la chasse évalue la maîtrise des armes à feu et l'identification des espèces. Le droit de la protection animale, l'écologie des populations et la prise de décision éthique ne sont ni obligatoires ni systématiquement évalués lors de l'examen. Dans le canton des Grisons, un millier de contraventions et d'amendes sont dressées chaque année contre des chasseurs amateurs, dans le cadre d'un système qui certifie officiellement leur « expertise ». Ceux qui souhaitent réellement acquérir une expertise en matière de faune sauvage ont besoin de biologie de la faune, et non d'un permis de chasse.
« Les associations de chasse représentent des intérêts sociétaux légitimes. » Les associations de chasse représentent les intérêts de 0,3 % de la population. Elles le font avec une influence politique totalement disproportionnée à ce faible pourcentage : représentation au sein des comités, participation à l’application de la réglementation, contacts directs avec les services cantonaux, présence médiatique et réseaux politiques. Il s’agit là d’un lobbying en faveur d’une activité de loisir minoritaire, et non d’un mandat au service du bien commun.
« Les chasseurs amateurs connaissent mieux la nature que les autres. » La connaissance de la nature n'est pas un privilège de chasse. Les biologistes de la faune, les écologistes, les experts forestiers, le personnel de Pro Natura et les gardes-chasse connaissent la nature au moins aussi bien – souvent mieux – car leur formation est scientifique et non influencée par les intérêts de la chasse. La connaissance de la nature ne justifie pas le droit de tuer.
« Sans chasseurs de loisir, personne ne protégerait la faune sauvage en forêt. » Dans le canton de Genève, les gardes-chasse, employés par l'État, protègent la faune sauvage depuis 1974 sans recours à la chasse bénévole – de manière efficace, professionnelle et respectueuse du bien-être animal. La protection de la faune sauvage est la responsabilité des professionnels, et non celle des chasseurs de loisir qui, pour la plupart, paient pour tuer des animaux sauvages.
La formation à la chasse est rigoureuse ; seuls les plus aptes réussissent. En Suisse, le taux de réussite aux examens de chasse dépasse les 80 % dans la plupart des cantons. Il n’y a ni test de tempérament, ni interdiction de consommer de l’alcool, ni obligation de prouver régulièrement son habileté au tir, ni normes minimales nationales en matière de bien-être animal. Difficile de parler de rigueur dans ces conditions.
« La chasse fait partie intégrante de la culture et de l'identité suisses. » Cependant, la culture et l'identité ne justifient ni la souffrance animale, ni les privilèges des minorités, ni une influence politique disproportionnée à la taille d'un groupe. Une société soucieuse du bien-être animal ne peut se soustraire à son évaluation éthique les pratiques culturelles qui engendrent des souffrances animales. D'autres traditions ont également disparu à mesure que la société progressait et que l'empathie s'accroissait.
Liens rapides
Articles sur Wild beim Wild :
- Comment les associations de chasse influencent la politique et le public
- lobby des chasseurs suisses
- Politique de chasse 2025 : Abattage des loups, chasse aux trophées et braconnage au service du lobby
- Suisse : Statistiques sur les accidents de chasse mortels
- Psychologie de la chasse
- Conte du chasseur
- Cette initiative préconise la création de « gardes-chasse à la place de chasseurs »
- Exemples de textes pour les motions critiquant la chasse dans les parlements cantonaux
Dossiers connexes :
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- Mythes de la chasse : 12 affirmations à examiner de manière critique
- Chiens de chasse : utilisation, souffrance et bien-être animal
- Accidents de chasse en Suisse
- Victimes de chasse en Europe
- Photos de chasseurs : Deux poids, deux mesures, dignité et angle mort de la chasse récréative
- Alternatives à la chasse : ce qui aide vraiment sans tuer d'animaux
- Chasse en haute altitude en Suisse
Sources externes :
- La chasse en Suisse : Baromètre de la chasse en Suisse 2025 (PDF)
- Canton de Zurich : Formation à la chasse dans le canton de Zurich
- Canton d'Argovie : Examen de chasse – modules de formation
- Canton des Grisons : Examen et formation à la chasse
- La chasse en Suisse : Formation à la chasse en Suisse
- PROTELL : Étude sur les propriétaires d'armes à feu en Suisse 2023 (PDF)
- Amnesty International Suisse : Violences conjugales et possession d'armes à feu – faits et chiffres
- Transparency International Suisse : Initiatives parlementaires sur les conflits d’intérêts (PDF)
- SRF : Aperçu des activités de lobbying du Conseil national
- Liberté pour les animaux : la nature sans chasse – interdiction de la chasse dans le canton de Genève depuis 1974
Notre revendication
Les chasseurs amateurs ne sont pas des défenseurs neutres de l'environnement. Ce sont des acteurs aux intérêts particuliers, bénéficiant d'un accès légal aux armes, de réseaux politiques et d'une image d'eux-mêmes qui ne résiste pas à un examen objectif. Il ne s'agit pas d'une condamnation personnelle, mais d'une analyse structurelle. Les structures au sein desquelles évoluent les chasseurs amateurs sont conçues pour protéger leurs intérêts : une formation fragmentée entre les cantons sans normes uniformes de bien-être animal, un système législatif sur les armes à feu sans évaluation du tempérament des chasseurs, un lobby de la chasse exerçant une influence politique disproportionnée et une culture d'autorégulation qui empêche systématiquement tout contrôle externe.
Une société soucieuse de la faune sauvage se doit de réformer ces structures – non pas parce que les chasseurs de loisir sont de mauvaises personnes, mais parce que 120 000 animaux sauvages abattus chaque année, des dérogations incontrôlées à la législation sur les armes à feu, des violations du bien-être animal impunies et un pouvoir de lobbying sans mandat démocratique sont des conditions inacceptables. Exiger la transparence, le contrôle, des normes uniformes et la représentation politique de la majorité n’est pas du radicalisme. C’est le strict minimum qu’une société éclairée puisse exiger d’une activité de loisir minoritaire aux conséquences mortelles pour la faune sauvage et les humains.
À propos de la chasse de loisir : dans notre dossier sur la chasse, nous rassemblons des vérifications de faits, des analyses et des rapports de fond.