Le débat sur la chasse en Suisse se nourrit depuis des décennies des mêmes discours. Nombreux sont ceux qui les entendent depuis leur enfance. Certains semblent plausibles jusqu'à ce qu'on les confronte à des sources scientifiques, des observations empiriques et des questions de logique élémentaire. C'est alors que les lacunes, les contradictions et les arguments biaisés apparaissent au grand jour.
Ce dossier analyse douze des idées reçues les plus répandues sur la chasse. Son but n'est pas de condamner les chasseurs de loisir, mais de mettre en lumière des arguments rarement examinés, qui pourtant influencent les décisions politiques, façonnent les débats publics et bénéficient d'une forte acceptation sociale. Toute personne souhaitant participer à une discussion éclairée sur la chasse de loisir, la conservation de la faune sauvage et les politiques de protection de l'environnement devrait connaître ces idées reçues.
les fondements systématiques dans notre dossier « La chasse en Suisse : figures, systèmes et fin d’un récit La structure argumentative plus large est quant à elle introduction à la critique de la chasse
Qu'est-ce qui vous attend ici ?
- Mythe 1 – La chasse de loisir est une forme de conservation de la nature : Pourquoi la chasse de loisir en tant qu’intervention et la conservation de la nature en tant que protection sont des activités structurellement opposées.
- Mythe 2 – Sans chasse récréative, il y a « surpopulation » : Ce que le mot « surpopulation » accomplit politiquement et ce qui contrôle réellement les populations sur le plan biologique.
- Mythe 3 – Les chasseurs amateurs régulent les populations comme un écosystème : Pourquoi l’abattage sélectif et motivé par l’intérêt n’est pas une simulation écologique.
- Mythe 4 – La chasse de loisir prévient efficacement les dommages causés à la faune sauvage : Pourquoi la chasse de loisir combat les symptômes mais ne s'attaque pas aux causes.
- Mythe 5 – La chasse de loisir est l’alternative humaine : ce que signifie « humain » lorsqu’on évalue le stress, les ratés et les jeunes animaux orphelins.
- Mythe 6 – Les chasseurs amateurs sont les meilleurs experts de la faune sauvage : Qu’est-ce qui distingue l’expérience de terrain de la recherche indépendante sur la faune sauvage ?
- Mythe 7 – La chasse de loisir est nécessaire à cause des accidents de la route : Quelles mesures d’infrastructure sont manifestement plus efficaces que le tir sur les animaux ?
- Mythe 8 – La chasse de loisir protège la forêt : Pourquoi les dommages causés aux forêts ont de nombreuses causes et les animaux sauvages servent souvent de boucs émissaires politiquement opportuns.
- Mythe n°9 – La chasse de loisir finance la conservation de la nature : Pourquoi un système de conservation de la nature qui dépend de la mise à mort d'animaux n'est pas un système de conservation de la nature.
- Mythe 10 – La chasse de loisir est une culture, donc inattaquable : Pourquoi la tradition ne confère pas d’immunité éthique.
- Mythe n° 11 – Les critiques ne connaissent pas la réalité : Pourquoi cet argument vise à remplacer la discussion au lieu de la diriger.
- Mythe 12 – La chasse aux loisirs est toujours « nécessaire » : ce que la nécessité exigerait comme concept de justification et pourquoi elle est rarement satisfaite.
- Ce qui doit changer : des revendications politiques concrètes.
- Argumentation : Réponses aux contre-arguments les plus courants.
- Liens rapides : Tous les articles, études et dossiers pertinents.
Mythe n° 1 : La chasse de loisir est une forme de conservation de la nature
Ce mythe est le plus important car il sous-tend tous les autres. Si l'on accepte que la chasse récréative soit une forme de conservation de la nature, tout le reste en découle presque automatiquement : les chasseurs récréatifs doivent alors être félicités pour leur « engagement », l'abattage sélectif est nécessaire et les alternatives sont superflues. Il est donc essentiel de déconstruire précisément ce mythe.
La conservation de la nature implique la préservation des habitats, la promotion de la biodiversité, la réduction au minimum de l'intervention humaine dans les écosystèmes et la protection des espèces menacées. Ce sont les définitions fondamentales de l'Office fédéral de l'environnement (OFEV), de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et de toutes les organisations de conservation de la nature reconnues à travers le monde. Selon ces définitions, la chasse récréative ne relève pas de la conservation de la nature, mais constitue une intervention : elle perturbe les populations, les structures sociales, l'utilisation de l'habitat et le comportement des animaux sauvages. En Suisse, la chasse récréative tue environ 120 000 animaux sauvages chaque année, soi-disant pour protéger la forêt. Or, des études menées dans le Parc national suisse, la Forêt bavaroise et en Slovénie démontrent systématiquement que, dans les zones sans chasse, les populations d'animaux sauvages s'autorégulent grâce à des mécanismes naturels : ressources alimentaires, climat, prédateurs et structures sociales
La contribution réelle des chasseurs de loisir à la conservation de la nature est sélective, volontaire et souvent impossible à vérifier : sauvetage de faons en début d’été, gestion des habitats et travaux de protection des forêts. Ces activités méritent d’être reconnues, mais elles n’ont aucun lien logique avec le droit de chasser. Une personne qui sauve des faons puis les abat à l’automne ne pratique pas la conservation de la nature. Elle s’adonne à un loisir qui inclut occasionnellement des activités étroitement liées à la conservation de la nature. Cette distinction est essentielle au débat public.
Lire la suite : Pourquoi la chasse récréative en Suisse n’est pas une forme de conservation de la nature et La chasse en Suisse : chiffres, systèmes et la fin d’un récit
Mythe n° 2 : Sans la chasse récréative, il y aurait « surpopulation »
Le terme « surpopulation » est l'un des plus efficaces dans l'arsenal des défenseurs de la chasse de loisir. Il sonne scientifique, suscite l'inquiétude et sous-entend un besoin d'agir. En réalité, cependant, dans la plupart des contextes où il est employé, il s'agit d'une construction politique, et non d'une réalité écologique.
Les populations d'animaux sauvages s'autorégulent grâce à la disponibilité de nourriture, la capacité de leur habitat, leurs structures sociales, le climat et les maladies. Dans les zones non chassées, les animaux disposant d'un territoire ou d'un statut social particulier se reproduisent de manière préférentielle : un système naturel de contrôle des naissances, basé sur les structures sociales et les hormones, qui ne nécessite aucune arme. Le professeur Ragnar Kinzelbach, zoologiste à l'université de Rostock, résume la situation ainsi : « La chasse est inutile. Si on l'arrête, les populations s'autorégulent. » Le Parc national suisse est totalement exempt de chasse depuis 1914 et ne présente pas d'explosion démographique, mais au contraire des populations stables et une biodiversité croissante.
Dans le débat sur la chasse, le terme « surpopulation » signifie généralement : « Il y a plus d'animaux sauvages que ce que les chasseurs de loisir ou les agriculteurs jugent acceptable. » Il s'agit d'une préférence anthropocentrique, et non d'une nécessité écologique. La question cruciale est la suivante : quelle est la capacité de charge de l'habitat d'une zone ? Ces capacités sont-elles artificiellement limitées par l'agriculture, la sylviculture ou la pression du développement ? Si tel est le cas, le problème n'est pas « trop de gibier », mais « trop peu d'habitat ». La chasse de loisir s'attaque au symptôme, et non à la cause.
Lire la suite : Pourquoi la chasse récréative échoue comme moyen de contrôle des populations et études sur l’impact de la chasse sur la faune sauvage
Mythe n° 3 : Les chasseurs amateurs régulent les populations comme un écosystème
Ce mythe semble relever de la pensée systémique, mais selon sa logique interne, c'est tout le contraire. Un écosystème fonctionnel s'autorégule grâce à des mécanismes continus et non sélectifs : les prédateurs éliminent les animaux faibles et malades, la dynamique des ressources alimentaires contrôle la taille des populations et les structures sociales régulent la reproduction. La chasse récréative n'applique aucun de ces mécanismes de manière systématique.
La chasse récréative est guidée par les préférences humaines : les grands animaux trophées sont abattus en priorité car ils témoignent du succès de la chasse. Les animaux difficiles d’accès sont épargnés car l’effort requis est trop important. Le choix des cibles de chasse se fait par des négociations politiques, et non par des calculs écologiques. Il en résulte une chasse sélective qui déstabilise les structures sociales au lieu de les préserver : les loups sont bien plus susceptibles de rencontrer des animaux malades ou affaiblis que les chasseurs récréatifs, car ils privilégient l’efficacité énergétique à la taille du trophée. C’est là la différence cruciale entre la régulation naturelle et la chasse contrôlée par l’homme.
De plus, la régulation des écosystèmes exige une continuité à travers les saisons et les décennies. La chasse récréative est saisonnière, géographiquement fragmentée et dépendante de la disponibilité et de la motivation des chasseurs. Il ne s'agit pas d'une fonction écosystémique, mais d'une intervention discontinue fondée sur un calendrier personnel.
Pour en savoir plus : Pourquoi la chasse récréative échoue comme moyen de contrôle des populations et Dossier Loup : Fonction écologique et réalité politique
Mythe n° 4 : La chasse de loisir permet d’éviter efficacement les dommages causés par les animaux sauvages
Les dégâts causés par la faune sauvage – broutage dans les forêts protégées, dommages aux cultures et aux champs, et dégâts causés par les sangliers sur les terres agricoles – sont réels et ont un impact économique considérable. La question est de savoir si la chasse récréative est la solution appropriée pour y remédier. La réponse des recherches est alarmante : dans la plupart des cas, la chasse récréative ne fait que masquer les symptômes sans s’attaquer aux causes structurelles sous-jacentes.
Les dégâts causés aux forêts par le broutage sont particulièrement importants là où la pression de la chasse contraint les animaux sauvages à se réfugier dans des habitats restreints, là où l'on cultive des monocultures d'essences inadaptées et là où les prédateurs naturels qui régulent les déplacements des animaux sauvages sont absents. L'Office fédéral de l'environnement (OFEV) indique dans son ouvrage fondamental « Forêts et faune sauvage » que les dégâts dus au broutage dépendent de la densité du gibier, de la qualité de l'habitat et de la pression des perturbations – et que la seule pression de la chasse ne résout pas le problème si les conditions structurelles ne sont pas adéquates. En particulier, les battues et les chasses en battue concentrent les animaux sauvages dans des zones spécifiques, augmentant ainsi localement la pression du broutage au lieu de la réduire.
Le même principe s'applique aux sangliers et aux cultures : une chasse intensive sur les femelles dominantes entraîne une reproduction compensatoire – plus de petits, une structure sociale moins structurée, une mobilité accrue et, par conséquent, un impact plus important sur le territoire. Quiconque souhaite réellement réduire les dégâts causés par la faune sauvage a besoin d'améliorer les habitats, de pratiquer une gestion forestière adaptée aux sites, de mettre en place des mesures de protection des zones précieuses et de favoriser les populations de prédateurs – et non d'imposer des quotas d'abattage saisonniers.
Pour en savoir plus : FOEN : Forêts et faune sauvage – Notions de base pour la pratique (PDF) et Chasse de loisir et changements climatiques
Mythe n° 5 : La chasse de loisir est l'alternative humaine
« Humain » signifie infliger le moins de souffrances possible à un être vivant. Les chasseurs amateurs emploient souvent ce terme en comparaison avec d'autres formes de mise à mort : abattage rituel, élevage industriel, piégeage dans certains pays. Cette comparaison peut être pertinente dans certains cas précis. Cependant, elle est inexacte pour caractériser la chasse de loisir de manière générale.
Les tirs manqués – les impacts qui ne tuent pas instantanément – sont structurellement inévitables dans la chasse de loisir. En Suisse, il n'existe pas de statistiques uniformes sur le nombre d'animaux blessés sans qu'une piste ait été trouvée. On dispose toutefois d'estimations des gardes-chasse et de l'expérience pratique des chiens de Saint-Hubert, qui montrent qu'une proportion importante d'animaux blessés ne meurent qu'après quelques minutes ou quelques heures, parfois même après des heures de traque. De plus, il y a les jeunes animaux orphelins dont les mères sont abattues alors qu'elles élèvent leurs petits – une pratique qui n'est pas totalement interdite par la loi en Suisse et qui a été documentée à plusieurs reprises, notamment lors de chasses spéciales dans le canton des Grisons.
Le stress est mesurable : les animaux sauvages chassés, dérangés ou abattus présentent des taux de cortisol sanguins considérablement élevés. Cette réalité physiologique contredit fondamentalement l’idée d’une chasse « humaine ». Ce qui vaut pour le gibier – produit final d’un processus intense de peur et de mort – vaut d’autant plus pour les pratiques qui permettent de le produire. L’appellation « humain » n’est qu’une auto-certification du lobby de la chasse récréative, sans aucun fondement objectif.
Plus d'informations sur ce sujet : Animaux sauvages, peur de la mort et absence d'étourdissement , et Grisons : Les pires tireurs sont les chasseurs amateurs.
Mythe n° 6 : Les chasseurs amateurs sont les meilleurs experts de la faune sauvage
L'expérience d'une zone de chasse est précieuse. Celui qui arpente la même forêt depuis des décennies connaît les sentiers du gibier, son rythme quotidien et les particularités locales. C'est un savoir authentique, mais non scientifique. La différence réside dans la méthodologie : la science exige transparence, données reproductibles, vérification indépendante et contrôle des conflits d'intérêts. L'expérience d'une zone de chasse, par nature, est dépourvue de ces qualités.
Le problème s'aggrave lorsque les chasseurs de loisir figurent parmi les experts de la faune sauvage au sein des commissions cantonales d'experts et des conseils consultatifs, influençant ainsi les décisions politiques qui touchent leur propre loisir. Il s'agit là d'un conflit d'intérêts, et non d'une expertise. La véritable expertise en matière de faune sauvage relève des biologistes de la faune, des écologues comportementaux, des généticiens des populations et des instituts de recherche indépendants – or, ces professionnels ont structurellement moins de chances d'être entendus lors des consultations sur les politiques de chasse que le lobby de la chasse de loisir. Ce n'est pas un hasard, mais bien le fruit d'un lobbying efficace.
Un exemple concret : le rapport de biologie de la faune sauvage sur la chasse spéciale dans le canton des Grisons indiquait déjà en 2014 que cette chasse posait problème du point de vue du bien-être animal et n’était pas absolument nécessaire d’un point de vue d’écologie des populations. La chasse spéciale a pourtant été maintenue, non pas sur recommandation scientifique, mais sous la pression des défenseurs de la chasse de loisir. Le savoir des experts et celui des chasseurs de loisir diffèrent.
Pour en savoir plus sur ce sujet : les mythes et légendes liés à la chasse , et comment les associations de chasse influencent la politique et l’opinion publique.
Mythe n° 7 : La chasse aux loisirs est nécessaire à cause des accidents de la route
Ce mythe établit un lien de causalité fallacieux entre deux problèmes réels – les collisions avec la faune sauvage, fréquentes et coûteuses. L'affirmation est la suivante : la diminution du nombre d'animaux sauvages due à la chasse récréative entraîne une diminution des collisions avec la faune sauvage. Or, les données empiriques contredisent clairement cette affirmation.
Les systèmes d'avertissement pour la faune sauvage se révèlent nettement plus efficaces. En Autriche, le nombre de collisions avec des animaux sauvages sur les tronçons tests équipés de dispositifs d'avertissement a chuté de 93 %, selon une étude du biologiste Ernst Moser. En Suisse, les collisions avec des cerfs sur les portions de route dotées de ces dispositifs ont diminué de 32 à 43 %. Un nouveau système d'avertissement lumineux clignotant, testé dans le canton de Zurich, a démontré que la majorité des conducteurs freinaient activement. Les ponts fauniques, les passerelles piétonnes et les passages fauniques permettent aux animaux sauvages de traverser en toute sécurité, sans être poussés paniqués sur les routes – et donc sans les risques liés aux battues, qui provoquent la dispersion des animaux sauvages.
Le problème fondamental est un problème d'infrastructure, et non un problème lié à la faune sauvage : la Suisse a construit des routes dans les corridors fauniques sans investir suffisamment dans les aménagements de passage. La chasse récréative ne fait que masquer les symptômes sans modifier l'infrastructure. Une solution efficace aurait un coût, certes, mais inférieur aux centaines de millions de francs de dégâts causés chaque année par les collisions avec la faune sauvage, et elle n'entraînerait la mort d'aucun animal sauvage.
Plus d'informations : Suisse : Statistiques sur les accidents de chasse mortels , les corridors fauniques et la connectivité des habitats
Mythe n° 8 : La chasse de loisir protège la forêt
Les dégâts causés par le broutage dans les forêts protégées et exploitées sont bien réels. La question est de savoir qui ou quoi en est responsable, et qui ou quoi peut les combattre efficacement. La recherche apporte une réponse nuancée, qui contredit l'idée simpliste selon laquelle les animaux sauvages seraient responsables et la chasse récréative la solution.
Les dommages causés aux forêts sont multiples : changements climatiques et sécheresse, monocultures dominées par l’épicéa ou le pin inadaptées au milieu, fragmentation des habitats due aux routes et aux zones urbanisées, et bien sûr, concentration accrue de la faune sauvage. L’Office fédéral de l’environnement (OFEV) constate que là où les animaux sauvages sont repoussés vers les lisières de forêt par la pression de la chasse et les perturbations, les dégâts causés par le broutage augmentent fortement dans certaines zones – non pas malgré la chasse de loisir, mais à cause d’elle. Le zoologiste Ragnar Kinzelbach résume la situation ainsi : les cerfs étaient à l’origine principalement diurnes, actifs dans les champs et les prairies – et non en forêt. C’est la chasse de loisir qui les a transformés en animaux forestiers nocturnes et craintifs.
Une politique forestière durable exige la sélection d'essences d'arbres adaptées au site, des forêts mixtes résilientes au climat, des mesures de protection pour les jeunes arbres vulnérables et la promotion des prédateurs qui régulent les déplacements naturels de la faune sauvage. L'ouvrage fondamental de l'OFEV (Office fédéral de l'environnement), « Forêts et faune sauvage », est clair : imputer les dégâts causés par le broutage aux animaux sauvages sans tenir compte de la qualité de l'habitat et des perturbations est scientifiquement intenable.
Pour en savoir plus sur ce sujet : la chasse récréative et les changements climatiques , ainsi que les études sur l’impact de la chasse sur la faune sauvage.
Mythe n°9 : La chasse de loisir finance la conservation de la nature
Les recettes issues des brevets, les redevances de location de territoires de chasse et les contributions aux fonds cantonaux de chasse contribuent effectivement à la protection de la nature. C'est un fait, mais cela ne plaide pas en faveur de la chasse de loisir, mais plutôt en faveur du financement public de la protection de la nature.
L'idée qu'un système qui tue des animaux soit légitime parce qu'il réinvestit une partie de ses recettes dans la conservation de la nature est structurellement intenable. Ce serait comme prétendre qu'une industrie de la pêche est légitime parce qu'elle cofinance des projets de restauration. Le problème ne réside pas dans le flux de fonds, mais dans la conception même du système : la conservation de la nature ne devrait pas dépendre d'activités récréatives qui perturbent les écosystèmes. En Suisse, selon l'Office fédéral de l'environnement (OFEV), les dépenses publiques consacrées à la biodiversité et à la conservation de la nature s'élèvent à plusieurs centaines de millions de francs par an, dont une fraction provient des taxes sur la chasse. La majeure partie provient des recettes fiscales, des subventions et des programmes publics.
Ce mythe occulte également le fait que les coûts sociétaux de la chasse récréative — dommages causés par les collisions avec la faune sauvage, frais administratifs, risques sanitaires liés à la consommation de viande de gibier contaminée au plomb et objectifs de biodiversité non atteints en raison du blocage des aires protégées par des groupes de pression — dépassent largement les recettes issues des droits de chasse. Aucune analyse coûts-avantages complète et indépendante de la chasse récréative n'a jamais été réalisée. Ce problème est systématique.
Pour en savoir plus sur ce sujet : Introduction à la critique de la chasse et au modèle alternatif des gardes-chasse
Mythe n° 10 : La chasse de loisir est une pratique culturelle, donc inattaquable
La tradition et la culture sont des valeurs sociétales importantes. Mais elles ne constituent pas une immunité éthique. Toute société a défendu des pratiques comme étant traditionnelles, pratiques qu'elle a ensuite abandonnées face aux progrès scientifiques, à l'empathie sociale et à la réflexion éthique : combats de chiens, chasse à l'ours, exécutions publiques comme spectacles populaires, travail des enfants. Il ne s'agit pas d'une comparaison visant à condamner personnellement les chasseurs de loisir, mais d'un argument structurel : la tradition ne soustrait aucune pratique à l'examen éthique.
Il est également pertinent de considérer quelle société intègre la « culture de la chasse » à son identité. En Suisse, cela concerne 0,3 % de la population. 79 % de la population est critique à l’égard de la chasse de loisir. Lorsqu’une société évalue si une pratique mérite d’être protégée en tant que patrimoine culturel, elle doit se poser les questions suivantes : de quelle culture s’agit-il ? Quelles valeurs véhicule-t-elle ? Et quel est son lien avec les valeurs partagées par la majorité de cette société, notamment le bien-être animal, l’empathie envers les êtres vivants et le principe de proportionnalité ?
La réponse est claire : une activité de loisir qui tue 120 000 animaux sauvages par an, engendre structurellement des souffrances animales et est rejetée par une majorité de la société ne peut invoquer la culture pour se soustraire à tout examen éthique. La culture n’est pas un prétexte absolu à la violence.
Pour en savoir plus : Psychologie de la chasse et politique de chasse 2025 : Abattage des loups, chasse aux trophées et braconnage au service des lobbyistes
Mythe n° 11 : Les critiques ignorent la réalité
Cet argument est le mécanisme de défense universel des partisans de la chasse récréative. Il repose sur une structure bien précise : quiconque critique la chasse récréative « n’a jamais mis les pieds en pleine nature », « ignore tout du fonctionnement de la nature », « ne comprend pas les liens entre les différents éléments ». Cet argument n’a pas besoin de réfuter le fond de l’argument ; il discrédite le critique avant même que le fond ne soit examiné.
Sur wildbeimwild.com, les critiques sont formulées à partir de données de l'Office fédéral de l'environnement (BAFU), de publications scientifiques, de statistiques cantonales de chasse, de rapports de biologie de la faune sauvage et de cas avérés. Ces sources proviennent d'institutions dont l'expertise est également reconnue par les défenseurs de la chasse récréative, pourvu que leurs déclarations soient favorables à cette pratique. L'argument « les critiques ignorent la réalité » apparaît ainsi comme un outil d'obstruction au débat : il vise à entraver les discussions qui remettent objectivement en question la chasse récréative.
Ce qui résiste véritablement à l'examen critique, c'est la question suivante : quelles preuves le lobby de la chasse récréative apporte-t-il à l'appui de ses principaux arguments – la réglementation, la conservation de la nature et l'humanitaire ? La réponse à cette question est documentée section par section dans ce dossier.
Pour en savoir plus sur ce sujet : les mythes et légendes liés à la chasse , et comment les associations de chasse influencent la politique et l’opinion publique.
Mythe n° 12 : La chasse aux loisirs est toujours « nécessaire »
« Nécessaire » est le terme le plus fort utilisé pour justifier la chasse récréative. Il sous-entend qu'il n'existe aucune alternative, que les avantages l'emportent sur les inconvénients et que l'inaction serait pire que l'action. Or, ces trois hypothèses sont régulièrement démenties dans le contexte de la chasse récréative.
Pour qu'une mesure soit considérée comme « nécessaire », trois conditions doivent être remplies : premièrement, le problème existe et est important ; deuxièmement, la mesure est efficace ; troisièmement, il n'existe pas d'alternatives moins intrusives, d'égale efficacité ou plus efficaces. Dans le cas de la chasse récréative, cet argument échoue généralement en raison des deuxième et troisième conditions. Le canton de Genève : la chasse récréative y est interdite depuis 1974, ce qui n'a entraîné ni explosion des populations d'animaux sauvages, ni dommages forestiers dus à une surpopulation incontrôlée ; au contraire, on observe une biodiversité accrue et une meilleure acceptation sociale de la faune sauvage. Ces données empiriques contredisent le caractère absolu du terme « nécessaire ».
Les mesures qui se sont avérées plus efficaces, équivalentes ou plus respectueuses du bien-être animal comprennent : les systèmes d’alerte faunique, les passerelles fauniques, la gestion forestière adaptée au site, la promotion des prédateurs, la mise en place de structures de gardes-chasse professionnels inspirées du modèle de Genève, la connectivité des habitats et les interventions ciblées, sous contrôle étatique, menées par des spécialistes. Quiconque utilise néanmoins le terme « nécessaire » à propos de la chasse récréative doit expliquer pourquoi ces mesures spécifiques ne constituent pas une alternative dans ce contexte précis. Le lobby de la chasse récréative omet régulièrement de fournir cette explication.
Pour en savoir plus sur ce sujet : Alternatives à la chasse : ce qui aide vraiment sans tuer d’animaux et La chasse dans le canton de Genève : interdiction de la chasse, psychologie et perception de la violence
Qu'est-ce qui devrait changer ?
- Éliminer les idées reçues du discours politique : les décisions politiques concernant la réglementation de la chasse, l’abattage des loups et les aires protégées doivent reposer sur des données scientifiques vérifiées. Intégration obligatoire de la recherche indépendante sur la faune sauvage dans les processus législatifs, sans que le lobby de la chasse récréative puisse y opposer un droit de veto. Initiative modèle : un contrôle indépendant de la chasse, privilégiant un contrôle externe à l’autorégulation.
- Institutionnaliser la vérification des faits concernant la chasse : toute personne défendant publiquement une mesure politique doit en apporter la preuve. Des affirmations telles que « la chasse de loisir est nécessaire » ou « les populations d’animaux sauvages explosent sans régulation » doivent être étayées par des chiffres vérifiables avant de pouvoir avoir un impact politique.
- Plateforme pour la recherche indépendante sur la faune sauvage dans les débats sur la politique de chasse : les biologistes de la faune, les écologues comportementaux et les spécialistes des populations doivent être représentés au sein des commissions cantonales d’experts au même titre que les représentants des chasseurs de loisir. Modèle de motion : exemples de textes pour des motions critiques envers la chasse.
- Analyse coûts-avantages publique de la chasse récréative : Une analyse indépendante, normalisée à l’échelle nationale, des coûts et avantages sociétaux de la chasse récréative doit être préparée et publiée, y compris les coûts externes tels que les dommages causés par les accidents de faune, les violations du bien-être animal, les problèmes de santé et les objectifs de biodiversité non atteints.
Argumentation
« La chasse régule la faune sauvage ; c’est un fait. » Le Parc national suisse est exempt de chasse depuis 1914. Le canton de Genève, depuis 1974. Ces deux territoires présentent des populations d’animaux sauvages stables sans chasse récréative. Ce n’est pas un mythe, mais une évidence empirique. En revanche, l’idée d’une « régulation par la chasse récréative » est une affirmation qui ne repose sur aucune étude comparative contrôlée.
« La chasse récréative est nécessaire à la préservation de la forêt. » L’Office fédéral de l’environnement (OFEV) indique que les dégâts causés par le broutage dépendent de la qualité de l’habitat, des perturbations et de la concentration de la faune sauvage, et que la chasse récréative sans amélioration de l’habitat ne résoudra pas le problème. Une gestion forestière adaptée au site, des mesures de protection et la promotion des prédateurs constituent les mesures éprouvées.
Les systèmes d'alerte à la faune sauvage ne remplacent pas la chasse de loisir. Ils réduisent les collisions avec la faune sauvage de 32 à 93 %, comme l'ont démontré des études en Suisse et en Autriche. Cette méthode est plus efficace que l'abattage sélectif, plus humaine et n'entraîne ni mortalité animale ni accidents de chasse pour les humains.
La conservation de la nature a besoin des chasseurs de loisir comme partenaires. Elle requiert expertise, transparence et indépendance. Les chasseurs de loisir sont confrontés à un conflit d'intérêts structurel : ils paient pour le droit de tuer des animaux sauvages. Les organismes de conservation de la nature, les services de garde-chasse et les instituts de recherche sur la faune sauvage fonctionnent sans ce conflit.
« Ceux qui critiquent devraient proposer des alternatives. » Ce dossier et le site wildbeimwild.com font précisément cela : structures de gardes-chasse inspirées du système de Genève, systèmes d’alerte faunique, gestion forestière adaptée aux sites, promotion des prédateurs et connectivité des habitats. Ces alternatives existent, ont été testées et approuvées, et elles fonctionnent. Le problème n’est pas le manque d’alternatives, mais plutôt la résistance des groupes de pression qui s’y opposent.
Liens rapides
Articles sur Wild beim Wild :
- Pourquoi la chasse récréative en Suisse n'est pas une forme de conservation de la nature
- Pourquoi la chasse récréative échoue comme moyen de contrôle des populations
- Études sur l'impact de la chasse sur la faune sauvage et les chasseurs de loisir
- Grisons : Les pires tireurs sont les chasseurs amateurs
- Animaux sauvages, peur mortelle et absence d'anesthésie
- Suisse : Statistiques sur les accidents de chasse mortels
- Cette initiative préconise la création de « gardes-chasse plutôt que de chasseurs amateurs »
- Conte du chasseur
- Comment les associations de chasse influencent la politique et le public
- Politique de chasse 2025
Dossiers connexes :
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- Introduction à la critique de la chasse
- Les chasseurs : rôle, pouvoir, entraînement et critique
- Alternatives à la chasse : ce qui aide vraiment sans tuer d'animaux
- La chasse de loisir et le changement climatique
- corridors fauniques et connectivité des habitats
- Loup : Fonction écologique et réalité politique
- Chasse en haute altitude en Suisse
- Genève et l'interdiction de la chasse
- Chasse et biodiversité : la chasse récréative protège-t-elle vraiment la nature ?
- Chasse et bien-être animal : les conséquences de cette pratique sur les animaux sauvages
- Mettre fin à la violence récréative envers les animaux
Sources externes :
- BAFU : Forêt et faune sauvage – Notions de base pour la pratique (PDF)
- Canton des Grisons : Rapport sur la biologie de la faune sauvage concernant la chasse spéciale (PDF)
- Liberté pour les animaux : sans chasse, la nature et les animaux retrouvent leur équilibre
- CIPRA : Divers systèmes pour prévenir les collisions avec la faune sauvage
- SRF : Un gyrophare sauve un cerf, un renard et un daim d’une voiture
- PETA Suisse : Idées reçues sur la chasse – Les 10 plus grands mythes concernant la chasse de loisir
- Agroscope / BAFU : Biodiversité dans le paysage agricole – 10 ans de suivi (2025)
- naturdigital.online : La chasse de loisir ne régule pas – elle augmente la population
Notre revendication
Les douze mythes présentés dans ce dossier sont efficaces par leur simplicité. Ils servent de slogans, de formules pour clore les débats et de prétextes pour légitimer les discussions politiques. Ce qu'ils ne sont pas : des arguments étayés. Quiconque les confronte à des sources scientifiques, à des observations empiriques et à des questions de logique élémentaires y trouvera des lacunes, des contradictions et des intérêts artificiels – systématiquement en faveur d'un loisir pratiqué par 0,3 % de la population et responsable de la mort de 120 000 animaux sauvages par an.
IG Wild beim Wild documente cette réalité car le débat sur la chasse en Suisse est dominé depuis des décennies par les mêmes idées reçues. Quiconque souhaite avoir une discussion éclairée – au sein de la communauté, au parlement cantonal, dans les écoles ou sur les réseaux sociaux – n’a pas besoin de slogans, mais de faits vérifiables. C’est précisément l’objectif de ce dossier et de tout le travail accompli par wildbeimwild.com.
Quel est le mythe que vous entendez le plus souvent ? Écrivez-nous en précisant le contexte et la source : wildbeimwild.com/kontakt – nous créerons une série d’articles avec des vérifications de faits datées, des liens vers des sources vérifiées et des exemples cantonaux.
À propos de la chasse de loisir : dans notre dossier sur la chasse, nous rassemblons des vérifications de faits, des analyses et des rapports de fond.