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FAQ

Chasse spéciale Suisse : objectifs, critiques et pratique cantonale

Temps de chasse supplémentaire : la chasse spéciale comme succès de lobbying.

Rédaction Wild beim Wild — 3 avril 2026

La chasse spéciale est une période de chasse complémentaire qui se déroule après la saison de chasse régulière.

Officiellement, elle est justifiée comme un instrument de régulation des stocks de gibier. En pratique, elle prolonge considérablement la saison de chasse dans des cantons comme les Grisons et répond principalement aux intérêts des chasseurs de loisir, au détriment des animaux sauvages, qui sont déjà considérablement stressés pendant cette période.

Qu'est-ce que la chasse spéciale ?

La chasse spéciale est une chasse ordonnée ou autorisée par les autorités en dehors des périodes de chasse régulières. Aux Grisons, le canton avec le système de chasse le plus étendu de Suisse, la chasse spéciale est un élément permanent de l'année cynégétique. Elle commence après la chasse d'automne et vise officiellement à atteindre les plans d'abattage qui n'ont pas été réalisés pendant la saison régulière.

Le dossier Chasse spéciale aux Grisons documente la manière dont cette chasse de prolongation est organisée, les espèces animales concernées et la façon dont les plans d'abattage sont établis.

Quelles espèces animales sont concernées ?

Au cœur de la chasse spéciale se trouvent le cerf rouge et le chevreuil, les principales espèces chassées dans les cantons de chasse brevets. Mais le chamois et le sanglier peuvent aussi faire partie des mesures de chasse spéciale. Décisif est que ces animaux se trouvent, au moment de la chasse spéciale, dans une phase physiquement et écologiquement chargée.

Le cerf rouge en Suisse est, après son extermination et sa réintroduction, l'un des ongulés les plus chassés des Alpes aujourd'hui. Le dossier sur le chamois montre comment cette espèce est confrontée simultanément au stress climatique, au tourisme et à une chasse intense.

L'automne comme situation d'exception et d'état de chasse

La chasse d'automne commence aux Grisons au début septembre et dure plusieurs semaines. La chasse spéciale lui succède directement ou après une brève pause. Pour les animaux sauvages concernés, cela signifie : des semaines de pression de chasse, de fuite, de perturbation, de changements forcés d'habitat, et cela à un moment où les animaux doivent constituer des réserves pour l'hiver.

Le dossier Chasse d'automne Suisse analyse cette dynamique de stress scientifiquement : libération de cortisol, effets de perturbation et conséquences à long terme des chasses d'automne intensives sur les populations de faune sauvage sont bien documentés.

Les prédateurs comme alternative naturelle : pourquoi la chasse spéciale pourrait devenir superflue

La principale lacune du récit de la chasse spéciale est le rôle des prédateurs. Le loup, le lynx et l'ours sont les régulateurs naturels des stocks d'ongulés dont la prétendue surpopulation est censée justifier la chasse spéciale. Le fait que ces prédateurs ont été exterminés en Suisse au 19e et au début du 20e siècle a créé la situation actuelle : des stocks d'ongulés sans adversaires naturels, qui doivent maintenant être « régulés » par les chasseurs de loisir.

L'Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL) a étudié la relation entre les prédateurs et la régénération des forêts. Les chercheurs distinguent les effets directs et indirects : directement, les loups réduisent les stocks d'ongulés par la prédation. Indirectement, ils modifient le comportement spatio-temporel des proies, un phénomène connu en écologie sous le nom de « paysage de la peur ». En présence de loups, les ongulés évitent certaines zones de pâturage, changent plus fréquemment de lieu et se nourrissent de manière plus sélective. Cela réduit la pression du broutage sur la régénération des forêts, sans qu'un seul coup de feu ne soit tiré (WSL, waldwissen.net, 2016/2025).

Le président de la Conférence des inspecteurs forestiers cantonaux (KoK), Ueli Meier, a confirmé ce constat auprès de l'ATS : les prédateurs comme le loup et le lynx assuraient un équilibre dans le système des chaînes alimentaires. L'homme ne pouvait que partiellement fermer le cycle de l'écosystème.

Une étude publiée en 2024 dans le Journal of Applied Ecology sous la direction du Prof. Marco Heurich (Université de Fribourg) et du Dr. Suzanne van Beeck Calkoen a analysé des données de 492 sites d'étude dans 28 pays européens. Le résultat : là où le loup, le lynx et l'ours coexistent dans une zone, la densité du cerf rouge diminue de manière mesurable. Un seul prédateur seul n'obtient pas cet effet dans le paysage culturel européen fragmenté. L'étude montre cependant aussi : la chasse de loisir humaine réduit la densité du cerf rouge en Europe encore plus que tous les prédateurs réunis, ce qui soulève la question de savoir si les plans d'abattage eux-mêmes ne font pas partie du problème (Université de Fribourg, 2024).

Pour la Suisse, cela signifie concrètement : aux Grisons, où des meutes de loups s'établissent, la régulation naturelle par les prédateurs pourrait à moyen terme assumer exactement la fonction que la chasse spéciale est censée remplir actuellement. Le dossier Loup en Suisse documente qu'environ 30 meutes et environ 300 loups (état 2023) vivent dans les Alpes, préalpes et Jura suisses. Leurs proies principales sont le cerf rouge, le chamois et le chevreuil, exactement les espèces qui sont objet de chasse spéciale.

Le parallèle historique est révélateur : quand le lynx a été réintroduit en Suisse dans les années 1970, cela s'est fait sous la pression des milieux forestiers qui craignaient pour la régénération de leurs forêts. Le lynx était censé réduire la pression du broutage causée par le chevreuil et le chamois. Aujourd'hui, sa présence a un impact positif démontrable sur le développement des forêts, en particulier sur les sapins blancs (SRF, Mission B). Là où le lynx est établi, les dégâts du broutage diminuent. Cette performance écologique n'est pas appréciée par les chasseurs de loisir, car elle sape la légitimation des périodes de chasse supplémentaires.

Au lieu d'accepter les prédateurs comme partenaires naturels de la régénération des forêts, ils sont combattus politiquement en Suisse. En Valais, des meutes entières ont été éliminées. Le lobby de la chasse demande des quotas d'abattage plus élevés pour les loups. En même temps, les chasses spéciales sont poursuivies comme si les régulateurs naturels n'existaient pas. Cette approche est écologiquement contradictoire : d'une part, les prédateurs qui pourraient réguler naturellement les stocks d'ongulés sont tués ; d'autre part, la nécessité de périodes de chasse supplémentaires est justifiée précisément par ces stocks « trop élevés » qui naissent sans prédateurs.

La chasse spéciale comme instrument de régulation : qu'est-ce qui est vrai, qu'est-ce qui ne l'est pas ?

La justification de la chasse spéciale comme instrument de régulation semble objective. En réalité, cependant, deux logiques différentes la sous-tendent : premièrement la tâche d'État de contrôler les populations de faune sauvage, ce que des gardes-chasse professionnels pourraient accomplir. Deuxièmement l'intérêt des chasseurs de loisir d'avoir plus de jours de chasse.

Le dossier Chasse en Suisse : chiffres, systèmes et mythes révèle comment les plans d'abattage sont créés, qui est impliqué dans leur établissement et dans quelle mesure ils sont réellement écologiquement nécessaires ou politiquement motivés.

La logique écologique s'oppose à la chasse spéciale

En écologie, on sait que la pression de chasse intense en automne et en hiver ne contribue pas à la stabilisation mais souvent à la déstabilisation des populations de faune sauvage. Les animaux déplacés de leurs habitats par la pression de chasse se refugient dans les zones plus basses, ce qui peut créer exactement ces « conflits forêt-gibier » que le lobby de la chasse utilise à son tour comme justification pour plus d'abattages.

Le dossier Mythes de chasse examine 12 affirmations courantes du lobby de la chasse quant à leur fondement scientifique, notamment la thèse selon laquelle la chasse de loisir régule efficacement les stocks de gibier.

Différences cantonales : les Grisons comme cas extrême

Les Grisons sont le seul canton où la chasse spéciale est si institutionnalisée qu'elle se déroule annuellement et comprend des nombres considérables. Dans d'autres cantons, des instruments similaires existent sous diverses désignations. La logique est la même : la saison de chasse régulière est prolongée par des mesures spéciales, et les animaux sauvages concernés n'ont aucune période de repos. Dans le système des chasse-brevets, que pratiquent environ 65 % des cantons suisses, il manque en outre une responsabilité de territoire contraignante, ce qui sape davantage les prétentions à la direction écologique.

Transparence et contrôle démocratique

Qui décide du nombre d'animaux qui peuvent être abattus à la chasse spéciale ? Généralement les autorités de chasse en étroite coordination avec les associations de chasse, c'est-à-dire des institutions qui ont un intérêt structurel aux chiffres d'abattage élevés. L'évaluation scientifique indépendante et la transparence publique sur les fondements des plans d'abattage sont l'exception, non la règle.

Le dossier Lobby de la chasse en Suisse montre comment les associations de chasse et les autorités sont étroitement imbriquées et quel influence ces structures exercent sur la politique de la chasse.

Conclusion

La chasse spéciale n'est pas un outil de régulation indispensable, mais principalement une prolongation institutionnalisée de la saison de chasse pour les chasseurs de loisir. Elle soumet les animaux sauvages à des restrictions dans une phase déjà critique, repose sur des justifications écologiquement douteuses et ignore systématiquement l'effet régulateur des prédateurs naturels. Le retour du loup et du lynx dans les Alpes suisses offre une alternative scientifiquement fondée qui ne nécessite pas de périodes de chasse supplémentaires. Au lieu de combattre les prédateurs et simultanément de conduire des chasses spéciales, une réorientation de la politique de la faune sauvage serait nécessaire : gestion professionnelle de la faune sauvage par des gardes-chasse, acceptation de la fonction écologique des prédateurs et examen externe et transparent des plans d'abattage.

Contenu complémentaire

Sources

  • Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL) : Kupferschmid et al., « Effets directs, indirects et combinés des loups sur la régénération des forêts en Suisse », Schweizerische Zeitschrift für Forstwesen 167 (2016)
  • Van Beeck Calkoen, S. T. S. et al. : Étude sur la densité du cerf rouge en Europe, Journal of Applied Ecology, 2024 (Université de Fribourg, 492 sites dans 28 pays)
  • OFEV : Concept Loup Suisse, révisé 2016
  • OFEV : Concept Lynx Suisse, révisé 2016
  • Pro Natura : « Lynx, loup, ours – les grands prédateurs de Suisse »
  • Conférence des inspecteurs forestiers cantonaux (KoK) : Déclaration sur le rôle des prédateurs (via ATS)
  • RTS, Mission B : « Les retours – Le retour des grands animaux sauvages en Suisse »
  • Loi fédérale sur la chasse et la protection des mammifères et des oiseaux sauvages (LChP, RS 922.0)

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