Cerf rouge Suisse : De retour et rabaissé au rang d'objet d'abattage
Le cerf rouge est le plus grand animal sauvage de Suisse. Après son extermination vers 1850, il a reconquis son territoire par ses propres forces. Mais au lieu de célébrer son retour comme une success story de la protection des espèces, les chasseurs de loisir le considèrent principalement comme un problème qu'il faut «réguler». Chaque année, environ 8’000 cerfs rouges sont abattus, tandis que leur habitat est systématiquement réduit.
Fiche signalétique
Le cerf rouge (Cervus elaphus) est le plus grand mammifère vivant en liberté en Suisse. Un cerf adulte atteint une hauteur au garrot de 1,20 à 1,50 mètre et pèse entre 170 et 220 kilogrammes. La biche est nettement plus petite et pèse entre 90 et 130 kilogrammes. L'animal est ainsi environ huit fois plus lourd qu'un chevreuil. En été, le cerf rouge porte un pelage brun-roux, en hiver il passe à un pelage gris-brun. Seuls les mâles développent annuellement des bois qui peuvent atteindre 1,50 mètre de haut et peser environ six kilogrammes.
Biologie et mode de vie
Le cerf élaphe est un migrateur typique sur de longues distances. Entre ses quartiers d'été et d'hiver, il parcourt des dizaines de kilomètres. Les biches vivent en groupes familiaux qui se rassemblent en hiver pour former de plus grandes hardes. En dehors de la période de brame, les cerfs forment leurs propres groupes de célibataires. Le brame a lieu entre mi-septembre et mi-octobre. Le brament des cerfs est alors audible de loin. Après une gestation d'environ 34 semaines, la biche met bas en juin, généralement un seul faon.
À l'origine, le cerf élaphe était un habitant des paysages ouverts et semi-ouverts. En Suisse, il s'est cependant largement replié dans la forêt en raison de la pression des chasseurs de loisir et des dérangements humains croissants. Des chercheurs de la ZHAW et de la HAFL ont démontré que les cerfs du Plateau sont aujourd'hui presque entièrement nocturnes (Projet de recherche Cerf élaphe du Plateau, HAFL/OFEV, 2024). Le jour, ils se cachent dans les fourrés, ils ne sortent qu'au crépuscule pour se nourrir. Cette nocturnité forcée n'est pas une caractéristique naturelle, mais une conséquence directe de la persécution et du dérangement par les chasseurs de loisir.
Alimentation
Le cerf élaphe est un herbivore mixte. Son spectre alimentaire comprend des herbes et des plantes herbacées (environ deux tiers), complétées par l'écorce, les aiguilles, les feuilles et les fruits d'arbres. En hiver, lorsque le manteau neigeux empêche le pâturage, il se rabat sur l'écorce, les lichens, les mousses et les pousses de conifères. Un animal a besoin de 8 à 20 kilogrammes de nourriture par jour. Le fait que le cerf élaphe écorce davantage et broute les jeunes arbres en hiver n'est pas une caractéristique de l'espèce, mais une conséquence du rétrécissement de l'habitat : les chasseurs de loisir l'ont repoussé dans la forêt, où l'offre alimentaire naturelle est insuffisante pour un habitant des milieux ouverts.
Extermination et retour : Une histoire d'échec humain
Vers 1850, le cerf élaphe était complètement exterminé en Suisse. Les causes étaient une chasse populaire non réglementée, qui avait été déclarée droit du peuple avec la Révolution française, combinée à la déforestation massive qui privait le cerf de son habitat. La pauvreté et les famines poussaient la population à une surexploitation massive des populations de gibier. Des lois de protection efficaces faisaient défaut. C'était la chasse de loisir dans sa forme historique originelle qui a rayé le cerf élaphe de Suisse.
Le retour
Ce n'est qu'avec la loi fédérale sur la chasse de 1875, qui limitait les périodes de chasse et protégeait les femelles, que furent créées les bases d'une récupération. Dès 1870, les premiers cerfs élaphes immigrèrent du Montafon autrichien vers le canton des Grisons. En 1926, deux cerfs et trois biches furent introduits dans le Val Ferret en Valais. Depuis lors, le cerf élaphe s'est répandu par ses propres moyens sur de vastes parties des Alpes et Préalpes suisses. Depuis les années 1990, il colonise également des parties du Jura depuis la France, et depuis environ 2005, des populations locales s'établissent sur le Plateau (Projet de recherche Cerf élaphe du Plateau, OFEV/Cantons, depuis 2011).
Aujourd'hui, selon la Statistique fédérale de la chasse, environ 40’000 cerfs élaphes vivent en Suisse, la plupart dans les cantons alpins des Grisons, du Valais et du Tessin. L'effectif continue d'augmenter. Le canton du Tessin seul estime son effectif à environ 7’250 animaux (données cantonales, 2026).
Ce retour n'est pas un mérite des chasseurs de loisir. Il est le résultat de dispositions légales de protection, d'immigration naturelle et de la récupération de la forêt. Le cerf élaphe a réalisé son comeback par lui-même.
En savoir plus : Dossier : Chasse et biodiversité
La chasse : Du protégé à l'objet d'abattage
Le cerf élaphe est une espèce chassable selon la loi fédérale sur la chasse et la protection des mammifères et oiseaux sauvages (LChP, art. 5 al. 1 let. a). Les cantons fixent les périodes de chasse, les plans de tir et les méthodes de chasse. Dans la plupart des cantons, l'année cynégétique dure du 1er avril au 31 mars de l'année suivante. Les périodes de chasse varient fortement d'un canton à l'autre. Le cerf élaphe ne figure pas sur la Liste rouge des espèces menacées. Cela le distingue du lièvre brun, qui est chassé malgré son statut sur la Liste rouge.
Chasse à patente vs. chasse par secteur
Comme pour toutes les espèces sauvages en Suisse, deux systèmes de chasse différents s'appliquent également au cerf élaphe. Dans environ 65 pour cent des cantons règne la chasse à patente : les chasseurs de loisir obtiennent une licence cantonale et chassent de manière autonome, sans être liés à un secteur déterminé et sans assumer de responsabilité de secteur. Dans les autres cantons, dont Saint-Gall, Thurgovie et les deux Appenzell, la chasse par secteur est pratiquée : les sociétés de chasse louent un secteur et assument ainsi formellement aussi des obligations d'entretien. Les deux systèmes conduisent à une augmentation des chiffres de tir pour le cerf élaphe, car les cantons augmentent continuellement les plans de tir.
L'ampleur du tir
En 2023, environ 76'000 ongulés sauvages ont été abattus en Suisse, dont on estime à plus de 8'000 cerfs élaphes (Statistique fédérale de la chasse, Wildtier Schweiz/OFEV). Les chiffres de tir augmentent depuis des années. Dans le seul canton de Saint-Gall, plus de 800 cerfs élaphes ont été tirés en 2023, le plan de tir a été réalisé à 97 pour cent (Statistique de chasse du canton de Saint-Gall, 2024). Dans le canton des Grisons, principal canton du cerf élaphe, les tirs sont encore nettement plus élevés. Les cantons se donnent régulièrement pour objectif d'abattre 15 à 20 pour cent de l'effectif estimé annuellement pour «stabiliser» la population. Le fait que ces quotas de tir augmentent depuis des années et que l'effectif continue néanmoins de croître soulève des questions auxquelles les chasseurs de loisir ne veulent pas répondre.
Le culte du trophée
Le cerf élaphe est depuis des siècles un animal-trophée convoité en raison de ses bois imposants. En Suisse, après la chasse de loisir, des expositions dites d'entretien sont organisées dans de nombreux cantons, où les bois abattus sont exposés et examinés publiquement. Dans le canton de Saint-Gall, jusqu'à 800 chasseurs de loisir participent à ces événements (Office de la nature, de la chasse et de la pêche de Saint-Gall, 2022). Le culte du trophée montre clairement que la chasse au cerf élaphe n'est pas de la gestion de la faune pour une part considérable des chasseurs de loisir, mais du plaisir.
Plus d'informations : Dossier : Mythes de la chasse
Le narratif des dégâts forestiers : Pourquoi le cerf élaphe est fait bouc émissaire
L'argument central du lobby de la chasse de loisir pour la chasse intensive du cerf élaphe est : le cerf détruit la forêt. L'abroutissement des jeunes arbres et l'écorçage peuvent effectivement causer localement des dégâts considérables, en particulier au sapin blanc, au chêne, à l'érable et à l'if (WSL, Waldwissen.net). Dans le canton de Zurich, les dégâts d'écorçage par les cerfs élaphes menacent des populations d'ifs d'importance internationale à l'Albis (Odermatt/Wasem, WSL, 2018). Le rapport forestier 2025 de l'OFEV et du WSL constate que des effectifs de gibier trop élevés par endroits compromettent la régénération naturelle et le potentiel d'adaptation de la forêt au changement climatique.
Ce que le narratif tait
Le débat forêt-gibier est mené en Suisse presque exclusivement du point de vue de la sylviculture et de la chasse de loisir. Ce faisant, des liens centraux sont systématiquement occultés.
Premièrement : Le cerf élaphe est un habitant des espaces ouverts qui a été repoussé dans la forêt par les dérangements humains, la pression de chasse et la destruction de son habitat. Les recherches du WSL et de la ZHAW montrent que les cerfs élaphes préfèrent les pâturages ouverts entre 2’000 et 2’700 mètres lorsqu'ils bénéficient d'une tranquillité suffisante et y sont même visibles en journée. En Suisse, le cerf élaphe a cependant été contraint de se réfugier en forêt par les activités de loisirs, la pression de l'urbanisation et la chasse de loisir, où il doit se nourrir d'écorce et de jeunes arbres faute de son offre alimentaire naturelle. Les dommages forestiers ne sont pas la cause, mais le symptôme d'une utilisation défaillante du territoire.
Deuxièmement : Les études de terrain du WSL dans la région Berne-Soleure ont établi que la plupart des dommages d'abroutissement dans de nombreuses zones ne sont pas causés par le cerf élaphe, mais par le chevreuil (SRF Wissen, 2026). L'attribution systématique des dommages forestiers au cerf élaphe sert à légitimer des quotas de tir élevés.
Troisièmement : La chasse de loisir elle-même constitue un facteur de stress majeur pour le cerf élaphe. Les études du projet de recherche Cerf élaphe en Suisse orientale (ZHAW/Cantons SG, AI, AR, 2014–2017) montrent que les cerfs élaphes réduisent massivement en hiver leur métabolisme basal physiologique, leur rythme cardiaque et leur température corporelle pour économiser l'énergie. Tout dérangement durant cette phase, qu'il soit causé par des chasseurs de loisir, des pratiquants de sports d'hiver ou des chiens, contraint les animaux à fuir et augmente drastiquement leur dépense énergétique. La conséquence : les animaux doivent davantage se nourrir, ce qui accroît la pression d'abroutissement sur la forêt. La chasse de loisir aggrave ainsi précisément le problème qu'elle prétend résoudre.
Quatrièmement : L'Association forestière suisse montre dans un rapport basé sur des données cantonales de 2020 à 2024 que 46 à 50 pour cent de la surface forestière évaluée se situe dans la meilleure catégorie, c'est-à-dire sans atteinte au rajeunissement naturel. En 2015, c'était encore 68 pour cent. La situation se détériore donc, bien que les quotas de tir augmentent année après année. Cela prouve que la chasse de loisir ne résout pas le problème forêt-gibier, mais le perpétue.
Plus d'informations : Pourquoi la chasse de loisir échoue en tant que contrôle des populations
Le régulateur naturel évincé : les prédateurs plutôt que les chasseurs de loisir
Le cerf élaphe s'est développé durant des millions d'années aux côtés de ses prédateurs naturels : le loup, le lynx et l'ours brun. En Suisse, tous trois ont été exterminés au XIXe siècle. Le lynx a été réintroduit à partir de 1971 et chasse principalement chevreuils et chamois. Le loup revient naturellement depuis les années 1990 d'Italie et de France et s'est désormais établi en Suisse avec plusieurs meutes.
La recherche montre que le loup modifie le comportement et l'utilisation de l'espace du cerf élaphe. Une étude du WSL (Kupferschmid et al., Schweizerische Zeitschrift für Forstwesen, 2016) prouve que les loups en tant que prédateurs ont à la fois des effets directs sur les effectifs et des effets indirects sur le comportement des ongulés : en présence de loups, les cerfs élaphes migrent plus fréquemment, restent moins longtemps au même endroit et répartissent la pression de broutage plus uniformément sur le paysage. Le rajeunissement forestier en profite.
Protection Suisse des Animaux PSA souligne que le loup en tant que régulateur naturel capture de préférence les animaux malades, âgés ou affaiblis, ce qui conduit à des populations de gibier plus saines et protège la forêt des dommages de broutage (Document de position PSA, 2025). Le Groupe Loup Suisse le formule de manière percutante : « Qui sème des cerfs récoltera des loups » (Communiqué de presse GLS, 2021). La forte densité d'ongulés en Suisse, qui dans le canton des Grisons est plus de trois fois supérieure à celle du parc national de Yellowstone, est la principale raison de la croissance de la population de loups.
Au lieu de considérer les prédateurs comme faisant partie de la solution, la politique suisse mène depuis 2023, sous la pression du lobby de la chasse de loisir, une régulation préventive de la population de loups. La loi sur la chasse révisée permet aux cantons de faire abattre des meutes entières de loups. Cette politique est écologiquement contre-productive : elle combat le régulateur naturel qui pourrait précisément assumer la tâche à laquelle la chasse de loisir échoue depuis des décennies.
En savoir plus : Études sur l'impact de la chasse de loisir sur les animaux sauvages
Le cerf élaphe et les corridors faunistiques : Un animal privé de liberté de mouvement
Le cerf élaphe est un grand migrateur qui dépend pour ses migrations saisonnières entre quartiers d'été et d'hiver de paysages cohérents et perméables. Le paysage suisse est cependant massivement fragmenté par les autoroutes, les lignes de chemin de fer, les zones d'habitation et les surfaces agricoles clôturées. L'Office fédéral de l'environnement (OFEV) a défini des axes de mise en réseau pour la faune sauvage, mais près de 50 corridors faunistiques restent encore interrompus. En particulier, l'autoroute A1, qui traverse le Plateau du Mittelland d'est en ouest, forme une barrière quasi insurmontable entre le Jura et les Préalpes.
Le projet de recherche Cerf élaphe Plateau (HAFL/OFEV, 2024) a montré que les cerfs élaphes peuvent se déplacer étonnamment bien dans le Plateau, tant qu'il n'y a pas d'autoroutes sur leur chemin. Mais l'A1 empêche toujours la mise en réseau des populations. Les écoducs et passages à faune souterrains prévus n'avancent que lentement.
La conséquence
Tant que les corridors faunistiques ne fonctionnent pas, les populations de cerfs élaphes peuvent s'appauvrir génétiquement et disparaître localement. La fragmentation de l'habitat est un problème structurel qui ne peut être résolu par des tirs. La Confédération investit des millions dans les corridors faunistiques tout en permettant que les chasseurs de loisir abattent des milliers de cerfs élaphes qui devraient utiliser ces corridors.
Ce qui devrait changer
- Gestion professionnelle de la faune sauvage par des gardes-faune étatiques : La régulation du cerf élaphe ne doit pas être confiée aux chasseurs de loisir, dont la motivation première est le divertissement et l'obtention de trophées. Les gardes-faune professionnels, comme le canton de Genève les emploie avec succès depuis 1974, sont la seule garantie d'une gestion de la faune sauvage scientifique et conforme à la protection des animaux.
- Promotion des prédateurs au lieu de leur combattre : Le loup et le lynx sont les régulateurs naturels du cerf élaphe. Au lieu de décimer les prédateurs sous la pression du lobby de la chasse de loisir, la Suisse doit protéger et favoriser leurs populations. Les études du WSL montrent que les prédateurs réduisent la pression d'abroutissement sur la forêt.
- Amélioration de l'habitat et zones de tranquillité : Le cerf élaphe doit pouvoir sortir de la forêt pour retourner dans ses habitats naturels. Cela nécessite de vastes zones de tranquillité pour la faune sauvage où les dérangements humains sont interdits, ainsi que le maintien systématique d'ouvertures forestières et de pâturages alpins qui servent au cerf élaphe de zones de pâturage naturelles.
- Mise en œuvre accélérée des corridors faunistiques : Les près de 50 corridors faunistiques interrompus doivent être restaurés en priorité. Sans mise en réseau des populations entre le Jura, le Plateau et les Préalpes, la gestion du cerf élaphe reste du rafistolage.
- Limitation de l'utilisation récréative dans les zones sensibles : Les sports d'hiver hors-pistes, les pistes de VTT dans les remises de la faune sauvage et les vols de drones au-dessus des zones de tranquillité augmentent massivement la consommation d'énergie des cerfs élaphes en hiver et aggravent la pression d'abroutissement. Des réglementations contraignantes pour la gestion des visiteurs doivent être appliquées.
- Monitoring scientifiquement fondé au lieu d'estimations cantonales : Les effectifs du cerf élaphe reposent en partie sur des estimations grossières selon Wildtier Schweiz. Un monitoring national standardisé est une condition préalable à une politique de la faune sauvage fondée sur des preuves.
Argumentaire
«Le cerf rouge détruit la forêt et doit donc être chassé intensivement.» Le cerf rouge est par nature un habitant des espaces ouverts. S'il cause des dégâts en forêt, c'est parce que la chasse de loisir, l'utilisation récréative et la pression de l'urbanisation l'ont refoulé dans la forêt. Qui veut résoudre le problème doit éliminer les causes, pas le symptôme : créer des zones de tranquillité, favoriser les prédateurs et libérer le cerf rouge de son existence forestière forcée. La chasse de loisir elle-même fait partie du problème, pas de la solution.
«Sans la chasse de loisir, la population de cerfs rouges exploserait.» Dans les écosystèmes avec des chaînes de prédateurs intactes, les populations de cerfs rouges se régulent d'elles-mêmes. Le loup est le principal régulateur naturel. Une étude internationale (van Beeck Calkoen et al., Journal of Applied Ecology, 2024) montre que seule la présence simultanée du loup, du lynx et de l'ours réduit statistiquement de manière significative la densité des cerfs rouges. Le modèle genevois, où depuis 1974 des gardes-faune professionnels et non des chasseurs de loisir sont responsables de la gestion de la faune, montre que la chasse de loisir n'est pas nécessaire.
«La chasse de loisir est le seul moyen de prévenir les dégâts forestiers.» Les chiffres de prélèvement augmentent depuis des années, et pourtant la situation du rajeunissement forestier se détériore selon l'Association forestière suisse. La chasse de loisir échoue dans sa propre mission. Parallèlement, la recherche montre que la chasse de loisir augmente même la pression d'abroutissement par le dérangement et la génération de stress, car les animaux dérangés consomment plus d'énergie et doivent manger davantage. Un changement de paradigme vers des zones de tranquillité, des prédateurs et une gestion professionnelle s'impose.
«Le cerf rouge n'a plus d'ennemis naturels et doit donc être régulé par l'homme.» Le cerf rouge n'a plus d'ennemis naturels parce que l'homme les a exterminés. Le loup et le lynx reviennent, mais le lobby de la chasse de loisir combat politiquement leur retour. Qui élimine les régulateurs naturels puis argumente qu'il faut reprendre leur rôle pratique un système autoréférentiel qui ne sert qu'un but : maintenir le privilège de chasse.
«La chasse de loisir du cerf rouge est durable et conforme à la loi.» La chasse de loisir peut être conforme à la loi, mais elle n'est «durable» qu'au sens du lobby de la chasse de loisir : elle maintient la population à un niveau qui permet la chasse continue, sans résoudre les problèmes structurels, la fragmentation de l'habitat, le dérangement, l'absence de prédateurs. Une politique de la faune qui contrôle la population par les prélèvements tout en ignorant les causes des conflits n'est pas une utilisation durable, mais un échec institutionnalisé.
Liens rapides
Articles sur Wild beim Wild :
- Études sur l'impact de la chasse de loisir sur la faune sauvage
- Pourquoi la chasse de loisir échoue comme contrôle des populations
- Problème de protection animale : les animaux sauvages périssent dans d'atroces souffrances à cause des chasseurs de loisir
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Sources
- Statistique fédérale de la chasse, OFEV/Faune sauvage Suisse : http://www.jagdstatistik.ch (données d'effectifs et d'abattage)
- Pro Natura : Animal de l'année 2017, Le cerf rouge (pronatura.ch)
- Projet de recherche Cerf rouge en Suisse orientale, Cantons SG/AI/AR en collaboration avec ZHAW, 2014–2017 (waldwissen.net)
- Projet de recherche Cerf rouge Plateau, HAFL/OFEV/Cantons BE/SO/AG, depuis 2011 (SRF Wissen, 2024)
- Kupferschmid, A. D. et al. (2016) : Effets directs, indirects et combinés des loups sur la régénération forestière. Revue forestière suisse, 167(1) : 3–12
- van Beeck Calkoen, S. T. S. et al. (2024) : Influence des prédateurs sur les densités de cerfs rouges en Europe. Journal of Applied Ecology
- Rapport forestier 2025, OFEV/WSL
- Association forestière suisse : Rapport Influence du gibier au niveau cantonal, 2020–2024
- Odermatt, O.; Wasem, U. (2018) : Populations d'ifs massivement écorcées par le gibier rouge. Protection de la forêt actuelle 1/2018, WSL
- Groupe Loup Suisse : Communiqué de presse « Qui sème des cerfs récoltera des loups », 2021
- Protection suisse des animaux PSA : Document de position Loup en Suisse, 2025
- Cervo Volante : Le cerf rouge suisse (cervovolante.com)
- Loi fédérale sur la chasse et la protection des mammifères et oiseaux sauvages (LChP, RS 922.0)
Notre exigence
Le cerf rouge est l'animal symbole d'une politique de la faune sauvage en échec. Il a survécu à son extermination, s'est frayé un chemin de retour en Suisse par ses propres moyens et colonise aujourd'hui à nouveau de vastes parties du pays. Mais au lieu de célébrer son retour comme une réussite écologique, il est stigmatisé par les chasseurs de loisir comme nuisible, convoité comme trophée et instrumentalisé comme justification d'un accroissement des quotas d'abattage. Les dégâts forestiers qui lui sont imputés résultent en grande partie d'une politique qui le refoule dans la forêt, combat ses prédateurs naturels et fragmente son habitat. La conséquence est évidente : la Suisse n'a pas besoin d'un abattage plus intensif, mais d'une conception fondamentalement différente de la faune sauvage. Gestion professionnelle par des gardes-chasse au lieu de chasse de loisir. Prédateurs au lieu de plomb. Zones de tranquillité au lieu de miradors. Le modèle genevois montre depuis plus de 50 ans que c'est possible. Ce dossier est mis à jour en continu lorsque de nouveaux chiffres, études ou développements politiques l'exigent.
En savoir plus sur la chasse de loisir : Dans notre Dossier sur la chasse nous rassemblons vérifications factuelles, analyses et reportages de fond.
