Castor Suisse : Réintroduit et autorisé à l'abattage
Le castor européen avait été complètement exterminé en Suisse au début du 19ème siècle. Sa fourrure, sa chair et son castoréum, une sécrétion glandulaire considérée comme remède miracle, en firent la victime d'une persécution séculaire. L'Église déclara la chair de castor comme « poisson » en raison de sa queue semblable à celle des poissons et autorisa sa consommation pendant le carême. En 1685 parut un livre de cuisine du castor avec 200 recettes (SWI swissinfo.ch, 2024). Des particuliers engagés remirent en liberté entre 1956 et 1977 un total de 141 castors dans 30 sites en Suisse. En 2022, le recensement national dénombrait 4’914 castors dans 1’382 territoires (info fauna, Recensement des castors 2022). L'espèce s'est si bien rétablie qu'elle a été retirée de la Liste rouge et classée dans la catégorie « non menacée » (LC). Le castor est l'une des plus grandes réussites de la protection de la nature suisse. Depuis le 1er février 2025, les cantons peuvent abattre les castors qui causent des « dommages considérables ». Pour les abattages, aucune consultation de la Confédération n'est même prévue. Pro Natura, WWF et BirdLife Suisse considèrent la nouvelle réglementation comme inutile, formulée de manière trop floue et possiblement contraire à la loi. Le directeur de BirdLife Raffael Ayé met en garde : « Cela ouvre la porte à l'abattage arbitraire » (SRF, 2025).
Fiche d'identité
Le castor européen (Castor fiber) est le plus grand rongeur indigène de Suisse. Il atteint un poids de 20 à 25 kilogrammes et une longueur corporelle pouvant aller jusqu'à un mètre, plus la queue plate et écailleuse (la «palette») d'environ 30 centimètres de longueur. Il est ainsi plus lourd qu'un chevreuil. Sa fourrure est dense et hydrofuge, brune à brun foncé. Ses puissantes incisives orangées poussent toute la vie et lui permettent d'abattre des troncs d'arbres jusqu'à un mètre de diamètre. Le castor vit en monogamie dans des groupes familiaux de quatre à six animaux (parents et jeunes des deux dernières années). Il est nocturne, strictement végétarien (écorce, branches, plantes aquatiques, herbes) et territorial. L'espérance de vie est de 10 à 15 ans en liberté. Après une gestation d'environ 105 jours, la femelle met au monde un à quatre petits. Les jeunes quittent le territoire parental à l'âge de deux ans et se cherchent leur propre territoire.
Ingénieur de l'écosystème : Depuis 15 millions d'années
Le castor est le seul organisme hormis l'homme qui transforme activement et à grande échelle son environnement. Il abat des arbres, construit des barrages, fait déborder les ruisseaux, aménage des étangs et érige des huttes. Depuis 15 millions d'années, le Castor d'Europe déploie ces capacités d'aménagement du paysage (NaturZYT). Les paysages aquatiques d'Europe ont été façonnés par des millions d'années d'activité du castor. Les prairies humides, zones humides et paysages fluviaux dynamiques que nous considérons comme «nature» sont en grande partie l'œuvre du castor. Son extermination n'a pas seulement éliminé une espèce, mais interrompu un processus écologique qui marque les cours d'eau européens depuis le Miocène.
Histoire : Extermination et retour
L'extermination
Le castor était autrefois répandu dans toute la Suisse. Trois facteurs ont conduit à son extermination complète jusqu'au début du 19e siècle : la précieuse fourrure dense, dont on confectionnait des chapeaux de feutre ; le castoréum (Castoreum), une sécrétion glandulaire commercialisée comme remède contre toutes sortes de maux ; et la viande, que l'Église classait comme «poisson» en raison de la queue semblable à celle d'un poisson et autorisait ainsi à la consommation pendant le carême (SWI swissinfo.ch, 2024). Dans toute l'Europe, seuls environ 1’200 castors ont survécu dans quelques populations résiduelles isolées (info fauna, Biber in der Schweiz).
La réintroduction
En 1956, le naturaliste genevois Maurice Blanchet, accompagné d'un groupe de protecteurs de la nature, a réintroduit les premiers castors à la Versoix dans le canton de Genève. Jusqu'en 1977, d'autres actions de réintroduction ont suivi dans 30 sites à travers la Suisse, au total 141 animaux provenant de diverses populations résiduelles européennes. La réintroduction n'était pas coordonnée par la Confédération, mais l'œuvre de particuliers engagés comme Maurice Blanchet (Genève), Karl Rüedi (Argovie) et Anton Trösch (Thurgovie) (info fauna, Biber in der Schweiz). Le castor est protégé par le droit fédéral depuis 1962 (JSG, SR 922.0).
Évolution des effectifs : Une success story
Le rétablissement s'est déroulé lentement : en 1978, le premier recensement national des effectifs ne comptait que quelques centaines d'animaux. En 1993, il y en avait environ 350. En 2008, la population était estimée à 1’600 castors. Lors du dernier recensement de 2022, on comptait 4’914 castors dans 1’382 territoires (info fauna, Biberbestandeserhebung 2022). La population croît selon un modèle logistique : d'abord lentement, puis de manière exponentielle, avec déjà des tendances à la saturation dans certaines zones colonisées depuis longtemps. Sur la Liste rouge, le castor a été reclassé en conséquence : en 1994 «en danger critique d'extinction» (CR), en 2008 «vulnérable» (VU), depuis 2022 «non menacé» (LC) (info fauna; WWF Basel).
Cette histoire de réussite est le résultat d'une interdiction de chasse rigoureuse qui a tenu plus de 60 ans. C'est la preuve que la protection fonctionne et que les espèces qui demandent de la place à l'homme peuvent coexister. C'est précisément cette histoire de réussite qui est aujourd'hui remise en question avec la nouvelle réglementation d'abattage.
En savoir plus : Dossier : Chasse et biodiversité
La nouvelle réglementation d'abattage : protection avec porte dérobée
Ce qui s'applique depuis le 1er février 2025
Le 13 décembre 2024, le Conseil fédéral a mis en vigueur la loi révisée sur la chasse ainsi que l'ordonnance adaptée sur la chasse (OChP) au 1er février 2025 (Conseil fédéral, Communiqué de presse, 2024). L'ordonnance sur la chasse réglemente pour la première fois également les abattages de castors. La règle stipule : des castors individuels peuvent être abattus s'ils causent des « dommages considérables » ou mettent des personnes en danger, après que dommages et mise en danger n'aient pu être prévenus par d'autres mesures (SRF, 2025). Le castor reste formellement une espèce protégée. Mais sa protection ne vaut plus de manière absolue.
Ce que critiquent les organisations de protection de la nature
Pro Natura, WWF Suisse et BirdLife Suisse considèrent les nouvelles dispositions comme inutiles et dangereuses. Leurs critiques en détail :
Premièrement : Aucune consultation de la Confédération avant les abattages. Contrairement au loup, aucune consultation préalable de la Confédération n'est prévue pour les abattages de castors. Les cantons peuvent décider de manière autonome des abattages. Le directeur de BirdLife Raffael Ayé critique : « Le Conseil fédéral tente ainsi de manière douteuse de créer pour le castor les mêmes motifs d'abattage que pour le loup » (BirdLife Suisse, 2024).
Deuxièmement : Aucun seuil de dommage clairement défini. La formulation « dommages considérables » est trop vague. Il est à craindre que même les moindres dommages puissent être invoqués comme motif d'abattage (BirdLife Suisse, 2024).
Troisièmement : Jusqu'à présent, aucun abattage n'était nécessaire. Bien qu'il existe depuis plus de 30 ans la possibilité légale de tuer des castors dans certaines conditions, aucun canton n'en a fait usage jusqu'en 2025. Les conflits ont été résolus par des mesures de prévention, comme le montrent de nombreux exemples pratiques dans les cantons (SRF, 2025).
Quatrièmement : Le problème de la clause familiale. Les castors vivent en groupes familiaux. Si tous les membres d'une famille sont impliqués dans un « cas de dommage », il faudrait logiquement tuer tout le clan (SRF, 2025). La réglementation met ainsi en danger non seulement des animaux individuels, mais des groupes familiaux entiers.
Cinquièmement : Possible illégalité. Raffael Ayé considère les nouvelles règles comme possiblement illégales : « On ne peut pas simplement contourner la loi sur la chasse avec une telle ordonnance » (SRF, 2025).
Le contexte politique
En 2020, le peuple suisse avait rejeté une révision de la loi sur la chasse qui aurait donné au Conseil fédéral la compétence de placer d'autres espèces comme le lynx et le castor sur la liste d'abattage. Pro Natura commente : « Lynx, castor et autres animaux protégés ne peuvent pas être décimés de manière préventive. Nous avons pu l'empêcher avec le référendum » (Pro Natura, 2023). Le fait que le castor arrive maintenant sur la liste d'abattage par la porte dérobée de l'ordonnance sur la chasse sape la décision populaire de 2020.
En savoir plus : Problème de protection animale : Les animaux sauvages agonisent à cause des chasseurs de loisir
Importance écologique : L'architecte de la biodiversité
Créer des habitats
L'OFEV lui-même documente la performance écologique du castor dans un dossier web détaillé (OFEV, 2023) : À Marthalen (ZH), une seule famille de castors a créé un écosystème d'environ 5 hectares, qui est désormais classé comme réserve forestière de 10 hectares. Libellules, amphibiens, poissons et plantes aquatiques sont revenus. L'OFEV décrit le résultat comme l'«Amazonie de la Suisse» (info fauna, Recensement des populations de castors 2022). Le service spécialisé du castor documente : en 2008, il y avait 185 barrages de castors en Suisse, en 2022 déjà 1’316 (info fauna, 2023). Chaque barrage crée de nouvelles zones humides, élève le niveau des nappes phréatiques et favorise la biodiversité.
Le déficit de 90 pour cent
Le travail du castor est d'autant plus précieux en Suisse que 90 pour cent des zones alluviales ont été détruites au cours des 150 dernières années par la rectification des cours d'eau et l'assèchement (OFEV, 2023). Les zones alluviales comptent parmi les habitats les plus riches en espèces de Suisse et sont simultanément les plus menacés. Le castor est le seul organisme capable de créer de nouveaux habitats alluviaux sans que l'homme investisse des millions dans des projets de renaturation. À une époque où la Suisse dépense des milliards pour la revitalisation de ses cours d'eau, le castor est l'agent de renaturation le plus rentable du pays.
Rétention d'eau et protection contre les crues
Les barrages de castors retiennent l'eau dans le paysage, ralentissent l'écoulement et réduisent les pics de crue. En période de précipitations extrêmes croissantes dues au changement climatique, cette performance revêt une importance grandissante. Simultanément, les barrages de castors élèvent le niveau des nappes phréatiques et créent des réservoirs d'eau qui fournissent de l'eau lors des périodes de sécheresse. Ces services écosystémiques sont économiquement quantifiables et dépassent de loin les dommages causés par les castors, mais ne sont pris en compte dans aucune analyse coûts-bénéfices.
Qualité de l'eau
Les barrages de castors agissent comme des filtres naturels. Grâce au temps de séjour prolongé de l'eau dans les étangs de castors, de multiples processus de dégradation chimique et biologique se déroulent. Les cours d'eau suisses sont fréquemment pollués par l'azote et le phosphore. La fonction de rétention des barrages de castors contribue à réduire ces charges nutritives avant qu'elles n'atteignent de plus grands cours d'eau (info fauna, Le castor en Suisse).
Ce qui devrait changer
- Retrait de la réglementation de tir dans l'ordonnance sur la chasse : Les tirs de castors sont inutiles, comme le prouvent 30 années de pratique sans un seul tir. Les conflits peuvent être résolus par des mesures préventives : protection des arbres par des manchons grillagés, enlèvement de barrages aux endroits critiques, installation de passages, plantation riveraine avec des essences moins attractives. La nouvelle réglementation doit être purement et simplement supprimée lors de la prochaine révision d'ordonnance.
- Mise en œuvre conséquente de mesures préventives : L'ordonnance sur la chasse révisée prévoit que la Confédération et les cantons participent aux coûts de prévention des dommages. Ces moyens doivent être investis de manière conséquente dans la prévention, non servir de prétexte à des tirs. La Confédération doit s'assurer que les tirs ne sont autorisés qu'en tout dernier recours et que les cantons ne choisissent pas la voie de facilité du fusil.
- Mettre en œuvre de manière conséquente la loi sur l'espace réservé aux eaux : De nombreux conflits avec le castor naissent parce que l'agriculture et les infrastructures s'étendent jusqu'au bord immédiat des cours d'eau. La mise en œuvre conséquente de l'espace réservé aux eaux selon la loi sur la protection des eaux (LEaux) désamorcerait la plupart des conflits. Le castor a besoin d'une bande riveraine ; quand celle-ci est garantie, il y a peu de problèmes.
- Utiliser le castor comme instrument de renaturation : L'OFEV a documenté les effets positifs du castor sur la biodiversité, la rétention d'eau et la qualité de l'eau. Ces connaissances doivent être mises en pratique : le castor doit être intégré de manière ciblée dans les projets de renaturation, au lieu d'être combattu comme «animal nuisible». À Marthalen (ZH), cela a déjà réussi.
Argumentaire
«Le castor cause des dommages considérables aux infrastructures et à l'agriculture.» Les castors peuvent causer des dégâts localement : digues sapées, prairies inondées, arbres fruitiers abattus. Ces dommages sont réels, mais gérables. 30 ans de coexistence sans un seul tir prouvent que la prévention fonctionne. Les services écologiques du castor (promotion de la biodiversité, rétention d'eau, épuration de l'eau, formation de zones alluviales) dépassent largement les dommages locaux. La Suisse dépense des milliards pour la renaturation des cours d'eau ; le castor fournit le même service gratuitement.
«La nouvelle réglementation ne concerne que des cas isolés et ne met pas en danger la population.» La formulation «dommages considérables» est trop vague et sans seuil de dommage clairement défini. L'absence de consultation de la Confédération donne trop de marge de manœuvre aux cantons. Les castors vivent en groupes familiaux ; le tir d'un «castor nuisible» peut entraîner le tir de toute une famille. L'expérience avec la régulation du loup montre que les possibilités de tir une fois créées sont rapidement étendues. Ce qui commence comme un «cas isolé» devient une routine.
«Le castor n'est plus menacé, donc une régulation est justifiée.» Le castor n'est plus menacé parce qu'il a été protégé de manière conséquente pendant 60 ans. Utiliser ce succès comme argument contre la protection relève d'une logique perverse : on protège une espèce jusqu'à ce qu'elle se rétablisse, puis on la tire à nouveau parce qu'elle s'est rétablie. Le castor a été exterminé en Suisse une fois. La leçon de cette histoire n'est pas qu'on peut le chasser à nouveau dès qu'il y en a assez, mais que la protection conséquente fonctionne et doit être maintenue.
«La décision populaire de 2020 n'a pas touché à la protection du castor.» Le peuple a rejeté en 2020 une révision de la LSChP qui aurait donné au Conseil fédéral la compétence de mettre le castor sur la liste de tir. Que le castor se retrouve maintenant sur la liste de tir via l'ordonnance sur la chasse, sans que le peuple ou le parlement n'aient donné leur accord direct, sape la décision démocratique. BirdLife considère l'ordonnance comme potentiellement illégale.
«D'autres pays régulent leurs populations de castors, la Suisse doit suivre.» La situation en Suisse n'est pas comparable à des pays comme l'Allemagne ou l'Autriche, où les populations de castors sont nettement plus importantes et les paysages aquatiques structurés différemment. La Suisse a perdu 90 pour cent de ses zones alluviales. Le castor est le seul animal capable de créer de nouvelles zones alluviales. Dans cette situation, chaque castor est un gain pour la biodiversité, non un problème qui doit être régulé.
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Sources
- info fauna / Bureau du castor : Le castor en Suisse, répartition, histoire, recensement de population 2022 (infofauna.ch)
- info fauna (2023) : Recensement de population du castor 2022 en Suisse et au Liechtenstein. Angst C., Auberson C., Nienhuis C. (4’914 castors, 1’382 territoires, 1’316 barrages)
- OFEV (2023) : Un architecte polyvalent : quand le castor arrive, ça devient coloré (dossier web, bafu.admin.ch)
- OFEV : Promotion des espèces oiseaux / Biodiversité (bafu.admin.ch)
- Conseil fédéral (2024) : Communiqué de presse du 13 décembre 2024, Loi sur la chasse révisée en vigueur dès le 1er février 2025 (admin.ch)
- SRF (2025) : Les cantons pourront bientôt tirer sur les castors, sous certaines conditions (srf.ch, 15.1.2025)
- BirdLife Suisse (2024) : Le Conseil fédéral adopte une ordonnance sur la chasse problématique (birdlife.ch, 13.12.2024)
- Pro Natura (2023) : Nouvelle ordonnance sur la chasse, Pro Natura surveille attentivement (pronatura.ch)
- Groupe Loup Suisse : Loi sur la chasse, castor et lynx (groupe-wolf.ch)
- SWI swissinfo.ch (2024) : Le castor, histoire d'une reconquête (swissinfo.ch)
- NaturZYT : Le castor est de retour en Suisse avec ses châteaux (naturzyt.ch)
- WWF Suisse centrale : Castor, effectif 2022 (wwf-zentral.ch)
- WWF Bâle : Castor, statut de menace et histoire (wwf-bs.ch)
- Capt S. (2022) : Liste rouge des mammifères (sans les chauves-souris). OFEV / info fauna (Castor : LC depuis 2022)
- Loi fédérale sur la chasse et la protection des mammifères et oiseaux sauvages (LChP, RS 922.0)
- Ordonnance sur la chasse (OChP, RS 922.01), révisée au 1er février 2025
- Loi sur la protection des animaux (LPA, RS 455)
Notre exigence
Le castor est la plus grande réussite de la protection des espèces en Suisse. De zéro à près de 5’000 animaux en 66 ans. De « en voie d'extinction » à « non menacé ». Du dernier individu survivant à une répartition nationale. Cette histoire a été rendue possible parce que des particuliers engagés n'ont pas abandonné, parce que la protection a été appliquée de manière conséquente et parce que la Suisse a donné 60 ans à son plus grand rongeur pour se rétablir.
Le castor nous en remercie. À Marthalen, une seule famille a créé une « Amazonie de la Suisse ». Sur plus de 1’300 barrages dans tout le pays naissent de nouvelles zones humides, reviennent amphibiens, libellules et poissons, l'eau est retenue dans le paysage et la qualité de l'eau s'améliore. La Suisse a perdu 90 pour cent de ses zones alluviales. Le castor est le seul qui puisse créer de nouvelles zones alluviales, gratuitement, 24 heures sur 24, depuis 15 millions d'années.
Et que fait la Suisse ? Elle le place par ordonnance sur la liste d'abattage. Non parce que ce serait nécessaire : pendant 30 ans, aucun canton n'a eu besoin d'abattre un castor. Non parce que le peuple l'aurait voulu : en 2020, l'électorat a rejeté une révision qui aurait permis exactement cela. Mais parce qu'il est plus commode d'abattre un animal que de respecter l'espace réservé aux eaux, de tirer un grillage autour d'un arbre fruitier ou d'installer un passage dans un barrage.
La conséquence est claire : la réglementation de tir pour le castor doit être retirée. Les conflits peuvent être résolus par la prévention, comme le prouvent 30 années de pratique. Le castor n'est pas un animal nuisible. C'est un ingénieur écosystémique, un renaturateur, un maître d'œuvre de la biodiversité et une histoire de succès qui doit être protégée, pas abattue. Ce dossier sera continuellement mis à jour lorsque de nouveaux chiffres, études ou développements politiques l'exigeront.
Plus sur le sujet de la chasse de loisir : Dans notre Dossier sur la chasse nous rassemblons des vérifications factuelles, analyses et reportages de fond.
