2 avril 2026, 01:52

Saisissez un terme de recherche ci-dessus et appuyez sur Entrée pour lancer la recherche. Appuyez sur Échap pour annuler.

Castors en Suisse : introduits et défrichés pour la chasse

Le castor européen a complètement disparu de Suisse au début du XIXe siècle. Sa fourrure, sa viande et son castoréum, une sécrétion glandulaire considérée comme une panacée, lui ont valu des siècles de persécution. L'Église, en raison de sa queue ressemblant à celle d'un poisson, a classé la viande de castor comme « poisson » et en a autorisé la consommation pendant le Carême. En 1685, un livre de recettes à base de castor, contenant 200 recettes, a été publié (SWI swissinfo.ch, 2024). Entre 1956 et 1977, des bénévoles ont réintroduit 141 castors sur 30 sites en Suisse. En 2022, le recensement national a dénombré 4 914 castors répartis sur 1 382 territoires (info fauna, Recensement des populations de castors 2022). L'espèce s'est si bien rétablie qu'elle a été retirée de la Liste rouge et classée comme « préoccupation mineure » (LC). Le castor est l'une des plus belles réussites de la conservation de la nature en Suisse. Depuis le 1er février 2025, les cantons sont autorisés à abattre les castors causant des « dégâts importants ». Ces abattages ne nécessitent même pas d'audience auprès du gouvernement fédéral. Pro Natura, le WWF et BirdLife Suisse estiment que cette nouvelle réglementation est inutile, trop vague et potentiellement illégale. Raffael Ayé, directeur de BirdLife, met en garde : « Cela ouvre la porte à des abattages arbitraires » (SRF, 2025).

Profil

Le castor d'Europe ( Castor fiber ) est le plus grand rongeur indigène de Suisse. Il pèse entre 20 et 25 kilogrammes et mesure jusqu'à un mètre de long, sans compter sa queue plate et écailleuse (la « pagaie ») d'environ 30 centimètres. Il est ainsi plus lourd qu'un chevreuil. Son pelage dense et imperméable est brun clair à brun foncé. Ses puissantes incisives orange poussent continuellement, lui permettant d'abattre des troncs d'arbres jusqu'à un mètre de diamètre. Les castors sont monogames et vivent en groupes familiaux de quatre à six individus (parents et petits des deux dernières années). Nocturnes et strictement végétariens (écorce, branches, plantes aquatiques, herbes), ils sont également territoriaux. Leur espérance de vie à l'état sauvage est de 10 à 15 ans. Après une gestation d'environ 105 jours, la femelle donne naissance à un à quatre petits. Ces derniers quittent le territoire parental à l'âge de deux ans pour établir le leur.

Ingénieur écosystémique : Depuis 15 millions d'années

Le castor est le seul organisme, outre l'être humain, à remodeler activement et de manière aussi profonde son environnement. Il abat des arbres, construit des barrages, ensable les cours d'eau, crée des étangs et bâtit des huttes. Depuis 15 millions d'années, le castor d'Europe fait preuve de ces capacités de transformation du paysage (NaturZYT). Les paysages aquatiques d'Europe ont été façonnés par des millions d'années d'activité du castor. Les plaines inondables, les zones humides et les paysages fluviaux dynamiques que nous considérons comme faisant partie de la « nature » sont, dans une large mesure, l'œuvre du castor. Son éradication n'a pas seulement entraîné la disparition d'une espèce, mais a également perturbé un processus écologique qui a façonné les eaux d'Europe depuis le Miocène.

Histoire : Extermination et retour

L'extermination

Le castor était autrefois répandu dans toute la Suisse. Trois facteurs ont conduit à son extinction complète au début du XIXe siècle : sa précieuse fourrure dense, utilisée pour la fabrication de chapeaux de feutre ; le castoréum , une sécrétion glandulaire commercialisée comme remède contre divers maux ; et sa chair, que l’Église classait comme « poisson » en raison de sa queue ressemblant à celle d’un poisson, autorisant ainsi sa consommation pendant le Carême (SWI swissinfo.ch, 2024). Seuls 1 200 castors environ ont survécu au sein de quelques populations isolées à travers l’Europe (info fauna, Castors en Suisse).

La réinstallation

En 1956, le naturaliste genevois Maurice Blanchet, accompagné d'un groupe de défenseurs de l'environnement, a réintroduit les premiers castors dans la rivière Versoix, dans le canton de Genève. D'autres réintroductions ont ensuite été menées sur 30 sites à travers la Suisse jusqu'en 1977, aboutissant au lâcher de 141 animaux issus de diverses populations européennes restantes. Ces réintroductions n'ont pas été coordonnées par le gouvernement fédéral, mais étaient le fruit du travail de particuliers passionnés tels que Maurice Blanchet (Genève), Karl Rüedi (Argovie) et Anton Trösch (Thurgau) (info fauna, Castors en Suisse). Le castor est protégé par la loi fédérale depuis 1962 (JSG, SR 922.0).

Développement des stocks : une réussite

Le rétablissement a été lent : le premier recensement national de la population, en 1978, n’a dénombré que quelques centaines d’individus. En 1993, leur nombre avait atteint environ 350. En 2008, la population était estimée à 1 600 castors. Le recensement le plus récent, en 2022, a dénombré 4 914 castors répartis sur 1 382 territoires (info fauna, Recensement de la population de castors 2022). La population croît selon un modèle logistique : d’abord lentement, puis de façon exponentielle, avec des signes de saturation déjà visibles dans certaines zones établies de longue date. Le statut du castor sur la Liste rouge a été revu à la baisse en conséquence : en 1994, il était classé « en danger critique d’extinction » (CR), en 2008 comme « vulnérable » (VU), et depuis 2022 comme « préoccupation mineure » (LC) (info fauna ; WWF Bâle).

Cette réussite est le fruit d'une interdiction de la chasse constante depuis plus de 60 ans. Elle prouve que la conservation fonctionne et que les espèces qui ont besoin d'espace loin des humains peuvent coexister. Or, cette réussite est aujourd'hui remise en question par la nouvelle réglementation sur l'abattage sélectif.

Pour en savoir plus sur ce sujet : Dossier : Chasse et biodiversité

La nouvelle réglementation sur les tirs : une protection avec une faille.

Ce qui est en vigueur depuis le 1er février 2025

Le 13 décembre 2024, le Conseil fédéral a adopté la loi révisée sur la chasse, ainsi que l'ordonnance modifiée sur la chasse (JSV), avec une entrée en vigueur le 1er février 2025 (Conseil fédéral, communiqué de presse, 2024). Pour la première fois, l'ordonnance sur la chasse réglemente également l'abattage des castors. Le texte stipule : les castors peuvent être abattus s'ils causent des « dommages importants » ou mettent en danger la vie des personnes, après que ces dommages et ce danger n'ont pu être prévenus par d'autres mesures (SRF, 2025). Le castor demeure officiellement une espèce protégée. Cependant, sa protection n'est plus absolue.

Ce que critiquent les organisations de conservation

Pro Natura, WWF Suisse et BirdLife Suisse estiment que la nouvelle réglementation est inutile et dangereuse. Voici le détail de leurs critiques :

Premièrement : aucune consultation fédérale avant l’abattage. Contrairement aux loups, aucune consultation préalable du gouvernement fédéral n’est requise pour l’abattage des castors. Les cantons peuvent décider de ces abattages de manière indépendante. Raffael Ayé, directeur général de BirdLife, critique cette mesure : « Le Conseil fédéral tente ainsi, de façon discutable, de créer les mêmes conditions pour l’abattage des castors que pour celui des loups » (BirdLife Suisse, 2024).

Deuxièmement : absence de seuil de dommages clairement défini. L’expression « dommages importants » est trop vague. Il existe un risque que même les dommages les plus minimes puissent servir de prétexte pour tirer (BirdLife Suisse, 2024).

Troisièmement : aucun abattage n’a été nécessaire jusqu’à présent. Bien que la possibilité légale d’abattre des castors sous certaines conditions existe depuis plus de 30 ans, aucun canton n’y avait eu recours en 2025. Les conflits ont été résolus par des mesures préventives, comme le démontrent de nombreux exemples concrets dans les cantons (SRF, 2025).

Quatrièmement : le problème de la clause familiale. Les castors vivent en groupes familiaux. Si tous les membres d’une famille sont impliqués dans un incident de dégâts, il est logique que le clan entier doive être abattu (SRF, 2025). Cette réglementation met donc en danger non seulement les individus, mais aussi des groupes familiaux entiers.

Cinquièmement : illégalité potentielle. Raffael Ayé considère que les nouvelles règles sont potentiellement illégales : « On ne peut pas simplement passer outre la loi sur la chasse avec une telle réglementation » (SRF, 2025).

Le contexte politique

En 2020, les électeurs suisses ont rejeté une révision de la loi sur la chasse qui aurait permis au Conseil fédéral d'ajouter d'autres espèces, comme le lynx et le castor, à la liste des animaux pouvant être chassés. Pro Natura a déclaré : « Le lynx, le castor et les autres animaux protégés ne peuvent être décimés préventivement. Nous avons pu l'empêcher grâce au référendum » (Pro Natura, 2023). Le fait que le castor soit désormais ajouté à la liste des animaux pouvant être chassés, par une modification détournée de la réglementation de la chasse, remet en cause le vote populaire de 2020.

Plus d'informations sur ce sujet : Problème de bien-être animal : des animaux sauvages meurent dans d'atroces souffrances à cause des chasseurs amateurs

Importance écologique : L'architecte de la biodiversité

Créer des habitats

L’Office fédéral de l’environnement (OFEV) documente l’impact écologique des castors dans un dossier en ligne exhaustif (OFEV, 2023) : à Marthalen (ZH), une seule famille de castors a créé un écosystème d’environ 5 hectares, désormais classé réserve forestière de 10 hectares. Libellules, amphibiens, poissons et plantes aquatiques y ont fait leur retour. L’OFEV qualifie ce résultat d’« Amazonie suisse » (infofaune, Recensement des populations de castors 2022). Le service de gestion des castors indique qu’en 2008, la Suisse comptait 185 barrages de castors ; en 2022, ce nombre avait atteint 1 316 (infofaune, 2023). Chaque barrage crée de nouvelles zones humides, élève le niveau de la nappe phréatique et favorise la biodiversité.

L'écart de 90 pour cent

Le rôle du castor est d'autant plus précieux en Suisse que 90 % des plaines inondables ont été détruites ces 150 dernières années par la rectification et l'assèchement des cours d'eau (OFEV, 2023). Ces plaines figurent parmi les habitats les plus riches en biodiversité de Suisse et, paradoxalement, les plus menacés. Le castor est le seul organisme capable de créer de nouveaux habitats alluviaux sans nécessiter d'investissements humains colossaux dans des projets de restauration. Alors que la Suisse investit des milliards dans la revitalisation de ses voies navigables, le castor représente la solution de restauration la plus rentable du pays.

Rétention d'eau et protection contre les inondations

Les barrages de castors retiennent l'eau dans le paysage, ralentissant le ruissellement et réduisant le niveau des crues. Face à l'augmentation des fortes précipitations due aux changements climatiques, ce service devient de plus en plus important. Parallèlement, les barrages de castors rehaussent le niveau des nappes phréatiques et créent des réserves d'eau qui reconstituent les nappes phréatiques pendant les périodes de sécheresse. Ces services écosystémiques sont économiquement quantifiables et compensent largement les dommages causés par les castors ; pourtant, ils ne sont pris en compte dans aucune analyse coûts-avantages.

qualité de l'eau

Les barrages de castors agissent comme des filtres naturels. Le temps de rétention plus long de l'eau dans les étangs de castors permet divers processus de dégradation chimique et biologique. Les rivières et les ruisseaux suisses sont souvent pollués par l'azote et le phosphore. La fonction de rétention des barrages de castors contribue à réduire ces apports de nutriments avant qu'ils n'atteignent les cours d'eau plus importants (info faune, Castors en Suisse).

Qu'est-ce qui devrait changer ?

  • Abrogation du règlement sur l'abattage sélectif des castors dans la réglementation de la chasse : L'abattage des castors est inutile, comme le prouvent 30 ans de pratique sans aucun abattage. Les conflits peuvent être résolus par des mesures préventives : protection des arbres à l'aide de grillage, suppression des barrages aux points critiques, installation de ponceaux et plantation d'arbustes moins attrayants le long des berges. Ce nouveau règlement devra être complètement supprimé lors de la prochaine révision de la réglementation.
  • Mise en œuvre systématique des mesures préventives : La réglementation cynégétique révisée stipule que la Fédération et les cantons doivent contribuer aux coûts de prévention des dommages. Ces fonds doivent être systématiquement investis dans la prévention et ne pas servir de prétexte à l’abattage sélectif. La Fédération doit veiller à ce que l’abattage sélectif ne soit autorisé qu’en dernier recours et à ce que les cantons n’optent pas pour la facilité en recourant à la chasse.
  • Application rigoureuse de la loi sur les zones tampons riveraines : De nombreux conflits avec les castors sont dus à l’expansion des terres agricoles et des infrastructures jusqu’au bord de l’eau. L’application rigoureuse de la réglementation relative aux zones tampons riveraines, conformément à la Loi sur la protection de l’eau (LPE), permettrait d’atténuer la plupart de ces conflits. Les castors ont besoin d’une bande tampon le long du rivage ; si celle-ci est garantie, les problèmes sont quasi inexistants.
  • L’utilisation des castors comme outil de renaturation : L’Office fédéral de l’environnement (OFEV) a documenté les effets positifs des castors sur la biodiversité, la rétention d’eau et la qualité de l’eau. Il est essentiel de mettre ces conclusions en pratique : les castors devraient être intégrés aux projets de renaturation au lieu d’être considérés comme des nuisibles. Cette approche a déjà fait ses preuves à Marthalen (ZH).

Argumentation

Les castors causent des dégâts considérables aux infrastructures et à l'agriculture. Ces dégâts peuvent être localisés : fragilisation des barrages, inondations des prairies, abattage d'arbres fruitiers. Ces dommages sont réels, mais gérables. Trente ans de coexistence sans aucun abattage prouvent l'efficacité de la prévention. Les bienfaits écologiques des castors (favorisation des espèces, rétention et purification de l'eau, formation de plaines inondables) compensent largement les dégâts locaux. La Suisse investit des milliards dans la restauration de ses rivières ; les castors rendent le même service gratuitement.

Le nouveau règlement ne concerne que des cas individuels et ne met pas la population en danger. L’expression « dommages importants » est trop vague et ne définit pas clairement le seuil de dommages. L’absence de consultation avec le gouvernement fédéral laisse trop de latitude aux cantons. Les castors vivent en groupes familiaux ; abattre un seul castor « dommageable » peut entraîner l’abattage de toute une famille. L’expérience en matière de gestion des loups montre qu’une fois les options de tir établies, elles sont rapidement étendues. Ce qui commence comme un « cas isolé » devient une pratique courante.

« Le castor n'est plus menacé, donc la régulation de sa population est justifiée. » Le castor n'est plus menacé car il a bénéficié d'une protection constante pendant 60 ans. Utiliser ce succès comme argument contre la protection relève d'un raisonnement absurde : on protège une espèce jusqu'à ce qu'elle se rétablisse, puis on la chasse à nouveau parce qu'elle s'est rétablie. Le castor a même été éradiqué en Suisse. La leçon à tirer de cette histoire n'est pas qu'on peut le chasser à nouveau dès que sa population est suffisante, mais qu'une protection constante est efficace et doit être maintenue.

Le référendum de 2020 n'a pas eu d'incidence sur la protection des castors. En 2020, les électeurs ont rejeté une révision de la Loi sur la chasse qui aurait conféré au Conseil fédéral le pouvoir d'inscrire les castors sur la liste des animaux pouvant être chassés. Le fait que les castors soient désormais ajoutés à cette liste par le biais d'un arrêté de chasse, sans l'approbation directe du peuple ni du Parlement, remet en cause la décision démocratique. BirdLife considère cet arrêté comme potentiellement illégal.

« D’autres pays régulent leurs populations de castors ; la Suisse doit suivre leur exemple. » La situation en Suisse est différente de celle de pays comme l’Allemagne ou l’Autriche, où les populations de castors sont bien plus importantes et où les paysages aquatiques sont structurés différemment. La Suisse a perdu 90 % de ses plaines inondables. Le castor est le seul animal capable de créer de nouvelles plaines inondables. Dans ce contexte, chaque castor représente un atout pour la biodiversité, et non un problème à réguler.

Liens rapides

Articles sur Wild beim Wild :

Dossiers connexes

Sources

  • info fauna / Service de conseil sur les castors : Les castors en Suisse, répartition, histoire, recensement de la population 2022 (infofauna.ch)
  • Info faune (2023) : Recensement des populations de castors 2022 en Suisse et au Liechtenstein. Angst C., Auberson C., Nienhuis C. (4 914 castors, 1 382 territoires, 1 316 barrages)
  • BAFU (2023) : Un façonneur polyvalent : Quand le castor arrive, les choses se colorent (Dossier Web, bafu.admin.ch)
  • FOEN : Conservation des espèces d’oiseaux / biodiversité (bafu.admin.ch)
  • Conseil fédéral (2024) : Communiqué de presse du 13 décembre 2024, Loi sur la chasse révisée en vigueur à compter du 1er février 2025 (admin.ch)
  • SRF (2025) : Les cantons seront bientôt autorisés à chasser le castor, sous certaines conditions (srf.ch, 15.1.2025)
  • BirdLife Suisse (2024) : Le Conseil fédéral adopte une réglementation problématique en matière de chasse (birdlife.ch, 13.12.2024)
  • Pro Natura (2023) : Nouvelle réglementation de la chasse, Pro Natura l’examine de près (pronatura.ch)
  • Groupe Loup Suisse : Loi sur la chasse, castor et lynx (gruppe-wolf.ch)
  • SWI swissinfo.ch (2024) : Le Castor, une histoire de reconquête (swissinfo.ch)
  • NaturZYT : Le castor est de retour en Suisse avec ses huttes (naturzyt.ch)
  • WWF Suisse centrale : Population de castors en 2022 (wwf-zentral.ch)
  • WWF Bâle : Castors, statut de conservation et histoire (wwf-bs.ch)
  • Capitaine S. (2022) : Liste rouge des mammifères (à l’exclusion des chauves-souris). BAFU / info fauna (Castors : LC depuis 2022)
  • Loi fédérale sur la chasse et la protection des mammifères et des oiseaux sauvages (JSG, SR 922.0)
  • Règlement sur la chasse (JSV, SR 922.01), révisé au 1er février 2025
  • Loi sur le bien-être animal (TSchG, SR 455)

Notre revendication

Le castor est le plus grand succès de la conservation des espèces en Suisse. De zéro à près de 5 000 individus en 66 ans. De « en danger critique d’extinction » à « non menacé ». Du dernier individu survivant à une présence nationale. Ce succès a été rendu possible grâce à l’engagement de particuliers qui n’ont jamais baissé les bras, grâce à une protection rigoureuse et grâce à la patience de la Suisse, qui a laissé 60 ans à son plus grand rongeur pour se rétablir.

Le castor nous remercie. À Marthalen, une famille a créé une véritable « Amazonie suisse ». Sur plus de 1 300 barrages à travers le pays, de nouvelles zones humides voient le jour, les amphibiens, les libellules et les poissons reviennent, l’eau est retenue dans le paysage et sa qualité s’améliore. La Suisse a perdu 90 % de ses plaines inondables. Le castor est le seul animal capable de créer gratuitement de nouvelles plaines inondables, 24 h/24, et ce depuis 15 millions d’années.

Et que fait la Suisse ? Elle inscrit le castor sur la liste des animaux dont l’abattage est autorisé par décret. Non pas par nécessité : depuis 30 ans, aucun canton n’a eu à tirer sur un castor. Non pas par volonté populaire : en 2020, les électeurs ont rejeté une révision qui aurait précisément permis cela. Mais parce qu’il est plus commode d’abattre un animal que de respecter les zones tampons riveraines, d’installer une clôture autour d’un arbre fruitier ou de poser un ponceau dans un barrage.

La conclusion est sans appel : la réglementation autorisant l’abattage des castors doit être abrogée. Trente ans d’expérience ont démontré que les conflits peuvent être résolus par la prévention. Le castor n’est pas un nuisible. C’est un ingénieur d’écosystème, un restaurateur de la nature, un bâtisseur de biodiversité et un exemple de réussite qu’il faut protéger, et non abattre. Ce dossier sera régulièrement mis à jour en fonction des nouvelles données, études ou évolutions politiques qui le justifieront.

À propos de la chasse de loisir : dans notre dossier sur la chasse, nous rassemblons des vérifications de faits, des analyses et des rapports de fond.