2 avril 2026, 01:05

Saisissez un terme de recherche ci-dessus et appuyez sur Entrée pour lancer la recherche. Appuyez sur Échap pour annuler.

Le geai des chênes en Suisse : les forestiers dans le collimateur

Le geai des chênes est le plus important planteur d'arbres naturel de Suisse. Un seul oiseau cache jusqu'à 3 000 glands dans le sol forestier à l'automne, et n'en retrouve souvent pas beaucoup, permettant ainsi à de jeunes chênes de germer. En foresterie, ce phénomène porte un nom technique : le « germage des chênes ». Dans le Brandebourg, le geai des chênes est officiellement reconnu comme un allié précieux pour la restauration des forêts. En Suisse, en revanche, il est chassé. Chaque année, des centaines, voire plus d'un millier de geais des chênes sont victimes de la chasse. BirdLife Suisse commente : « Il est difficile de comprendre pourquoi les geais des chênes sont abattus. » Les chasseurs amateurs considèrent ce « gardien des forêts » comme un simple agent de lutte antiparasitaire.

Profil

Le geai des chênes ( Garrulus glandarius ) appartient à la famille des corvidés et, après la pie bavarde et la corneille noire, c'est le membre le plus connu de cette famille en Suisse. De taille comparable à celle d'une pie, il mesure environ 34 centimètres de long et pèse entre 140 et 190 grammes. Son plumage est caractéristique : le corps est d'un brun rosé délicat à beige, la calotte beige clair striée de noir, la bande malaire noire et la gorge blanche. Sa particularité réside dans ses couvertures alaires d'un bleu ciel éclatant, barrées de noir, qui en font le corvidé le plus coloré d'Europe. En vol, son croupion blanc est remarquable et contraste fortement avec sa queue noire. Mâle et femelle sont identiques.

Biologie et mode de vie

Le geai des chênes est un oiseau sédentaire qui demeure sur son territoire toute l'année. Ce n'est que lors d'années de faible récolte de glands ou en période de forte pression démographique en provenance d'Europe du Nord-Est que se produisent des migrations massives vers la Suisse. Dans le canton des Grisons, 770 geais des chênes ont été abattus lors d'une de ces années de migration massive, contre seulement 192 l'année précédente (Südostschweiz, 2018). Le geai des chênes vit dans les forêts de feuillus et les forêts mixtes à sous-bois dense, et affectionne particulièrement les chênaies et les peuplements de chênes et de charmes. Il niche également dans les parcs et les grands jardins arborés (Waldwissen.net, Institut ornithologique suisse Sempach).

Le geai des chênes vit en couples monogames qui durent souvent plusieurs années. Dès le mois d'avril, le couple construit un nid dans un sous-bois dense ou à la cime des arbres. La ponte compte de 4 à 6 œufs, rarement jusqu'à 9. L'incubation dure de 16 à 19 jours, et les jeunes quittent le nid 20 à 23 jours plus tard. L'espérance de vie à l'état sauvage peut atteindre 17 ans.

Intelligence et imitation de la voix

Le geai des chênes est l'un des oiseaux les plus intelligents d'Europe. Son nom scientifique, Garrulus, signifie « bavard » et fait référence à son vaste répertoire vocal. Il peut imiter les cris d'autres espèces d'oiseaux avec une précision étonnante, notamment celui de la buse variable, et utilise cette capacité à la fois pour avertir ses congénères et pour désorienter les autres animaux. Son cri d'alarme perçant, « rätsch », avertit tous les habitants de la forêt, des cerfs aux écureuils, d'un danger imminent. Il constitue ainsi le système d'alarme sonore de la forêt.

Le « forestier de la forêt » : une réalisation écologique majeure

Jay seeds : Planter des arbres sans intervention humaine

La caractéristique écologique la plus importante du geai des chênes est son comportement de dissimulation. En automne, il amasse de grandes quantités de glands, de faînes et de noisettes, qu'il enfouit dans des centaines de caches au sol. Un seul oiseau peut stocker jusqu'à 3 000 glands par automne, les transportant dans sa poche gulaire et son bec sur des distances allant de plusieurs centaines de mètres à plusieurs kilomètres entre le lieu de collecte et la cache (Waldwissen.net, avi-fauna.info). Ses capacités cognitives sont remarquables : les oiseaux se souviennent précisément de l'emplacement, de la quantité et du type de leurs réserves et peuvent même les retrouver sous un manteau de neige.

Mais toutes les cachettes ne sont pas redécouvertes en hiver. Un jeune arbre peut germer de chaque gland oublié. Cette régénération naturelle des forêts par le geai des chênes est connue en foresterie sous le nom de « semis par le geai » (Waldwissen.net, Brandebourg). Les forestiers allemands et autrichiens exploitent ce mécanisme : ils créent des « stations d’alimentation pour geais » où ils offrent des glands et des faînes, incitant ainsi le geai à les enfouir dans la forêt environnante. Dans le Brandebourg, le geai des chênes est officiellement reconnu comme un allié précieux pour la restauration des forêts et a été choisi comme oiseau emblématique de la campagne de restauration forestière (Waldwissen.net, Document de position du Groupe de travail sur la faune sauvage, 2021).

Pourquoi le chêne a besoin du geai

Les glands sont des graines lourdes qui tombent naturellement à quelques mètres seulement de l'arbre mère. Sans dissémination animale, le chêne ne peut coloniser de nouveaux territoires. Le geai des chênes est le principal disséminateur de glands à longue distance en Europe centrale. Il les transporte sur des distances inaccessibles aux autres animaux et les enfouit à la profondeur optimale (2 à 5 centimètres) pour la germination. Sans le geai des chênes, les forêts suisses compteraient beaucoup moins de chênes.

Le changement climatique rend le geai des chênes plus important que jamais.

Le chêne acquiert une importance considérable pour la sylviculture suisse face aux changements climatiques. Espèce résistante à la sécheresse et tolérante à la chaleur, il est promu comme « arbre du futur » dans de nombreux programmes sylvicoles. Le Rapport Forêts 2025 de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) et de l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (IFRN) souligne que des essences plus résistantes au climat, telles que le chêne et l’érable, sont essentielles à l’adaptation des forêts aux changements climatiques. Le rôle sylvicole du mésangeai des chênes, qui plante des chênes gratuitement, efficacement et sans subventions, est donc plus important que jamais (Waldwissen.net, Markwart, le planteur de chênes effronté). Il est paradoxal que la Suisse autorise simultanément la chasse de cet oiseau, véritable régénérateur naturel des forêts.

Pour en savoir plus sur ce sujet : Dossier : Chasse et biodiversité

La chasse : une méthode de lutte antiparasitaire du XIXe siècle

Situation juridique

Le geai des chênes est une espèce de gibier à plumes selon la loi fédérale allemande sur la chasse (JSG, art. 5, par. 3). Il est classé comme petit gibier, au même titre que la corneille noire, la pie bavarde et le grand corbeau. La période de fermeture de la chasse varie d'un canton à l'autre. Dans le canton de Berne, le geai des chênes fait partie des espèces pouvant être chassées pendant la période de fermeture dans le cadre d'« abattages sélectifs », avec la corneille noire, la pie bavarde, le renard et le blaireau (IG Wild beim Wild, Fuchsmassaker in der Schweiz).

L'ampleur de l'abattage

Il est difficile d'obtenir des chiffres précis concernant le seul geai des chênes à partir des statistiques de chasse publiées en Suisse, car il est souvent comptabilisé avec d'autres corvidés. L'Office fédéral de l'environnement (OFEV) constatait en 1998 que la moitié des oiseaux tués étaient des corneilles noires et des geais (communiqué de presse de l'OFEV, 1998). BirdLife Suisse qualifiait le tir aux geais de « difficile à comprendre » (BirdLife Suisse, statistiques de chasse). Dans le canton des Grisons, 770 geais ont été abattus en 2017, année de forte augmentation de leur population (Suisse du Sud, 2018). Watson.ch notait : « Même des oiseaux atypiques pour les chasseurs novices, comme les pies et les geais, peuvent être chassés et ne sont pas des espèces protégées » (Watson, 2023).

Le récit de la « vermine »

La justification historique de la chasse au geai des chênes remonte au XIXe siècle. Les chasseurs amateurs le considéraient comme un « nuisible », un animal dangereux pour le gibier protégé, qu'il ne fallait pas chasser mais plutôt contrôler (AG Wildtiere, Position Paper on the Eurasian Jay, 2021). En Allemagne, le terme « nuisible » a été retiré de la loi fédérale sur la chasse en 1976, car jugé « hérétique et inutile ». En Autriche, il est encore utilisé pour désigner le geai des chênes. En Suisse, ce discours persiste : le geai des chênes est décrié comme un « pilleur de nids » et un « voleur d'œufs » qui nuit aux populations d'oiseaux chanteurs et de petit gibier et qui, par conséquent, doit être « réglementé ».

Ce que le récit dissimule

Le geai des chênes se nourrit effectivement des œufs et des oisillons d'autres espèces au printemps et en été. Ce comportement est réel, mais il fait partie intégrante de l'écosystème forestier et n'a entraîné l'extinction d'aucune espèce d'oiseau au cours de millénaires de coévolution. Les principales menaces qui pèsent sur les passereaux sont la perte d'habitat due à l'intensification de l'agriculture, l'utilisation de pesticides qui déciment leurs proies, les façades vitrées, les chats domestiques et la circulation routière, et non le geai lui-même. Qualifier un oiseau de « pilleur de nids » simplement parce qu'il se nourrit naturellement relève d'un raisonnement pseudobiologique absurde, utilisé pour légitimer la chasse aux corvidés.

Lire la suite : Pourquoi la chasse récréative échoue comme moyen de contrôle des populations

Valeur nutritive et fonction écologique : bien plus que de simples glands

Omnivore avec des habitudes alimentaires saisonnières

Le geai des chênes est un omnivore opportuniste. Au printemps et en été, son régime alimentaire est principalement composé de matières animales : chenilles, coléoptères, sauterelles et autres insectes constituent l’essentiel de sa nourriture. Il se nourrit également de souris, de lézards et, occasionnellement, d’œufs et d’oisillons. En automne et en hiver, son régime alimentaire devient principalement végétal : les glands représentent jusqu’à 70 % de son alimentation, complétée par des faînes, des noisettes, des châtaignes, des baies et des céréales (avi-fauna.info, Waldwissen.net).

Contrôle des insectes

Grâce à son régime alimentaire estival riche en insectes, le geai des chênes joue un rôle de régulateur naturel des ravageurs en forêt. Sa prédation sur les chenilles, notamment celles de la processionnaire du chêne et de la phalène brumeuse, est bénéfique pour la sylviculture. Cet avantage n'est pourtant pas pris en compte dans les plans de gestion de la chasse.

La fonction d'avertissement

Le cri d'alarme puissant du geai avertit non seulement ses congénères, mais aussi l'ensemble de l'écosystème forestier du danger. Cerfs, lièvres, écureuils et autres passereaux profitent de sa vigilance. Les chasseurs amateurs considèrent précisément cette fonction d'avertissement comme perturbatrice : le geai « trahit » le chasseur amateur qui traque sa proie dans les bois. Abattre un animal sauvage parce qu'il avertit ses congénères est une perversion du concept de chasse qui se passe de commentaires.

Qu'est-ce qui devrait changer ?

  • Protection nationale du geai des chênes : cet oiseau, qui favorise la régénération forestière en tant que planteur d’arbres naturel, régule les populations d’insectes et protège l’écosystème tout entier grâce à son rôle de système d’alerte, ne doit pas être chassé. Le geai des chênes devrait être retiré de la liste des espèces chassables. Ce qui est célébré dans le Brandebourg comme emblème de la restauration des forêts ne doit pas être considéré comme un nuisible en Suisse.
  • Reconnaissance de la contribution sylvicole : Le secteur forestier doit reconnaître officiellement la contribution du geai des chênes à la propagation des chênes et des hêtres et l’intégrer aux programmes sylvicoles. Des « tables à geais », inspirées du système allemand, devraient également être utilisées en Suisse pour favoriser spécifiquement la régénération naturelle des forêts.
  • Abolition de la chasse artisanale des corvidés : La chasse aux geais, aux pies et aux corneilles noires n’est pas justifiée du point de vue de la biologie de la faune sauvage et sert les intérêts récréatifs des chasseurs amateurs. La Société suisse de protection des animaux (STS) exige à juste titre que le but et la justification de la chasse de ces espèces soient examinés de manière critique.
  • Il faut mettre fin aux abattages sélectifs pendant la période de fermeture de la chasse : dans le canton de Berne, des geais sont encore abattus dans le cadre d’abattages sélectifs, même pendant la période de fermeture de la chasse. Cette pratique compromet l’objectif de cette période et doit cesser immédiatement.
  • Recherche sur le rôle du geai des chênes dans les forêts suisses : Aucune étude suisse spécifique n’a été menée sur l’importance quantitative des semis du geai pour la régénération du chêne. Face aux changements climatiques et à l’importance croissante du chêne comme essence forestière d’avenir, il est urgent de combler cette lacune dans la recherche.

Argumentation

« Le geai des chênes est un pilleur de nids et nuit aux populations d'oiseaux chanteurs. » Le geai des chênes consomme occasionnellement des œufs et des oisillons au printemps et en été. Ce comportement est naturel et fait partie intégrante de l'écosystème forestier, qui fonctionne depuis des millénaires. Aucune espèce d'oiseau chanteur n'est menacée par le geai des chênes. Les véritables menaces qui pèsent sur les oiseaux chanteurs sont la destruction de leur habitat, les pesticides, les façades vitrées et les chats, et non un corvidé qui se nourrit naturellement de ses proies. Accuser le geai des chênes de « piller les nids » pour justifier son abattage relève de la stigmatisation des « nuisibles » du XIXe siècle, abolie en Allemagne en 1976 mais qui persiste en Suisse.

« Le geai avertit les autres animaux sauvages de la présence du chasseur récréatif et perturbe ainsi la chasse. » Le fait qu'un animal sauvage soit abattu parce qu'il avertit les autres animaux de la présence humaine est un aveu que la chasse récréative est incompatible avec l'écosystème et lui nuit. La fonction d'avertissement du geai est un service écologique qui profite autant aux prédateurs qu'aux chasseurs récréatifs. Ce n'est pas une raison pour le tuer, mais un argument en faveur de sa protection.

« Le geai cendré est commun et non menacé, il peut donc être chassé. » Le fait qu'une espèce ne soit pas menacée ne signifie pas que sa chasse soit judicieuse ou nécessaire. Le geai cendré ne cause aucun dommage justifiant qu'on le lui tire dessus. Ses bienfaits écologiques, notamment en tant que planteur d'arbres, régulateur d'insectes et système d'alarme, surpassent largement tout « dommage » imaginable. Chasser une espèce simplement parce qu'elle est commune n'a aucun fondement juridique au regard du droit de la protection animale.

« La chasse au geai des chênes n'a aucun impact sur la population. » Si le tir n'a aucun impact sur la population, il est inutile. Tirer sans effet ni bénéfice est un acte de mise à mort insensé. La justification requise par la loi sur la protection animale pour abattre un animal doit exister avant le tir, et non pas être établie par la constatation de l'absence de conséquences.

« Les années d'invasion, il faut abattre les geais car leur nombre est trop important. » Ces migrations sont un phénomène naturel déclenché par la raréfaction de la nourriture dans leurs habitats d'origine. Ces oiseaux migrateurs disséminent des milliers de glands en Suisse, contribuant ainsi à la régénération des forêts. Utiliser abusivement les années d'invasion comme argument pour un abattage accru est une erreur de raisonnement : la nature nous offre des planteurs d'arbres gratuits, et les chasseurs de loisir les abattent.

Liens rapides

Articles sur Wild beim Wild :

Dossiers connexes

Sources

  • Statistiques fédérales de chasse, FOEN/Faune Suisse : http://www.jagdstatistik.ch
  • Communiqué de presse de BUWAL (1998) : Statistiques fédérales de chasse 1997 (la moitié des oiseaux tués étaient des corneilles et des geais charognards)
  • BirdLife Suisse : Statistiques de chasse actuelles et loi de chasse révisée (birdlife.ch)
  • Waldwissen.net/WSL : Oiseaux forestiers indigènes, le geai des chênes (Garrulus glandarius)
  • Waldwissen.net : Markwart, le planteur de chêne effronté (Graines et tables Jayer en Rhénanie-du-Nord-Westphalie)
  • Institut ornithologique suisse Sempach : Répartition du geai des chênes 2013–2016
  • Suisse du Sud-Est (2018) : Les chasseurs établissent un nouveau record (770 geais dans les Grisons)
  • AG Wildtiere (2021) : Document de position sur le geai des chênes (ag-wildtiere.com)
  • Watson.ch (2023) : Chasse : Combien d’animaux sont abattus pour la consommation en Suisse ?
  • IG Wild beim Wild (2020/2025) : Massacre de renards en Suisse, statistiques de chasse 2022 (wildbeimwild.com)
  • Land de Brandebourg : Dépliant sur le geai des chênes (forst.brandenburg.de)
  • avi-fauna.info : Le geai des chênes (Garrulus glandarius) en Allemagne
  • Loi fédérale sur la chasse et la protection des mammifères et des oiseaux sauvages (JSG, SR 922.0)
  • Loi sur le bien-être animal (TSchG, SR 455)

Notre revendication

Le geai des chênes est le héros méconnu des forêts suisses. Il plante des chênes là où l'homme ne le fait pas. Il alerte la forêt des dangers. Il régule les populations d'insectes. Intelligent, coloré et maître du mimétisme vocal, il est indispensable à la sylviculture : sans ses apports vivifiants, nombre de chênaies européennes n'auraient jamais vu le jour. À l'heure où le changement climatique fait du chêne l'essence du futur, le travail gratuit du geai est plus précieux que jamais. Et pourtant, en Suisse, il est encore chassé dans le cadre de la chasse au petit gibier. Parce qu'il mange parfois un œuf d'oiseau. Parce qu'il « trahit » le chasseur amateur. Parce qu'il est considéré comme un « nuisible » depuis le XIXe siècle. Cette classification est un vestige d'une vision dépassée de la nature qui divise les animaux en « utiles » et « nuisibles », et autorise l'abattage de ces derniers. Le geai des chênes ne mérite pas d'être abattu ; il mérite d'être protégé. Ce dossier est mis à jour en continu au fur et à mesure que de nouvelles données, études ou évolutions politiques l'exigent.

À propos de la chasse de loisir : dans notre dossier sur la chasse, nous rassemblons des vérifications de faits, des analyses et des rapports de fond.