4 avril 2026, 05:26

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Martre des pins Suisse : Habitant forestier discret sous pression de chasse

La martre des pins est l'un des mustélidés les plus secrets et les plus rares de Suisse. Elle vit exclusivement en forêt, évite les établissements humains et réagit de manière très sensible au morcellement de son habitat. Malgré son déclin et sa faible densité de population, elle continue d'être chassée dans la majorité des cantons. Chaque année, environ 100 à 150 martres des pins sont abattues par les chasseurs de loisir. BirdLife Suisse commente : « Pourquoi 146 de ces martres discrètes sont abattues est peu compréhensible. »

Fiche signalétique

La martre des pins (Martes martes), également appelée martre noble, appartient à la famille des martres (Mustélidés) et est une espèce de carnivore relativement petite, environ de la taille d'un petit chat domestique. Sa longueur tête-corps mesure 40 à 58 centimètres, la queue touffue mesure 16 à 28 centimètres supplémentaires. Le poids des animaux adultes se situe entre 0,8 et 1,8 kilogramme, les mâles étant généralement 10 à 15 pour cent plus lourds que les femelles. Son pelage est châtain à brun foncé, soyeux et brillant et nettement plus fin que celui de la martre des pierres. Le trait distinctif le plus marquant est la bavette : chez la martre des pins, elle est jaunâtre à orange et arrondie au bord inférieur, chez la martre des pierres elle est blanche et fourchue. Les coussinets plantaires poilus distinguent également la martre des pins de la martre des pierres, dont les coussinets sont nus.

Biologie et mode de vie

La martre des pins est un animal solitaire et principalement actif au crépuscule et la nuit. C'est un grimpeur exceptionnel, capable d'effectuer des bonds de jusqu'à 4 mètres entre les arbres et de faire pivoter ses pattes arrière de 180 degrés (Wikipedia, Baummarder). Sa queue touffue lui sert d'organe d'équilibre. Le jour, elle se repose dans des cavités d'arbres, des nids d'écureuils abandonnés, des loges de pics ou des nids de rapaces, changeant quotidiennement de lieu de repos (Waldwissen.net, Baummarder im Kanton Luzern).

La martre des pins présente un comportement territorial marqué. Ses territoires sont extraordinairement vastes, pouvant atteindre 30 kilomètres carrés. Dans le Jura suisse, la densité de population n'est que de 0,1 à 0,8 individus par kilomètre carré (Stadtwildtiere Schweiz). Cette densité extrêmement faible fait de la martre des pins l'un des mammifères les plus rares des forêts suisses. Les territoires des mâles se chevauchent avec ceux de plusieurs femelles, mais sont rigoureusement marqués par des sécrétions glandulaires et défendus contre les congénères de même sexe.

Reproduction

La période d'accouplement s'étend de juin à août. Comme chez le blaireau et le chevreuil, la martre des pins présente également une diapause embryonnaire : l'ovule fécondé ne s'implante dans l'utérus qu'après un délai de plusieurs mois, de sorte que les petits ne naissent qu'en avril suivant. La femelle met bas généralement 2 à 4 jeunes, rarement jusqu'à 6. Les petits naissent aveugles et presque sans poils. Après environ 8 semaines, ils quittent le nid pour la première fois et deviennent indépendants à 12-16 semaines. La maturité sexuelle est atteinte vers 14 mois, mais beaucoup de martres ne se reproduisent pour la première fois qu'à leur troisième année. L'espérance de vie dépasse rarement 10 ans en liberté ; en captivité, les martres des pins peuvent vivre jusqu'à 16 ans.

La reproduction lente, la maturité sexuelle tardive et les vastes territoires rendent la martre des pins particulièrement sensible aux effondrements de populations. Chaque abattage pèse lourd.

Habitat : Forêts anciennes, aucun compromis

Un habitant forestier pur

La martre des pins est un habitant forestier typique qui évite systématiquement, contrairement à la fouine, la proximité des habitations humaines (Waldwissen.net, Nationalpark Donau-Auen). Elle préfère les forêts de feuillus et mixtes anciennes et continues avec une strate arbustive développée et une forte proportion de peuplements âgés. Les cavités d'arbres lui sont essentielles : comme refuge diurne, lieu d'élevage des jeunes et protection contre les intempéries. Les forêts sans arbres âgés riches en cavités ne conviennent pas à la martre des pins.

En Suisse, la martre des pins est présente dans la plupart des forêts jusqu'à la limite forestière, bien qu'elle soit rare aux altitudes supérieures à 2’000 mètres. Dans le canton de Lucerne, les observations se concentrent dans les régions avec de grands complexes forestiers continus comme l'Entlebuch et l'Obere Wiggertal (Waldwissen.net, Baummarder im Kanton Luzern). Dans les zones avec des peuplements forestiers fragmentés et des zones agricoles pauvres en couverture, elle est largement absente.

Sensibilité à la fragmentation

La martre des pins réagit plus sensiblement que tous les autres mustélidés indigènes aux obstacles dans son habitat. Bâtiments, routes, cours d'eau canalisés et terrains sans couverture constituent pour elle des barrières difficilement surmontables (Waldwissen.net, Baummarder im Kanton Luzern). La fragmentation croissante des forêts suisses par les infrastructures et le développement urbain frappe donc la martre des pins particulièrement durement. Tandis que la fouine adaptable peut survivre dans les greniers et garages, la martre des pins dépend de paysages forestiers intacts.

La cause de mortalité la plus fréquente après la chasse de loisir est la circulation routière, en particulier sur les routes forestières. Les jeunes martres des pins qui, à la recherche de leur propre territoire, franchissent les limites de la forêt, sont particulièrement menacées.

La chasse : Un anachronisme sans justification

Situation juridique

La martre des pins est une espèce chassable selon la loi fédérale sur la chasse (LChP, art. 5 al. 2) et est classée dans la petite chasse. Les cantons peuvent fixer les périodes de chasse ou protéger la martre des pins toute l'année. En Suisse, la martre des pins est protégée dans les cantons d'Argovie, Appenzell Rhodes-Extérieures, Bâle-Campagne, Genève, Schaffhouse, Tessin, Thurgovie et Zurich (Waldwissen.net, Baummarder im Kanton Luzern). Dans tous les autres cantons, elle est chassable. Selon l'ordonnance sur la chasse, les collets, le poison et les pièges sont interdits (à l'exception des pièges-cages pour la capture vivante).

L'ampleur des tirs

Selon la statistique fédérale de la chasse, entre 60 et 150 martres des pins sont abattues annuellement en Suisse. En 2006, c'étaient 60 animaux, encore 118 en 2005 (communiqué de presse OFEV, 2007). BirdLife Suisse mentionnait pour une année ultérieure 146 tirs et commentait qu'il était « peu compréhensible » pourquoi ces animaux discrets étaient tirés (BirdLife Schweiz, Jagdstatistik). L'OFEFP (prédécesseur de l'OFEV) avertissait déjà en 2004 que la diminution du nombre de martres des pins tirées laissait présumer un recul de l'espèce (communiqué de presse OFEFP, 2004).

S'y ajoutent les animaux qui meurent comme gibier trouvé sur les routes. Les chiffres exacts concernant le gibier trouvé de la martre des pins sont difficiles à établir, car en raison de sa petite taille et de sa ressemblance avec la fouine, elle est souvent confondue lors du recensement.

Aucune raison pour la chasse

La martre des pins ne cause pas de dégâts aux bâtiments, véhicules ou cultures agricoles, contrairement à la fouine. Elle vit exclusivement en forêt et n'entre pratiquement pas en conflit avec les intérêts humains. Il n'existe pas de « dégâts de gibier » qui pourraient justifier la chasse. La martre des pins est tirée parce qu'elle figure dans la loi fédérale comme espèce chassable et qu'elle se trouve par hasard dans le territoire d'un chasseur de loisir. Il n'existe pas de raison valable au sens de la loi sur la protection des animaux (LPA, art. 4).

La dénomination « martre noble » fait référence à la motivation historique de la chasse : sa fourrure dense et soyeuse était autrefois plus recherchée que celle de la fouine et était utilisée pour le commerce de la fourrure. Par la chasse à la fourrure, l'espèce est devenue rare par endroits (Wikipedia, Baummarder). Que les chasseurs de loisir chassent encore aujourd'hui la martre des pins, bien que sa fourrure n'ait plus d'importance économique et qu'elle ne cause aucun dégât, montre l'absurdité d'une législation cynégétique qui permet des tirs sans but.

Plus d'informations : Problème de protection animale : les animaux sauvages meurent dans d'atroces souffrances à cause des chasseurs de loisir

Importance écologique : chasseur de souris et disperseur de graines

Régulation des petits mammifères

L'alimentation principale de la martre des pins consiste en campagnols, mulots roussâtres, mulots à collier et autres petits mammifères (Nationalpark Donau-Auen, Deutscher Jagdverband). Elle capture par ailleurs des écureuils, des oiseaux et leurs œufs, des insectes, des amphibiens et des escargots. En fin d'été et en automne, les baies, fruits et noix occupent une place importante dans son alimentation. Les sorbiers, cynorhodons, framboises et mûres sont régulièrement consommés. La martre des pins constitue aussi des réserves de nourriture en automne pour l'hiver.

En tant que régulateur des populations de souris en forêt, la martre des pins remplit une fonction écologique importante. Les campagnols et mulots roussâtres peuvent augmenter de façon explosive lors des années de glandée du hêtre et du chêne et causer des dégâts considérables au rajeunissement forestier par broutage et écorçage. La martre des pins maintient naturellement ces populations en équilibre. Son utilité écologique n'est, comme pour le blaireau et le renard, prise en compte dans aucune planification cantonale de la chasse.

Dispersion des graines

Par sa forte consommation de baies et de fruits, la martre des pins contribue à la dispersion des graines végétales. Parcourant de vastes territoires et déposant les graines via ses excréments en des lieux changeants, elle interconnecte les populations végétales sur de grandes distances. Cette fonction est cruciale pour la biodiversité forestière, mais elle est ignorée dans le débat cynégétique.

La martre des pins comparée à la fouine : pourquoi la distinction compte

Dans la perception publique, martre des pins et fouine sont souvent confondues ou assimilées. Les différences sont pourtant fondamentales. La fouine (Martes foina) est un suiveur culturel adaptable qui vit dans les greniers, granges et même compartiments moteur de voitures. Elle cause des dégâts aux véhicules et bâtiments et constitue donc un sujet de conflit près des habitations. La martre des pins évite au contraire systématiquement les établissements humains et n'entre pas en conflit avec les intérêts humains.

Que les deux espèces soient également considérées comme chassables dans la loi fédérale n'est pas justifié du point de vue de la biologie des espèces sauvages. Le risque de confusion conduit en outre à abattre des martres des pins sous prétexte de « chasse aux martres », alors que le conflit réel ne concerne que la fouine. Huit cantons ont déjà placé la martre des pins sous protection. Les cantons restants devraient emboîter le pas.

En savoir plus : Pourquoi la chasse de loisir échoue comme contrôle des populations

Ce qui devrait changer

  • Protection fédérale de la martre des pins : La martre des pins ne cause aucun dégât, vit exclusivement en forêt et n'entre pas en conflit avec les intérêts humains. Ce que huit cantons ont déjà mis en œuvre doit être ancré dans le droit fédéral. La martre des pins doit être rayée du catalogue des espèces chassables.
  • Protection des peuplements forestiers anciens et arbres à cavités : La martre des pins dépend des cavités d'arbres. Les îlots de vieux bois et arbres à cavités doivent être reconnus comme structures dignes de protection dans tous les cantons et préservés de l'exploitation forestière. La gestion forestière proche de la nature doit explicitement tenir compte des besoins des espèces cavernicoles.
  • Mise en réseau des zones forestières : La martre des pins réagit plus sensiblement que toute autre espèce de martres indigène à la fragmentation de son habitat. Les corridors fauniques, bandes de haies et structures de lisière forestière perméables doivent être préservés et développés. La planification de nouvelles infrastructures doit garantir la perméabilité pour les espèces forestières.
  • Réduction de la mortalité routière : Les routes forestières constituent une source de danger importante pour la martre des pins. Les limitations de vitesse sur routes forestières et passages pour petite faune sur routes cantonales en zones forestières peuvent réduire les pertes.
  • Recherche et monitoring : Il n'existe pas de données fiables sur les effectifs de martre des pins en Suisse. Les données existantes reposent sur les statistiques d'abattage et observations fortuites. Un monitoring national avec pièges photographiques et analyses génétiques est indispensable pour une stratégie de protection basée sur les preuves.
  • Séparation de la martre des pins et de la fouine dans la législation cynégétique : Tant que les deux espèces figurent dans le même article de loi comme chassables, des martres des pins seront abattues sous prétexte de chasse à la fouine. Les deux espèces doivent être clairement séparées dans le droit de chasse.

Argumentaire

« La martre des pins n'est pas menacée et peut donc être chassée. » Qu'une espèce ne soit pas considérée comme menacée au niveau global (UICN : Préoccupation mineure) ne dit rien sur sa situation locale. En Suisse, la densité de population de la martre des pins est extrêmement faible : 0,1 à 0,8 individus par kilomètre carré dans le Jura. L'OFEFP avertissait déjà en 2004 d'un déclin présumé. Qu'une espèce ne soit pas officiellement menacée ne signifie pas que sa chasse soit sensée ou nécessaire. Il n'y a aucune raison valable de l'abattre.

« La martre des pins relève de la petite chasse et sa chasse est traditionnelle. » La chasse au gibier sur la martre des pins avait historiquement un seul objectif : l'obtention de fourrure. Cette utilisation est obsolète depuis des décennies. Une chasse sans valorisation et sans défense contre les dommages ne remplit aucune raison valable au sens de la loi sur la protection des animaux. La tradition de la chasse à la fourrure n'est pas un argument pour poursuivre une mise à mort sans but.

«La martre des pins ne se régule pas elle-même et doit être chassée.» La martre des pins se régule par sa territorialité et la disponibilité de nourriture. Ses grands territoires limitent naturellement la densité de population. On ne peut pas parler de «surpopulation» pour une espèce comptant moins d'un individu par kilomètre carré. Les huit cantons qui protègent déjà la martre des pins ne signalent aucun problème lié à l'augmentation des effectifs.

«On ne peut pas distinguer martre des pins et martre des pierres lors de la chasse.» Les deux espèces peuvent être distinguées de manière univoque par la tache de gorge (jaune-orange vs blanc) et les coussinets plantaires (poilus vs nus). Si les chasseurs de loisir ne peuvent pas distinguer les deux espèces, ce n'est pas un argument pour la chasse à la martre des pins, mais contre la compétence des tireurs. En cas de doute : ne pas tirer. De plus, la martre des pins vit dans la forêt et non près des agglomérations. Là où la chasse de loisir à la martre des pierres a lieu, la martre des pins n'est généralement pas présente.

«La martre des pins est un prédateur des nicheurs au sol et des écureuils et doit donc être contrôlée.» La martre des pins est un élément naturel de l'écosystème forestier et son choix de proies fait partie d'un équilibre établi depuis des millénaires. Qu'un prédateur capture des proies n'est pas un argument pour sa chasse, mais l'expression de processus écologiques fonctionnels. L'idée que les chasseurs de loisir doivent protéger les animaux «utiles» des animaux «nuisibles» est dépassée et contraire à l'éthique. La martre des pins ne décime pas les espèces ; elle régule les populations.

Liens rapides

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Dossiers apparentés

Références

  • Statistique fédérale de la chasse, OFEV/Wildtier Schweiz : http://www.jagdstatistik.ch (données d'abattage et de gibier mort)
  • Communiqué de presse OFEFP (2004) : Statistique de la chasse 2003, indication d'un déclin présumé de la martre des pins
  • Communiqué de presse OFEV (2007) : Statistique de la chasse 2006, chiffres d'abattage de la martre des pins
  • BirdLife Suisse : La statistique actuelle de la chasse et la loi révisée sur la chasse (birdlife.ch)
  • Waldwissen.net/WSL : La martre des pins dans le canton de Lucerne (Holzgang/Muggli, 2005, actualisé)
  • Stadtwildtiere Schweiz/Wilde Nachbarn : Portrait d'espèce martre des pins (stadtwildtiere.ch)
  • Parc national Donau-Auen : Martre des pins (donauauen.at)
  • Association allemande de la chasse : Fiche animal martre des pins (jagdverband.de)
  • Forêts nationales de Rhénanie-Palatinat : Martre des pins (wald.rlp.de)
  • Wikipedia : Martre des pins (Martes martes)
  • IG Wild beim Wild (2022/2025) : Statistique de la chasse 2022, Massacre de renards en Suisse (wildbeimwild.com)
  • Loi fédérale sur la chasse et la protection des mammifères et oiseaux sauvages (LChP, RS 922.0)
  • Loi sur la protection des animaux (LPA, RS 455)

Notre exigence

La martre des pins est un fantôme de la forêt suisse. La plupart des gens ne l'ont jamais vue. Elle vit dans les cimes des arbres, chasse au crépuscule et disparaît silencieusement avant que l'homme ne la remarque. Elle ne cause aucun dommage, n'entre en conflit avec aucun intérêt humain et remplit un rôle important dans l'écosystème forestier en tant que chasseuse de souris et disperseuse de graines. Pourtant, elle est chassée dans la majorité des cantons suisses, sans raison, sans utilité, sans valorisation. Sa fourrure soyeuse, qui lui a valu le nom de « martre noble », fut autrefois sa perte. Aujourd'hui, c'est le simple fait qu'elle soit répertoriée comme chassable dans la loi fédérale. La conséquence est claire : la martre des pins doit être protégée dans toute la Suisse. Ce que huit cantons ont déjà mis en œuvre ne doit plus être traité au niveau fédéral comme un volontariat cantonal. Ce dossier sera régulièrement actualisé lorsque de nouveaux chiffres, études ou développements politiques l'exigeront.

Plus sur le sujet de la chasse de loisir : Dans notre Dossier sur la chasse nous regroupons des vérifications de faits, analyses et reportages de fond.