Pigeons Suisse : symbole de paix et abattage de masse
Les pigeons comptent parmi les plus anciens compagnons de l'humanité. Depuis plus de 7’000 ans, ils sont domestiqués, vénérés comme messagers, fournisseurs de nourriture et symboles de paix. En Suisse, le pigeon est aujourd'hui peut-être l'animal le plus méprisé et le moins protégé de tous. Le pigeon ramier et la tourterelle turque sont abattus comme petit gibier, le pigeon domestique retourné à l'état sauvage (pigeon urbain) est chassable toute l'année et est systématiquement combattu dans les villes suisses par des interdictions de nourrissage, l'effarouchement et l'abattage administratif. La tourterelle des bois étroitement apparentée, jadis symbole d'amour, figure sur la Liste rouge mondiale comme «menacée» et est en voie d'extinction en Suisse. L'association Stadttauben Schweiz résume l'absurdité : le pigeon urbain est un animal domestique sans abri, élevé par l'homme, que nous traitons comme un nuisible.
Fiche d'identité
Pigeon domestique / Pigeon urbain (Columba livia f. domestica)
Le pigeon urbain descend du pigeon biset (Columba livia) issue de la colombe sauvage, qui fut domestiquée il y a plus de 7'000 ans dans la région méditerranéenne et au Proche-Orient. Par la sélection, des centaines de races furent créées, parmi lesquelles les pigeons voyageurs, les pigeons de chair et les pigeons d'ornement. Les animaux échappés et relâchés formèrent des populations retournées à l'état sauvage, qui vivent aujourd'hui dans presque chaque ville suisse. Le pigeon biset urbain mesure 30 à 35 centimètres de long et pèse 250 à 380 grammes. Son plumage varie fortement, de la forme sauvage (bleu-gris avec deux bandes alaires noires et un cou aux reflets métalliques vert-violets) jusqu'aux variantes brunes, blanches et tachetées. Cette diversité est un signe de son origine d'élevage. Le pigeon biset urbain se reproduit toute l'année, car l'instinct reproducteur a été sélectionné pendant la domestication. Il pond deux œufs par couvée, avec jusqu'à six couvées par an. Le pigeon biset urbain est chassable toute l'année en Suisse selon la Loi fédérale sur la chasse (LChP, art. 5) (SRF, 2026 ; Conseil d'État de Bâle-Ville, 2025).
Pigeon ramier (Columba palumbus)
Le pigeon ramier est avec 40 à 42 centimètres de longueur corporelle et 450 à 520 grammes de poids la plus grande espèce de pigeon d'Europe. Son signe distinctif est une tache blanche au cou et des bandes alaires blanches qui attirent l'attention en vol. Le pigeon ramier est en Suisse un oiseau nicheur régulier et de passage. Lors de leur migration, ils évitent les Alpes et volent principalement le long du Jura et à travers le Plateau. En octobre, d'énormes bandes migratoires peuvent être observées à certains endroits (Station ornithologique suisse de Sempach). Le pigeon ramier vit dans les bosquets, forêts, parcs et de plus en plus dans les villes. Sa nourriture consiste en graines, bourgeons, baies, faînes et glands. L'envergure mesure 68 à 77 centimètres. Il niche deux à trois fois par an, avec deux œufs chaque fois et une durée d'incubation de 17 jours. Le pigeon ramier est chassable en Suisse (LChP, art. 5 al. 3).
Tourterelle turque (Streptopelia decaocto)
La tourterelle turque avec 31 à 33 centimètres de longueur corporelle et 150 à 200 grammes de poids est nettement plus petite et gracile que le pigeon ramier. Son plumage est uniformément beige-brun clair, le trait le plus frappant étant une rayure noire profonde sur la nuque. La tourterelle turque a l'une des histoires d'expansion les plus remarquables de l'ornithologie : originaire d'Asie du Sud-Est et du Proche-Orient, elle commença dans les années 1930 une expansion spectaculaire vers le nord-ouest. Elle atteignit Vienne en 1943, Augsbourg en 1946, les Pays-Bas en 1949, la Grande-Bretagne en 1956. En Suisse, la population est estimée à 15'000 à 20'000 couples nicheurs. La tourterelle turque est un suiveur de culture qui vit presque exclusivement près des habitations. Elle niche de préférence dans les conifères et peut se reproduire toute l'année dans des conditions favorables. La tourterelle turque est chassable en Suisse. Le tableau de chasse suisse a fluctué ces 15 dernières années entre 80 et 760 animaux (Wikipedia, Tourterelle turque ; Statistique fédérale de la chasse).
Le pigeon biset urbain : Un animal domestique sans droits
Domestiqué, abandonné, persécuté
Le pigeon biset urbain n'est pas un animal sauvage. Il est génétiquement un animal domestique qui, par des millénaires de sélection, a développé des caractéristiques qui sont désavantageuses dans la nature sauvage : activité reproductrice annuelle indépendante de l'offre alimentaire, comportement de fuite diminué, attachement au lieu et comportement territorial réduit. L'association Stadttauben Schweiz documente : « Les pigeons urbains sont des animaux domestiques sans-abri, élevés par l'homme. L'instinct reproducteur a été sélectionné pendant la domestication » (Watson, 2023). Les juristes de la Fondation Droit de l'animal constatent : « À Zurich, d'un point de vue juridique discutable, les pigeons urbains sont aussi considérés comme des animaux sauvages » (Droit de l'animal, 2023).
Malgré cette réalité factuelle, la loi suisse sur la chasse classe les pigeons domestiques retournés à l'état sauvage comme animaux sauvages (LChP, art. 5). Ceci a des conséquences considérables : le pigeon de ville ne bénéficie d'aucune protection par le droit des animaux domestiques, il est chassable toute l'année, et les interdictions de nourrissage sont imposées avec l'argument que les animaux sauvages ne dépendent pas du nourrissage humain. Cet argument ignore la réalité biologique : les pigeons de ville se reproduisent même en cas d'offre alimentaire insuffisante, parce que leur instinct de reproduction est génétiquement fixé, non contrôlé par l'offre de nourriture comme chez les véritables animaux sauvages.
Interdictions de nourrissage : régulation par la famine
Depuis le 1er janvier 2023 s'applique dans le canton de Zurich une loi sur la chasse entièrement révisée avec une interdiction complète de nourrissage des animaux sauvages, qui s'applique aussi aux pigeons de ville. Malgré l'interdiction, des groupes organisés continuent de nourrir les pigeons. La ville de Zurich parle d'un problème qui s'aggrave (SRF, 2025). La Fondation Gestion des pigeons de ville Suisse avertit : « Fermer toutes les sources de nourriture d'une ville pour les pigeons et faire respecter rigoureusement une interdiction de nourrissage équivaudrait à une mesure d'abattage par la famine. Cette forme de réduction de population est associée à des souffrances et douleurs considérables pour les animaux et n'est pas compatible avec la loi sur la protection des animaux » (Stadttauben Schweiz, Gestion des pigeons de ville dans les villes suisses).
L'Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) confirme : « Pour la dissuasion des pigeons, aucun moyen ne doit être employé qui inflige aux animaux des douleurs et blessures injustifiées » (OSAV, Pigeons). Dans la pratique cependant, des mesures relevant de la protection des animaux sont employées : manchettes à pics, qui peuvent provoquer de graves blessures ; filets, derrière lesquels les pigeons se glissent sans pouvoir ressortir ; et la privation systématique de nourriture à des animaux qui ne sont génétiquement pas capables d'adapter leur reproduction à la quantité de nourriture.
Le modèle d'Augsbourg : la seule solution qui fonctionne
La seule méthode prouvée efficace et conforme à la protection des animaux pour contrôler les populations de pigeons de ville est le modèle dit d'Augsbourg : pigeonniers entretenus, dans lesquels les animaux sont nourris de manière appropriée à leur espèce, trouvent des lieux de nidification et où les œufs pondus sont échangés contre des leurres (contrôle des naissances). À Bâle, le Grand Conseil a autorisé en janvier 2026 un projet pilote avec cinq pigeonniers entretenus et alloué 830'000 francs à cet effet (SRF, 2026). À Lucerne, la ville exploite depuis 2001 un projet pigeons de ville avec deux pigeonniers et contrôle de la reproduction. À Zurich, il y a trois pigeonniers qui, selon l'association Stadttauben Schweiz, ne suffisent pas. Une pétition avec plus de 9'000 signatures exige l'extension (SRF, 2025).
Plus d'informations : Problème de protection des animaux : les animaux sauvages périssent dans la souffrance à cause des chasseurs de loisir
La chasse : exercice de tir sur la voie migratoire
Situation juridique
Selon la loi fédérale sur la chasse (LChP, art. 5 al. 3), le pigeon ramier et la tourterelle turque sont des espèces d'oiseaux chassables. Le pigeon domestique retourné à l'état sauvage est chassable toute l'année. Dans le canton de Bâle-Campagne par exemple s'applique pour le pigeon ramier et la tourterelle turque une période de chasse du 1er août au 15 février (Canton BL, périodes de chasse 2024/25). Les cantons peuvent prolonger ou restreindre les périodes de protection. BirdLife Suisse commente : « Écologiquement totalement inutile n'est pas seulement la chasse aux lièvres, mais aussi celle aux oiseaux » (BirdLife Suisse, statistiques de chasse). Le NABU exige de retirer le pigeon ramier du droit de chasse et de le transférer dans le droit de la protection de la nature (NABU, pigeon ramier).
La dimension de l'abattage
En Suisse, le pigeon ramier et la tourterelle turque sont recensés dans la statistique fédérale de chasse. La tourterelle turque présente un tableau de chasse extrêmement fluctuant, entre 80 et 760 animaux en 15 ans, le canton de Zurich représentant 65 pour cent de cette part (Wikipedia, Tourterelle turque ; Statistique fédérale de chasse). Le pigeon ramier est abattu en plus grand nombre ; des chiffres exacts à l'échelle suisse sont difficiles à isoler, car la statistique regroupe parfois les espèces de pigeons. BirdLife Suisse compte la chasse aux pigeons parmi les plus de 23’000 tirs d'oiseaux sauvages qui ont été enregistrés au total en Suisse en 2019 (BirdLife Suisse, Statistique de chasse).
À titre de comparaison : en Allemagne, entre 655’000 et 917’000 pigeons sauvages sont abattus chaque année (Graumännchen.org). En Rhénanie-du-Nord-Westphalie seule, environ 639’000 pigeons sauvages ont été tirés durant la saison 2005/2006. Le NABU documente qu'environ la moitié des tirs de pigeons ramiers en RNW ont eu lieu pendant la période de reproduction, « ce qui entraîne notamment l'abandon et la famine des jeunes oiseaux. Ceci n'est pas compatible avec la loi sur la protection des animaux et une approche éthiquement responsable envers les animaux » (NABU RNW, Pigeon ramier).
La tourterelle des bois : L'avertissement que personne n'entend
La tourterelle des bois (Streptopelia turtur) est la plus petite espèce de pigeon européenne et figure depuis 2015 sur la Liste rouge mondiale de l'UICN comme « vulnérable » (VU). Dans le monde, une tourterelle des bois sur trois a disparu au cours des 16 dernières années. En Suisse, les populations sont petites, en déclin et « gravement menacées d'extinction » (BirdLife Suisse, 2023). Un recensement à Genève (GOBG, 2017–2019) a montré un déclin dramatique à seulement 16 territoires, soit une diminution de 70 pour cent depuis 1998. La Liste rouge OFEV/Station ornithologique des oiseaux nicheurs de Suisse (2021) classe la tourterelle des bois comme « en danger critique d'extinction » (CR) et avertit : « Les perspectives sont de plus en plus sombres. Sa survie en Suisse est remise en question. »
La tourterelle des bois n'est pas chassable en Suisse, mais elle meurt quand même : de l'intensification de l'agriculture, de l'usage des pesticides, de la perte de jachères et de haies et de la chasse et du braconnage sur la voie de migration à travers la région méditerranéenne, où des millions de tourterelles des bois sont tirées chaque année (BirdLife International, 2018). La tourterelle des bois montre ce qui arrive quand une espèce de pigeon fait face à de multiples menaces. Le pigeon ramier et la tourterelle turque ne figurent pas encore aujourd'hui sur la Liste rouge. Mais la tourterelle des bois n'y figurait pas non plus, avant qu'il ne soit trop tard.
En savoir plus : Dossier : Chasse et biodiversité
Intelligence : Plus qu'un « cerveau de moineau »
Navigation : Le GPS biologique
Les pigeons disposent de l'un des systèmes de navigation les plus complexes du règne animal. Une étude de l'Université Louis-et-Maximilien de Munich (LMU), publiée en 2025 dans Science, a décrypté le mécanisme neuronal de leur sens magnétique : des cellules ciliées spécialisées dans l'oreille interne convertissent les champs magnétiques en signaux électriques par induction électromagnétique, qui sont transmis via le noyau vestibulaire au mésopallium (une région cérébrale pour le traitement complexe). Le professeur David Keays (LMU) décrit le système comme un « GPS biologique », qui fonctionne selon le même principe physique que la recharge sans fil des smartphones (LMU München, Science 2025).
Dès 2012, Le-Qing Wu et David Dickman (Baylor College of Medicine, Houston) avaient démontré dans Science que les cellules nerveuses du tronc cérébral des pigeons codent la direction, l'intensité et la polarité du champ magnétique, permettant aux oiseaux de calculer à la fois l'orientation cardinale et la latitude géographique (Spektrum der Wissenschaft, 2012). Les pigeons combinent ce sens magnétique avec la boussole solaire, l'orientation olfactive et la reconnaissance de repères visuels. Une étude de l'Université de Zurich a montré, à l'aide d'un mini-neurologger, que l'activité cérébrale d'un pigeon voyageur augmente brusquement lorsqu'il reconnaît un relief familier (Vyssotski, Current Biology).
Capacités cognitives
Les pigeons peuvent mémoriser plus de 800 images différentes et les associer correctement après des semaines. Des chercheurs de l'Université de Bochum et de l'Université d'Otago (Nouvelle-Zélande) ont pu démontrer en 2016 que les pigeons apprennent l'orthographe anglaise et peuvent distinguer les mots correctement écrits des mots fantaisistes. Une étude américaine a montré que les pigeons traitent le temps et l'espace de manière aussi abstraite que les humains et les singes (Meinbezirk.at, 2021). Les pigeons peuvent en outre former des catégories, distinguer entre les styles artistiques (Monet vs. Picasso), reconnaître des visages et même appliquer des principes mathématiques fondamentaux. Toutes ces capacités ont été démontrées chez des pigeons domestiques, c'est-à-dire exactement chez ces animaux que nous diffamons comme « rats du ciel ».
Importance écologique
Dispersion des graines
Les ramiers et les tourterelles turques mangent des baies, des faînes, des glands et des graines et les dispersent sur de grandes distances par leurs déjections. En tant qu'oiseaux migrateurs, les ramiers contribuent à la connexion des populations végétales qui sont de plus en plus isolées par la fragmentation du paysage.
Chaîne alimentaire
Les pigeons constituent une proie centrale pour les rapaces. Le faucon pèlerin s'est établi comme oiseau urbain parce que le pigeon de ville représente sa proie principale. Le pigeon biset, forme ancestrale du pigeon domestique, était la proie principale du faucon pèlerin dans le bassin méditerranéen. L'autour des palombes et l'épervier capturent également régulièrement des ramiers. Le grand-duc d'Europe, le plus grand hibou européen, se nourrit principalement de ramiers dans de nombreuses régions (Graumännchen.org). Sans les pigeons, les populations de ces rapaces et hiboux seraient menacées.
Élimination des carcasses et nettoyage des sols
Les pigeons de ville éliminent les restes de nourriture et les déchets sur les places publiques. Cette prestation n'est jamais quantifiée, mais elle soulage le nettoyage urbain et réduit l'offre alimentaire pour les rats. Là où les pigeons de ville sont systématiquement chassés, ce ne sont pas les riverains qui en profitent, mais les populations de rats.
Ce qui devrait changer
- Suppression du ramier et de la tourterelle turque du catalogue des espèces chassables: La chasse aux pigeons n'a aucune raison valable au sens de la loi sur la protection des animaux. Le ramier est une espèce migratrice dont la chasse en période de reproduction conduit à l'abandon des jeunes oiseaux. La tourterelle turque montre en Rhénanie-du-Nord-Westphalie un déclin des effectifs de plus de 40 pour cent ; sa chasse en Suisse n'est pas justifiable.
- Reclassification du pigeon de ville comme animal domestique retourné à l'état sauvage: Le classement juridique du pigeon de ville comme animal sauvage est scientifiquement faux et éthiquement insoutenable. Les pigeons domestiques retournés à l'état sauvage sont génétiquement des animaux domestiques dont le comportement est façonné par des millénaires d'élevage. Ils relèvent de la protection du droit des animaux domestiques, non de la loi sur la chasse.
- Pigeonniers supervisés dans toutes les villes suisses selon le modèle d'Augsbourg: La seule méthode démontrée comme efficace et conforme à la protection animale pour le contrôle des populations de pigeons de ville est la combinaison de pigeonniers supervisés, d'alimentation contrôlée et d'échange d'œufs. Les interdictions de nourrissage seules ne réduisent pas la population de pigeons, car l'activité de reproduction est génétiquement déterminée. Elles conduisent seulement à la malnutrition, à la maladie et à la souffrance animale.
- Interdiction des mesures d'effarouchement contraires à la protection animale: Les manchettes à pointes qui blessent les pigeons, les appâts empoisonnés et les filets qui enferment les pigeons doivent être interdits et sanctionnés de manière conséquente.
- Protection de la tourterelle des bois et de ses habitats: La Suisse doit s'engager au niveau international pour un moratoire complet sur la chasse à la tourterelle des bois et promouvoir au niveau national les jachères, les haies et les surfaces agricoles structurées qui servent d'habitat de reproduction et de nourriture à la tourterelle des bois.
Argumentaire
«Les pigeons urbains sont des ‹rats du ciel› et des vecteurs de maladies.» La dénomination «rats du ciel» remonte à un film documentaire de 1951 et constitue un terme de propagande sans fondement scientifique. L'Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) énumère certes des risques théoriques de maladies, mais la transmission réelle à l'homme est extrêmement rare. Les études montrent que le risque posé par les pigeons urbains n'est pas plus grand que celui d'autres oiseaux sauvages. La diffamation du pigeon urbain comme danger sanitaire sert à rendre socialement acceptable la répulsion et la mise à mort d'un animal sans défense.
«Les interdictions de nourrissage sont nécessaires pour contrôler la population de pigeons.» Les interdictions de nourrissage ne réduisent pas la population de pigeons. Comme l'activité reproductrice est génétiquement fixée, même les pigeons urbains sous-alimentés se reproduisent. Le résultat n'est pas moins de pigeons, mais des pigeons plus malades, qui suscitent plus de pitié chez les passants et sont donc nourris davantage en secret. La Fondation Pigeons urbains Suisse documente : «En tant que mesure isolée, une interdiction de nourrissage n'a guère d'influence sur la taille de la population» (Pigeons urbains Suisse, document de gestion). Le modèle d'Augsbourg avec des pigeonniers supervisés et l'échange d'œufs est la seule solution dont l'efficacité est prouvée.
«Le pigeon ramier est fréquent et cause des dommages à l'agriculture.» Le fait qu'une espèce soit fréquente ne rend pas automatiquement admissible sa mise à mort. La loi sur la protection des animaux exige une raison valable. Les dommages causés par les pigeons ramiers dans l'agriculture suisse sont limités localement et gérables avec des mesures de répulsion (moyens optiques, nourrissage de diversion). En Allemagne, plus de 700’000 pigeons sauvages sont abattus chaque année sans que la population soit durablement réduite. Si l'abattage ne montre aucun effet durable, ce n'est pas de la prévention des dommages, mais de la mise à mort de loisir.
«Les pigeons domestiques retournés à l'état sauvage sont des animaux sauvages et relèvent de la loi sur la chasse.» La classification juridique comme animal sauvage ne change rien à la réalité biologique. Les généticiens et les éthologues sont unanimes : les pigeons domestiques retournés à l'état sauvage restent génétiquement des animaux domestiques. Norbert Bernecke cite dans l'ouvrage de référence sur la domestication animale : «Les animaux domestiques retournés à l'état sauvage restent génétiquement des animaux domestiques.» Le pigeon urbain est sédentaire, pas farouche, dépendant de l'homme sur le plan reproductif (reproduction annuelle sélectionnée) et incapable de réagir comme un animal sauvage aux pénuries alimentaires par une reproduction réduite. Le traiter comme un animal sauvage est une fiction juridique qui contredit la protection des animaux.
«La chasse aux pigeons sauvages a une tradition et fait partie de la petite chasse.» La tradition de la chasse aux pigeons n'est pas un argument pour sa poursuite. Dans la région méditerranéenne, des millions d'oiseaux migrateurs, dont des tourterelles des bois, sont abattus chaque année. Les effectifs en déclin à l'échelle européenne de nombreuses espèces d'oiseaux migrateurs montrent que la chasse cumulative le long des voies de migration n'est pas durable. Le NABU demande donc de retirer toutes les espèces d'oiseaux migrateurs du droit de chasse. La Suisse devrait montrer l'exemple, pas traîner derrière.
Liens rapides
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Références
- Statistique fédérale de la chasse, OFEV/Wildtier Schweiz : http://www.jagdstatistik.ch
- Station ornithologique suisse de Sempach : Pigeon ramier, portrait d'espèce (vogelwarte.ch)
- BirdLife Suisse : La statistique de chasse actuelle et la loi révisée sur la chasse (birdlife.ch)
- BirdLife Suisse (2023) : Nouvelle liste rouge des espèces menacées mondiales, classification Suisse (birdlife.ch)
- BirdLife International (2018) : State of the World’s Birds, liste rouge des oiseaux
- OFEV / Station ornithologique suisse (2021) : Liste rouge des oiseaux nicheurs de Suisse (Tourterelle des bois : CR)
- NABU NRW : Pigeon ramier, chasse et tirs en période de reproduction (nabu.de)
- NABU : Document de position chasse, exigence retirer le pigeon ramier du droit de chasse (nabu.de)
- Conseil d'État de Bâle-Ville (2025) : Concept pigeons urbains, projet pilote pigeonniers encadrés (bs.ch)
- SRF (2026) : Bâle doit avoir cinq pigeonniers, l'initiative en veut plus (srf.ch)
- SRF (2025) : Des nourrisseurs de pigeons récalcitrants défient la loi (srf.ch)
- Watson (2023) : À Zurich fait rage la guerre des pigeons (watson.ch)
- Ville de Zurich : Pigeons, interdiction de nourrissage dès 2023 (stadt-zuerich.ch)
- OSAV Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires : Pigeons (blv.admin.ch)
- Stadttauben Schweiz : Gestion des pigeons urbains dans les villes suisses (stadttauben.ch)
- Fondation Droit de l'animal : Pigeon urbain comme animal sauvage, juridiquement contestable (tierimrecht.org, cité dans Watson)
- Keays, D. et al. (2025) : Sens magnétique chez les pigeons, oreille interne et induction électromagnétique. Science (LMU München)
- Wu, L.-Q. et Dickman, D. (2012) : Le GPS des pigeons voyageurs siège dans le cerveau. Science (Baylor College of Medicine)
- Vyssotski, A. et al. : Activité cérébrale de pigeons voyageurs en vol libre, mini-neurologgers. Current Biology (Université de Zurich)
- Wikipedia : Tourterelle turque, effectif Suisse (15’000–20’000 couples nicheurs, tableau de chasse 80–760)
- Graumännchen.org : Pigeons sauvages (Pigeon ramier abattage Allemagne 655’000–917’000)
- Canton de Bâle-Campagne : Périodes de chasse 2024/25 (Pigeon ramier, Tourterelle turque)
- IG Wild beim Wild (2022/2025) : Statistique de chasse 2022 (wildbeimwild.com)
- Loi fédérale sur la chasse et la protection des mammifères et oiseaux sauvages (LChP, RS 922.0)
- Loi sur la protection des animaux (LPA, RS 455)
Notre exigence
Les pigeons sont des animaux fascinants. Ils disposent d'un système de navigation biologique que la science n'a déchiffré qu'approximativement en 2025, un «GPS dans l'oreille interne» basé sur le principe de l'induction électromagnétique. Ils peuvent mémoriser des centaines d'images, traiter abstraitement le temps et l'espace et apprendre les règles de l'orthographe humaine. Ils ont servi l'homme en tant que messagers lors des guerres, ont marqué une histoire culturelle millénaire comme symboles de paix et d'amour et ont fourni, en tant qu'objets de recherche, des connaissances essentielles en neurobiologie et cognition.
Et que faisons-nous d'eux ? Nous tirons sur la palombe lors de la migration automnale parce qu'elle serait un «gibier délicieux». Nous chassons la tourterelle turque qui ne s'est installée en Suisse que depuis quelques décennies. Nous diffamons le pigeon des villes comme «rat des airs» et tentons de l'affamer par des interdictions de nourrissage, bien que nous l'ayons nous-mêmes élevé comme animal domestique puis abandonné. Et nous regardons comment la tourterelle des bois, jadis symbole d'amour, est menacée d'extinction en Suisse et abattue par millions sur la route migratoire à travers la Méditerranée.
La conséquence est évidente : la palombe et la tourterelle turque doivent être rayées du catalogue des espèces chassables. Le pigeon des villes doit être reconnu comme animal domestique retourné à l'état sauvage et pris en charge dans toutes les villes suisses par des pigeonniers surveillés selon le modèle d'Augsbourg. Et la Suisse doit s'engager internationalement pour un moratoire complet de chasse sur la tourterelle des bois. Ce dossier sera mis à jour en continu lorsque de nouveaux chiffres, études ou développements politiques l'exigeront.
Plus sur le sujet de la chasse de loisir : Dans notre Dossier sur la chasse nous rassemblons vérifications factuelles, analyses et reportages de fond.
