Bouquetin Suisse : Contrebandé, sauvé, trophée
Le bouquetin des Alpes a été complètement exterminé en Suisse jusqu'en 1820. Sa survie, il la doit à l'une des histoires de protection d'espèces les plus aventureuses d'Europe : À partir de 1906, des braconniers mandatés par des protecteurs de la nature suisses ont fait passer en contrebande des chevreaux de bouquetin depuis le territoire de chasse royal du Gran Paradiso en Italie par-dessus la frontière. Le Conseil fédéral a couvert l'action illégale et laissé faire les douaniers. 59 chevreaux passés en contrebande, élevés dans le parc animalier Peter et Paul à Saint-Gall, constituent la base de tous les quelque 17’000 bouquetins actuellement en Suisse et des environ 40’000 dans l'ensemble des Alpes (Musée national, 2022 ; Parc national suisse, 2020). Cette histoire de succès est contrariée depuis 1977 par la chasse de l'espèce et depuis 2025 par la réintroduction de la chasse aux trophées dans le canton du Valais. Pour jusqu'à 25’000 francs, des chasseurs de loisir étrangers peuvent à nouveau tirer sur le «roi des Alpes». En 2024, 7’000 bouquetins ont été comptés en Valais, autant que jamais auparavant. 624 sont autorisés à l'abattage, dont 34 boucs de plus de 11 ans, ceux aux cornes les plus puissantes (SRF, 2024 ; 20 Minutes, 2025). L'IG Wild beim Wild constate : «La chasse aux trophées est lâche et un certificat de pauvreté morale» (wildbeimwild.com, 2025).
Fiche signalétique
Le bouquetin des Alpes (Capra ibex) est une espèce de chèvre et appartient à la famille des bovidés (Bovidae). Il est l'animal héraldique du canton des Grisons et un symbole des Alpes suisses. Le bouquetin vit à des altitudes comprises entre 1’600 et 3’200 mètres, au-dessus de la limite forestière, sur des parois rocheuses abruptes et des arêtes. Il est parfaitement adapté à la vie en haute montagne : ses sabots durs et flexibles lui donnent prise sur les rochers les plus escarpés.
Le mâle atteint un poids de 75 à 120 kilogrammes et une hauteur au garrot de 85 à 92 centimètres. La femelle est nettement plus petite et plus légère (40 à 55 kilogrammes). La caractéristique la plus frappante du mâle sont ses puissantes cornes recourbées vers l'arrière, qui peuvent atteindre jusqu'à un mètre de long et peser jusqu'à 15 kilogrammes. Les cornes poussent toute la vie et portent des anneaux annuels qui permettent de déterminer l'âge. Les femelles portent également des cornes, mais elles sont nettement plus courtes (15 à 30 centimètres).
Biologie et mode de vie
Le bouquetin est actif de jour et vit en groupes séparés selon le sexe : les mâles forment des groupes de célibataires, les femelles vivent avec leurs cabris en hardes mère-petit. Ce n'est que pendant le rut en décembre et janvier que les sexes se rejoignent. Les vieux mâles aux grandes cornes jouent un rôle central pour la reproduction et la cohésion de la harde. La biologiste et conseillère aux États-Généraux verte Brigitte Wolf (Valais) souligne : « L'abattage de vieux mâles est très délicat, car ils sont importants pour la reproduction et la cohésion de la harde » (SRF, 2024). La gestation dure environ 170 jours. En juin naît généralement un seul cabri. Le bouquetin se nourrit d'herbes, de plantes herbacées, de lichens et en hiver également d'arbrisseaux nains et d'écorce. Il est strictement végétarien. Son espérance de vie est de 15 à 20 ans.
Goulot d'étranglement génétique
Tous les bouquetins des Alpes descendent d'une seule population résiduelle du Gran Paradiso. Le Parc national suisse documente : les animaux actuels ont traversé plusieurs goulots d'étranglement génétiques (population résiduelle, prélèvement par des braconniers, élevage en parc animalier, réintroduction dans différentes régions). Les conséquences de ce taux de consanguinité élevé sont un poids corporel moindre, une longueur de cornes réduite et un risque accru d'infestation parasitaire (Parc national suisse, 2020). La chasse aux trophées ciblée sur les mâles les plus grands et génétiquement les plus précieux aggrave encore ce problème.
Histoire : De l'extermination au thriller de contrebande
L'extermination
Le bouquetin a servi pendant des siècles de « pharmacie ambulante » : presque chaque partie du corps était censée avoir un effet curatif. Les cornes devaient aider contre les crampes d'estomac et intestinales, les bézoards (pierres d'estomac) agir contre les empoisonnements, et la soi-disant croix du cœur (un cartilage durci des valves cardiaques) devait rendre son porteur invulnérable. Même les excréments de bouquetin étaient considérés comme un remède contre la sciatique (Livre de maison de la Surselva ; Musée national, 2022). Dès 1550, le dernier bouquetin fut abattu dans le pays de Glaris. Bien que les Trois Ligues aient décrété en 1612 une interdiction de chasse sous peine de mort, le bouquetin était exterminé dans les Grisons en 1640. En 1809 et 1820 respectivement tomba le dernier bouquetin en Valais. En 1875, le bouquetin fut mis sous protection au niveau fédéral, un demi-siècle après qu'il eut déjà disparu en Suisse.
Le thriller de contrebande
Au Gran Paradiso dans le nord de l'Italie, les derniers 100 à 200 bouquetins des Alpes ont survécu, protégés par le roi Vittorio Emanuele II, qui s'était réservé la chasse exclusive et avait engagé 50 gardes-faune. Les demandes officielles de la Suisse pour obtenir des couples reproducteurs sont restées sans réponse. Le 6 juin 1906, l'hôtelier saint-gallois Robert Mader et le braconnier valdôtain Joseph Berard se sont rencontrés à Martigny pour une réunion strictement secrète. Berard a livré les deux premiers cabris de bouquetin de contrebande, 800 francs par animal (environ 30'000 francs aujourd'hui). Les cabris ont été élevés au biberon au parc animalier Peter et Paul à Saint-Gall (Beobachter, 2017; Nationalmuseum, 2022). Jusqu'en 1933, 59 cabris de contrebande sont arrivés en Suisse. Le Conseil fédéral a financé les achats et a donné ordre aux douaniers de laisser passer les contrebandiers (Beobachter, 2017). À partir de 1911, les premiers animaux nés en captivité ont été relâchés dans la nature. En 1920, sept bouquetins sont arrivés dans le Parc national suisse, accompagnés d'une fanfare et d'une grande foule (Schweizerischer Nationalpark, 2020).
L'histoire à succès
La réintroduction est devenue le plus grand succès de protection des espèces de l'histoire suisse. Aujourd'hui vivent environ 17'000 bouquetins en Suisse et 40'000 dans l'ensemble des Alpes (Waldwissen.net, Jagdstatistik; Schweizerischer Nationalpark, 2020). Chaque année, plus de 1'000 bouquetins sont abattus (Waldwissen.net, 2023). L'effectif est légèrement croissant selon la statistique fédérale de la chasse. En Valais, plus de 7'000 animaux ont été comptés pour la première fois en 2024 (SRF, 2024).
En savoir plus : Dossier : Chasse et biodiversité
La chasse : De la protection retour au trophée
Situation juridique
Le bouquetin est une espèce protégée selon la loi fédérale sur la chasse (LChP). Depuis 1977, certains cantons peuvent réguler les effectifs sous des conditions strictes. En 1988, la Confédération a autorisé la régulation à l'échelle nationale, avec l'autorisation de l'OFEV pour chaque plan de tir. Chaque canton a besoin de l'accord de l'Office fédéral de l'environnement avant d'autoriser l'abattage de bouquetins. L'OFEV définit le nombre d'abattages et la composition selon l'âge et le sexe (NZZ, 2017).
Le « safari au bouquetin » valaisan
Le Valais était le seul canton à permettre, dès 1991, aux chasseurs de loisir étrangers et d'autres cantons de tirer le bouquetin contre paiement. Plus les cornes sont longues, plus le prix est élevé : jusqu'à 20'500 francs (Watson, 2025). Des agences de chasse privées comme « K&K Premium Jagd » (Allemagne) commercialisaient cette « expérience », parfois avec vol en hélicoptère au-dessus des Alpes inclus (NZZ, 2017). En 2016, l'influenceuse de chasse américaine Olivia Opre a abattu un bouquetin valaisan pour sa collection de trophées. Les télévisions SRF Rundschau et RTS ont révélé ces pratiques. 70'000 personnes ont signé une pétition pour interdire les safaris au bouquetin. En 2021, le canton du Valais a introduit une interdiction (Watson, 2025; SRF, 2024).
La réintroduction 2025
Fin 2024, le canton du Valais a levé l'interdiction. Dès 2025, les chasseurs de loisir étrangers et d'autres cantons peuvent à nouveau tirer des bouquetins. Le coût : 25'000 francs pour les étrangers, environ 12'500 francs pour les Suisses d'autres cantons. Pour 2025, 16 personnes étrangères et 13 personnes d'autres cantons se sont inscrites, la demande dépasse l'offre (20 Minuten, 2025). Le canton attend des recettes de 460'000 francs, dont 60 pour cent de la clientèle étrangère (20 Minuten, 2025). Le canton souligne que les « dysfonctionnements » du passé sont corrigés : plus d'agences de chasse, prix selon l'âge au lieu de la longueur des cornes, accompagnement par des gardes-faune. Watson remarque à ce sujet : « Malgré tout, l'ensemble ressemble à une chasse aux trophées : les non-Valaisans ne peuvent tirer que des mâles de plus de onze ans, donc ceux avec les cornes les plus imposantes » (Watson, 2025).
Ce que font différemment les autres cantons
Dans le canton de Berne, un chasseur de loisir ne peut tirer qu'une seule fois dans sa vie un bouquetin mâle et une femelle. L'abattage coûte au maximum 850 francs avec la taxe de base. Les chasseurs de loisir étrangers ne sont pas admis (NZZ, 2017). JagdSchweiz, l'organisation faîtière des chasseurs de loisir, observe l'attribution de patentes à la clientèle étrangère en Valais avec des « sentiments mitigés » et considère le tourisme cynégétique comme une « stratégie ratée » (NZZ, 2017).
En savoir plus : Problème de protection animale : les animaux sauvages périssent dans d'atroces souffrances à cause des chasseurs de loisir
Le problème de la chasse aux trophées : pourquoi les vieux boucs ne doivent pas être abattus
Érosion génétique
La chasse aux trophées vise systématiquement les boucs les plus grands, les plus âgés et génétiquement les plus précieux. Ces animaux portent les meilleurs gènes pour la taille, la capacité de survie et le succès reproducteur. Le Parc national suisse met déjà en garde contre les conséquences des goulots d'étranglement génétiques : poids corporel réduit, longueur des cornes diminuée, risque accru d'infestation parasitaire (Parc national suisse, 2020). Le prélèvement sélectif des meilleurs boucs par les chasseuses et chasseurs de trophées renforce précisément ces tendances négatives.
Structure sociale des troupeaux
Les vieux boucs jouent un rôle central pour la structure sociale et la reproduction des troupeaux de bouquetins. La biologiste Brigitte Wolf (Verts Valais) souligne que leur abattage perturbe la dynamique du troupeau (SRF, 2024). Quand les boucs les plus expérimentés manquent, le succès reproducteur et la stabilité sociale du groupe diminuent. L'IG Wild beim Wild documente : « Comme les chercheurs l'ont désormais découvert, les vieux boucs aux grandes cornes sont centraux pour la survie et la santé de la population » (wildbeimwild.com, 2025).
Éthique : tuer comme divertissement de luxe
La chasse aux trophées du bouquetin n'est pas de la gestion de la faune sauvage, mais un divertissement de luxe pour une clientèle fortunée. Le bouquetin a « aucune pression de chasse et peu d'instinct de fuite, on peut les abattre relativement facilement », admet l'ancien organisateur de tours de chasse Eric von Schulthess (Blick, 2025). La mise à mort d'un animal confiant, peu farouche pour 25'000 francs n'a rien à voir avec la chasse au sens traditionnel. C'est une prestation de service du canton du Valais à une scène internationale de collectionneurs de trophées.
Importance écologique
Écosystème de haute montagne
Le bouquetin est une espèce clé des écosystèmes alpins. Par son activité de broutage, il maintient les alpages ouverts, favorise la diversité végétale et empêche l'embroussaillement des surfaces herbeuses abruptes au-dessus de la limite forestière. Ses excréments fertilisent les sols pauvres en nutriments de haute montagne et servent de base alimentaire aux insectes.
Chaîne alimentaire
Le bouquetin est la proie des aigles royaux (chevreaux et jeunes bouquetins) et des loups. Le retour du loup dans les Alpes suisses représente une régulation naturelle des populations de bouquetins qui fonctionne sans intervention humaine et renforce la fitness génétique de la population par la sélection d'animaux faibles et malades, contrairement à la chasse aux trophées qui élimine les animaux les plus forts.
Espèce indicatrice et animal emblématique
Le bouquetin est un indicateur d'habitats alpins intacts et l'animal héraldique du canton des Grisons. Il est l'animal sauvage le plus photographié des Alpes suisses et un aimant touristique dont la valeur vivante dépasse de loin les revenus de son abattage.
Ce qui devrait changer
- Interdiction immédiate de la chasse aux trophées pour la clientèle étrangère et extra-cantonale en Valais : La commercialisation d'un animal sauvage protégé à des collectionneurs de trophées fortunés est éthiquement inacceptable, nuisible du point de vue de la biologie de la faune sauvage et porte atteinte à la réputation de la Suisse. Les 70'000 signatures de la pétition de 2019 ont exprimé sans équivoque la volonté populaire.
- Interdiction de l'abattage sélectif des vieux boucs: Si une régulation des populations de bouquetins est nécessaire, elle ne doit pas viser les animaux génétiquement les plus précieux. Le prélèvement de vieux boucs aux grandes cornes est contre-productif du point de vue de la biologie de la faune et ne sert qu'à la production de trophées.
- Gestion professionnelle de la faune au lieu de chasse de loisir: La régulation des populations de bouquetins devrait, là où elle s'avère effectivement nécessaire, être exclusivement effectuée par des gardes-faune professionnels, et non par des chasseurs de loisir qui paient pour « l'expérience ». Le modèle genevois, où la gestion de la faune est assurée par des gardes-faune professionnels depuis 1974, montre que cela fonctionne.
- Favoriser la régulation naturelle par les prédateurs: Le retour du loup offre la chance d'une régulation naturelle des populations de bouquetins qui renforce la condition physique génétique de la population, au lieu de l'affaiblir. La coexistence du bouquetin et du loup est la solution la plus sensée du point de vue de la biologie de la faune.
- Monitoring génétique et échange: La faible diversité génétique des bouquetins suisses doit être surveillée par un monitoring national et améliorée par un échange ciblé entre colonies ainsi que, si possible, par des importations de la population d'origine du Gran Paradiso.
Argumentaire
« Il y a trop de bouquetins, ils doivent être régulés. » La nécessité d'une régulation est souvent affirmée de manière générale, mais rarement démontrée de façon différenciée. 7'000 bouquetins en Valais, cela semble beaucoup, mais c'est moins d'animaux qu'au 19e siècle avant l'extermination. La capacité de charge des habitats est régulée par des mécanismes naturels (disponibilité de nourriture, hiver, maladies, prédateurs). Si un prélèvement est nécessaire, il doit être effectué par des gardes-faune professionnels selon des critères de biologie de la faune, et non par une clientèle de trophées payante qui vise spécifiquement les plus gros boucs.
« Peu importe qui effectue l'abattage, qu'il soit valaisan ou étranger. » S'il n'y a aucune différence, pourquoi l'abattage coûte-t-il alors 25'000 francs pour les étrangers et une fraction de ce montant pour les Valaisans ? La différence de prix montre qu'il ne s'agit pas de régulation, mais de revenus. La demande dépasse l'offre, et le tirage au sort décide qui a le droit de tirer sur un vieux bouc. Ce n'est pas une régulation des effectifs, c'est un modèle économique.
« Les règles ont été durcies, il n'y a plus de safari. » Les changements cosmétiques (prix selon l'âge au lieu de la longueur des cornes, plus d'agences) ne changent rien au fond : les non-Valaisans n'ont le droit de tirer que sur des animaux mâles de plus de 11 ans, donc précisément ceux qui portent les plus grandes cornes. Qui paie 25'000 francs pour un bouquetin veut un trophée. Ce n'est pas de la régulation, c'est de la chasse aux trophées sous de nouveaux habits.
« Le bouquetin n'est pas menacé, il peut donc être chassé. » Le bouquetin n'est pas menacé parce qu'il est sous protection depuis 1875 et parce que des braconniers l'ont illégalement fait passer en contrebande depuis l'Italie. Utiliser cette success story comme argument pour reprendre la chasse aux trophées relève de la même logique perverse que pour le castor : on protège une espèce jusqu'à ce qu'elle se rétablisse, puis on la dégrade en objet de trophée.
« La chasse aux trophées apporte au canton des revenus importants. » 460'000 francs de revenus font face à un dommage de réputation qui ne se mesure pas en francs. Le bouquetin est l'animal héraldique des Grisons et un symbole des Alpes suisses. Le vendre pour 25'000 francs à des étrangers fortunés pour qu'ils l'abattent nuit à l'image de la Suisse comme pays de protection de la nature et sape l'autorité morale avec laquelle la Suisse intervient dans les négociations internationales sur la protection des espèces. Un bouquetin vivant comme aimant touristique vaut à long terme plus qu'un bouquetin mort comme trophée mural.
Liens rapides
Articles sur Wild beim Wild :
- Chasse controversée du bouquetin en Valais
- Études sur l'impact de la chasse de loisir sur la faune sauvage
- Pourquoi la chasse de loisir échoue comme contrôle des populations
- Problème de protection animale : les animaux sauvages agonisent à cause des chasseurs de loisir
Dossiers connexes
- Le lagopède alpin en Suisse : relique de l'ère glaciaire entre crise climatique, tourisme et coup de fusil
- Le bouquetin en Suisse : contrebandé, sauvé et à nouveau dégradé en trophée
- Le castor en Suisse : exterminé, réintroduit et de nouveau autorisé au tir
- La bécasse des bois en Suisse : menacée, chassée et politiquement ignorée
- Oiseaux d'eau en Suisse : hôtes d'hiver sous les tirs
- Pigeons en Suisse : entre symbole de paix, tir de masse et affamement officiel
- Corvidés en Suisse : les animaux les plus intelligents dans le viseur
- Le geai des chênes en Suisse : forestier de la forêt dans le viseur de la petite chasse
- La marmotte en Suisse : relique de l'ère glaciaire sous stress climatique, attraction touristique et tir de masse
- Le lapin de garenne en Suisse : gravement menacé, pourtant chassable
- Le lièvre variable en Suisse : relique de l'ère glaciaire entre crise climatique et coup de fusil
- Le raton laveur en Suisse : autorisé au tir parce qu'il a la mauvaise origine
- La fouine en Suisse : suiveur culturel entre grenier et coup de fusil
- La martre des pins en Suisse : discret habitant de la forêt sous pression de chasse
- Le blaireau en Suisse : ingénieur d'écosystème dans le viseur de la petite chasse
- Le cerf rouge en Suisse : exterminé, de retour et dégradé en objet de tir
- Le chevreuil en Suisse : animal sauvage le plus abattu et victime d'une politique cynégétique mal orientée
- Le sanglier en Suisse : pourquoi la chasse de loisir aggrave le problème au lieu de le résoudre
- Le chamois en Suisse : entre haute chasse, stress climatique et le mythe de la surpopulation
- Le lièvre brun en Suisse : menacé, chassé et politiquement ignoré
Sources
- Statistique fédérale de la chasse, OFEV/Wildtier Schweiz : http://www.jagdstatistik.ch (population de plus de 19'000, environ 1'000 tirs annuels)
- Parc national suisse (2020) : Comment le bouquetin est revenu dans le parc national, 100 ans de réintroduction (nationalpark.ch)
- Musée national suisse (2022) : Contrebande d'animaux sauvages, bouquetins dans la caisse (blog.nationalmuseum.ch)
- CAS (2011) : 100 ans de bouquetin dans les Alpes suisses, Une réintroduction réussie (sac-cas.ch)
- Beobachter (2017) : Volé et sauvé (beobachter.ch)
- Watson (2025) : Safari aux bouquetins en Valais à nouveau autorisé dès 2025 : ce que cela signifie (watson.ch, 31.3.2025)
- SRF (2024) : Chasse aux trophées controversée : les étrangers peuvent à nouveau chasser le bouquetin en Valais (srf.ch, 12.12.2024)
- 20 Minuten (2025) : Valais : les étrangers peuvent tirer un bouquetin pour 25'000 fr. (20min.ch, 3.7.2025)
- Blick (2025) : 25'000 francs pour un bouc : comment fonctionne la chasse en Valais (blick.ch)
- SWI swissinfo.ch (2024) : Les étrangers peuvent à nouveau chasser le bouquetin en Valais (swissinfo.ch, 17.12.2024)
- SRF (2021) : Chef de la chasse valaisan avec une déclaration explosive sur la chasse au bouquetin (srf.ch, 25.10.2021)
- NZZ (2017) : Les trophées les plus chers partent à l'étranger (nzz.ch)
- Walliser Zeitung (2025) : Chasse controversée du bouquetin en Valais (walliser-zeitung.ch)
- IG Wild beim Wild (2025) : Chasse controversée du bouquetin en Valais (wildbeimwild.com)
- Waldwissen.net / WSL (2023) : Statistique fédérale de la chasse (population légèrement croissante, plus de 19'000)
- Giacometti, M. (éd., 2006) : De rois et de braconniers. Salm-Verlag
- Loi fédérale sur la chasse et la protection des mammifères et oiseaux sauvages (LChP, RS 922.0)
- Loi sur la protection des animaux (LPA, RS 455)
Notre exigence
L'histoire du bouquetin en Suisse est un miroir de notre rapport à la nature. Nous l'avons exterminé parce que nous attribuions à son corps des pouvoirs de guérison magiques. Nous l'avons fait revenir parce que des particuliers ont enfreint les lois d'un pays étranger et ont fait passer des chevreaux en contrebande par-dessus la frontière. Le Conseil fédéral a financé cette action illégale et a laissé faire les douaniers. C'était une histoire de courage, de passion et de la prise de conscience que la Suisse sans le roi des Alpes était plus pauvre.
Aujourd'hui, il y a 17’000 bouquetins en Suisse, un triomphe de la protection des espèces. Et que faisons-nous de ce triomphe ? Nous le vendons. Pour 25’000 francs, de riches étrangers et étrangères peuvent tirer dans le Valais le bouc le plus puissant d'un troupeau, cet animal qui est génétiquement le plus précieux, qui est central pour la reproduction et la cohésion du groupe. La demande dépasse l'offre. Le canton attend 460’000 francs de recettes. C'est le prix que le canton du Valais exige pour la dignité de l'animal héraldique des Grisons.
La pétition de 2019 a recueilli 70’000 signatures. L'interdiction a été appliquée. Et puis elle a été levée, parce qu'elle laissait un trou dans la caisse cantonale. Le gouvernement valaisan appelle cela «régulation». Watson appelle cela «chasse aux trophées sous un nouvel habit». L'IG Wild beim Wild appelle cela «lâche et un certificat de pauvreté morale».
La conséquence est claire : la chasse aux trophées sur le bouquetin doit être interdite dans toute la Suisse. Là où une régulation est nécessaire, elle doit être effectuée par des gardes-chasse professionnels, selon des critères de biologie de la faune, sans production de trophées et sans liste de prix. Le bouquetin n'est pas un bien de consommation. C'est un animal que nous avons presque perdu et auquel nous ne devons pas remercier son retour avec une étiquette de prix. Ce dossier sera mis à jour en continu, lorsque de nouveaux chiffres, études ou développements politiques l'exigeront.
Plus sur le thème de la chasse de loisir : Dans notre Dossier sur la chasse nous regroupons des vérifications de faits, des analyses et des rapports de fond.
