Bouquetin en Suisse : contrebande, sauvetage, trophée
Le bouquetin des Alpes a été complètement exterminé en Suisse jusqu'en 1820. Il doit sa survie à l'une des histoires de protection des espèces les plus rocambolesques d'Europe : à partir de 1906, des braconniers ont fait passer la frontière à des cabris de bouquetin issus de la réserve de chasse royale du Grand Paradis, en Italie, pour le compte de protecteurs de la nature suisses. Le Conseil fédéral a couvert cette action illégale et a laissé faire les douaniers. 59 cabris passés en contrebande, élevés au parc animalier Peter und Paul à Saint-Gall, constituent la souche de tous les bouquetins vivant aujourd'hui en Suisse, soit plus de 21’000 (statistique fédérale de la chasse, effectif 2024), et d'environ 40’000 dans l'ensemble des Alpes (Musée national, 2022 ; Parc national suisse, 2020). Cette histoire à succès est contrariée depuis 1977 par la chasse à l'espèce et, depuis 2025, par la réintroduction de la chasse au trophée dans le canton du Valais. Pour jusqu'à 25’000 francs, des chasseurs et chasseuses de loisir étrangers peuvent à nouveau tirer sur le «roi des Alpes». En 2024, plus de 7’000 bouquetins ont été recensés en Valais, un record (Canton du Valais, 2024). 624 sont ouverts au tir, dont 34 mâles de plus de 11 ans, ceux qui portent les cornes les plus imposantes (SRF, 2024 ; 20 Minuten, 2025). L'IG Wild beim Wild constate : «La chasse au trophée est lâche et un témoignage de pauvreté de caractère» (La chasse au bouquetin contestée en Valais).
Fiche signalétique
Le bouquetin des Alpes (Capra ibex) est une espèce de chèvre appartenant à la famille des bovidés (Bovidae). Il est l'animal héraldique du canton des Grisons et un symbole des Alpes suisses. Le bouquetin vit à des altitudes comprises entre 1’600 et 3’200 mètres, au-dessus de la limite des forêts, sur des parois rocheuses abruptes et des crêtes. Il est parfaitement adapté à la vie en haute montagne : ses sabots durs et flexibles lui assurent une prise sûre sur les rochers les plus escarpés.
Le mâle atteint un poids de 75 à 120 kilogrammes et une hauteur au garrot de 85 à 92 centimètres. L'étagne est nettement plus petite et plus légère (40 à 55 kilogrammes). La caractéristique la plus impressionnante du mâle réside dans ses cornes massives, recourbées vers l'arrière, qui peuvent atteindre un mètre de long et peser jusqu'à 15 kilogrammes. Les cornes poussent toute la vie et portent des anneaux annuels qui permettent de déterminer l'âge de l'animal. Les étagnes portent elles aussi des cornes, mais elles sont nettement plus courtes (15 à 30 centimètres).
Biologie et mode de vie
Le bouquetin est actif de jour et vit en groupes séparés selon le sexe : les mâles forment des groupes de célibataires, tandis que les étagnes vivent avec leurs cabris en hardes de femelles et de jeunes. Les sexes ne se rejoignent que pendant le rut, en décembre et en janvier. Les vieux mâles aux grandes cornes jouent alors un rôle central pour la reproduction et la cohésion de la harde. La biologiste et députée verte Brigitte Wolf (Valais) souligne : « Le tir de vieux mâles est très délicat, car ils sont importants pour la reproduction et la cohésion de la harde » (SRF, 2024). La gestation dure environ 170 jours. En juin, un seul cabri naît en général. Le bouquetin se nourrit d'herbes, de plantes herbacées, de lichens et, en hiver, également d'arbrisseaux nains et d'écorce. Il est strictement végétarien. Son espérance de vie est de 15 à 20 ans.
Un goulot d'étranglement génétique
Tous les bouquetins des Alpes descendent d'une seule population résiduelle du Grand Paradis. Le Parc national suisse le documente : les animaux actuels ont traversé plusieurs goulots d'étranglement génétiques (population résiduelle, prélèvements par des braconniers, élevage en parc animalier, réintroduction dans différentes régions). Les conséquences de ce taux élevé de consanguinité sont un poids corporel plus faible, des cornes plus courtes et un risque accru d'infestation parasitaire (Parc national suisse, 2020). La chasse au trophée ciblée sur les plus grands mâles, génétiquement les plus précieux, aggrave encore ce problème.
Histoire : de l'extermination au roman de contrebande
L'extermination
Pendant des siècles, le bouquetin a servi de «pharmacie ambulante»: on attribuait des vertus curatives à presque toutes les parties de son corps. Les cornes devaient soulager les crampes d'estomac et d'intestin, les bézoards (calculs gastriques) agir contre les empoisonnements, et la prétendue croix du cœur (un cartilage durci des valves cardiaques) rendre son porteur invulnérable. Même les crottes de bouquetin passaient pour un remède contre la sciatique (Surselva Hausbuch; Musée national, 2022). Dès 1550, le dernier bouquetin du pays de Glaris était abattu. Bien que les Trois Ligues aient décrété en 1612 une interdiction de chasse sous peine de mort, le bouquetin était exterminé dans les Grisons en 1640. En 1809, respectivement 1820, le dernier bouquetin tombait en Valais. En 1875, le bouquetin fut placé sous protection au niveau fédéral, un demi-siècle après avoir déjà disparu de Suisse.
Le polar de la contrebande
Au Grand Paradis, dans le nord de l'Italie, survivaient les derniers 100 à 200 bouquetins des Alpes, protégés par le roi Victor-Emmanuel II, qui s'était réservé la chasse exclusive et avait engagé 50 gardes-chasse. Les demandes officielles de la Suisse pour obtenir des couples reproducteurs restèrent sans réponse. Le 6 juin 1906, l'hôtelier saint-gallois Robert Mader et le braconnier valdôtain Joseph Berard se retrouvèrent à Martigny lors d'une rencontre strictement secrète. Berard livra les deux premiers chevreaux de bouquetin passés en contrebande, à 800 francs la pièce (environ 30’000 francs d'aujourd'hui). Les chevreaux furent élevés au biberon dans le parc animalier Peter und Paul à Saint-Gall (Beobachter, 2017; Musée national, 2022). Jusqu'en 1933, 59 chevreaux de contrebande parvinrent en Suisse. Le Conseil fédéral finança les achats et chargea les douaniers de laisser passer les contrebandiers (Beobachter, 2017). Dès 1911, les premiers animaux issus de l'élevage furent relâchés dans la nature. En 1920, sept bouquetins arrivèrent dans le Parc national suisse, accompagnés d'une fanfare et d'une grande foule (Parc national suisse, 2020).
Une histoire à succès
La réintroduction est devenue le plus grand succès de protection des espèces de l'histoire suisse. Selon la statistique fédérale de la chasse, les cantons comptaient en 2024 en Suisse 21’527 bouquetins, soit environ 18 pour cent de plus qu'en 2016 (18’209); dans l'ensemble des Alpes vivent environ 40’000 animaux (Parc national suisse, 2020). En 2024, 1’238 bouquetins ont été abattus dans toute la Suisse, dont 369 mâles et 469 femelles de trois ans et plus. Les chiffres de 2025 ne seront publiés par l'OFEV qu'à la fin de 2026 (Statistique de la chasse en Suisse 2025). En Valais, plus de 7’000 animaux ont été dénombrés pour la première fois en 2024 (canton du Valais, 2024).
Pour en savoir plus : Dossier : chasse de loisir et biodiversité
La chasse : de la protection au retour du trophée
Situation juridique
Selon la loi fédérale sur la chasse (LChP), le bouquetin est une espèce protégée. Depuis 1977, certains cantons sont autorisés à réguler les effectifs sous des conditions strictes. En 1988, la Confédération a autorisé la régulation à l’échelle nationale, avec l’approbation de l’OFEV pour chaque plan de tir. Chaque canton a besoin de l’accord de l’Office fédéral de l’environnement avant de libérer des bouquetins au tir. L’OFEV définit le nombre de tirs ainsi que la composition par âge et par sexe (NZZ, 2017).
Le « safari au bouquetin » valaisan
Seul canton à le permettre, le Valais a autorisé dès 1991 des chasseurs de loisir étrangers et d’autres cantons à tirer le bouquetin contre paiement. Plus les cornes étaient longues, plus le prix était élevé : jusqu’à 20’500 francs (Watson, 2025). Des agences de chasse privées comme « K&K Premium Jagd » (Allemagne) commercialisaient cette « expérience », parfois avec vol en hélicoptère au-dessus des Alpes inclus (NZZ, 2017). En 2016, l’influenceuse américaine de la chasse Olivia Opre a abattu un bouquetin valaisan pour sa collection de trophées. Les chaînes de télévision SRF Rundschau et RTS ont révélé ces pratiques. 70’000 personnes ont signé une pétition demandant l’interdiction des safaris au bouquetin. En 2021, le canton du Valais a introduit une interdiction (Watson, 2025 ; SRF, 2024).
La réintroduction en 2025
Fin 2024, le canton du Valais a de nouveau levé l'interdiction. Dès 2025, les chasseurs et chasseuses de loisir étrangers et d'autres cantons peuvent à nouveau tirer des bouquetins. Le prix : 25’000 francs pour les étrangers, environ 12’500 francs pour les Suisses d'autres cantons. En 2025, 16 personnes étrangères et 13 personnes d'autres cantons se sont inscrites, la demande dépasse l'offre (20 Minuten, 2025). Le canton s'attend à des recettes de 460’000 francs, dont 60 pour cent provenant de la clientèle étrangère (20 Minuten, 2025). Le canton souligne que les «dysfonctionnements» du passé ont été corrigés : plus d'agences de chasse, prix fixé selon l'âge et non selon la longueur des cornes, accompagnement par des gardes-faune. Watson fait remarquer à ce sujet : «Malgré tout, l'ensemble ressemble à une chasse au trophée : les non-Valaisans ne peuvent tirer que des mâles de plus de onze ans, donc ceux qui ont les cornes les plus imposantes» (Watson, 2025). Le canton confirme que seule la catégorie des mâles de onze ans et plus est disponible pour la clientèle étrangère et d'autres cantons (Canton du Valais, 2024). Selon la statistique fédérale de la chasse, le Valais comptait 329 mâles de cette classe d'âge en 2024.
Ce que font autrement d'autres cantons
Dans le canton de Berne, un chasseur ou une chasseuse de loisir ne peut tirer qu'une seule fois dans sa vie un bouquetin et une étagne. Le tir coûte au maximum 850 francs, taxe de base comprise. Les chasseurs et chasseuses de loisir étrangers ne sont pas admis (NZZ, 2017). ChasseSuisse, l'association faîtière des chasseurs de loisir, observe l'attribution de patentes à la clientèle étrangère en Valais avec des «sentiments mitigés» et considère le tourisme cynégétique comme une «stratégie erronée» (NZZ, 2017).
Aux Grisons, la chasse au bouquetin 2026 se déroule du 5 octobre au 8 novembre. Le mâle qu'il est permis de tirer dépend de l'année de naissance du tireur : ce n'est qu'à partir de 55 ans que l'on peut viser des mâles de six ans et plus, la taxe de tir passant de 160 à 660 francs. Le vieux mâle devient ainsi un privilège au terme d'une longue vie de chasseur de loisir (Grisons Chasse 2026/27).
Pour en savoir plus : Problème de protection animale : des animaux sauvages agonisent à cause des chasseurs de loisir
Le problème de la chasse au trophée : pourquoi il ne faut pas tirer les vieux mâles
Érosion génétique
La chasse au trophée vise systématiquement les mâles les plus grands, les plus âgés et les plus précieux sur le plan génétique. Ces animaux portent les meilleurs gènes pour la taille, la capacité de survie et le succès reproductif. Le Parc national suisse met déjà en garde contre les conséquences des goulots d'étranglement génétiques : poids corporel réduit, longueur des cornes diminuée, risque accru d'infestation parasitaire (Parc national suisse, 2020). Le prélèvement sélectif des meilleurs mâles par les chasseuses et chasseurs de trophées renforce précisément ces tendances négatives.
Que la chasse de loisir opère effectivement une sélection selon la longueur des cornes, les données des Grisons le montrent : Büntgen et al. (2018, Journal of Animal Ecology) ont analysé 44’088 mesures de croissance des cornes de 8’355 bouquetins abattus entre 1978 et 2013. À âge égal, les mâles aux cornes de longueur moyenne à grande étaient abattus plus fréquemment. Les auteurs considèrent par ailleurs le système grison, strictement surveillé, comme un exemple montrant que des interventions étroitement contrôlées peuvent préserver les populations (La chasse sous la loupe des faits).
Structure sociale des hardes
Les vieux mâles jouent un rôle central dans la structure sociale et la reproduction des hardes de bouquetins. La biologiste Brigitte Wolf (Les Verts valaisans) souligne que leur tir perturbe la dynamique de la harde (SRF, 2024). Lorsque les mâles les plus expérimentés font défaut, le succès reproductif et la stabilité sociale du groupe diminuent. L'IG Wild beim Wild documente : « Comme les chercheurs l'ont entre-temps découvert, les vieux mâles aux grandes cornes sont essentiels à la survie et à la santé de la population » (La chasse au bouquetin contestée en Valais).
Éthique : tuer comme loisir de luxe
La chasse au trophée du bouquetin n'est pas une gestion de la faune sauvage, mais un loisir de luxe pour une clientèle fortunée. Le bouquetin n'a « aucune pression de chasse et peu d'instinct de fuite, on peut les abattre relativement facilement », concède l'ancien organisateur de voyages de chasse Eric von Schulthess (Blick, 2025). Tuer un animal confiant et peu craintif pour 25’000 francs n'a rien à voir avec la chasse au sens traditionnel. C'est une prestation du canton du Valais à l'intention d'une scène internationale de collectionneurs de trophées.
Importance écologique
Écosystème de haute montagne
Le bouquetin est une espèce clé des écosystèmes alpins. Par son activité de broutage, il maintient les pâturages d'alpage ouverts, favorise la diversité végétale et empêche l'embroussaillement des surfaces herbeuses escarpées au-dessus de la limite des forêts. Ses déjections fertilisent les sols pauvres en nutriments de la haute montagne et servent de base alimentaire aux insectes.
Chaîne alimentaire
Le bouquetin est la proie des aigles royaux (chevreaux et jeunes bouquetins) et des loups. Le retour du loup dans les Alpes suisses représente une régulation naturelle des populations de bouquetins, qui fonctionne sans intervention humaine et renforce la condition génétique de la population par la sélection des animaux faibles et malades, contrairement à la chasse au trophée, qui élimine les animaux les plus robustes.
Espèce indicatrice et animal emblématique
Le bouquetin est un indicateur de la qualité des habitats alpins intacts et l'animal héraldique du canton des Grisons. C'est l'animal sauvage le plus photographié des Alpes suisses et un aimant à touristes, dont la valeur vivante dépasse de très loin le produit de son tir.
Ce qui devrait changer
- Interdiction immédiate de la chasse au trophée pour la clientèle étrangère et extracantonale en Valais : La commercialisation d'un animal sauvage protégé auprès de collectionneurs de trophées fortunés est éthiquement indéfendable, nuisible du point de vue de la biologie de la faune et ternit l'image de la Suisse. Les 70 000 signatures de la pétition de 2019 ont exprimé sans équivoque la volonté populaire.
- Interdiction du tir sélectif de vieux mâles : Si une régulation des populations de bouquetins est nécessaire, elle ne doit pas viser les animaux les plus précieux sur le plan génétique. Le prélèvement de vieux mâles aux grandes cornes est contre-productif du point de vue de la biologie de la faune et sert exclusivement à la production de trophées.
- Une gestion professionnelle de la faune plutôt que la chasse de loisir : Là où elle est avérée nécessaire, la régulation des populations de bouquetins devrait être assurée exclusivement par des gardes-faune professionnels, et non par des chasseurs et chasseuses de loisir qui paient pour « l'expérience ». Le modèle genevois, dans lequel la gestion de la faune est assurée par des gardes-faune professionnels depuis 1974, montre que cela fonctionne.
- Favoriser la régulation naturelle par les prédateurs : Le retour du loup offre la possibilité d'une régulation naturelle des populations de bouquetins, qui renforce la condition génétique de la population au lieu de l'affaiblir. La coexistence du bouquetin et du loup est la solution la plus judicieuse du point de vue de la biologie de la faune.
- Suivi génétique et échanges : La faible diversité génétique des bouquetins suisses doit être surveillée par un suivi national et améliorée par des échanges ciblés entre colonies ainsi que, si possible, par des importations depuis la population d'origine du Grand Paradis.
Argumentaire
« Il y a trop de bouquetins, il faut les réguler. » La nécessité d'une régulation est souvent affirmée de manière générale, mais rarement étayée de façon différenciée. 7’000 bouquetins en Valais, cela paraît beaucoup, mais toute la population suisse remonte à quelques dizaines d'animaux fondateurs introduits en contrebande, avec une base génétique très étroite en conséquence. La capacité d'accueil des habitats est régulée par des mécanismes naturels (disponibilité de la nourriture, hiver, maladies, prédateurs). Si un prélèvement est nécessaire, il doit être effectué par des gardes-faune professionnels selon des critères de biologie de la faune, et non par une clientèle payante en quête de trophées, qui vise délibérément les plus grands mâles.
«Peu importe qui effectue le tir, que ce soit un Valaisan ou un étranger.» Si cela ne fait aucune différence, pourquoi le tir coûte-t-il 25’000 francs pour les étrangers et une fraction de ce montant pour les Valaisans? L'écart de prix montre qu'il ne s'agit pas de régulation, mais de recettes. La demande dépasse l'offre, et c'est le tirage au sort qui décide qui a le droit d'abattre un vieux mâle. Ce n'est pas de la régulation de la population, c'est un modèle commercial.
«Les règles ont été durcies, il n'y a plus de safari.» Les modifications cosmétiques (prix selon l'âge plutôt que selon la longueur des cornes, plus d'agences) ne changent rien à l'essentiel: les non-Valaisans ne peuvent tirer que des mâles de plus de 11 ans, c'est-à-dire précisément les animaux qui portent les plus grandes cornes. Celui qui paie 25’000 francs pour un bouquetin veut un trophée. Ce n'est pas de la régulation, c'est de la chasse au trophée sous un nouvel habillage.
«Le bouquetin n'est pas menacé, il peut donc être chassé.» Le bouquetin n'est pas menacé parce qu'il est protégé depuis 1875 et parce que des braconniers l'ont introduit illégalement depuis l'Italie. Utiliser cette histoire à succès comme argument pour reprendre la chasse au trophée relève de la même logique perverse que pour le castor: on protège une espèce jusqu'à ce qu'elle se rétablisse, puis on la rabaisse au rang d'objet de trophée.
«La chasse au trophée rapporte des recettes importantes au canton.» 460’000 francs de recettes se heurtent à un dommage de réputation qui ne se mesure pas en francs. Le bouquetin est l'animal héraldique des Grisons et un symbole des Alpes suisses. Le vendre pour 25’000 francs à des étrangères et étrangers fortunés afin qu'ils le tirent nuit à l'image de la Suisse en tant que pays de protection de la nature et sape l'autorité morale avec laquelle la Suisse se présente dans les négociations internationales sur la protection des espèces. À long terme, un bouquetin vivant comme aimant à touristes vaut plus qu'un bouquetin mort comme trophée mural.
Liens rapides
Articles sur Wild beim Wild :
- La chasse au bouquetin contestée en Valais
- La chasse sous la loupe des faits
- Pourquoi la chasse de loisir échoue comme moyen de contrôle des populations
- Problème de protection animale : des animaux sauvages agonisent à cause des chasseurs de loisir
- La chasse au trophée en Valais sert-elle une bonne cause ?
- Fribourg: les chasseurs de loisir veulent chasser le bouquetin
- Statistique de la chasse en Suisse 2025 : ce que montrent les chiffres de la Confédération
- Chasse au trophée : quand tuer devient un symbole de statut
Dossiers apparentés
- Le lagopède alpin en Suisse : relique de l'ère glaciaire entre crise climatique, tourisme et coup de fusil
- Bouquetin en Suisse : contrebande, sauvetage, trophée
- Castor en Suisse : réintroduit puis mis au tir
- Bécasse des bois en Suisse : menacée, chassée et ignorée
- Les oiseaux d'eau en Suisse : hôtes hivernaux dans la ligne de mire
- Pigeons en Suisse : symbole de paix et abattage de masse
- Corvides en Suisse : les animaux les plus intelligents dans le viseur
- Geai des chênes en Suisse : le forestier de la forêt dans la ligne de mire
- Marmotte en Suisse : relique de l'ère glaciaire et abattage de masse
- Lapin de garenne en Suisse : fortement menacé, mais toujours chassable
- Lièvre variable en Suisse : crise climatique et coup de fusil
- Raton laveur en Suisse : abattu pour une mauvaise origine
- Fouine en Suisse : compagne de l'homme sous pression de la chasse
- Martre des pins en Suisse : habitant discret des forêts sous pression de la chasse
- Blaireau en Suisse : ingénieur de l'écosystème dans la ligne de mire
- Cerf élaphe en Suisse : de retour et relégué au rang de gibier à abattre
- Chevreuil en Suisse : l'animal sauvage le plus abattu par la chasse de loisir
- Sanglier en Suisse : la chasse de loisir aggrave le problème
- Chamois en Suisse : haute chasse, stress climatique et mythe de la surpopulation
- Lièvre brun en Suisse : menacé, chassé et ignoré
- Statistique de la chasse en Suisse 2025 : ce que montrent les chiffres de la Confédération
- Autorégulation des populations sauvages : preuves scientifiques issues de Genève, du Parc national et de comparaisons internationales
- Conflit foret-faune en Suisse : pourquoi le narratif de l'abroutissement ne justifie pas la chasse de loisir
Sources
- OFEV, Statistique fédérale de la chasse : bouquetin, effectif et tirs 2016–2024, consultée le 21.10.2026 (jagdstatistik.ch ; effectif 2024 : 21’527, tirs 2024 : 1’238)
- Parc national suisse (2020) : Comment le bouquetin a retrouvé le chemin du Parc national, 100 ans de réintroduction (nationalpark.ch)
- Musée national suisse (2022) : Contrebande d'animaux sauvages, des bouquetins dans une caisse (blog.nationalmuseum.ch)
- CAS (2011) : 100 ans de bouquetin dans les Alpes suisses, une réintroduction réussie (sac-cas.ch)
- Beobachter (2017) : Volés et sauvés (beobachter.ch)
- Watson (2025) : Safari au bouquetin en Valais de nouveau autorisé dès 2025 : ce que cela signifie (watson.ch, 31.3.2025)
- SRF (2024) : Chasse aux trophées controversée : les étrangers peuvent de nouveau chasser le bouquetin en Valais (srf.ch, 12.12.2024)
- 20 Minuten (2025) : Valais : les étrangers peuvent tirer un bouquetin pour 25’000 francs (20min.ch, 3.7.2025)
- Blick (2025) : 25’000 francs pour un bouc : voici comment se déroule la chasse en Valais (blick.ch)
- SWI swissinfo.ch (2024) : Les étrangers peuvent de nouveau chasser le bouquetin en Valais (swissinfo.ch, 17.12.2024)
- SRF (2021) : Le chef de la chasse valaisan fait une déclaration explosive sur la chasse au bouquetin (srf.ch, 25.10.2021)
- NZZ (2017) : Les trophées les plus chers partent à l'étranger (nzz.ch)
- Walliser Zeitung (2025) : Chasse au bouquetin controversée en Valais (walliser-zeitung.ch)
- IG Wild beim Wild (2025) : Chasse au bouquetin controversée en Valais (wildbeimwild.com)
- Canton du Valais, Service de la chasse, de la pêche et de la faune (12.12.2024) : Régulation du bouquetin, tirs pour clients de nouveau ouverts aux chasseuses et chasseurs étrangers et d'autres cantons (vs.ch)
- Büntgen, U. et al. (2018) : Horn growth variation and hunting selection of the Alpine ibex. Journal of Animal Ecology 87 : 1069–1079
- Giacometti, M. (éd., 2006) : Von Königen und Wilderern. Salm-Verlag
- Loi fédérale sur la chasse et la protection des mammifères et oiseaux sauvages (JSG, RS 922.0)
- Loi sur la protection des animaux (LPA, RS 455)
Notre exigence
L'histoire du bouquetin en Suisse est un miroir de notre rapport à la nature. Nous l'avons exterminé parce que nous attribuions à son corps des vertus curatives magiques. Nous l'avons ramené parce que des particuliers ont enfreint les lois d'un pays étranger et fait passer des chevreaux en contrebande par-dessus la frontière. Le Conseil fédéral a financé cette opération illégale et a laissé faire les douaniers. C'était une histoire de courage, de passion et de la prise de conscience que la Suisse serait plus pauvre sans le roi des Alpes.
Aujourd'hui, plus de 21’000 bouquetins vivent en Suisse, un triomphe de la protection des espèces. Et que faisons-nous de ce triomphe ? Nous le vendons. Pour 25’000 francs, de riches étrangères et étrangers peuvent tirer en Valais le mâle le plus puissant d'une harde, celui qui est génétiquement le plus précieux, celui qui est central pour la reproduction et la cohésion du groupe. La demande dépasse l'offre. Le canton attend 460’000 francs de recettes. Tel est le prix que le canton du Valais réclame pour la dignité de l'animal héraldique des Grisons.
La pétition de 2019 a recueilli 70’000 signatures. L'interdiction a été imposée. Puis elle a été levée : depuis 2025, le canton revend à nouveau les tirs de vieux mâles à une clientèle étrangère et extracantonale. Le gouvernement valaisan parle de « régulation ». Watson parle de « chasse au trophée sous un nouvel habit ». L'IG Wild beim Wild parle d'une pratique « lâche et d'un certificat de pauvreté de caractère ».
La conséquence est claire : la chasse au trophée du bouquetin doit être interdite dans toute la Suisse. Là où une régulation est nécessaire, elle doit être assurée par des gardes-faune professionnels, selon des critères de biologie de la faune, sans production de trophées et sans liste de prix. Le bouquetin n'est pas un bien de consommation. C'est un animal que nous avons failli perdre et dont nous ne devons pas remercier le retour par une étiquette de prix. Ce dossier est mis à jour en continu dès que de nouveaux chiffres, de nouvelles études ou de nouveaux développements politiques l'exigent.
Plus d'informations sur la chasse de loisir : dans notre Dossier sur la chasse nous rassemblons des vérifications de faits, des analyses et des reportages de fond.






