6 septembre 2026, 07:52

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Chasse

Fribourg : les chasseurs de loisir veulent chasser le bouquetin

Alors que le canton n'autorise pas la chasse au bouquetin en raison de la faiblesse des effectifs, le lobby de la chasse de loisir réclame de nouveaux tirs, la lumière artificielle comme aide au tir et l'affouragement. Les associations environnementales et une intervention du PS s'y opposent.

Rédaction Wild beim Wild — 6 septembre 2026
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« La pierre à sel »

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Les chasseurs fribourgeois et leur fédération faîtière ont soumis au canton un catalogue de revendications visant à une extension considérable de la chasse de loisir.

Au centre se trouve précisément le bouquetin : les deux colonies fribourgeoises sont si faibles que le canton n'ouvre pas l'espèce à la chasse. Les organisations de protection de la nature et une intervention parlementaire s'y opposent.

Un catalogue d'extension

Les chasseurs de loisir fribourgeois et la fédération fribourgeoise de chasse ont soumis au canton une série de revendications visant une extension considérable de la chasse de loisir. Le journal « La Liberté » a rendu publique cette démarche et a titré sans détour que les Fribourgeois voulaient abattre le bouquetin. Ce qui paraît à première vue relever de détails techniques dessine, dans son ensemble, le schéma d'une offensive politique du lobby de la chasse de loisir : davantage d'espèces chassables, davantage de moyens techniques et davantage d'appâtage. Le bouquetin en est la revendication la plus symbolique, mais de loin pas la seule.

Car il est question en parallèle de la lumière artificielle comme aide au tir pour le sanglier et d'une extension de l'agrainage, c'est-à-dire de l'affouragement ciblé. Trois demandes, un dénominateur commun : la pression de chasse doit augmenter et la chasse de loisir doit devenir plus technique, afin de compenser sa propre incapacité.

Le bouquetin : protégé, mais pas tiré

Une distinction précise s'impose ici. Le bouquetin est une espèce particulière en Suisse. Après son extermination au début du XIXe siècle, il a été réintroduit dès 1911 avec des animaux provenant du parc national italien du Grand Paradis. Dans le canton de Fribourg, deux colonies existent depuis des décennies : celle du Vanil Noir avec le Bimis attenant et celle de la Dent de Lys.

Juridiquement, le bouquetin est protégé, mais il peut être chassé sous certaines conditions. Ce qui est déterminant, c'est ce que le canton en fait : en raison des effectifs trop faibles des deux colonies, le Service des forêts et de la nature n'ouvre actuellement pas la chasse au bouquetin. La revendication des chasseurs de loisir ne vise donc pas des tirs déjà en cours, mais une ouverture politique là où le canton a, pour de bonnes raisons, tiré le frein.

La pertinence de ces raisons apparaît clairement à la lumière de l'évolution récente des effectifs. Au Vanil Noir, on comptait encore plus de 300 animaux il y a quelques années, environ 200 en 2014, et le recensement de 2016 a livré un plancher historique de seulement 111 bouquetins. Rien qu'entre 2015 et 2016, 55 animaux ont disparu, sans que les causes en soient entièrement élucidées. Une population qui s'est effondrée à ce point ne supporte aucune pression de chasse supplémentaire.

Que ce soit précisément le bouquetin qui soit visé ne manque pas d'une ironie amère : l'animal est l'emblème de Pro Natura, la plus ancienne organisation de protection de la nature de Suisse. À quel point la chasse à cette espèce est problématique, on le voit depuis des années dans le canton voisin, où la chasse au bouquetin controversée en Valais suscite régulièrement la polémique. C'est justement la chasse de loisir sélective visant les vieux boucs aux cornes particulièrement grandes qui est critiquée depuis des années, car elle peut modifier la structure d'âge et la structure sociale des populations de bouquetins et engendrer une pression de sélection indésirable. Le contexte biologique et zootechnique de l'espèce comporte aussi un chapitre moins connu, que nous éclairons dans l'article consacré aux hybrides bouquetin-chèvre.

Lumière et affouragement : le lobby de la chasse a déjà obtenu gain de cause

Alors que le bouquetin n'est encore qu'une revendication, le lobby de la chasse de loisir a déjà remporté un succès politique partiel concernant le sanglier. Le Conseil d'État s'est engagé à adapter l'ordonnance sur la chasse et à autoriser, sous certaines conditions, l'utilisation d'une source lumineuse artificielle comme aide au tir : sur les miradors situés dans les réserves internationales d'oiseaux d'eau et migrateurs ainsi que dans les réserves cantonales de la rive sud du lac de Neuchâtel, jusqu'à 21 heures, pour la chasse aux sangliers. À cette occasion, l'agrainage, c'est-à-dire l'affouragement, devrait également être étendu de manière limitée dans ces mêmes zones, afin d'attirer les animaux de façon ciblée. Cet assouplissement a été déclenché par une motion issue des rangs de l'UDC et du Centre, qui argumentait avec les dégâts aux cultures et le risque de peste porcine africaine.

Tant que la modification de l'ordonnance n'est pas en vigueur, cela reste une promesse politique. Mais le décor est déjà remarquable: ce sont précisément des réserves d'oiseaux dans lesquelles on entend désormais tirer à la lumière artificielle et attirer les animaux avec de la nourriture.

Pro Natura: «Jusqu'où ira-t-on encore?»

Du côté de la protection de la nature, cette évolution n'est pas un détail, mais une orientation. Morgane Bättig, cheffe de projet chez Pro Natura, observe ces assouplissements avec inquiétude et résume la question centrale: jusqu'où ira-t-on encore? Elle craint que la chasse de loisir devienne toujours plus technique, et ce au détriment de l'écologie. La militarisation technique croissante de la chasse de loisir peut déranger les animaux sauvages, compromettre la sécurité des autres usagers du paysage et soulever de sérieuses questions de respect et d'éthique.

Ce que les chasseurs de loisir vendent comme une «amélioration» est, dans cette perspective, tout le contraire: un armement accru qui déplace encore davantage le rapport de force entre l'être humain et l'animal sauvage en faveur de l'arme.

La réponse politique: une intervention contre la chasse aux espèces menacées

À l'offensive des chasseurs de loisir répond une contre-attaque au parlement cantonal. Le député Grégoire Kubski (PS, Fribourg) a déposé, avec Pierre Vial (PS, Progens), une motion demandant l'interdiction, dans le canton de Fribourg, de la chasse de loisir aux espèces protégées ainsi qu'aux espèces figurant sur la Liste rouge de l'Office fédéral de l'environnement comme vulnérables, menacées ou fortement menacées. Selon «La Liberté», Kubski justifie son intervention par la pression croissante du lobby de la chasse, qu'il décrit comme très influent. Il serait temps de montrer qu'il existe des limites.

L'intervention met le doigt sur une contradiction bien réelle du système. En Suisse, il est toujours possible de chasser des espèces dont la survie est menacée, sans qu'un motif impératif tel que des dégâts aux cultures ne soit invoqué. Cette tension entre pratique de la chasse, loi sur la chasse et Liste rouge, nous l'avons documentée en détail dans notre aperçu des espèces d'animaux sauvages chassées en Suisse. Que Fribourg ne soit pas vierge de tout reproche en la matière, le cas de la bécasse des bois le montre: le canton maintient la chasse à la bécasse, bien que l'espèce figure sur la Liste rouge, alors qu'elle est interdite depuis longtemps dans de nombreux cantons alémaniques.

Canton à patente sans obligation d'entretien continue

Un argument avec lequel la chasse de loisir aime justifier ses droits particuliers est le suivant: celui qui chasse entretient et régule aussi. Dans le cas de Fribourg, cet argument tient mal la route. Fribourg est un canton à patente. La chasse de loisir y est organisée comme chasse à patente: des particuliers acquièrent une patente cantonale et une autorisation de chasse annuelle et chassent sur l'ensemble du territoire cantonal, sans responsabilité territoriale fixe comme dans les cantons à territoires.

Il manque ainsi le lien continu avec un territoire et son entretien. Une obligation d'entretien publiquement documentée et revenant chaque année pour les titulaires de patente n'est pas identifiable à Fribourg. À titre de comparaison: dans le canton du Jura, il s'agit d'environ huit heures par année, aux Grisons d'environ cinq. À Fribourg, en revanche, le seul travail en faveur de la nature clairement documenté est une exigence unique dans la formation: quiconque vise l'examen de chasse doit accomplir au moins 50 heures en faveur de la nature durant les quelque 18 mois de préparation. Après cette prestation unique en faveur de la nature, le canton devrait exposer de manière transparente quelles prestations d'entretien contraignantes les titulaires d'une patente de chasse doivent réellement fournir dans le cadre de l'activité cynégétique courante.

Les titulaires de patente n'assument en tout cas aucune responsabilité écologique fixe pour une réserve de chasse, mais agissent dans le cadre de plans de tir cantonaux orientés en premier lieu vers les intérêts de la sylviculture et de l'agriculture. Cela relativise considérablement l'image que les chasseurs se font d'eux-mêmes en tant que gestionnaires attentifs et pose la question de la légitimité avec laquelle la chasse de loisir revendique désormais des droits supplémentaires sur des espèces protégées.

Une relation tendue

Le conflit actuel survient à une période où la relation entre les chasseurs de loisir fribourgeois et le service cantonal de la faune est de toute façon tendue. L'élément déclencheur a été l'acquittement d'un chasseur de loisir expérimenté qui avait achevé un chevreuil blessé par un grand prédateur, sans en informer préalablement la garde-faune compétente. Un cadre du service cantonal a mis cet acquittement en question par écrit, ce qui a conduit la présidente du tribunal à dénoncer une violation de la séparation des pouvoirs et le conseiller d'État compétent à devoir intervenir.

Dans ce contexte, une déclaration remarquable a été faite. La garde-faune concernée a indiqué au printemps 2026, dans une lettre adressée à la présidente du tribunal, que le chasseur de loisir acquitté blessait chaque année des animaux en bonne santé dans le cadre de la chasse de loisir, comme tout chasseur de loisir et comme le montrent les statistiques, sans que cela semble le déranger particulièrement. Un aveu émanant du milieu même du service de la faune, qui met en lumière le revers de la chasse de loisir. «La Liberté» a pu consulter ce document.

Le bilan cantonal des contrôles de la saison 2025/26 fait état de 31 amendes d'ordre, 13 rapports de dénonciation et deux retraits de patente. Ce même bilan recense, pour le sanglier, 162 tirs par des chasseuses et chasseurs à patente ainsi que 117 tirs subsidiaires par le service de la faune. Pour mieux situer les associations, la pression des lobbies et l'influence politique dans le domaine de la chasse, un coup d'œil s'impose sur le grand radar des chasseurs de loisir.

Pas un cas isolé, mais une tendance

Déjà en 2020, un large comité s'était formé à Fribourg contre le durcissement d'alors de la loi fédérale sur la chasse, porté par le PS, les Verts, les Vert'libéraux et le PDC, et soutenu par Pro Natura, le WWF, le Cercle ornithologique, la protection animale et BirdLife. La résistance à une extension de la chasse de loisir aux espèces protégées a donc une tradition dans le canton.

C'est exactement de cela qu'il s'agit aujourd'hui: une petite population de bouquetins, que le canton n'ouvre pas à la chasse en raison de ses effectifs fragiles, fait face à une revendication d'ouverture cynégétique. Conjuguée aux projets d'utilisation de lumière artificielle comme aide au tir et d'augmentation de l'affouragement, une orientation politique se dessine: plus de pression de chasse, davantage de moyens techniques et moins d'égards pour la protection des animaux sauvages. Le parlement cantonal fribourgeois décidera si l'intervention de Grégoire Kubski et Pierre Vial peut freiner cette évolution.

Plus sur le thème de la chasse de loisir: Dans le dossier critique globale de la chasse de loisir nous regroupons vérifications des faits, analyses et reportages de fond.

Tous les articles sont rédigés par l'IG Wild beim Wild ainsi que par des co-auteurs et co-autrices externes. La recherche, la structuration et les processus rédactionnels peuvent être soutenus par des outils assistés par IA.

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