23.10.2026, 05:02

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Ce que la chasse de loisir coûte vraiment à la Suisse : la facture que personne ne présente

Les chasseurs de loisir aiment affirmer qu'ils s'autofinancent : les taxes de patente, les contributions pour les dégâts de gibier et l'engagement bénévole ne coûteraient rien à l'État. Ce récit ne résiste à aucun examen. Les coûts externes de la chasse de milice – accidents de la faune, charges administratives, accidents de chasse, pertes de biodiversité dues à la pression de chasse, dégâts forestiers causés par le déplacement des animaux, interventions de police et frais de justice – ne sont jamais intégralement comptabilisés. Le canton de Genève montre depuis 1974 qu'il existe une autre voie : une gestion professionnelle de la faune assurée par une douzaine de gardes de l'environnement formés, qui se partagent à peine trois postes à plein temps, pour un coût d'environ 1,2 million de francs par an, dégâts de gibier compris (Genève et l'interdiction de chasse). Cela correspond à une tasse de café par habitante et par habitant. Ce dossier met au jour les coûts cachés de la chasse de loisir et les met en regard du modèle genevois.

Accidents de la faune : 20’000 par an, 76 millions de francs de coûts d'assurance

En Suisse, on dénombre chaque année environ 20’000 accidents de la faune (Protection Suisse des Animaux PSA). En moyenne, un chevreuil meurt chaque heure sous les roues d'une voiture. Environ 100 cas par an font des blessés. La pression de chasse augmente la distance de fuite et l'activité de déplacement des animaux sauvages, en particulier durant la saison de chasse. Les animaux effarouchés traversent les routes plus fréquemment et de manière plus imprévisible. Le lien de causalité entre la pression de chasse et la fréquence des accidents liés à la faune sauvage est documenté scientifiquement.

La facture pour la collectivité

Selon l'assureur Axa, un sinistre lié à un accident avec la faune sauvage coûte en moyenne environ 3’800 francs, soit 800 francs de plus qu'il y a dix ans (SRF, octobre 2025). Pour 20’000 accidents de la faune par an, cela représente des coûts d'assurance estimés à environ 76 millions de francs par an. Ces coûts sont supportés par les automobilistes via leurs primes d'assurance casco. L'assurance casco partielle couvre la collision directe, la casco complète également les manœuvres d'évitement. S'y ajoutent les interventions policières, l'élimination des cadavres, le nettoyage des routes et la recherche au sang effectuée par le service de la faune, autant de coûts qui sont mis à la charge de la collectivité.

Ces 76 millions de francs n'apparaissent dans aucun bilan de la chasse. Ils ne sont jamais imputés au système de la chasse, bien que la pression de chasse aggrave manifestement les accidents impliquant des animaux sauvages : les animaux effrayés traversent les routes de manière incontrôlée. À Genève, où aucune chasse de loisir n'a lieu depuis 1974, les animaux sauvages se comportent de façon plus calme et plus prévisible.

Les chiffres : 585’000 hectares de forêts protectrices

Selon le projet SilvaProtect-CH de l'OFEV environ 585’000 hectares, soit 49 pour cent de l'ensemble des forêts suisses, remplissent les critères d'une forêt protectrice. Elles protègent les localités, les routes et les lignes ferroviaires contre les avalanches, les chutes de pierres, les glissements de terrain et les crues. La valeur économique de cet effet protecteur est estimée à environ 4 milliards de francs par an.

La Confédération, les cantons et les bénéficiaires (communes, exploitants ferroviaires) investissent chaque année environ 150 millions de francs dans l'entretien de la forêt protectrice : environ 60 millions provenant de la Confédération, environ 90 millions des cantons et bénéficiaires (Waldwissen.net/OFEV). L'entretien de la forêt protectrice coûte environ dix fois moins cher que les ouvrages de protection techniques (paravalanches, filets pare-pierres). Pour la période de programme 2025 à 2028, le Conseil fédéral a demandé 451 millions de francs pour le domaine forestier (Message relatif aux conventions-programmes 2025-2028).

Forêt protectrice par canton

CantonForêt protectrice (ha)Part de la forêtBesoin d'entretien estimé/an
Grisons122’33461%~61 mio. fr.
Tessin114’59690%~57 mio. fr.
Berne88’89050%~44 mio. fr.
Valais82’16287%~41 mio. fr.
Saint-Gall37’34764%~19 mio. fr.
Vaud24’16926%~12 mio. fr.
Fribourg17’58841%~9 mio. fr.
Schwyz16’34662%~8 mio. fr.
Uri11’58368%~6 mio. fr.
Jura10’75630%~5 mio. fr.
Glaris10’13055%~5 mio. fr.
Obwald10’02151%~5 mio. fr.
Lucerne7’97819%~4 mio. fr.
Suisse totale585’00049%~150 mio. fr.
Source : OFEV SilvaProtect-CH. Besoin d'entretien calculé sur la base de 12’500 fr./ha avec un rythme d'entretien minimal de 25 ans (Canton d'Obwald/OFEV).

Situation de l'abroutissement : aggravation malgré la chasse de loisir

Le Rapport forestier 2025 (OFEV/WSL) documente : la part de surface de forêt protectrice présentant très peu de régénération (moins de 5 pour cent de taux de couverture de la régénération) est passée à 30 pour cent. Le versant sud des Alpes (Tessin) est le plus touché, avec 41 pour cent, suivi des Alpes avec 34 pour cent. Selon la Société Forestière Suisse, la part de forêt protectrice présentant une influence de la faune sauvage supportable est passée de plus des deux tiers en 2015 à moins de la moitié aujourd'hui. Le sapin blanc et les feuillus sont particulièrement touchés.

La chasse de loisir n'a pas empêché cette dégradation, bien que des dizaines de milliers de chevreuils, de cerfs et de chamois soient abattus chaque année. Au Tessin, environ 3’000 cerfs et chamois sont tirés chaque année (2025 : 2’651 cerfs élaphes et 463 chamois pour une population estimée à 7’300 cerfs et 8’200 chamois, Statistique fédérale de la chasse 2025). Malgré cela, la situation de l'abroutissement s'aggrave. L'explication : par reproduction compensatoire, la chasse de loisir génère plus de naissances qu'elle ne prélève d'animaux, et la pression de chasse repousse les animaux dans la forêt protectrice, où ils causent davantage de dégâts (cf. Analyse sur la forêt protectrice sur wildbeimwild.com).

Valais : 82’000 hectares, 87 pour cent de forêt protectrice

Le canton du Valais compte 82’162 hectares de forêt protectrice, soit 87 pour cent de la surface forestière totale, la deuxième proportion la plus élevée de tous les cantons après le Tessin (90 pour cent). Avec des coûts nets moyens de 12’500 francs par hectare (rythme d'entretien minimal tous les 25 ans, selon l'OFEV), cela représente un besoin d'entretien annuel théorique d'environ 41 millions de francs. Sur une période de programme de quatre ans, cela fait plus de 160 millions de francs. Ces coûts sont supportés par la collectivité. Dans le même temps, le canton du Valais dépense chaque année des centaines de milliers de francs pour des tirs de loups (2025 : 13’390 heures de travail pour la gestion et la régulation du loup, soit selon l'estimation de Wild beim Wild de 0,8 à un peu plus de 1 million de francs), alors que le loup, en tant que régulateur naturel, réduit de manière avérée la pression d'abroutissement dans la forêt protectrice (cf. bilan valaisan du loup et Le loup en Suisse).

La subvention cachée : qui paie pour l'abroutissement ?

Les 150 millions de francs dépensés chaque année pour l'entretien de la forêt protectrice constituent un investissement nécessaire dans la protection contre les dangers naturels. Mais une part considérable de ces coûts concerne des mesures directement liées à la pression d'abroutissement : entretien des jeunes peuplements, protection contre l'abroutissement (clôtures, protection individuelle), reboisement et conversion des peuplements. Ces coûts ne sont jamais imputés au système de chasse, bien que la pression de chasse aggrave démontrablement l'abroutissement. Les cantons financent les conséquences de la chasse de loisir avec l'argent des contribuables et les déclarent comme protection contre les dangers naturels. Un calcul des coûts complets devrait imputer ces coûts au système de chasse de milice.

Accidents de chasse et coûts de sécurité

En Suisse, des accidents de chasse surviennent régulièrement, certains mortels. Les coûts des interventions de secours, des séjours hospitaliers, des enquêtes et des procédures judiciaires sont supportés par la collectivité. S'y ajoutent les dommages matériels dus aux ricochets et les restrictions d'usage des loisirs en forêt et en campagne durant la saison de chasse, un aspect jamais évalué sur le plan économique.

Forêt protectrice et abroutissement : 150 millions de francs par an

La chasse de loisir prétend empêcher les dégâts au bois en forêt. De nombreuses Études le réfutent : la pression de chasse pousse chevreuils et cerfs vers la forêt et vers la nuit, ce qui augmente l'abroutissement des jeunes arbres au lieu de le réduire. Le cerf rouge était à l'origine un animal des paysages ouverts. Le fait qu'il se trouve aujourd'hui massivement dans la forêt de montagne n'est pas naturel, mais résulte de la pression de chasse (cf. Forêt protectrice : la chasse de loisir crée les problèmes qu'elle prétend résoudre). Là où des prédateurs comme le lynx et le loup sont présents, l'abroutissement diminue, car les animaux sauvages se répartissent naturellement et modifient leur comportement (Landscape of Fear).

Selon le projet SilvaProtect-CH de l'OFEV remplissent environ 585’000 hectares soit 49 pour cent de toutes les forêts suisses les critères d'une forêt protectrice. La valeur économique de cet effet protecteur est estimée à environ 4 milliards de francs par an. La Confédération, les cantons et les bénéficiaires investissent chaque année environ 150 millions de francs dans l'entretien de la forêt protectrice (Waldwissen.net/OFEV). Ces coûts ne sont jamais imputés au système de chasse, bien que la pression de chasse aggrave démontrablement l'abroutissement.

Le Rapport forestier 2025 (OFEV/WSL) documente : 30 pour cent de la surface de forêt protectrice ont très peu de régénération. Le versant sud des Alpes (Tessin) est le plus touché, avec 41 pour cent. Dans le canton du Valais, les 82’162 hectares de forêt protectrice (87 pour cent de la surface forestière) occasionnent des coûts d'entretien estimés à environ 41 millions de francs par an (cf. Analyse de la forêt protectrice).

Accidents de chasse : 300 par an, 3,6 millions de francs de coûts SUVA

L'Statistique du BPA documente depuis l'an 2000 plus de 75 décès dus à des accidents de chasse jusqu'en 2019. En termes purement statistiques, un accident de chasse se produit toutes les 29 heures, et une personne meurt environ tous les trois mois et demi.

Données SUVA : ce que paient les assurés

Une analyse des données SUVA pour 2006 à 2015 montre chaque année environ 300 accidents reconnus dans l'activité de chasse de loisir, avec environ 2 décès par an, environ 2 nouvelles rentes d'invalidité par an et des coûts annuels d'environ 3,6 millions de francs. Des analyses plus récentes pour 2016 à 2020 confirment ce tableau : toujours environ 300 accidents par an. Ces coûts se répercutent directement sur les primes d'assurance-accidents non professionnels (AANP), que tous les travailleurs et travailleuses paient via leurs déductions salariales. La chasse de loisir est ainsi un risque de loisirs cofinancé par l'ensemble de la population active.

Ce que les statistiques de la SUVA ne saisissent pas est déterminant : les données concernent exclusivement les personnes actives assurées obligatoirement contre les accidents. Les chasseurs de loisir retraités, le plus grand groupe d'âge (le taux d'accidents augmente de manière spectaculaire à partir de 45 ans), font totalement défaut. De même pour les enfants, les promeneurs, les cavalières et les adeptes du VTT, qui sont blessés par des ricochets ou des méprises. Les coûts réels dépassent largement les 3,6 millions (voir Statistique des accidents de chasse mortels).

Charge de primes pour la collectivité

La SUVA fonctionne selon le principe de mutualité : les primes couvrent les coûts des accidents. Les accidents de chasse sont classés comme accidents non professionnels (ANP). La prime ANP est répartie entre l'employeur et le salarié. Cela signifie : Chaque salarié en Suisse finance, via sa prime ANP, les accidents de chasse des chasseurs de loisir. Les 3,6 millions de francs par an (données SUVA) ne constituent ici qu'un minimum, car le groupe à risque le plus important (les retraités) n'est même pas recensé. S'y ajoutent les interventions de sauvetage (hélicoptère, ambulance), les séjours hospitaliers, les enquêtes et les procédures judiciaires, qui sont également supportés par la collectivité.

À cela s'ajoutent les dégâts matériels causés par les ricochets et les restrictions des activités de loisirs en forêt et dans les champs pendant la saison de la chasse, un aspect économique qui n'est jamais évalué. Dans le canton des Grisons, quelque 3’836 animaux ont été simplement blessés par balle en cinq ans seulement, ce qui a entraîné des amendes d'ordre de plus de 700’000 francs (cf. Dossier accidents de chasse).

Régulation du loup : des coûts millionnaires pour un alibi

En 2025, l'administration valaisanne de la chasse a consacré 13’390 heures de travail à la gestion et à la régulation du loup, selon le bilan cantonal; d'après les estimations de Wild beim Wild, cela représente de 0,8 à un peu plus d'1 million de francs d'argent public, soit environ 35’000 francs par loup abattu (27 durant la période de régulation 2025/26). Les indemnisations pour les animaux de rente tués se sont élevées la même année à un peu plus de 170’000 francs. Cette régulation n'est pas financée par les chasseurs de loisir, mais par la collectivité. Parallèlement, les chiffres montrent que les attaques de loups diminuent alors que la population augmente (Valais 2023: 401, 2024: 341, 2025: 318) et qu'une grande partie des attaques a lieu dans des troupeaux non protégés. Les coûts seraient nettement plus bas grâce à une protection des troupeaux systématique. À l'échelle nationale, 77 loups ont été tués dans le cadre de la régulation durant la période 2025/26 (compteur de loups).

Pour en savoir plus : Bilan valaisan sur le loup : les chiffres d'un massacre et Protection des troupeaux en Suisse

Parc national de l'Engadine : 100 ans de preuve sans chasse de loisir

Le Parc national suisse en Engadine est exempt de chasse depuis 1914, soit depuis plus de 100 ans. Les résultats réfutent tous les arguments du lobby de la chasse de loisir : le La population de chamois est constante depuis 1920, à environ 1’350 animaux. Le renard n'est pas chassé, il n'y a pas d'extermination des proies. La biodiversité a doublé. Le parc national prouve que l'autorégulation naturelle fonctionne aussi dans les hautes montagnes suisses, depuis plus d'un siècle, sans un seul chasseur de loisir (vérification des faits du Conseil d'État de Zurich).

Chasse au renard: des décennies de recherche, un seul résultat

Plus de 30 ans de recherche en biologie de la faune aboutissent au même résultat: La chasse au renard ne régule rien et ne sert pas à lutter contre les épizooties (Baker et Harris 2006, Rushton et al. 2006, Kämmerle et al. 2019; aperçu sur la page de la campagne Halte à la chasse au renard). Dans le canton de Zurich, 1’400 à 1’700 renards en bonne santé ont récemment été abattus chaque année (2023: 1’402, 2025: 1’743 selon la statistique fédérale de la chasse), et 19’208 à l'échelle nationale en 2025. Pourtant, la population de renards ne diminue pas, car la chasse augmente le taux de reproduction. Dans le Mittelland bernois, un renard capture environ 11 faons de chevreuil entre mai et juillet: c'est donc un régulateur naturel. La mise à mort systématique des renards par les chasseurs de loisir déstabilise cet équilibre naturel et favorise la propagation de maladies comme la borréliose (de 6’000 à 12’000 cas par an selon l'OFSP) et la FSME (plusieurs centaines de cas par an) (cf. livre des faits plutôt que des balivernes de chasseurs et La chasse sous la loupe des faits).

La montagne de cadavres : des milliers d’animaux éliminés sans être utilisés

Un rapport du Conseil fédéral constate que de nombreux animaux sauvages tués à la chasse ne sont pas valorisés. Pour 2015, il recense quelque 27’000 animaux à fourrure capturés ou abattus : environ 22’000 renards roux, 3’500 blaireaux, 1’050 fouines et 140 martres des pins. Selon une extrapolation publiée dans le rapport, seules environ 9’500 peaux ont été destinées à la production de fourrure, soit 38 pour cent dans le cas du renard roux. Les chiffres de tir proviennent de la Statistique fédérale de la chasse, les indications sur la valorisation des peaux de l'association professionnelle de la fourrure SwissFur. Le Conseil fédéral en conclut qu'environ 17’500 animaux à fourrure tués à la chasse sont « éliminés sans être utilisés » (Rapport sur l’obligation de déclarer la fourrure, 23 mai 2018). Une peau brute rapportait alors environ huit francs.

Ces animaux sont éliminés par le biais des centres de collecte de cadavres d’animaux, que les communes doivent exploiter. Pour ceux qui les y apportent, la remise est gratuite dans de nombreux endroits. La construction et l’exploitation des centres de collecte sont à la charge des communes (exemple de Sarmenstorf), les coûts d’élimination étant en partie supportés par la caisse cantonale des épizooties, par exemple dans le canton de Lucerne (exemple de Sempach). La question de savoir si, et sous quelle forme, la part de la chasse de loisir dans ces coûts est recensée séparément n'est pas documentée publiquement.

La critique du monceau de cadavres existe depuis des décennies. Peu après le record de 1995, lorsque plus de 43’000 renards étaient abattus chaque année, le spécialiste du renard Felix Labhardt déplorait dans le Beobachter que les renards tués soient incinérés aux frais des contribuables. L’inspecteur bernois de la chasse de l’époque, Peter Juesy, jugeait la chasse au renard peu judicieuse du point de vue de la biologie de la faune, car elle ne permet pas de réguler la population, et citait comme raison principale la passion des chasseurs de loisir. Selon Juesy, une interdiction générale déclencherait « une guerre civile ».

Que la chasse au renard ne régule pas la population, même ChasseSuisse l’admet aujourd’hui : la chasse actuelle n’a guère d’effet limitant perceptible sur la population globale (prise de position du 20 novembre 2025). On continue pourtant à tirer (cf. campagne « Schluss mit der Fuchsjagd »).

Canton de Zurich : une administration de la chasse déficitaire

L'administration de la chasse du canton de Zurich est dans le rouge : des dépenses annuelles d'environ 1,6 million de francs, des recettes provenant du bail de chasse et du permis de chasse de seulement environ 1,0 million de francs. Le déficit de 600’000 francs est supporté par le contribuable. À cela s'ajoute l'assainissement des installations de tir de chasse, qui peut coûter des dizaines de millions de francs. Dans le canton de Zurich, environ 1’500 chasseurs de loisir chassent dans 172 réserves de chasse, sous la surveillance d'un seul garde-faune titulaire d'un brevet fédéral (état 2017). L'affirmation selon laquelle un modèle professionnel de gardes-faune coûterait « 20 à 30 millions de francs » n'a jamais été étayée par le Conseil d'État. Ce chiffre provient du lobby de la chasse de loisir et a été réfuté dans le vérification des faits. À titre de comparaison : avec 3’212 km², Vaud est presque deux fois plus grand que Zurich (1’729 km²), mais compte plus de 50 pour cent de chasseurs de loisir en moins et des dégâts causés par la faune comparables.

Grisons : plus de 1’000 dénonciations par an (2012 à 2020)

Dans le canton des Grisons, qui compte la plus grande communauté de chasseurs de loisir de Suisse, plus de 1’000 dénonciations et amendes ont été prononcées chaque année entre 2012 et 2020 contre des chasseurs de loisir (2014 : 1’102, 2015 : 1’298, 2016 : 1’201, soit en moyenne près de 1’200). Depuis 2021, le canton ne publie plus ces chiffres (Infractions à la chasse et jugements : statistique des Grisons). En 2021, selon le rapport annuel, les conducteurs de chiens de recherche au sang grisons sont intervenus lors de 1’018 recherches au sang parce que des animaux avaient pris la fuite blessés après le tir. Seules 57 pour cent ont abouti, ce qui signifie que dans 43 pour cent des cas, l'animal est resté introuvable, et beaucoup d'entre eux agonisent dans d'atroces souffrances. En cinq ans, environ 3’836 animaux ont simplement été blessés par balle aux Grisons, ce qui a entraîné des amendes d'ordre de plus de 700’000 francs. Ces chiffres ne sont jamais communiqués par le lobby de la chasse de loisir (cf. Dossier accidents de chasse et l'initiative Wildhüter statt Jäger).

Coûts politiques : comment le lobby de la chasse de loisir bloque la protection de la nature

Les coûts de la chasse de loisir ne sont pas seulement de nature financière. Le lobby de la chasse de loisir, mené par ChasseSuisse et les associations cantonales de chasseurs de loisir, combat systématiquement depuis des décennies les préoccupations de protection de la nature à tous les niveaux politiques. Les chasseurs de loisir engagés en politique votent majoritairement contre la biodiversité, contre les parcs nationaux et contre la protection des espèces menacées. Les coûts politiques de cette politique de blocage sont énormes, mais ils n'apparaissent dans aucun bilan.

Défaites en votation imputables au lobby de la chasse de loisir

Loi sur la chasse 2020 : 51,9 pour cent de non. Le 27 septembre 2020, le peuple suisse a rejeté la révision de la loi fédérale sur la chasse avec 51,9 pour cent de non (la SRF). Le projet aurait assoupli la protection du loup et permis aux cantons de tirer préventivement des espèces animales protégées. Le lobby de la chasse de loisir avait largement contribué à façonner cette loi, le peuple l'a rejetée. Ce non serré a été une défaite pour le Conseil fédéral et les partis bourgeois, étroitement liés au lobby de la chasse de loisir (DETEC).

Initiative pour la biodiversité 2024 : 63 pour cent de non. Le 22 septembre 2024, l'initiative pour la biodiversité a été rejetée avec 63 pour cent de non (USP). Le lobby de la chasse de loisir, avec l’Union suisse des paysans et le PLR, a activement combattu l’initiative (la SRF). Le résultat : la Suisse ne dispose toujours pas d'une base constitutionnelle suffisante pour la protection de la diversité biologique.

Parc national Parc Adula 2016 : torpillé par les chasseurs de loisir. Fin novembre 2016, le deuxième parc national suisse, le Parc Adula autour du Rheinwaldhorn, a échoué dans les communes des cantons des Grisons et du Tessin. Le association tessinoise des chasseurs FCTI a mené une campagne agressive de propagande de la peur et de mensonges contre le parc (la SRF). Les chasseurs de loisir craignaient pour leurs réserves de chasse. Le résultat : après plus de 100 ans, la Suisse ne compte toujours qu'un seul parc national, l'un des plus petits d'Europe.

Association des chasseurs tessinois FCTI : 30 ans contre la nature

La Fédération tessinoise des chasseurs FCTI est un exemple type de la politique de blocage menée par le lobby de la chasse de loisir. Au cours des 30 dernières années, le FCTI a systématiquement combattu les préoccupations de protection de la nature : en 2018, le FCTI s'est opposé à la création d'un deuxième parc national. En 2021, le FCTI s'est opposé, sans succès, à la protection du lagopède alpin menacé dans le canton du Tessin. Le FCTI a combattu l'initiative sur la biodiversité. Durant la législature 2015 à 2019, l'ancien président du FCTI et d'autres chasseurs de loisir ont fait de la politique au Parlement suisse majoritairement contre l'environnement. En 2023, une motion de la conseillère nationale Martina Munz visant à interdire les munitions au plomb a été rejetée par 99 voix contre 94, avec l'opposition active de l'ancien président de chasse du FCTI. En 2025, ce même ancien président de chasse a essuyé un refus au Parlement avec sa motion pour des zones sans loups (wildbeimwild.com).

ChasseSuisse : échec juridique

ChasseSuisse, l'association faîtière des chasseurs de loisir suisses, a elle aussi tenté de faire taire les voix critiques par la voie judiciaire. Le 17 juillet 2020, le tribunal pénal du canton du Tessin, à Bellinzone, a acquitté wildbeimwild.com sur tous les points. Les propos cités à l'encontre de ChasseSuisse, notamment sur la promotion de la maltraitance animale et une culture de la violence, n'ont pas été considérés comme diffamatoires. David Clavadetscher (ChasseSuisse/Sandona GmbH) n'a pu fournir aucune preuve pertinente. Une procédure civile à Locarno a été suspendue. ChasseSuisse a perdu sur toute la ligne (wildbeimwild.com).

Ce que coûte le blocage

Les coûts économiques de cette politique de blocage menée depuis des décennies ne peuvent pas être chiffrés, mais ils sont bien réels : absence de base constitutionnelle suffisante pour la biodiversité, pas de deuxième parc national, protection des espèces retardée, protection du loup affaiblie, interdiction des munitions au plomb différée. Chaque votation perdue, chaque loi de protection retardée entraîne des pertes de biodiversité irréparables. Le lobby de la chasse de loisir ne protège pas la nature. Il protège un hobby aux dépens de la nature.

Efficacité : 8 heures et 2 cartouches au lieu de 80 heures et 15 cartouches

L'efficacité du modèle genevois se révèle dans la comparaison directe : un garde-faune professionnel à Genève a besoin, pour un tir sanitaire d'un sanglier, en moyenne de 8 heures et de 2 cartouches au maximum. Un chasseur de loisir du canton de Zurich a besoin, pour le même tir, 60 à 80 heures et jusqu'à 15 cartouches (vérification des faits du Conseil d'État de Zurich). Ce n'est pas un gain d'efficacité, c'est un changement de système : des professionnels à la place de tireurs amateurs de loisir.

Lièvre brun : la preuve vivante

Le lièvre brun est la preuve vivante de la supériorité du modèle genevois. Dans le canton de Genève, où aucune chasse de loisir n'a lieu depuis 1974, la densité de lièvres bruns s'élève à 17,7 animaux pour 100 hectares (2016), la plus élevée de toute la Suisse. Dans le canton de Zurich, où bien plus de 1’000 renards et de nombreux autres animaux sont tués chaque année par des chasseurs de loisir, la densité de lièvres d’Europe est de 1,0 pour 100 hectares. Le lièvre brun figure à Zurich sur la Liste rouge en tant qu'espèce « vulnérable ». À Genève, il prospère. Genève abrite en outre l'une des dernières populations de perdrix grises de Suisse (cf. livre des faits plutôt que des balivernes de chasseurs).

Ce que montrerait un bilan honnête

Aucune autorité suisse n'a jamais présenté de calcul des coûts complets de la chasse de milice. Un tel bilan devrait comporter au minimum les postes suivants : coûts administratifs cantonaux directs pour le système de chasse. Coûts des accidents de la faune pendant et après la saison de chasse. Coûts des dégâts forestiers dus à l'effet de refoulement lié à la chasse. Coûts de police, de sauvetage et de justice en cas d'accidents de chasse. Coûts des recherches au sang d'animaux blessés par balle. Coûts de collecte, de transport et d'élimination des animaux chassés non valorisés. Coûts de la régulation des loups et des prédateurs. Pertes de biodiversité dues à la chasse d'espèces menacées (lièvres communs, bécasses des bois, lagopèdes alpins). Restrictions économiques des activités de loisirs pendant la saison de chasse. Coûts politiques de la politique de blocage contre la biodiversité, les parcs nationaux et la protection des espèces. À ces coûts, il faudrait opposer les recettes réelles issues des patentes et des baux. Le résultat serait dévastateur pour le lobby de la chasse de loisir.

Ce qui devrait changer

  • Calcul des coûts complets de la chasse de milice : chaque canton devrait être tenu de présenter un bilan global transparent du système de chasse, incluant tous les coûts externes. C'est la seule manière de mener un débat sur les alternatives fondé sur des faits.
  • Le modèle genevois comme référence : le modèle genevois prouve qu'une gestion professionnelle de la faune sauvage sans chasseurs de loisir fonctionne non seulement, mais qu'elle est aussi abordable. Une tasse de café par habitante et habitant. Les autres cantons doivent s'y mesurer.
  • Principe du pollueur-payeur pour les dommages liés à la chasse : les coûts générés par la pression de chasse (accidents liés à la faune sauvage, dommages forestiers dus au refoulement, recherches au sang) doivent être imputés au système de chasse, et non à la collectivité.
  • Professionnalisation plutôt que milice : le système suisse de chasse de milice est un anachronisme. Les gardes-faune professionnels sont mieux formés, travaillent toute l'année, agissent selon des critères scientifiques et sont tenus de rendre des comptes au public.
  • Protection des troupeaux plutôt que tir du loup : les millions dépensés pour la régulation du loup pourraient être investis dans la protection des troupeaux, dont l'efficacité est prouvée et qui s'avère plus économique à long terme.

Argumentaire

« Les chasseurs de loisir s'autofinancent. » Les taxes de patente ne couvrent qu'une fraction des coûts totaux. Les coûts externes, accidents liés au gibier, dommages forestiers, administration, police, justice, pertes de biodiversité, ne sont jamais comptabilisés et sont intégralement supportés par la collectivité. Un calcul en coûts complets montrerait que la chasse de milice coûte nettement plus cher au contribuable qu'une gestion professionnelle de la faune sauvage.

«Le modèle genevois est trop coûteux.» Environ 1,2 million de francs par an, soit une tasse de café par habitant. À titre de comparaison : la régulation du loup en Valais a coûté à elle seule, selon notre estimation, presque autant en 2025. Les dégâts de gibier à Genève sont comparables à ceux de cantons de taille équivalente où la chasse de loisir est autorisée. Le modèle genevois n'est pas trop cher. Il est plus transparent que la chasse de milice.

«Le modèle genevois ne fonctionne que dans un canton urbain.» Genève possède des vignobles, des terres agricoles et des zones rurales comme les autres cantons. Genève dispose d'un aéroport international, qui nécessite des mesures supplémentaires pour la sécurité aérienne. Si le modèle fonctionne là-bas, aucun argument structurel ne permet de penser qu'il ne fonctionnerait pas ailleurs. D'ailleurs, pendant la saison de chasse, de nombreux animaux sauvages des cantons voisins et de France viennent trouver refuge à Genève. Une preuve vivante que les animaux sauvages évitent les territoires de chasse.

«Sans la chasse de loisir, les dégâts causés par la faune sauvage exploseraient.» Plus de 50 ans d'expérience genevoise prouvent le contraire : des populations d'animaux sauvages stables, des dégâts de gibier maîtrisés, une biodiversité plus élevée. La chasse de loisir provoque souvent des dégâts de gibier, car la pression de chasse pousse les animaux dans la forêt et accroît l'abroutissement. Là où des prédateurs sont présents, l'abroutissement diminue.

«Les chasseurs de loisir rendent un service bénévole à la collectivité.» Ce récit laisse entendre que les chasseurs de loisir agiraient de manière désintéressée. En réalité, il s'agit d'un loisir fondé sur la mise à mort d'animaux. Les coûts sociétaux de ce loisir, des accidents de chasse aux problèmes de protection animale en passant par les pertes de biodiversité, sont supportés par la collectivité. Les gardes-faune professionnels rendent véritablement un service au public, tandis que les chasseurs de loisir rendent service à leur loisir.

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Dossiers apparentés

Sources

  • SUVA : statistique des accidents LAA, 300 accidents de chasse/an, 3,6 millions de francs de coûts (suva.ch)
  • BPA : plus de 75 décès dus à des accidents de chasse entre 2000 et 2019
  • SRF/Axa : coûts moyens des accidents de la faune de 3’800 fr. par sinistre (srf.ch, octobre 2025)
  • Protection Suisse des Animaux : 20’000 accidents de la faune par an en Suisse
  • OFEV SilvaProtect-CH : surface de forêt protectrice par canton, 585’000 ha de forêt protectrice (bafu.admin.ch)
  • Waldwissen.net/OFEV : 150 millions de francs par an pour l'entretien des forêts protectrices (waldwissen.net)
  • Conseil fédéral : message sur les crédits d'engagement Environnement 2025-2028, 451 millions de francs pour la forêt (admin.ch)
  • OFEV/WSL : rapport forestier 2025, 30% de forêt protectrice avec très peu de régénération
  • Canton d’Obwald : coûts nets de l’entretien de la forêt protectrice, 12’500 fr./ha (ow.ch)
  • Canton de Genève, inspecteur de la faune Gottlieb Dandliker : coûts et fonctionnement de la gestion de la faune genevoise
  • IG Wild beim Wild : statistique de la chasse 2022 et 2025, comparaison Genève – Schaffhouse
  • IG Wild beim Wild : la Suisse chasse, mais pourquoi encore au juste ? (2025)
  • Parti des animaux Suisse : protection des animaux sauvages, coûts externes de la chasse de milice
  • IG Wild beim Wild : argumentaire pour des gardes-faune professionnels
  • Prescriptions de chasse bernoises : taxes de patente, suppléments pour dégâts causés par le gibier, contributions à la gestion cynégétique
  • Fondation Franz Weber : modèle genevois, référendum JSG 2020
  • OFEV : statistique des accidents de gibier en Suisse
  • Loi fédérale sur la chasse et la protection des mammifères et oiseaux sauvages (JSG, RS 922.0)
  • Canton du Valais, Service de la chasse, de la pêche et de la faune : bilan 2025/2026 sur la présence et la régulation du loup (13’390 heures de travail, indemnisations 170’000 fr.) ; estimation des coûts de 0,8 à 1 million de fr. par IG Wild beim Wild
  • SRF : loi sur la chasse rejetée, 27.9.2020, 51,9% de non (srf.ch)
  • DETEC : votation sur la loi sur la chasse 2020 (uvek.admin.ch)
  • USP : initiative sur la biodiversité rejetée, 22.9.2024, 63% de non (sbv-usp.ch)
  • SRF : Parc Adula, scepticisme dans le Val Blenio, 2016 (srf.ch)
  • wildbeimwild.com : l'association tessinoise de chasseurs FCTI fête 30 ans de bêtises (wildbeimwild.com)
  • wildbeimwild.com : Succès, ChasseSuisse perd : acquittement du tribunal pénal de Bellinzone le 17.7.2020 (wildbeimwild.com)
  • Conseil fédéral : rapport « Obligation de déclarer les fourrures », 23.5.2018, chapitre 3.3, p. 8–9 : environ 17’500 animaux à fourrure abattus à la chasse éliminés sans être utilisés ; chiffres de tir 2015 issus de la statistique fédérale de la chasse, valorisation des peaux selon SwissFur (admin.ch)
  • Beobachter : « Les protecteurs de la nature se mobilisent pour Maître Renard », déclarations de Felix Labhardt et Peter Juesy (beobachter.ch)
  • ChasseSuisse : prise de position sur la chasse au renard, 20.11.2025 (jagd.ch)
  • Commune de Sarmenstorf : règlement sur le financement de l'élimination des sous-produits animaux ; commune de Sempach : centre de collecte des cadavres d'animaux, prise en charge des coûts par la caisse cantonale des épizooties de Lucerne

Notre exigence

Le lobby de la chasse de loisir affirme qu'il ne coûte rien à l'État. C'est un mensonge par omission : les coûts externes ne sont jamais relevés, jamais comptabilisés et jamais rendus publics. Le modèle genevois montre qu'il est possible de faire autrement : de manière transparente, professionnelle et abordable. Une tasse de café par habitant pour un système dont l'efficacité est prouvée, qui favorise la biodiversité et qui n'a pas besoin de chasseurs de loisir. Ce dossier exige ce qui aurait dû être fait depuis longtemps : un décompte honnête. Celui qui dissimule des coûts a quelque chose à cacher. Ce dossier est régulièrement mis à jour.

Plus d'informations sur la chasse de loisir : dans notre dossier sur la chasse en Suisse nous rassemblons des vérifications de faits, des analyses et des reportages de fond.