50 ans sans chasse de loisir dans le canton de Genève
Abattre les sangliers et cerfs en surnombre ou limiter leur reproduction par des méthodes contraceptives ? Jusqu'à fin avril, une enquête en ligne permet aux citoyens genevois de se prononcer sur cette proposition.
Depuis l'interdiction de la chasse de loisir en 1974 à la suite d'une votation populaire, la faune s'est développée de manière très positive.
Malgré sa faible superficie de seulement 282 km2 et une forte urbanisation pour une population totale de 500’000 habitants, le canton de Genève abrite une faune diversifiée comptant plus de 20’000 espèces animales.
Le nombre d'oiseaux aquatiques hivernants a fortement augmenté et jamais on n'avait observé une telle richesse et une telle diversité de canards sur le lac et les rivières. La densité de lièvres dans le canton est parmi les plus élevées de Suisse. Les populations d'ongulés, notamment les sangliers et les cerfs, devenus rares depuis 1974, sont également très présentes. Après sa réintroduction en France, le cerf, qui avait complètement disparu pendant 150 ans, est progressivement revenu au cours des quinze dernières années. Une population résidente s'est désormais établie dans les forêts de Versoix.
Protection des végétaux contre les dégâts
Si cette situation peut réjouir les habitants et les promeneurs du canton, qui peuvent ainsi observer de nombreux animaux dans leur environnement naturel, elle nécessite la mise en place de clôtures autour de nombreuses parcelles agricoles ou forestières afin de les protéger des dégâts causés par les animaux sauvages . Malgré l'installation temporaire de 80 à 100 kilomètres de clôtures électriques par an, le coût total de l'indemnisation des agriculteurs et de la prévention des dommages est estimé à environ Fr. 300’000.
Accidents impliquant des animaux sauvages
Un nombre élevé d'animaux augmente également les risques pour la sécurité publique, notamment en matière d'accidents de la route. Ainsi, entre 50 et 100 accidents sont recensés chaque année, toutes espèces confondues.
Régulation des animaux
L'interdiction de la chasse de loisir n'a jamais complètement arrêté les abattages d'animaux.
Les différents textes de loi ont toujours prévu la possibilité de les effectuer, mais uniquement en dernier recours, lorsque toutes les mesures préventives sont épuisées (Art. 16, al. 1 LFaune).
Néanmoins, l'État ne fait pas appel aux chasseurs de loisir pour effectuer les tirs de régulation. Cette tâche incombe aux gardes de l'environnement sous la direction du service cantonal de l'agriculture et de la nature.
Pour des raisons de tranquillité de la faune, d'efficacité technique et de sécurité publique, les gardes de l'environnement effectuent les tirs de nuit à l'aide d'amplificateurs de lumière. Afin de minimiser le stress ou la souffrance des animaux, aucune battue ni poursuite n'est organisée. Les tirs sont effectués dès que la cible est identifiée, avec la garantie que l'animal est tué instantanément, ce qui est le cas dans 99 % des tirs selon le service cantonal de l'agriculture et de la nature.
Les dispositifs de visée nocturne sont aujourd'hui utilisés dans plusieurs cantons (Zurich, Saint-Gall, Thurgovie, Argovie) et le canton de Genève a servi de modèle en la matière. La précision de tir s'en trouve améliorée et les animaux sauvages souffrent moins. Les lunettes de visée ont elles aussi été controversées par le passé avant de s'imposer aujourd'hui.
La protection des animaux implique avant tout d'éviter les animaux blessés par balle. Cela se produit massivement avec les chasseurs de loisir. Dans les Grisons, par exemple, un cerf sur dix est seulement blessé au lieu d'être abattu.
Nombre d'animaux abattus
La régulation des mammifères concerne principalement les sangliers et les cerfs. Depuis le début des années 2000, environ 200 sangliers sont abattus chaque année. Ces chiffres s'expliquent par la volonté des autorités de maintenir la population de 170 sangliers à ce niveau afin de contenir les dégâts. Les tirs visent à stabiliser la population, qui peut doubler chaque année en raison de la reproduction des laies.
Depuis les années 2015, c'est au tour des chevreuils d'être abattus en raison des dégâts croissants dans les vignobles. Entre 20 et 30 chevreuils sont abattus chaque année. Entre le 1er décembre 2023 et le 31 janvier 2024, 25 chevreuils ont été abattus dans les forêts de Versoix. Ces abattages se répéteront vraisemblablement.
Solution pour les tirs de substitution
Après que le Conseil d'État eut annoncé en octobre 2023 l'abattage de cerfs, plusieurs organisations, soutenues par une pétition réunissant plus de 25’000 signatures, ont réclamé l'utilisation du vaccin immunocontraceptif GonaCon pour réduire les populations de sangliers et de cerfs en remplacement des abattages.
Le recours à une méthode contraceptive en tant que mesure préventive est conforme à l'article 16 de la loi genevoise sur la faune sauvage.
Utilisation du vaccin GonaCon
L'avantage du vaccin GonaCon réside dans le fait que son effet est réversible. Les anticorps que l'organisme produit après la vaccination bloqueront la production hormonale (gonadotrophine) ainsi que le processus de reproduction de l'animal. La durée moyenne d'efficacité du vaccin est d'environ deux ans. Il permettrait de stabiliser ou de réduire les populations animales dans les zones où les animaux causent trop de dégâts, tandis qu'une partie des femelles pourrait mettre bas en fonction du nombre d'animaux souhaité. GonaCon est utilisé efficacement depuis une dizaine d'années sur les populations de cerfs et de sangliers, sans qu'aucun effet négatif (sur le comportement ou d'autres aspects) n'ait été constaté.
Abattages pour la régulation ou vaccination préventive ?
Qu'il s'agisse d'abattages ou de l'utilisation de GonaCon, le procédé devrait être identique en termes de dépenses.
Le temps moyen qu'un garde de l'environnement consacre à l'abattage d'un sanglier est de 8 à 15 heures par animal. Les coûts annuels moyens des travaux de régulation cynégétique sont estimés à Fr. 200’000, dont 30’000 sont déduits grâce à la vente de la viande à une boucherie locale.
Si des chasseurs de loisir intervenaient, les coûts ne seraient pas non plus inférieurs, car ils devraient être étroitement encadrés et contrôlés, comme c'est le cas dans les autres cantons.
En comparaison, la pêche engloutirait bien plus de coûts, bien que des licences y soient vendues. L'Office cantonal de l'agriculture et de la nature considère donc l'interdiction de chasse pour les chasseurs de loisir à Genève comme l'alternative la moins coûteuse pour le canton et comme une option très facilement viable financièrement sur le long terme.
Le prix du vaccin est avantageux. Mais la capture de sangliers ou de cerfs pour les vaccinations et les marquages nécessiterait davantage de ressources humaines que l'abattage. Pour réduire les coûts, le service cantonal de l'agriculture et de la nature pourrait, comme c'est déjà le cas pour d'autres projets, être soutenu par des bénévoles d'organisations partenaires, par exemple des associations de protection de la nature ou des animaux. Une réduction des effectifs animaux dans les zones sensibles permettrait de diminuer les coûts de protection des végétaux à la charge du canton ainsi que les contraintes pesant sur les agriculteurs dans la gestion des installations.
Les deux méthodes soulèvent cependant des questions éthiques distinctes : est-il préférable de laisser les animaux en vie, mais d'inhiber temporairement la capacité de reproduction d'une partie d'entre eux ? Ou, comme cela se pratique actuellement, d'en mettre un certain nombre à mort, sans perturber le cycle hormonal naturel des animaux ?
Les citoyens genevois peuvent contribuer à la résolution de cette question jusqu'à fin avril en participant à un sondage en ligne. Le résultat global du sondage sera publié le 15 mai 2024.
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