22.10.2026, 07:22

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Protection des troupeaux en Suisse : ce qui fonctionne et ce qui échoue

Depuis 2020, la Confédération recense les moutons morts : leur nombre est passé d'environ 40’000 (2021) à plus de 56’000 animaux par an, principalement en raison de maladies, de parasites, des intempéries et de défauts de détention. Selon le Groupe Loup Suisse, les loups n'en causent que moins de 2 pour cent (La vérité sur la mortalité des moutons en Suisse). Et là où la protection des troupeaux est mise en œuvre, elle fonctionne : en Valais, le nombre d'animaux de rente tués est passé de 401 (2023) à 341 (2024), puis à 318 (2025), et le nombre d'attaques de 112 à 81. Le canton l'attribue aux mesures de protection, mais aussi à la diminution du nombre d'animaux sur les alpages et à des estivages plus courts. En 2025, environ 3 millions de francs ont été investis en Valais dans la protection des troupeaux. Dans le même temps, l'administration valaisanne de la chasse a consacré 13’390 heures de travail à la gestion et à la régulation du loup ; selon l'estimation de Wild beim Wild, cela a coûté de 0,8 à un peu plus d'un million de francs d'argent public, soit environ 35’000 francs par loup abattu.

Ce dossier montre quelles mesures de protection des troupeaux fonctionnent en Suisse, pourquoi elles sont néanmoins insuffisamment appliquées et quels intérêts se cachent derrière leur sous-financement systématique. Il s'appuie sur des données de l'OFEV, d'AGRIDEA, d'administrations cantonales et de la recherche internationale.

Ce qui vous attend ici

  • Aperçu des mesures : clôtures électriques, parcs nocturnes, chiens de protection des troupeaux, gardiennage, modes de pâturage adaptés et leur efficacité démontrée.
  • La meute du Calanda : la preuve que l'on ignore : 1’500 moutons, 37 attaques en cinq ans, une protection des troupeaux systématique dans la région comptant le plus de loups de Suisse.
  • Coûts : tir contre prévention : environ 35’000 francs par loup abattu selon les estimations, 3 millions de francs pour la protection des troupeaux en Valais en 2025. Ce que coûte la protection des troupeaux et pourquoi elle revient moins cher.
  • Financement et compétences : OFEV, OFAG, programmes cantonaux, conventions-programmes et lacunes du système.
  • Chiens de protection des troupeaux : efficacité et instrumentalisation politique : comment le lobby de la chasse de loisir transforme les rencontres avec des randonneurs en argument contre la protection des troupeaux.
  • L'échec politique : pourquoi la protection des troupeaux reste sous-financée : priorités valaisannes, résistances cantonales, critiques du DJFW en 2016 et rôle du lobby de la chasse de loisir.
  • Modèles internationaux : La France, l'Italie, l'Espagne, la Norvège et ce que la Suisse peut apprendre d'eux.
  • Ce qui devrait changer : 6 revendications pour une protection des troupeaux cohérente, condition préalable à toute gestion du loup.
  • Argumentaire : Réponses aux objections les plus fréquentes contre la protection des troupeaux.
  • Liens rapides : Tous les articles, dossiers et sources externes pertinents.

Aperçu des mesures de protection des troupeaux

La Suisse dispose d'un large éventail de mesures de protection des troupeaux éprouvées qui, combinées, offrent une protection très efficace contre les attaques de loups. Aucune mesure isolée ne suffit, mais l'application systématique de plusieurs instruments réduit les prédations à un minimum, comme cela a été démontré.

Clôtures électriques constituent la base de tout concept moderne de protection des troupeaux. Les clôtures dissuasives pour les loups (d'au moins 90 cm de hauteur, avec une tension suffisante et un fil près du sol) empêchent l'accès aux pâturages clôturés. Ce qui est considéré comme une clôture de protection des troupeaux conforme est réglé par l'art. 10c de l'ordonnance sur la chasse. Correctement installées et entretenues, les clôtures électriques comptent parmi les mesures les plus efficaces. Les coûts se situent autour de 3 à 5 francs par mètre linéaire, ce qui est nettement moins cher qu'un seul tir de loup.

Parcs de nuit protègent le troupeau durant la phase où il est le plus vulnérable : la nuit, lorsque les loups sont le plus actifs. Enfermer les animaux pour la nuit dans un parc mobile ou fixe, combiné à une clôture électrique, réduit drastiquement les prédations. Sur la plupart des alpages concernés, cette mesure serait applicable, mais elle n'est pas exigée de manière systématique dans de nombreux cantons.

Chiens de protection des troupeaux sont l'instrument individuel le plus efficace. En Suisse, plusieurs centaines de chiens de protection des troupeaux sont en service ; dans les Grisons seuls, ils étaient environ 400 en 2023 selon le centre de conseil cantonal Plantahof. Les races reconnues par la Confédération sont le Pastore Abruzzese (Maremmano) et le Montagne des Pyrénées. Ils vivent auprès du troupeau, détectent les prédateurs à temps et les chassent par des aboiements et un comportement d'intimidation. AGRIDEA et le service spécialisé en protection des troupeaux documentent leur efficacité depuis plus de 20 ans (Selon l'étude d'AGRIDEA, la protection des troupeaux avec des chiens fonctionne bien).

Le gardiennage signifie la présence permanente d'un berger ou d'une bergère auprès du troupeau. Combiné avec des chiens et des clôtures, le gardiennage est la plus efficace de toutes les mesures. Dans de nombreuses régions d'alpages suisses, l'estivage se fait toutefois encore sans gardiennage pour des raisons de coûts, ce qui laisse les animaux sans protection, non seulement contre les loups, mais aussi contre les maladies, les chutes et les intempéries.

Modes de pâturage adaptés comprennent le choix de pâturages adaptés, l'évitement du pâturage libre et une montée en alpage adaptée dans le temps. Dans certaines régions, le passage de l'élevage ovin à l'élevage bovin (moins exposé au loup) peut être judicieux. La combinaison d'une adaptation du pâturage et de mesures de protection des troupeaux est ce que signifie concrètement la «coexistence».

Pour en savoir plus : Alternatives à la chasse de loisir et Corridors fauniques et mise en réseau des habitats

La meute du Calanda : la preuve que l'on ignore

La meute du Calanda, aux Grisons, est depuis 2012 la meute de loups la mieux documentée de Suisse et fournit la preuve empirique la plus solide de l'efficacité de la protection des troupeaux. Environ 1’500 moutons estivent sur le territoire de la meute. Au cours des cinq premières années de son existence, la meute du Calanda n'a tué que 37 animaux de rente, un taux nettement inférieur à ce que l'on observe habituellement dans les zones non protégées.

La raison n'a rien d'un hasard : dans la région du Calanda, on a investi de manière systématique dans la protection des troupeaux dès le départ. Clôtures électriques, parcs de nuit, chiens de protection des troupeaux et pâturage adapté y ont été utilisés de façon méthodique. L'expérience le montre : là où la protection des troupeaux est appliquée de manière cohérente, les attaques diminuent, même lorsque la population de loups augmente.

Pourtant, le modèle du Calanda est à peine cité en exemple dans le débat politique. En Valais, où 27 loups ont été tués à eux seuls durant la période de régulation 2025/26, selon le bilan valaisan du loup 2025, l'administration de la chasse a consacré 13’390 heures de travail à la gestion du loup et à sa régulation. La meute du Calanda prouve ce qui serait possible. Le Valais montre ce qui est politiquement voulu.

Pour en savoir plus : Le loup en Suisse : faits, politique et limites de la chasse et Loup : fonction écologique et réalité politique

Coûts : tir contre prévention

Le calcul des coûts de la politique de tir révèle un déséquilibre grotesque. Pour 2025, le canton du Valais fait état de 13’390 heures de travail consacrées à la gestion et à la régulation du loup. Évaluées à un tarif prudent de 60 à 80 francs de l'heure, elles représentent, selon le calcul de Wild beim Wild, 0,8 à un peu plus de 1 million de francs pour la régulation de 27 loups durant la période 2025/26, soit environ 35’000 francs par loup tué. Le canton lui-même ne publie pas ce montant. À titre de comparaison : environ 3 millions de francs ont été investis en 2025 dans des mesures de protection des troupeaux sur les alpages valaisans, dont 1,63 million provenant du canton et le reste de la Confédération ; le secteur Protection des troupeaux du service cantonal de l'agriculture fonctionnait avec 2,2 postes à plein temps (canton du Valais, mars 2026). Pour 2026, le canton budgétise plus de 1,8 million de francs, dont 700’000 francs pour des bergers auxiliaires et 160’000 francs pour l'entretien de chiens de protection des troupeaux.

Combien coûterait une protection des troupeaux systématique ? Le calcul est simple. Un chien de protection des troupeaux coûte entre 3’000 et 5’000 francs par an (nourriture, vétérinaire, formation). Une clôture électrique pour un pâturage d’alpage moyen : 5’000 à 10’000 francs d’investissement initial, puis des frais d’entretien minimes. Un berger ou une bergère pour une saison d’alpage : 15’000 à 25’000 francs. Pour le prix d’un seul loup abattu, on pourrait financer pendant un an sept à dix chiens de protection des troupeaux.

Au niveau national, le programme fédéral de protection des troupeaux a coûté environ 3 millions de francs en 2020 (Conseil fédéral, réponse à une interpellation, 2021). Depuis, la Confédération a accordé à plusieurs reprises des moyens supplémentaires, notamment 5,7 millions de francs pour des mesures d’urgence lors de la saison d’alpage 2022 et 3 millions de francs supplémentaires dans le budget 2024. Parallèlement, elle s’est retirée début 2024 du financement du programme d’élevage et de formation des chiens de protection des troupeaux, renvoyant aux programmes cantonaux. Au lieu d’un financement fiable et pluriannuel, on a des crédits supplémentaires d’une saison à l’autre. La question est la suivante : la Suisse est-elle prête à investir dans la protection d’animaux vivants, ou préfère-t-elle consacrer l’argent des contribuables à la mise à mort de prédateurs ?

Pour en savoir plus : Bilan valaisan sur le loup : les chiffres d'un massacre et Lois sur la chasse et contrôle : pourquoi l'autosurveillance ne suffit pas

Financement et compétences

En Suisse, la protection des troupeaux est financée et coordonnée par une combinaison d’acteurs : Confédération, cantons et services spécialisés. L’OFEV (Office fédéral de l’environnement) finance les mesures de protection des troupeaux par le biais de conventions-programmes avec les cantons. L’OFAG (Office fédéral de l’agriculture) met à disposition des moyens supplémentaires par le biais des contributions d’estivage et des programmes d’améliorations structurelles. La fondation KORA assure le suivi des prédateurs. AGRIDEA coordonne, sur mandat de l’OFEV, le service spécialisé Protection des troupeaux, conseille les agriculteurs et réalise les tests d’aptitude des chiens de protection des troupeaux. Depuis la révision entrée en vigueur le 1er février 2025, la Confédération détermine le caractère raisonnablement exigible des mesures de protection des troupeaux, tandis que les cantons définissent désormais leur faisabilité (OFEV).

Dans la pratique, on observe une mosaïque fédérale : la mise en œuvre incombe aux cantons, et les différences sont considérables. Alors que les Grisons montrent avec le modèle du Calanda ce qui est possible, le Valais mise politiquement avant tout sur les tirs, même s'il a investi environ 3 millions de francs dans la protection des troupeaux en 2025. Les conventions-programmes 2025 à 2028 prévoient certes une augmentation des moyens fédéraux, mais la mise en œuvre cantonale reste facultative. Aucun canton n'est juridiquement tenu de financer la protection des troupeaux au-delà d'un minimum.

Le Service spécialisé en protection des troupeaux d'AGRIDEA, qui assure depuis plus de 20 ans le conseil, la formation et le placement de chiens de protection des troupeaux, souffre d'un sous-financement chronique. Ses recommandations sont traitées dans de nombreux cantons comme de simples « suggestions » et non comme des normes contraignantes. Tant que la protection des troupeaux n'est pas une condition obligatoire pour l'octroi d'autorisations de tir, elle reste politiquement optionnelle et donc structurellement faible.

Pour en savoir plus : Comment les associations de chasse influencent la politique et l'opinion publique et Le lobby des chasseurs en Suisse : comment fonctionne l'influence

Chiens de protection des troupeaux : efficacité et instrumentalisation politique

Les chiens de protection des troupeaux sont un élément central de la gestion non létale du loup. En Suisse, plusieurs centaines de chiens sont à l'œuvre, et la demande dépasse l'offre (AGRIDEA). Les chiens vivent toute l'année auprès du troupeau, sont conditionnés à protéger les animaux et éloignent les prédateurs par leur simple présence. Des études menées en Italie, en France et aux États-Unis attestent des taux de protection supérieurs à 80 pour cent lorsque les chiens sont correctement formés et engagés.

En Suisse, les chiens de protection des troupeaux entraînent parfois des conflits avec les randonneurs : lorsqu'un chien perçoit une menace supposée pour son troupeau, il peut aboyer sur les promeneurs ou leur barrer le chemin. Ces incidents sont systématiquement instrumentalisés par le lobby de la chasse de loisir pour présenter les chiens de protection des troupeaux comme « dangereux » et « inacceptables ». La réalité : des incidents se produisent, mais ils restent rares et le plus souvent légers. En Valais, l'Office vétérinaire cantonal a recensé en moyenne environ cinq incidents par an, la plupart relevant de la bagatelle, comme des égratignures, des hématomes et de petites morsures ; chaque cas est examiné, et les chiens problématiques sont retirés du service. Ces incidents peuvent être résolus par une signalisation, de l'information, l'éducation canine et une adaptation du tracé des sentiers de randonnée.

Une formation professionnelle est déterminante : les éleveurs et les détenteurs forment les chiens, AGRIDEA contrôle leur aptitude sur mandat de l'OFEV, et seuls les chiens de protection des troupeaux reconnus sont soutenus par la Confédération. La formation dure environ deux ans et exige de l'expérience tant avec la race de chien qu'avec les conditions spécifiques de l'économie alpestre suisse. Le principal goulet d'étranglement n'est pas l'efficacité, mais la disponibilité : il manque des chiens formés et des éleveurs qualifiés.

Pour en savoir plus : Chiens de chasse : usage, souffrance et protection animale et Mythes de la chasse : 12 affirmations à examiner d'un œil critique

L'échec politique : pourquoi la protection des troupeaux reste sous-financée

En Suisse, la protection des troupeaux ne échoue pas pour des raisons techniques, mais politiques. En Valais, le Service de la chasse, de la pêche et de la faune (SCPF) avait déjà été vivement critiqué en 2016 par la Commission de gestion : direction faible, administration obsolète, lacunes structurelles. Le SCPF assure le suivi du loup et organise la régulation, tandis que la protection des troupeaux relève du Service de l'agriculture. La pondération politique n'en est pas moins évidente : on débat de la protection des troupeaux, mais on décide des tirs.

Christophe Darbellay, conseiller d'État valaisan du Centre et lui-même chasseur de loisir, a clairement affiché les priorités de son canton : l'objectif est de réduire le nombre de meutes de loups de onze estimées à trois (La guerre au loup de Christophe Darbellay). Dans cette logique, la protection des troupeaux apparaît comme un obstacle et non comme une solution, car une protection efficace des troupeaux saperait la justification des tirs.

Le lobby de la chasse de loisir a un intérêt stratégique à présenter la protection des troupeaux comme «insuffisante». Si la protection des troupeaux fonctionne, l'argument principal en faveur des tirs de loups disparaît. C'est pourquoi, dans les débats parlementaires, des cas isolés (une chèvre tuée malgré la clôture, un incident impliquant un chien de protection des troupeaux) sont régulièrement érigés en échec du système, tandis que les succès systématiques (Calanda, alpages de projet) sont ignorés.

Le manque de transparence dans les annonces de dommages aggrave le problème : dans de nombreux cantons, les attaques de loups sont déclarées sans que l'on documente si et quelles mesures de protection des troupeaux étaient en place au moment de l'attaque. Sans ces données, une analyse coûts-bénéfices sérieuse est impossible, ce qui sert le lobby du tir.

Pour en savoir plus : Le paysage culturel comme mythe et Médias et thématiques de chasse

Exemples internationaux

La protection des troupeaux n'est pas une expérience suisse, mais une pratique bien établie dans de nombreux pays européens.

France investit systématiquement dans la protection des troupeaux depuis les années 1990, en particulier dans les Alpes et les Pyrénées. Le programme national «Plan National d’Actions Loup» finance des chiens de protection des troupeaux, des clôtures, le gardiennage et des mesures d’urgence. Plus de 3’000 chiens de protection des troupeaux sont engagés à l’échelle du pays. L’expérience le montre: là où les mesures sont appliquées de manière systématique, les attaques diminuent considérablement.

Italie est le pays d’origine du Maremmano-Abruzzese et possède la plus longue tradition d’utilisation de chiens de protection des troupeaux. Dans les Abruzzes, en Ligurie et dans le Piémont, les mesures de protection des troupeaux sont soutenues par l’État depuis des décennies. La population locale a plus d’expérience de la coexistence que dans n’importe quelle autre région d’Europe.

Espagne mise dans les régions de montagne de la Cantabrie et des Asturies sur des approches participatives: des projets locaux de coexistence, dans lesquels agriculteurs, autorités de protection de la nature et communes élaborent ensemble des solutions, montrent que l’acceptation ne naît pas des tirs, mais de la participation.

Norvège est un contre-exemple: malgré des programmes de tir massifs, les conflits persistent, car l’élevage ovin norvégien repose largement sur le pâturage en liberté sans gardiennage. La Norvège montre que les tirs sans protection des troupeaux ne résolvent pas le problème, mais engendrent un cercle vicieux fait de mise à mort et de nouvelle immigration.

Pour en savoir plus : Le loup en Europe : comment la politique et la chasse de loisir sapent la protection des espèces et Chasse et biodiversité : la chasse protège-t-elle vraiment la nature ?

Ce qui devrait changer

  • La protection des troupeaux comme condition obligatoire pour toute autorisation de tir: Aucun tir sans preuve documentée que toutes les mesures de protection des troupeaux raisonnablement exigibles ont été mises en œuvre et évaluées pendant au moins une saison d’estivage complète. L’ordonnance révisée sur la chasse cite certes la mise en œuvre préalable de mesures de protection des troupeaux raisonnablement exigibles comme condition (art. 10b à 10d OChP), mais depuis février 2025, ce sont les cantons eux-mêmes qui décident de leur faisabilité.
  • Des moyens fédéraux fiables et nettement plus élevés pour la protection des troupeaux: Au lieu de crédits supplémentaires d’une saison à l’autre, il faut un budget fixe et pluriannuel, destiné spécifiquement aux chiens de protection des troupeaux, au gardiennage et aux infrastructures de clôture. La Suisse serait ainsi en mesure de protéger à l’échelle nationale plutôt que de tirer.
  • Documentation indépendante des dommages: Chaque déclaration d’attaque doit obligatoirement documenter si, et lesquelles, des mesures de protection des troupeaux étaient effectives au moment de l’événement. Sans ces données, toute analyse coûts-bénéfices reste sans valeur.
  • Programme national de chiens de protection des troupeaux: Les listes d'attente pour les chiens de protection des troupeaux sont longues, et depuis que la Confédération s'est retirée en 2024 du soutien à l'élevage, la sélection est morcelée entre les cantons. Un programme d'élevage et de formation coordonné par la Confédération, visant 500 chiens actifs d'ici 2030, résoudrait le principal goulet d'étranglement.
  • Séparation institutionnelle entre protection des troupeaux et chasse de loisir : Le conseil en matière de protection des troupeaux et l'évaluation visant à déterminer si une attaque a eu lieu malgré les mesures de protection doivent relever de services qui ne préparent pas en même temps des tirs. Celui qui dépose des demandes de tir ne doit pas statuer lui-même sur le caractère raisonnablement exigible de la protection des troupeaux.
  • Conseil obligatoire en matière de protection des troupeaux pour l'estivage dans les zones à loups : Chaque exploitation d'alpage qui estive dans un périmètre à loups doit suivre, avant la saison, un conseil dispensé par le service spécialisé en protection des troupeaux. Le conseil est gratuit et se conclut par un plan de protection documenté.

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Argumentaire

« La protection des troupeaux ne fonctionne pas dans les régions d'alpage escarpées. » La meute du Calanda prouve le contraire : 1’500 moutons, 37 attaques en cinq ans dans l'une des régions les plus escarpées de Suisse. Cette affirmation est répétée depuis des années sans que l'on définisse les conditions dans lesquelles la protection des troupeaux serait prétendument impossible. En réalité, la protection des troupeaux fonctionne partout où elle est appliquée de manière systématique. La question n'est pas de savoir si elle fonctionne, mais si la volonté de la mettre en œuvre existe.

« La protection des troupeaux coûte trop cher pour l'agriculture de montagne. » Un chien de protection des troupeaux coûte entre 3’000 et 5’000 francs par an. Selon les estimations de Wild beim Wild, le tir d'un loup coûte environ 35’000 francs. La régulation du loup en Valais a coûté en 2025, selon les estimations, entre 0,8 et 1 million de francs. Avec cette somme, on pourrait financer pendant un an 200 à 300 chiens de protection des troupeaux. Ce n'est pas la protection des troupeaux qui coûte trop cher, mais la politique de tir.

« Les chiens de protection des troupeaux sont dangereux pour les randonneurs. » Des incidents existent, mais ils sont rares et le plus souvent bénins : en Valais, l'office vétérinaire en a enregistré en moyenne environ cinq par an, en majorité des bagatelles. Chaque cas fait l'objet d'une enquête. Les rencontres avec les randonneurs peuvent être résolues par une signalisation, des campagnes d'information et un tracé adapté des sentiers. Le lobby de la chasse de loisir instrumentalise ces cas isolés de manière ciblée pour discréditer la protection des troupeaux dans son ensemble.

« Si la protection des troupeaux était nécessaire, nos ancêtres l'auraient déjà pratiquée. » Ils l'ont fait. Chiens de protection des troupeaux, bergers et parcs nocturnes étaient la norme dans les Alpes pendant des siècles, jusqu'à ce que les prédateurs soient exterminés. Si l'économie alpestre a abandonné ces pratiques, c'est une conséquence de leur extermination, et non la preuve qu'elles étaient superflues. Le retour des prédateurs exige le retour de la protection des troupeaux.

«Les dégâts causés par les loups augmentent malgré la protection des troupeaux.» Les attaques augmentent là où la protection des troupeaux est inexistante ou insuffisante. Dans les zones où la protection est appliquée de manière systématique (Calanda, alpages de projet AGRIDEA), les attaques restent à un faible niveau. Au Tessin, selon le canton, 98 pour cent des animaux de rente tués en 2022 n'étaient pas protégés (Tessin : 98 % des animaux de rente tués sans protection des troupeaux). Et en Valais, le nombre d'attaques diminue depuis 2023. Déplorer la hausse des attaques sans s'interroger sur le niveau de protection des troupeaux, c'est déplacer la cause du problème.

Liens rapides

Articles sur Wild beim Wild :

Dossiers apparentés :

Sources

  • Canton du Valais, Service de l'agriculture (4.3.2026) : Bilan de la protection des troupeaux 2025. Communiqué de presse
  • Canton du Valais (2026) : Grands prédateurs, bilan 2025/2026 de la présence du loup en Valais et de sa régulation
  • OFEV : Protection des troupeaux (bafu.admin.ch) ; Ordonnance sur la chasse (OChP, RS 922.01), art. 10b à 10d
  • AGRIDEA (2023) : Rapport annuel Protection des troupeaux Suisse 2022
  • Conseil fédéral (2021) : Réponse à l'interpellation Ruppen sur les coûts des grands prédateurs
  • OFEV (19.5.2022) : La Confédération accorde 5,7 millions de francs pour la protection des troupeaux. Communiqué de presse

Notre exigence

Ce dossier montre que la protection des troupeaux n'est pas une revendication utopique de défenseurs des animaux, mais une pratique éprouvée, finançable et qui a fait ses preuves à l'international. Celles et ceux qui réclament des tirs avant que toutes les mesures de protection des troupeaux aient été épuisées n'agissent pas dans l'intérêt de l'agriculture de montagne, mais dans celui d'un lobby de la chasse de loisir qui a besoin du loup pour justifier sa propre existence. La meute du Calanda et les expériences de la France, de l'Italie et de l'Espagne le prouvent : la coexistence avec les prédateurs est possible lorsque la volonté politique est là.

Si vous connaissez des indications, des données ou des témoignages sur la protection des troupeaux qui auraient leur place dans ce dossier, écrivez-nous. Nous recherchons en particulier des documents sur des exploitations d'alpage qui travaillent avec succès avec la protection des troupeaux.

Plus d'informations sur la chasse de loisir : dans notre Dossier sur la chasse nous rassemblons des vérifications de faits, des analyses et des reportages de fond.