Lynx Suisse : espèce clé et objet de controverse politique
En Suisse vivent environ 360 lynx eurasiens. Ils descendent d'une vingtaine d'individus réintroduits dans les années 1970 depuis les Carpates. La Suisse abrite ainsi la plus grande population de lynx de tout l'espace alpin et porte une responsabilité particulière à l'échelle européenne pour la préservation de cette espèce strictement protégée. Dans le même temps, le patrimoine génétique des deux sous-populations (Alpes et Jura) est d'une faiblesse préoccupante. La consanguinité, l'appauvrissement génétique, les accidents de la circulation et le braconnage par des chasseurs de loisir menacent l'avenir du lynx.
Quelle contradiction : un pays qui se présente comme une nation protectrice de la nature protège sur le papier son plus grand prédateur félin indigène, mais le laisse disparaître dans les faits, pris entre les intérêts du lobby, les tirs par confusion et le blocage politique. En novembre 2024, un garde-faune des Grisons a abattu trois lynx, un mâle adulte et deux jeunes, les ayant confondus avec des loups. Le projet de compensation prévu, le lâcher de deux lynx de remplacement, a été suspendu quelques mois plus tard sous la pression du lobby de la chasse de loisir. Dans le Jura, un lynx sans oreilles illustre concrètement ce que signifie l'appauvrissement génétique : souffles cardiaques, faible poids de naissance, fertilité en chute drastique.
Ce dossier rassemble les faits essentiels sur le lynx en Suisse : son rôle écologique en tant qu'espèce clé, les blocages politiques qui empêchent son expansion, les menaces liées à la chasse de loisir, au braconnage et au morcellement de l'habitat, ainsi que la question de savoir pourquoi une espèce légalement protégée ne bénéficie en réalité d'aucune protection fiable.
Ce qui vous attend ici
- Biologie et mode de vie : Qui est le lynx, comment il chasse, pourquoi il est indispensable en tant qu'espèce clé pour la biodiversité.
- Importance écologique : Comment le lynx régule les populations de chevreuils, favorise la régénération forestière et stabilise les écosystèmes, mieux que n'importe quel chasseur de loisir.
- Population et crise génétique : Pourquoi 340 lynx issus de 20 animaux fondateurs ne sont pas une raison de se rassurer, et ce que signifient la consanguinité, l'isolement et le manque de connectivité.
- Menaces :Braconnage, tirs par confusion, trafic routier, morcellement de l'habitat et entretien systématique de l'image de l'ennemi par le lobby de la chasse de loisir.
- Le cas des Grisons en 2024 : Trois lynx abattus, une compensation stoppée et un système qui traite les prédateurs comme des dommages collatéraux.
- Politique et lobby : Comment les associations de chasse bloquent la protection du lynx et pourquoi le lynx bénéficie politiquement de moins de protection que sur le papier.
- Situation en octobre 2026 : Demande du Valais concernant le lynx, recensement de l'université de Berne et base légale.
- « Le saviez-vous ? » : 25 faits sur le lynx qui réfutent le narratif de la chasse.
- Alternatives : Ce qui peut sauver le lynx.
- Ce qui devrait changer : Des revendications politiques concrètes.
- Argumentaire : Réponses aux affirmations les plus fréquentes du lobby de la chasse de loisir au sujet du lynx.
- Liens rapides : Tous les articles, études et dossiers pertinents.
Biologie et mode de vie : le plus grand félin sauvage d'Europe
Le lynx eurasien (Lynx lynx) est le plus grand félin sauvage d'Europe. Les individus adultes atteignent une longueur du corps de 70 à 110 centimètres, une hauteur au garrot de 50 à 75 centimètres et un poids de 15 à 38 kilogrammes. Les pinceaux auriculaires caractéristiques, les favoris prononcés et la queue courte à extrémité noire le rendent reconnaissable entre tous. Les touffes de poils sur les oreilles renforcent l'ouïe : les lynx peuvent percevoir un chevreuil passant à 500 mètres de distance.
Les lynx sont des solitaires aux vastes territoires. Un mâle revendique un territoire de 100 à 300 kilomètres carrés, une femelle de 50 à 150 kilomètres carrés. Ces besoins en espace expliquent pourquoi le lynx dépend de grandes zones forestières d'un seul tenant et pourquoi le morcellement de l'habitat par les routes, les zones habitées et les autoroutes constitue l'une des plus grandes menaces qui pèsent sur lui.
Chasseur à l'affût et par surprise, le lynx capture ses proies sur les passages de la faune régulièrement empruntés. Son spectre de proies comprend principalement des chevreuils et des chamois, ainsi que des renards, des martres, des lièvres, de jeunes sangliers, des marmottes et occasionnellement des oiseaux. Contrairement au loup, le lynx revient sur sa proie tuée et l'exploite sur plusieurs jours. Il ne mange de la charogne qu'en cas de nécessité absolue. Ses grandes pattes empêchent le lynx de s'enfoncer profondément dans la neige en hiver : un avantage décisif face à ses proies.
Pour en savoir plus : Le lynx : portrait d'un animal et L'importance du lynx pour la préservation de la biodiversité
Écologie : pourquoi le lynx fait plus pour la forêt que n'importe quel chasseur de loisir
Le lynx est une espèce clé. Sa présence ou son absence a des effets directs et indirects sur une multitude d'autres espèces et sur l'écosystème dans son ensemble. En régulant les populations de chevreuils et de chamois de manière spatiale et socialement tolérable, il empêche le surpâturage et favorise la régénération forestière naturelle. Là où le lynx est présent, la pression d'abroutissement sur les jeunes arbres diminue de manière mesurable, non pas parce qu'il capture tous les chevreuils, mais parce que sa simple présence modifie le comportement d'utilisation de l'espace des proies.
Ce principe du «paysage de la peur» est bien documenté en écologie comportementale : les chevreuils et les chamois évitent certaines zones lorsqu'ils savent qu'un prédateur se trouve à proximité. La végétation de ces zones bénéficie alors d'une chance de régénération. Des forêts structurellement riches, avec de vieux et de jeunes arbres, se développent : des habitats pour une multitude d'autres espèces animales, des pics aux insectes.
La chasse de loisir ne peut pas remplacer cet effet. Les chasseurs de loisir sont présents dans la réserve de chasse de manière limitée dans le temps, suivent des horaires humains et sélectionnent selon la taille du trophée, et non selon la fonction biologique. Le lynx, lui, est présent toute l'année, capture avec une bien plus grande précision les animaux malades et affaiblis et stabilise durablement les populations. Le résultat : moins d'abroutissement, des populations sauvages plus saines, une meilleure régénération forestière, sans tirer le moindre coup de feu.
Le lynx sert en outre d'espèce indicatrice : sa présence montre qu'un écosystème est intact et que les conditions environnementales sont suffisantes pour une population durable. Son absence est un signal d'alarme. La promotion du lynx n'est donc pas seulement une protection des espèces, c'est une protection de l'écosystème.
Pour en savoir plus : Pourquoi la chasse de loisir échoue comme moyen de contrôle des populations et argumentaire pour des gardes-faune professionnels
Population et crise génétique : 360 lynx, 20 animaux fondateurs, un patrimoine génétique fragile
En Suisse, le lynx a été exterminé au XIXe siècle par une persécution intensive. Depuis 1962, il est protégé par la loi sur la chasse. Le 23 avril 1971, dans le canton d'Obwald, dans la réserve fédérale «Hutstock» du Melchtal, les premiers lynx ont été relâchés : des animaux capturés à l'état sauvage dans les Carpates slovaques. Au cours des années suivantes, 25 à 30 individus au total ont été relâchés dans l'espace alpin et le Jura.
Les estimations actuelles de la fondation KORA font état d'un total d'environ 343 lynx indépendants en Suisse. Parmi eux, environ 261 appartiennent à la population alpine et 81 à la population jurassienne. Depuis 2010, on observe une légère augmentation de l'effectif. Cela ressemble à une success story, mais ce n'est le cas qu'en apparence.
Le problème central est génétique : tous les lynx suisses descendent d'environ 20 animaux fondateurs. Tant la population alpine que la population jurassienne sont considérées comme fortement menacées, car le pool génétique est beaucoup trop restreint et donc fragile. Dans le Jura, la consanguinité montre déjà des conséquences visibles : souffles cardiaques chez les jeunes, faible poids à la naissance, recul drastique de la fertilité. Un lynx photographié en 2024 sans oreilles dans le massif du Jura franco-suisse est devenu le symbole de cet appauvrissement génétique.
La population jurassienne de lynx est particulièrement menacée, car elle vit isolée, sans échange génétique avec la population alpine. Des barrières naturelles telles que les autoroutes, les zones urbanisées et l'absence de corridors fauniques empêchent la migration. Entre 2001 et 2008, plusieurs lynx du Jura et des Préalpes du Nord-Ouest ont été relocalisés en Suisse nord-orientale dans le cadre du projet LUNO. Une troisième population s'y est établie, qui s'étend en direction de la Suisse centrale et de l'Autriche. Mais cette mesure non plus ne résout pas le problème génétique de fond.
Pour en savoir plus : Les lynx suisses en grand danger et Un lynx sans oreilles : conséquence de l'appauvrissement génétique ?
Menaces : braconnage, confusion, trafic routier et lobby
Le lynx est protégé par le droit fédéral et considéré comme une espèce de très haute priorité nationale. Dans la réalité, le lynx en Suisse se trouve exposé à tout un ensemble de menaces qui sapent pratiquement son statut de protection.
Braconnage par des chasseurs de loisir : Des espèces protégées figurant sur la Liste rouge, dont le lynx, sont régulièrement abattues illégalement. Pro Natura a documenté de manière systématique, dans une analyse très remarquée, des cas de braconnage de lynx en Suisse. Le nombre de cas non recensés est élevé, car les lynx vivent dans des zones forestières reculées et les tirs illégaux sont difficiles à prouver.
Tirs par confusion : Le 16 novembre 2024, un garde-faune a abattu trois lynx (un mâle adulte et deux jeunes) dans la Surselva, dans le canton des Grisons, lors d'une opération de régulation du loup. L'homme a identifié les animaux de nuit au moyen d'une technologie d'imagerie thermique et était « fermement convaincu » de tirer sur de jeunes loups dont le tir avait été autorisé. Ce cas montre à quel point un système qui tire de nuit sur des prédateurs à l'aide de dispositifs de vision nocturne est sujet aux erreurs.
Accidents de la route : La mort sur la route est l'une des causes de mortalité non naturelle les plus fréquentes chez le lynx en Suisse. Le réseau routier dense morcelle les habitats et les corridors de migration. Sur le Plateau en particulier, où les lynx devraient pouvoir circuler entre le Jura et les Alpes, les corridors fauniques fonctionnels font défaut.
Morcellement des habitats : Les autoroutes, les zones habitées et l'agriculture intensive empêchent la dispersion naturelle et les échanges génétiques entre les sous-populations. En particulier dans les Préalpes et les Alpes du sud-est ainsi que dans les Alpes du Sud, il existe de vastes habitats encore inoccupés que le lynx ne peut atteindre par ses propres moyens.
Lobby de la chasse de loisir : Depuis des décennies, les associations de chasse mènent des campagnes systématiques contre les prédateurs. Le lynx est présenté comme un concurrent pour le gibier chassable : une menace pour les populations de chevreuils et de chamois, et donc pour la régale de chasse des cantons. Le concept Lynx de l'OFEV prévoit explicitement que des interventions régulatrices sur les populations de lynx sont possibles en cas de « pertes importantes dans l'exploitation de la régale de chasse ». Le statut de protection du lynx est ainsi subordonné aux intérêts économiques d'un lobby de la chasse de loisir.
Pour en savoir plus : L'Office grison de la chasse et des bêtises abat trois lynx protégés et Corridors fauniques et mise en réseau des habitats
Le cas des Grisons : confusion, compensation, blocage
Le 16 novembre 2024, trois lynx sont abattus dans les Grisons dans le cadre d'une régulation du loup : un animal adulte et deux jeunes. La version officielle : une confusion commise par un garde-faune de nuit. L'incident déclenche un scandale. Le garde-faune se dénonce lui-même, est condamné à une amende et exclu de la chasse au loup. En décembre 2025, l'Office fédéral de l'environnement (OFEV) autorise le canton des Grisons à relâcher deux lynx en compensation, l'un venant du Jura, l'autre des Carpates.
Mais en février 2026, le canton stoppe le projet. Non pas pour des raisons techniques, mais parce que des milieux paysans proches de l'UDC au parlement, où les intérêts de la chasse de loisir jouent un rôle important, exercent une pression. L'autorisation fédérale reste en vigueur, mais l'exécution cantonale est bloquée. La protection des espèces devient un exercice facultatif, et non une tâche obligatoire.
La sanction juridique pour la mort de trois lynx strictement protégés : une amende pour infractions répétées à la loi sur la chasse. Trois lynx morts sont considérés comme une erreur, mais pas comme une erreur systémique. Le signal est clair : quiconque veut compenser les prédateurs perdus à cause de tirs erronés doit s'attendre à subir la résistance du lobby de la chasse de loisir. Ce qui se passe aujourd'hui pour le loup (tirs motivés politiquement, démantèlement des unités familiales, abaissement du statut de protection) pourra demain être exigé pour le lynx.
Pour en savoir plus : Grisons : le lâcher de lynx est stoppé et Le loup en Europe : comment la politique et la chasse de loisir sapent la protection des espèces
Politique et lobby : protection sur le papier, intérêts de chasse dans la pratique
Le lynx est protégé en Suisse par la loi sur la chasse (LChP) et l'ordonnance sur la chasse (OChP). Il ne peut pas être chassé. L'OFEV a élaboré un concept lynx Suisse comme aide à l'exécution. La Suisse participe à des projets internationaux de réintroduction et a transféré des lynx en Allemagne, en Autriche et en Italie. Sur le papier, cela semble bien.
Dans la pratique, la protection du lynx entre systématiquement en collision avec les intérêts du lobby de la chasse de loisir. Le concept lynx de l'OFEV prévoit des tirs de régulation lorsque les lynx causent «de grands dommages aux effectifs d'animaux de rente» ou «de fortes pertes dans l'exploitation de la régale de chasse». Ce dernier point est déterminant : le lynx peut être régulé s'il capture trop de chevreuils et de chamois, c'est-à-dire exactement ce pour quoi il existe sur le plan écologique. Le lobby de la chasse de loisir dispose ainsi d'un instrument pour saper systématiquement la protection du lynx.
Les associations de chasse des cantons de Vaud, de Neuchâtel et de Franche-Comté exigent des interventions sur les effectifs malgré le déclin manifeste du lynx dans le Jura. Dans les Grisons, la pression politique bloque le lâcher de lynx de compensation. Le plafond du loup, actuellement en discussion au parlement, crée un précédent : ce qui vaut aujourd'hui pour le loup pourra demain être exigé pour le lynx. Les prédateurs ne sont pas traités, dans le système politique suisse, comme une composante d'écosystèmes fonctionnels, mais comme des facteurs perturbateurs dont la présence est politiquement négociable.
Pour en savoir plus : Interdiction de la chasse en Suisse et Textes types pour des interventions critiques envers la chasse dans les parlements cantonaux
Situation en octobre 2026
Le canton du Valais souhaite être le premier canton à demander une régulation de la population de lynx. Selon la SRF, le conseiller d'État Christophe Darbellay a annoncé en juin 2026 que la demande serait déposée auprès de l'Office fédéral de l'environnement (OFEV) d'ici la fin de l'été. Le canton n'a jusqu'à présent pas communiqué publiquement si la demande a été déposée. Des tirs isolés de lynx ont déjà eu lieu, par exemple en 2024 dans le canton de Schwyz ; une intervention sur la population serait une nouveauté. Contexte : Le Valais veut tirer des lynx pour la première fois.
La base légale serait l'art. 12 al. 4 de la loi sur la chasse combiné à l'art. 4 de l'ordonnance sur la chasse : l'accord préalable de l'OFEV ainsi que des données sur la taille de la population, les dommages et les mesures de prévention sont nécessaires. L'ordonnance mentionne également comme motif « des pertes importantes dans l'exploitation des régales de chasse ». L'art. 7a de la loi sur la chasse ne concerne que le loup et le bouquetin.
La base de données est contestée. Le canton indique sur son site internet 60 à 80 lynx. Un groupe de recherche de l'Université de Berne dirigé par Raphaël Arlettaz estime la population pour l'hiver 2025/26 à 37 lynx indépendants (intervalle de confiance à 95 % : 26 à 52), sur la base de pièges photographiques répartis dans tout le canton. Selon les chercheurs, les chiffres plus élevés reposent sur une extrapolation à partir d'une zone de référence qui comprend également des parties de Vaud et de Berne. L'étude est un prépublication (preprint) non encore évaluée par des pairs. Plus d'informations à ce sujet : L'étude de l'Université de Berne dénombre 37 lynx au lieu de 80 et pétition «Pas de tirs de lynx en Valais».
La fragilité de l'échange génétique entre les lynx du Jura et des Alpes est mise en évidence par l'article Le Plateau suisse, un goulet d'étranglement. Mis à jour en continu : Ticker Valais 2026/27.
« Le saviez-vous ? » : 25 faits sur le lynx
- Environ 340 lynx vivent en Suisse, la plus grande population de tout l'arc alpin. La Suisse porte ainsi une responsabilité particulière à l'échelle européenne.
- Tous les lynx suisses descendent d'une vingtaine seulement d'individus fondateurs, réintroduits depuis les Carpates dans les années 1970. Le pool génétique est d'une taille préoccupante.
- Dans le Jura, la consanguinité montre déjà des conséquences visibles : souffles cardiaques, faible poids à la naissance et fertilité en chute drastique.
- Un lynx sans oreilles photographié en 2024 dans le Jura franco-suisse est devenu le symbole de cet appauvrissement génétique.
- Le 16 novembre 2024, un garde-faune a abattu trois lynx protégés dans les Grisons, les ayant confondus de nuit avec des loups.
- La compensation prévue, la réintroduction de deux lynx, a été stoppée sous la pression politique du lobby de la chasse de loisir.
- La sanction judiciaire pour la mort de trois lynx strictement protégés : une amende.
- Le concept lynx de l'OFEV autorise des tirs de régulation lorsque le lynx cause « des pertes importantes dans l'exploitation du régale de chasse », c'est-à-dire lorsqu'il consomme trop de chevreuils.
- Le lynx régule les populations de chevreuils de manière spatiale et socialement acceptable. Là où il est présent, la pression d'abroutissement sur les jeunes arbres diminue de manière mesurable.
- Le lynx capture de préférence les animaux malades et affaiblis, stabilisant ainsi les populations de manière plus durable qu'aucun chasseur de loisir.
- Les lynx peuvent entendre les chevreuils à 500 mètres de distance. Les pinceaux de poils sur leurs oreilles renforcent leur capacité auditive.
- Un lynx mâle occupe un territoire pouvant atteindre 300 kilomètres carrés. La fragmentation de l'habitat due aux routes et aux zones habitées constitue l'une des plus grandes menaces.
- La population du Jura vit isolée, sans échange génétique avec la population alpine. Les autoroutes et les zones habitées bloquent les déplacements.
- La mortalité routière est l'une des causes de décès non naturelles les plus fréquentes chez le lynx en Suisse.
- Le braconnage par des chasseurs de loisir est documenté et le nombre de cas non déclarés est élevé. Pro Natura a analysé systématiquement des cas de braconnage de lynx.
- Les associations de chasse de loisir présentent le lynx comme un concurrent pour le gibier et réclament des interventions sur les populations, bien que l'espèce soit strictement protégée.
- La Suisse réinstalle des lynx à l'étranger pour y constituer des populations, tout en ne garantissant pas, sur son propre territoire, les conditions-cadres nécessaires à sa propre population.
- Dans le canton de Genève, qui ne connaît plus de chasse de milice depuis 1974, les prédateurs tels que le lynx et le renard sont les bienvenus et leurs effectifs sont stables.
- Le lynx est une espèce indicatrice : sa présence montre qu'un écosystème est intact. Son absence est un signal d'alarme.
- En 2025/2026, le tribunal suédois a stoppé la chasse au loup, car la valeur cible de population abaissée pour des raisons politiques n'était pas scientifiquement fondée. La même logique s'applique au lynx.
- La Suisse possède la plus petite part de zones protégées d'Europe : environ 10 pourcent de la surface du pays. Les associations de chasse de loisir bloquent depuis des décennies la création de parcs nationaux.
- Ce qui est aujourd'hui imposé politiquement pour le loup (quotas de tir, plafonds de population, démantèlement des unités familiales) crée des précédents pour le lynx.
- Dans le canton de Schwyz, aucun dommage causé par l'ours, le loup ou le lynx aux animaux de rente n'a été enregistré durant toute une saison d'alpage. Malgré cela, le canton durcit sa politique à l'égard des prédateurs.
- Les chasseurs de loisir décident la réduction des prédateurs et créent ainsi le problème de l'abroutissement, pour la résolution duquel ils se présentent ensuite comme irremplaçables.
- Seuls 0,3 pour cent de la population suisse sont des chasseurs de loisir. 99,7 pour cent n'ont aucun intérêt à tuer des animaux sauvages, pourtant ces 0,3 pour cent déterminent l'agenda politique.
Alternatives : ce qui peut sauver le lynx
La protection du lynx ne nécessite pas de mesures révolutionnaires. Elle nécessite la mise en œuvre conséquente de ce qui est déjà en vigueur légalement et bloqué politiquement.
Renouvellement génétique : L'introduction de lynx issus de populations génétiquement différentes, par exemple des Carpates, est la mesure la plus urgente, en particulier pour la population jurassienne. La Suisse dispose de l'infrastructure et du savoir-faire nécessaires. Ce qui manque, c'est la volonté politique de l'imposer contre la résistance du lobby de la chasse de loisir.
Corridors fauniques et connexion des habitats : Le lien entre la population jurassienne et la population alpine doit être établi grâce à des corridors fauniques fonctionnels. Passages fauniques au-dessus des autoroutes, renaturation des cours d'eau, suppression des obstacles : des mesures qui profitent non seulement au lynx, mais à l'ensemble de la biodiversité.
Structures professionnelles de garde-faune : Sur le modèle genevois, des spécialistes employés par l'État remplacent la milice armée. La gestion de la faune sauvage s'effectue selon des critères écologiques clairs, de manière transparente, contrôlable et sans logique de trophée. Le lynx est favorisé en tant qu'élément de l'écosystème, et non combattu comme un concurrent.
Protection des troupeaux plutôt que tir : Là où les lynx attaquent occasionnellement des animaux de rente, la réponse réside dans des mesures de prévention, pas dans des tirs. La Confédération et les cantons indemnisent les dommages causés par les attaques de lynx et financent jusqu'à 100 pour cent des coûts des mesures de protection. Le système fonctionne lorsqu'il est appliqué de manière conséquente.
Pour en savoir plus : Alternatives à la chasse : ce qui aide vraiment, sans tuer d'animaux et Corridors fauniques et mise en réseau des habitats et Genève et l'interdiction de chasse
Ce qui devrait changer
- Renouvellement génétique immédiat des deux sous-populations : L'introduction de lynx des Carpates dans le Jura et en Suisse orientale doit être imposée politiquement, sans veto du lobby de la chasse de loisir. L'autorisation de l'OFEV pour les Grisons doit être mise en œuvre, et non bloquée.
- Suppression de la régale de chasse comme motif de régulation : Le concept lynx de l'OFEV ne doit plus accepter les « pertes dans l'exercice de la régale de chasse » comme motif d'intervention sur les populations de lynx. Le lynx fait ce qu'il doit faire écologiquement. Le punir pour cela est absurde.
- Interdiction des dispositifs de vision nocturne pour la régulation des prédateurs : Le cas des Grisons le montre : celui qui tire la nuit sur des prédateurs avec des appareils d'imagerie thermique confond lynx et loups. La technologie est sujette aux erreurs, et les conséquences sont irréversibles.
- Développement cohérent des corridors fauniques : Le lien entre la population du Jura et celle des Alpes est vital pour l'avenir génétique du lynx. La Confédération et les cantons doivent mettre en œuvre en priorité les corridors déjà identifiés. Intervention type : Corridors fauniques et mise en réseau des habitats
- Conséquences pénales pour les tirs par confusion : Trois lynx morts ne peuvent pas être réglés par une simple amende. Quiconque tue des espèces strictement protégées doit s'attendre à des conséquences à la hauteur du statut de protection de l'espèce.
- Extension des zones protégées à au moins 30 pour cent de la surface du pays : La Suisse doit prendre au sérieux l'objectif mondial des 30 pour cent. La résistance du lobby de la chasse de loisir contre les parcs nationaux ne doit plus constituer un veto contraignant.
Argumentaire
«Le lynx mange trop de chevreuils, il nuit à la régale de la chasse.» Le lynx régule les populations de chevreuils d'une manière qu'aucun chasseur de loisir ne peut remplacer : toute l'année, sur l'ensemble du territoire, de façon sélective et sans la dynamique de reproduction compensatoire que déclenchent les tirs. Ce que le lobby de la chasse de loisir déplore comme un «dommage à la régale de la chasse» est en réalité la fonction écologique du lynx. Celui qui veut punir le lynx pour faire ce qu'il doit biologiquement faire n'a pas un problème écologique, mais un problème économique.
«Les lynx tuent des animaux de rente.» Les lynx tuent parfois des moutons et des chèvres. Ce n'est pas une broutille pour les détenteurs concernés. Mais : la Confédération et les cantons indemnisent intégralement les dégâts causés par le lynx et financent les mesures de prévention jusqu'à 100 pour cent. Le montant des dommages est minime par rapport aux prestations écologiques du lynx. Quiconque pratique l'élevage d'animaux de rente dans des zones à prédateurs doit mettre en place la protection des troupeaux, et non éliminer le prédateur.
«Il y a suffisamment de lynx en Suisse, la population est stable.» 340 lynx, cela semble stable. Génétiquement, c'est le contraire. Tous les animaux descendent d'une vingtaine d'individus fondateurs. La population du Jura présente une dépression de consanguinité : souffles cardiaques, fertilité en baisse, jeunes animaux sans oreilles. Sans rafraîchissement génétique ni mise en réseau des populations partielles, le lynx n'a en Suisse aucune population viable à long terme.
«La confusion dans les Grisons était un cas isolé regrettable.» Ce cas isolé révèle un problème systémique : technologie de vision nocturne, pression politique en faveur des tirs, connaissances insuffisantes des espèces et une structure de chasse optimisée pour l'efficacité des tirs plutôt que pour la protection des espèces. Lorsqu'un garde-faune formé ne parvient pas à distinguer un lynx d'un loup, ce n'est pas un échec individuel, mais un échec structurel.
«Le lynx n'a pas besoin de protection supplémentaire, il est déjà protégé.» La protection sur le papier ne sert à rien si l'application fait défaut. Dans les Grisons, trois lynx sont abattus et la compensation est bloquée politiquement. Dans le Jura, les associations de chasse de loisir exigent des interventions sur la population malgré la crise génétique. Dans le concept lynx de l'OFEV, la régale de chasse figure comme motif de régulation. Un statut de protection sans application est une coquille vide.
«Sans la chasse de loisir, il y aurait trop de chevreuils et de dégâts au gibier.» Dans le canton de Genève, il n'y a plus de chasse milicienne depuis 50 ans. Populations sauvages stables, biodiversité plus élevée, pression de chasse moindre. Là où des prédateurs comme le lynx et le loup sont présents, ils régulent les populations sauvages plus efficacement que les chasseurs de loisir. Le problème du «trop de chevreuils» est en grande partie un produit de la chasse de loisir elle-même : elle élimine les prédateurs et génère, par la pression de chasse, le problème d'abroutissement dont elle se présente ensuite comme la solution indispensable.
Liens rapides
Articles sur Wild beim Wild :
- Le lynx : portrait d'un animal
- L'importance du lynx pour la préservation de la biodiversité
- Les lynx suisses en grand danger
- Un lynx sans oreilles : conséquence de l'appauvrissement génétique ?
- L'Office grison de la chasse et des bêtises abat trois lynx protégés
- Grisons : le lâcher de lynx est stoppé
- Le lynx ibérique, ramené du bord de l'extinction en seulement deux décennies
- Le nombre de lynx ibériques menacés a doublé
- Pourquoi la chasse de loisir échoue comme moyen de contrôle des populations
- Études sur les effets de la chasse sur les animaux sauvages
- Une initiative demande « des gardes-faune à la place des chasseurs »
Dossiers apparentés :
- Le chacal doré en Suisse : un migrant naturel sous pression politique
- La loutre en Suisse : exterminée, revenue et menacée politiquement
- L'ours brun en Suisse : exterminé, revenu et toujours indésirable
- Le chat sauvage en Suisse : de retour de l'extinction, menacé par l'indifférence
- Le lynx en Suisse : prédateur, espèce clé et objet de discorde politique
- Le renard en Suisse : le prédateur le plus chassé, sans lobby
- Loup : fonction écologique et réalité politique
- Le loup en Europe : comment la politique et la chasse de loisir sapent la protection des espèces
- Le loup en Suisse : faits, politique et limites de la chasse
- Bilan valaisan sur le loup : les chiffres d'un massacre
- Chasse au renard sans faits : comment JagdSchweiz invente des problèmes
- Protection des troupeaux en Suisse : ce qui fonctionne, ce qui échoue et pourquoi les tirs ne sont pas une solution
Notre exigence
Le lynx est un prédateur, une espèce clé et un indicateur de l'état de nos écosystèmes. Il régule les populations sauvages de manière plus efficace, plus durable et plus respectueuse du bien-être animal que n'importe quelle chasse de loisir. Il favorise la régénération forestière, stabilise les populations et indique là où la nature fonctionne encore. Sa protection n'est pas une exigence sentimentale, c'est une question de raison écologique.
La Suisse abrite la plus grande population de lynx de l'espace alpin. Elle porte une responsabilité européenne. Elle ne pourra l'assumer que si elle cesse de traiter le statut de protection du lynx comme une variable d'ajustement politique, si elle met en œuvre de manière conséquente le renouvellement génétique, construit des corridors fauniques et empêche le lobby de la chasse de loisir de saper la protection des espèces.
IG Wild beim Wild documente la réalité de la protection du lynx en Suisse, avec des chiffres, des sources et une analyse politique. Nous le faisons parce que le lynx n'a pas de voix. Et parce qu'une société qui se targue de protéger la nature ne peut pas se permettre de perdre son plus grand chat sauvage indigène entre les intérêts de la chasse de loisir, les tirs par confusion d'espèce et le blocage politique.
Ce dossier est mis à jour en continu lorsque de nouvelles études, chiffres ou développements politiques l'exigent.
Plus d'informations sur la chasse de loisir : dans notre Dossier sur la chasse nous rassemblons des vérifications de faits, des analyses et des reportages de fond.






