Naissance de lynx dans les Vosges du Nord
Le monitoring du lynx eurasien a confirme en 2021 la premiere reproduction dans les Vosges du Nord depuis le XVIIe siecle. La population croit lentement depuis lors, mais reste fragile, et la France a reagi en 2026 par une reintroduction active.
Il s'agit de la premiere reproduction averee de l'espece dans les Vosges du Nord depuis sa disparition au XVIIe siecle.
Lycka a ete relachee le 20 mars 2020 en Allemagne, dans la foret du Palatinat, avec «Tarda», une autre femelle : ce sont les deux derniers lynx transferes dans le cadre du projet europeen de reintroduction LIFE. Lycka est originaire de Suisse, nee en 2011, et vivait dans le canton de Neuchatel avant d'etre amenee dans la foret du Palatinat. Au moment du relacher, elle pesait un bon 20 kg : c'est un animal sauvage robuste et experimente.
Une collaboration transfrontaliere reussie
Lycka portait un emetteur de collier GPS, afin que ses deplacements puissent etre suivis par l'equipe germano-francaise cooperante. Grace a ce monitoring, nous savons que Lycka a traverse le massif forestier continu de la reserve de biosphere Palatinat-Vosges du Nord et a foule le sol francais fin mars 2020. Elle a ensuite etabli un territoire dans les Vosges du Nord. La reduction de son rayon de deplacement debut juin indiquait une mise bas. La portee a pu etre localisee et verifiee par les inspecteurs de l'environnement de l'Office francais de la biodiversite (OFB). Deux jeunes en bonne sante, ages d'environ trois semaines, ont pu etre observes a l'entree de la taniere, la mere se trouvant a proximite. Cet evenement a ete rendu possible grace au programme LIFE, coordonne par le partenaire allemand, la fondation Natur und Umwelt Rheinland-Pfalz.
Deux chemins, un objectif : ce qu'il est advenu de Lycka et Tarda
En 2021, l'état de conservation du lynx dans les Vosges était encore très incertain: seule une douzaine d'animaux avaient été recensés dans l'ensemble du massif, Lycka étant la seule femelle connue. L'ampleur de la menace s'est manifestée avec le cas de la mise à mort illégale d'un animal début 2020 dans les Vosges ainsi qu'avec les accidents de la route des lynx Lucky et Labka dans la forêt du Palatinat.
Lycka est restée fidèle à son territoire dans les Vosges du Nord et a donné naissance à une deuxième portée en 2022, confirmée par la préfecture du Bas-Rhin. Tarda, en revanche, s'est établie durablement dans la forêt allemande du Palatinat, dans l'arrondissement de Bad Dürkheim, et demeure aujourd'hui l'un des cinq animaux seulement, sur les vingt initialement relâchés, dont la présence y est attestée. Elle a elle aussi élevé une descendance, en dernier lieu en 2024 et de nouveau en 2025. Aucun dégât imputable à Tarda ou à ses jeunes n'est connu.
Des animaux isolés du début est né depuis un petit réseau transfrontalier: jusqu'en 2024, sept à huit lynx issus du projet de réintroduction s'étaient établis dans l'ensemble du massif vosgien, dont au moins quatre également dans les Vosges centrales et les Hautes-Vosges. Dans la forêt du Palatinat elle-même, la population est désormais estimée à une trentaine d'animaux.
Octobre 2024: un revers tragique
À quel point le succès reste fragile, cela s'est révélé en octobre 2024: à Niederbronn-les-Bains, en pleines Vosges du Nord, un jeune lynx s'est réfugié dans un poulailler et a été abattu à coups de bêche par la propriétaire, qui l'avait pris pour un chat sauvage. Un tribunal de Strasbourg a condamné la coupable à une peine de prison avec sursis et à une indemnisation de plus de 30’000 euros à des organisations de protection animale. Plus d'informations dans l'article «Lynx tué à coups de bêche en Alsace: la France punit sévèrement, la Suisse reste presque muette».
À l'échelle nationale, les collisions avec des véhicules et les mises à mort illégales restent responsables de plus de 80 pour cent de la mortalité chez les lynx. À quel point la population demeure critique dans son ensemble, nous le situons dans l'article «France: les lynx au bord de l'extinction». En 2025, des observatrices ont même enregistré un recul de la dynamique de la population dans les Vosges du Nord, le manque de diversité génétique restant le problème central. Une protectrice de la nature l'a résumé ainsi: sans mesures, il n'y aurait plus de lynx dans les Vosges dans trente ans.
2026: premier relâcher actif comme changement de cap
Le Plan d'action national (PNA) 2022-2026 ne prévoyait jusqu'ici des renforcements de population qu'en accord avec les chasseurs de loisir et les éleveurs; l'association nationale de chasse a longtemps rejeté les réintroductions actives. En juin 2026, un revirement remarquable s'est produit: une jeune femelle lynx orpheline, retrouvée sans défense dans les Vosges du Nord en septembre 2025, a été soignée par le centre de soins GORNA, baptisée «Maguy» et relâchée le 10 juin 2026 dans les Vosges centrales, équipée d'un collier GPS. Il s'agit du premier relâcher d'un lynx auparavant soigné en captivité dans l'ensemble du massif vosgien.
Le PNA prend fin à la fin 2026, un bilan de mi-parcours n'est pas encore public. Des organisations de protection de la nature telles que FERUS et le Centre Athénas réclament de véritables programmes de réintroduction plutôt que de nouvelles études. Les prochaines années montreront si le relâcher de «Maguy» donnera réellement naissance à une nouvelle stratégie ou s'il restera un cas isolé.
RESTONS EN CONTACT!
Nous aimerions vous transmettre les dernières nouveautés et offres dans notre newsletter.
Soutenez notre travail
Avec votre don, vous aidez à protéger les animaux et à faire entendre leur voix.
Faire un don →