L'Espagne autorise le tir de 67 loups, alors même que les tribunaux ont annulé exactement cela à trois reprises
Le contingent le plus élevé du cycle de gestion asturien actuel fait suite à trois décisions de justice qui ont clairement limité ou annulé les plans antérieurs et leur base légale.
Une lectrice d'Espagne s'est adressée cette semaine à l'IG Wild beim Wild.
Dans les Asturies, écrivait-elle, le gouvernement régional a décidé de tuer 67 loups. Elle demandait de l'aide pour ces animaux. Nous avons examiné le cas. Il est confirmé, et il est plus grave que ne le laisse supposer un simple chiffre de tirs.
Les Asturies prévoient de tuer jusqu'à 67 loups d'ici fin 2027, soit 14 de plus que dans le programme précédent. Ce nouveau quota maximal fait suite à trois décisions de justice qui ont clairement limité ou annulé les plans antérieurs et leur base légale. Ce cas montre comment une administration, après des défaites judiciaires, crée de nouvelles bases légales afin de poursuivre les contrôles létaux.
Ce que les Asturies ont décidé
La Consejería de Medio Rural y Política Agraria a approuvé son programme annuel de contrôle dans le cadre du IIe Plan de gestion du loup. Un maximum de 67 loups est autorisé, valable jusqu'au 31 décembre 2027 et prolongeable jusqu'en mars 2028 si le quota n'est pas épuisé d'ici là. Cela représente quatorze animaux de plus que dans le plan précédent (53) et le contingent le plus élevé du cycle de gestion actuel.
L'autorité s'appuie sur une population estimée entre 412 et 460 animaux répartis en 50 meutes identifiées, dont 46 reproductrices. Elle invoque comme justification 3893 animaux de rente touchés en 2025 et des indemnisations de 1,9 million d'euros, soit une hausse des dommages d'environ 30 pour cent par rapport à 2021.
Les tirs se répartissent sur huit zones de gestion :
| Zone | Tirs maximaux | Dommages au bétail 2025 |
|---|---|---|
| Centro-oriental | 9 | 421 |
| El Palo-Esva | 8 | 1022 |
| Centro-occidental | 8 | 540 |
| Central | 8 | 365 |
| Noroccidental | 7 | 278 |
| Picos de Europa (hors parc national) | 5 | pas d'indication |
| Suroccidental | 4 | 31 |
| Zones sans gestion spécifique | 18 (extensible) | 1066 |
| Total | 67 | 3893 |
La réserve pouvant aller jusqu'à 18 animaux en dehors des zones de gestion spécifiques fait davantage apparaître le quota comme un contingent de prélèvement flexible que comme une réponse strictement individualisée à des cas de dommages précis. La zone Suroccidental est également frappante : quatre loups libérés au tir pour seulement 31 animaux de rente touchés sur toute l'année. La répartition exacte des dommages par zone provient des données publiées jusqu'ici par les autorités et les médias ; la résolution complète du programme, en tant que source primaire, n'était pas encore disponible au moment de la publication.
Les méthodes prévues sont l'affût sélectif par des agents de l'environnement, l'appui lors de chasses autorisées d'autres espèces, des battues coordonnées et la capture vivante. Les contrôles se déroulent principalement de janvier à avril et de septembre à décembre, ponctuellement aussi entre ces périodes.
Le point que l'autorité traite comme ouvert : les tribunaux ont fixé des limites étroites
Les Asturies traitent la situation juridique comme si elle pouvait être remodelée, alors que les tribunaux ont fixé des limites étroites aux interventions létales.
La Cour de justice de l'Union européenne a certes statué le 29 juillet 2024, dans l'affaire C-436/22 engagée par l'Asociación para la Conservación y Estudio del Lobo Ibérico (ASCEL) et introduite sur renvoi préjudiciel d'un tribunal espagnol, sur la situation juridique en Castille-et-León. Sa conclusion vaut toutefois de manière générale en droit de l'Union : une région ne peut pas classer le loup parmi les espèces chassables lorsque son état de conservation est défavorable à l'échelle nationale. Et ce, même s'il n'y bénéficie plus d'une protection stricte dans la région concernée. Les mesures de gestion telles que la chasse doivent au contraire viser à maintenir ou à rétablir un état de conservation favorable. Le fondement en était le rapport de l'Espagne elle-même pour la période 2013 à 2018, qui classait le loup comme « défavorable-inadéquat » dans toutes les régions où il est présent.
La plus haute juridiction espagnole, le Tribunal Supremo, a suivi en février 2026 et a annulé, également sur recours d'ASCEL, le plan de contrôle asturien de 2022. Le message central : un tir n'est admissible que s'il constitue la seule solution pour prévenir les dommages au bétail, et les mesures létales doivent être soumises à des conditions strictes. La mise à mort demeure toujours l'ultime option, seulement après que toutes les mesures préventives ont échoué.
Et le tribunal régional asturien lui-même, le Tribunal Superior de Justicia de Asturias, a déclaré nul en avril 2026 le programme immédiatement antérieur, celui de 2025/2026. Le programme n'aurait « aucune efficacité » et serait dépourvu de base légale valable.
Trois instances, un même message. Les Asturies font valoir qu'elles ont adapté le IIe plan de gestion du loup après l'arrêt du Supremo et créé ainsi une nouvelle base légale : le quota se fonderait désormais sur les effectifs, les dommages, les conflits et les proies sauvages disponibles. La question de savoir si cette modification remplit effectivement les conditions strictes formulées par la CJUE et par le Supremo n'a jusqu'ici pas été tranchée par les tribunaux.
31 loups abattus avant que le programme précédent, illégal, ne soit stoppé
Le regard porté sur le programme 2025/2026 annulé montre pourquoi il ne s'agit pas d'une question académique. Jusqu'à la suspension, 31 loups avaient été abattus dans le cadre des contrôles. Onze autres animaux ont été recensés dans le même bilan de programme comme morts pour d'autres causes. Au total, l'administration a comptabilisé 42 animaux, soit environ 80 pour cent du contingent prévu de 53. Issus d'un plan qu'un tribunal a ensuite déclaré illégal.
Cela a été rendu possible parce que des mesures provisionnelles ont été refusées. L'avocate du Fondo Lobo, Sara González Merinero, l'a résumé ainsi : il était certes inéluctable que le tribunal régional applique les prescriptions de la juridiction suprême, mais elle a regretté que des loups aient été tués dans le cadre d'un plan désormais annulé, parce que la protection juridique provisoire avait été refusée.
Le cas montre à quelle vitesse des faits irréversibles peuvent se créer lorsque les tirs commencent avant que les tribunaux n'aient statué sur une demande de suspension. Selon des articles de presse, ASCEL a annoncé vouloir également contester le nouveau plan et demander sa suspension. Mais jusqu'à ce qu'une telle décision tombe, il sera possible de tirer dès septembre. Aucun jugement ne peut ramener les loups morts.
Le débat scientifique
Le cœur du litige porte sur l'état de conservation. ASCEL documente un recul de longue durée : en 1987, quelque 1500 loups vivaient en Espagne sur environ 100’000 kilomètres carrés ; entre 2012 et 2014, le deuxième recensement national ne comptait plus que 297 groupes de loups sur 91’620 kilomètres carrés. Pour ASCEL, l'état de conservation du loup en Espagne est donc clairement défavorable.
Le conflit s'est envenimé le 22 juin 2026, lorsque la Conferencia Sectorial de Medio Ambiente, l'organe de coordination entre l'État central et les régions, a adopté un accord déclarant «favorable» l'état de conservation du loup ibérique dans les régions biogéographiques atlantique et méditerranéenne. Le texte a été présenté par la Galice, la Castille-et-León, les Asturies et la Cantabrie, contre la voix du ministère de l'Environnement MITECO, dont le propre rapport technique classait l'espèce comme défavorable dans les trois régions. Ecologistas en Acción et le Fondo Lobo portent l'affaire devant l'Audiencia Nacional. Leur porte-parole Theo Oberhuber soutient qu'il ne s'agit pas d'un débat technique légitime, mais de l'imposition d'une majorité politique contre l'évidence scientifique. Le fait qu'une espèce perde sa protection ne saurait être décidé par un vote des communautés autonomes, mais sur la base de données.
La contradiction devient d'autant plus tangible lorsqu'on se souvient que le loup avait été placé sous protection dans toute l'Espagne en 2021. Le levier politique de ce revirement a été une modification législative d'avril 2025 (Ley 1/2025), qui a retiré le loup au nord du Duero du registre national des espèces protégées LESPRE, une disposition introduite par voie d'amendements parlementaires à une loi contre le gaspillage alimentaire. Contre ces dispositions, le Defensor del Pueblo, l'organe de médiation espagnol, a déposé en juillet 2025 un recours constitutionnel, à la suite de 278 requêtes de citoyens, dont des demandes d'ASCEL et de PACMA, recours que la Cour constitutionnelle a accepté d'examiner.
Pourquoi cela concerne aussi la Suisse
Quiconque suit le débat asturien reconnaît immédiatement le schéma suisse. C'est la même mécanique: d'abord le déclassement du statut de protection, puis des quotas de tir revus à la hausse, ensuite des lois sur la chasse réécrites, et finalement des tribunaux contraints de réparer les dérives les plus grossières d'une politique de chasse politisée. Au niveau européen, le loup a été déclassé fin 2024 dans la Convention de Berne de «strictement protégé» à «protégé», une décision déjà critiquée à l'époque comme juridiquement et scientifiquement contestable. Avec la révision du droit de la chasse, la Suisse a depuis longtemps introduit des régulations préventives et réactives qui permettent aux cantons d'abattre des membres de meutes, voire des meutes entières.
Le cas des Asturies montre deux choses. Premièrement, les tribunaux peuvent poser des limites claires aux plans de gestion létale du loup : la CJUE exige un état de conservation favorable, le Tribunal Supremo un examen des alternatives moins radicales, et le TSJ des Asturies a déclaré le programme précédent illégal, tout comme la cour d'appel en Suède a définitivement stoppé la chasse sous licence en 2026. Deuxièmement, la protection juridictionnelle reste trop lente lorsque les tirs commencent avant qu'une suspension ne soit décidée.
Dans le cadre du programme annulé par la suite, 31 loups avaient déjà été abattus. Aucun jugement ne peut ramener ces animaux. L'essentiel serait donc de mettre effectivement en œuvre en priorité la protection préventive des troupeaux et les mesures non létales, et de suspendre les interventions létales jusqu'à ce que leur légalité soit établie. C'est la leçon à tirer de l'ensemble de la politique européenne du loup : la protection la plus efficace contre les attaques sur les animaux de rente n'est pas le tir, mais la protection systématique des troupeaux.
RESTONS EN CONTACT !
Nous aimerions t'envoyer les dernières nouvelles et offres dans notre newsletter.
Soutiens notre travail
Avec ton don, tu aides à protéger les animaux et à faire entendre leur voix.
Faire un don →