Le loup est de retour en Europe. Après des décennies de protection stricte, plus de 20 000 loups vivent désormais sur le continent. Ce qui devrait être une réussite pour la conservation des espèces devient de plus en plus un enjeu politique : statut d’espèce protégée dégradé, quotas de chasse augmentés, lois sur la chasse réécrites. Ce dossier rassemble les faits, replace la situation dans son contexte européen et démontre pourquoi « davantage de chasse récréative » n’est pas la solution.
Qu'est-ce qui vous attend ici ?
- Le loup : espèce clé de voûte écologique : pourquoi le loup, en tant que superprédateur, favorise la régénération des forêts et la biodiversité et régule sa propre densité de population.
- Le cadre juridique européen : de la Convention de Berne à la Directive Habitats, jusqu’au déclassement prévu pour 2025 : comment le loup perd sa protection et pourquoi cela est juridiquement contestable.
- Suède 2026 : Pourquoi la décision suédoise contre la chasse au loup envoie un signal à toute l’Europe.
- Suisse : La réglementation proactive comme euphémisme : que montrent les statistiques de tir de 2024/2025 et que signifie réellement « réglementation proactive » ?
- Comparaison par pays : comment l’Allemagne, la France, la Norvège, l’Italie et l’Espagne gèrent le problème du loup.
- Protection du bétail : ce qui fonctionne réellement : pourquoi les clôtures électriques, les chiens de protection des troupeaux et le travail en troupeau sont plus efficaces que le tir.
- Le modèle genevois : comment la gestion de la faune sauvage fonctionne sans chasse récréative.
- Ce qui doit changer : Exiger une approche fondée sur des données probantes pour la gestion des loups en Suisse et en Europe.
- Argumentarium : Dix contre-arguments à l'affirmation selon laquelle les loups doivent être chassés.
- Liens rapides : Tous les articles, études et sources pertinents.
Le loup : une espèce clé de voûte écologique
Le loup (Canis lupus) est le plus grand canidé sauvage d'Europe. Il vit en meute et, en tant que superprédateur, régule les populations d'ongulés comme le cerf, le cerf élaphe et le sanglier. Sa présence a des effets positifs mesurables sur la régénération des forêts, l'écologie aquatique et la biodiversité.
Une meute de loups en bonne santé se compose généralement d'un couple reproducteur et de leurs petits des un à deux ans précédents. La reproduction est naturellement limitée : seul le couple alpha se reproduit, et les jeunes loups se dispersent une fois leur maturité sexuelle atteinte. Les loups régulent ainsi en grande partie leur propre densité de population, en fonction de la disponibilité de nourriture et de la taille de leur territoire.
Le loup a disparu d'une grande partie de l'Europe jusqu'au XXe siècle. La chasse intensive, l'empoisonnement et la destruction de son habitat ont réduit ses populations à quelques refuges en Europe du Sud, dans les Balkans et en Scandinavie. Ce n'est qu'avec la mise en œuvre de mesures de protection strictes à partir des années 1970 et 1980 que le loup a commencé à réapparaître.
Pour en savoir plus : Le loup en Suisse et Portrait animalier : Le loup
Le cadre juridique européen
Convention de Berne (1979)
La Convention relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel en Europe oblige 45 États contractants, dont la Suisse, à protéger les espèces menacées. Le loup est inscrit à l'Annexe II en tant qu'« espèce strictement protégée ».
Le 3 décembre 2024, le Comité permanent du Conseil de l'Europe a approuvé une proposition de l'UE visant à rétrograder le loup de l'Annexe II (espèce strictement protégée) à l'Annexe III (espèce protégée). Ce changement est entré en vigueur le 7 mars 2025. Des organisations comme la Large Carnivore Initiative for Europe ont qualifié cette décision de « prématurée et erronée ». Plus de 700 scientifiques ont exprimé leurs inquiétudes dans des lettres ouvertes.
Directive européenne sur les habitats (1992)
La directive Habitats constitue le pilier de la conservation de la nature en Europe. Le loup figurait à l'annexe IV comme espèce strictement protégée. Le 8 mai 2025, le Parlement européen a voté par 371 voix contre 162 en faveur de son reclassement de l'annexe IV à l'annexe V (directive 2025/1237). La modification est entrée en vigueur le 24 juin 2025. Les États membres ont jusqu'au début de l'année 2027 pour la transposer en droit national.
Point crucial, plusieurs États membres de l'UE ont annoncé leur intention de maintenir une protection stricte des loups. La Belgique, la République tchèque, la Hongrie, les Pays-Bas, la Pologne et le Portugal entendent continuer à leur accorder cette protection. Parallèlement, une action en justice intentée par cinq associations est pendante devant la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE), alléguant un manque de rigueur scientifique et une violation des règles de procédure de l'UE.
Pourquoi cette dégradation est discutable
La décision a été prise selon une procédure accélérée, court-circuitant la commission de l'environnement compétente du Parlement européen. Les populations de loups en Europe ne constituent pas un ensemble homogène. D'après les évaluations officielles, dans six des sept régions biogéographiques de l'UE, leur état de conservation demeure défavorable. La Cour de justice de l'Union européenne a souligné à plusieurs reprises que, même après avoir atteint un état de conservation favorable, les espèces protégées « doivent être protégées de toute dégradation ».
Cette dégradation du classement est unanimement considérée comme politiquement motivée par les organisations de protection de l'environnement, les scientifiques et les juristes, et sous l'influence du lobby agricole et des partis conservateurs. Le fait que la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, ait qualifié ce vote de « nouvelle importante pour les communautés rurales », et que son propre poney ait été tué par un loup en 2022, renforce l'impression d'une décision opportuniste.
Pour en savoir plus : La bataille autour du loup : pourquoi la dégradation de son statut de protection est juridiquement et scientifiquement contestable et les initiatives européennes
Suède 2026 : Comment les tribunaux protègent le loup
La Suède a longtemps été considérée comme un modèle de « gestion efficace du loup » et était régulièrement citée en référence par le lobby suisse de la chasse récréative. La chasse autorisée de 48 loups dans cinq provinces devait débuter durant l'hiver 2025/2026.
Mais la justice a mis un terme à la chasse récréative : le tribunal administratif de Luleå a interdit la chasse autorisée en décembre 2025. La cour d’appel de Sundsvall a confirmé cette décision et rejeté les cinq recours déposés par les administrations provinciales. Le motif était clair : les autorités n’ont pas pu prouver que l’abattage sélectif ne mettrait pas en péril le bon état de conservation de la population de loups.
La question centrale était de savoir si la valeur de référence de 170 loups (contre 300 auparavant), fixée par le gouvernement à des fins politiques comme seuil minimal, était scientifiquement fondée. Les tribunaux ont statué contre cette valeur. La Commission européenne avait également critiqué cette mesure, la jugeant scientifiquement infondée.
La décision suédoise démontre que le droit de la protection des espèces n'est pas un simple reflet de l'opinion publique, mais une loi contraignante qui exige des données scientifiques solides. Quiconque souhaite chasser le loup doit désormais fournir davantage que des slogans politiques et les plaintes des éleveurs. Cette décision envoie un signal fort à toute l'Europe, y compris à la Suisse, où des stratégies similaires, assorties d'objectifs de population fixés politiquement, sont mises en œuvre.
À lire également : La chasse au loup interdite en 2026 : comment les tribunaux protègent mieux les loups que les politiciens , et La Suède met fin à l’abattage des loups en 2026 : un signal pour la Suisse
Suisse : La réglementation proactive comme euphémisme
La Suisse n'est pas membre de l'UE, mais elle a ratifié la Convention de Berne. Depuis décembre 2023, la loi révisée sur la chasse autorise la « régulation proactive » des meutes de loups, c'est-à-dire l'abattage avant qu'un loup n'ait causé de dégâts. L'ordonnance complète sur la chasse (JSV) est entrée en vigueur le 1er février 2025.
Le constat est alarmant : pour la période réglementaire 2024/2025, l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) a autorisé l’abattage d’environ 125 loups. En réalité, seuls 92 loups ont été abattus de manière préventive, et aucun de manière réactive. Pour la période 2025/2026, sept cantons ont déposé des demandes concernant un total de 32 meutes.
Canton du Valais
Le canton du Valais est devenu le fer de lance de la politique suisse de régulation des populations de loups. Du 1er septembre 2025 au 31 janvier 2026, 24 loups ont été abattus dans le cadre d'une politique de régulation préventive. Trois meutes (Chablais, Salentin et Simplon) ont fait l'objet d'une autorisation d'élimination complète, tandis que les deux tiers des louveteaux de trois autres meutes ont été abattus. Au total, en incluant les abattages réactifs, 27 loups ont été éliminés en une seule saison. En 2025, 75 loups ont été recensés dans le canton, dont 57 nouveaux individus.
Plus d'informations à ce sujet : Bilan du loup du Valais 2025/2026 : Chiffres d'un massacre
Canton des Grisons
En 2025, le canton des Grisons a autorisé l'abattage de 35 loups. Des organisations de protection de la nature (WWF, Pro Natura) ont interjeté appel de ces décisions. Leur principal argument juridique repose sur le fait que la loi exige la preuve d'un préjudice important ou d'une mise en danger de la vie humaine. L'abattage de meutes entières ne peut être envisagé qu'en dernier recours, et les populations locales de loups ne doivent pas être compromises.
Les coûts de la politique de tir
L’abattage d’un seul loup coûte environ 35 000 francs aux contribuables suisses. Dans le seul Valais, la gestion des loups a mobilisé plus de 13 000 heures de travail en 2025. Dans le cadre de l’accord-cadre 2025-2028, 3,2 nouveaux postes à temps plein ont été créés, pour un coût annuel compris entre 0,8 et 1 million de francs. À titre de comparaison, les indemnisations pour les pertes de bétail dans le Valais se sont élevées à environ 170 000 francs en 2025, soit une fraction du coût du programme d’abattage.
Pour en savoir plus : Massacre de la population de loups dans les Grisons et réglementation de la chasse : pourquoi l’autorégulation ne suffit pas
Allemagne : Le loup bientôt inclus dans la loi sur la chasse
En octobre 2025, l'Allemagne a fait état auprès de la Commission européenne d'un « état de conservation favorable » du loup dans les régions atlantique et continentale. Avec 209 meutes, 46 couples et 19 individus résidents (année de suivi 2023/2024) et une population minimale estimée à environ 2 000 loups, l'Allemagne figure parmi les pays d'Europe possédant les populations de loups les plus importantes.
Le 17 décembre 2025, le Conseil fédéral allemand a approuvé un projet de loi visant à inclure le loup dans la loi fédérale sur la chasse. La première lecture au Bundestag a eu lieu le 14 janvier 2026. Ce projet de loi prévoit une gestion régionale des populations : dans les régions où l’état de conservation est favorable, une saison de chasse sera ouverte du 1er juillet au 31 octobre. Les loups qui parviennent à franchir les mesures de protection du bétail pourront être abattus dans le respect de la loi.
Les organisations de protection de la nature ont vivement critiqué le projet de loi : BUND le rejette, le jugeant « trop agressif et menaçant pour les espèces existantes ». Le WWF appelle à une révision complète. L’Association allemande de droit de la protection animale dénonce un projet de loi qui « méprise le contexte juridique, notamment l’objectif constitutionnel de protection animale ». Sa compatibilité avec le droit de l’UE reste incertaine, en particulier pour les régions dont le statut de conservation est défavorable.
Parallèlement, les différents Länder travaillent à l'élaboration de leurs propres réglementations : le Brandebourg élabore une loi sur la chasse incluant des réglementations sur les loups depuis octobre 2025, tandis que la Saxe-Anhalt a adopté son propre projet de loi en janvier 2026. Ces deux mesures sont conçues comme des solutions transitoires en attendant l'entrée en vigueur de la loi fédérale, prévue pour fin 2026.
Plus d'informations sur ce sujet : L'Allemagne déclare le loup « favorable » et Chiffres et données actuels sur le loup en Allemagne
France : Des quotas d'abattage élevés malgré une population stable
Depuis des années, la France mène une politique agressive de régulation des populations de loups par le biais d'abattages exceptionnels. Le plan national loup pour la période 2024-2029 prévoit un quota annuel d'abattage de 19 % de la population estimée. Pour 2025, cela correspond à l'abattage de 192 loups sur une population estimée à environ 1 013 individus. Selon les statistiques officielles, 194 loups ont été abattus dans le cadre de ces abattages exceptionnels en 2024.
Étonnamment, malgré ces abattages massifs, le nombre d'attaques de loups sur le bétail a augmenté de 4,6 % en 2024 par rapport à l'année précédente, et le nombre d'animaux tués a progressé de 10,6 %. Le modèle français confirme ainsi empiriquement ce que les défenseurs de l'environnement soulignent depuis des années : l'abattage massif ne résout pas le problème de la coexistence, mais déstabilise au contraire la structure des meutes et peut aggraver le problème de la prédation sur le bétail.
Lire la suite : Mythes de la chasse : 12 affirmations à examiner de manière critique et Pourquoi la chasse récréative échoue comme moyen de contrôle des populations
Autres développements européens
Norvège : L’Unité des crimes économiques et environnementaux (Økokrim) a inculpé dix hommes pour chasse illégale au loup. Des poursuites parallèles sont en cours pour des faits présumés de chasse illégale au lynx. Ces affaires illustrent le mépris généralisé des droits de conservation au sein des milieux de la chasse récréative.
Pays baltes : la Lettonie et l’Estonie maintiennent des quotas réguliers de chasse au loup, avec des chiffres d’abattage à trois chiffres par an, ancrés dans une longue tradition culturelle de chasse.
Italie : Le loup est strictement protégé en Italie. Sa population est estimée à environ 3 300 individus. Malgré les demandes politiques croissantes en faveur de son abattage sélectif, il n’existe actuellement aucun programme de chasse régulier.
Espagne : Depuis 2021, le loup est protégé sur l’ensemble du territoire. Cette décision a engendré de vifs conflits avec les éleveurs du nord de l’Espagne, qui considéraient traditionnellement le loup comme du gibier.
Lire la suite : Comment la politique de chasse s’intensifie en Scandinavie
Protection du bétail : ce qui fonctionne réellement
La mesure la plus efficace contre les attaques de loups sur le bétail n'est pas l'abattage des loups, mais la protection constante des troupeaux. L'expérience de la gestion des populations de loups en Europe le démontre.
Les concepts efficaces de protection du bétail comprennent des clôtures électriques robustes d'au moins 90 cm de haut avec une finition au sol, des chiens de protection des troupeaux (Maremmano, Chien de montagne des Pyrénées ou Kangal) qui grandissent dans le troupeau et le défendent de manière indépendante, des enclos nocturnes pour les périodes particulièrement vulnérables, la gestion des troupeaux et des pâturages adaptés dans les zones à haut risque, et des systèmes d'indemnisation qui fonctionnent rapidement et sans bureaucratie.
L’exemple du programme IG Herdenschutz plus Hund (Protection des troupeaux par les chiens) en Saxe-Anhalt illustre ce qui est possible : grâce à une protection constante des troupeaux, les éleveurs possédant 25 000 têtes n’ont enregistré aucune attaque de loup depuis de nombreuses années. En Suisse, une étude d’Agridea confirme l’efficacité de la protection des troupeaux par les chiens.
Le coût à long terme de la protection du bétail est nettement inférieur à celui de l'abattage sélectif. En 2024, l'Allemagne a investi environ 23,4 millions d'euros dans des mesures de protection du bétail. Bien que cela puisse paraître une somme importante, ce montant est négligeable par rapport à une population de plus de 200 meutes de loups et assure une protection durable aux exploitations concernées, contrairement à l'abattage sélectif qui ne permet ni de débroussailler les territoires ni d'empêcher les attaques sur le bétail.
Lire la suite : Alternatives à la chasse : ce qui aide vraiment sans tuer d’animaux et Chasse et biodiversité : la chasse protège-t-elle vraiment la nature ?
Le modèle de Genève : gestion de la faune sauvage sans chasse récréative
le canton de Genève a aboli la chasse de loisir par référendum et l'a remplacée par une gestion professionnelle de la faune sauvage assurée par l'État. Depuis plus de 50 ans, ce modèle a démontré qu'il est possible de réguler les populations d'animaux sauvages sans recourir à la chasse de loisir. Des gardes-chasse professionnels effectuent des interventions ciblées, selon les besoins, en s'appuyant sur des principes scientifiques, en toute transparence, dans des conditions contrôlées et en toute indépendance vis-à-vis des intérêts particuliers des groupes de pression pro-chasse.
Plus d'informations sur ce sujet : Abolition de la chasse récréative
Qu'est-ce qui devrait changer ?
- Moratoire sur l’abattage proactif des loups : la Suisse suspend la gestion proactive des loups jusqu’à la publication d’une évaluation scientifique indépendante des périodes d’abattage prévues pour 2023/2024 et 2024/2025. L’abattage sans dommage avéré contrevient au principe de proportionnalité. Initiative modèle : Moratoire sur l’abattage proactif des loups
- Mesures de protection du bétail avant l'autorisation d'abattage des loups : Aucun abattage de loups ne sera autorisé tant que les exploitations concernées n'auront pas démontré avoir mis en œuvre toutes les mesures raisonnables de protection du bétail. La charge de la preuve incombe au demandeur, et non au loup. Proposition type : Protection du bétail avant l'abattage des loups
- Évaluation scientifique indépendante des niveaux de population : La fixation des objectifs de population et des quotas d’abattage sera confiée à une commission d’experts indépendante, qui ne sera composée d’aucun membre d’associations de chasse récréative ni de chasseurs cantonaux. Les valeurs de référence politiquement déterminées, telles que celles en vigueur en Suède (170 au lieu de 300), ne doivent pas être intégrées aux plans de gestion suisses.
- Transparence totale des coûts de la politique d'abattage : le gouvernement fédéral publie chaque année le coût total de la gestion des loups par canton, y compris les coûts de personnel, les heures de travail, les déploiements d'hélicoptères et les procédures judiciaires, en comparaison avec l'indemnisation réelle pour les pertes de bétail.
- Pas d'extension de la chasse récréative au loup : les abattages sélectifs de loups seront effectués exclusivement par des gardes-chasse professionnels, et non par des chasseurs de loisir. La délégation des abattages aux gardes-chasse agréés est supprimée.
- Maintien d'une protection stricte au niveau fédéral : la Suisse utilise le cadre de la Convention de Berne et sa législation nationale pour maintenir le loup au plus haut niveau de protection possible, indépendamment de toute dégradation de ce niveau au niveau européen.
- Initiative d’investissement pour la protection du bétail : Le gouvernement fédéral double les fonds alloués aux mesures de protection du bétail et en fait une condition préalable à toute indemnisation en cas de pertes de bétail.
Argumentation : Pourquoi « davantage de chasse récréative » n’est pas la solution
« La population de loups doit être régulée. »
Les loups, en tant que superprédateurs, régulent eux-mêmes la densité de leur population. La taille des meutes et le taux de reproduction s'adaptent à la disponibilité de nourriture et de territoire. Une « taille cible » fixée politiquement n'a aucun fondement écologique, mais sert à s'attirer les faveurs des lobbies de la chasse récréative et de l'agriculture.
« Le statut de conservation favorable ayant été atteint, la chasse est donc autorisée. »
La désignation d’un « statut de conservation favorable » est politiquement controversée et scientifiquement contestée dans plusieurs pays. La Cour de justice de l’Union européenne a précisé que, même avec un statut de conservation favorable, toute dégradation doit être prévenue. Un statut favorable n’autorise pas la chasse à grande échelle, mais impose l’obligation de le maintenir.
« La culture réduit les pertes de bétail »
La France prouve le contraire : malgré l’abattage de 194 loups en 2024, les attaques sur le bétail ont augmenté. Des études scientifiques montrent que l’élimination des membres d’une meute détruit la structure sociale et favorise l’émergence de loups solitaires, plus susceptibles de s’attaquer au bétail que les meutes intactes. Les mesures de protection du bétail sont manifestement plus efficaces que l’abattage sélectif.
« Les chasseurs amateurs apportent une contribution importante à la gestion des loups. »
Les chasseurs amateurs agissent par intérêt personnel (en réduisant la concurrence pour la nourriture), et non par responsabilité écologique. Les gardes-chasse professionnels et les autorités vétérinaires sont mieux placés pour une gestion de la faune sauvage rigoureuse sur le plan scientifique. En Valais, 19 des 24 abattages sélectifs ont été effectués par des gardes-chasse professionnels ; les chasseurs amateurs n’ont participé qu’à cinq abattages, à titre d’appui.
«Le loup est un danger pour l'homme»
Ces cinquante dernières années, aucun décès dû à une attaque de loup n'a été recensé en Europe occidentale. Des études montrent que les loups nourrissent une peur viscérale de l'homme. Le risque d'être tué par un chien, une vache ou la foudre est bien plus élevé que par un loup.
Plus d'infos à ce sujet : Le grand méchant loup a peur de vous
« La population rurale souffre à cause du loup. »
La population rurale souffre de mutations structurelles dans l'agriculture, d'une baisse des revenus et d'un manque de soutien politique. Le loup est désigné comme bouc émissaire pour des problèmes de société plus vastes. Les dégâts réels causés par les attaques de loups ne représentent qu'une fraction des coûts engendrés par les accidents de chasse récréative, les dégâts causés par la faune sauvage en forêt ou les pertes dues aux intempéries et aux maladies.
« Le modèle suédois prouve que la chasse au loup fonctionne. »
Le modèle suédois a échoué. La chasse au loup a été suspendue par les tribunaux en 2026, les autorités n'ayant pu démontrer un état de conservation favorable. L'objectif de 170 loups, revu à la baisse pour des raisons politiques, a été jugé scientifiquement intenable par la Commission européenne. Quiconque cite la Suède en exemple doit également prendre en compte ces revers juridiques.
« Les loups doivent être soumis à la loi sur la chasse. »
L'inclusion du gibier dans la législation cynégétique n'est pas une nécessité professionnelle, mais une concession politique au lobby de la chasse récréative. Elle abaisse le seuil légal d'abattage, instaure des saisons de chasse et transfère la gestion à des chasseurs récréatifs qui ne sont ni indépendants ni scientifiquement qualifiés. La Société allemande de droit de la protection animale, dans le contexte du projet de loi allemand, dénonce une violation de l'objectif constitutionnel de protection animale.
« Les fusillades illégales montrent que la frustration est trop grande. »
Les abattages illégaux constituent des infractions pénales, et non une expression légitime de la volonté. Ils ne démontrent pas un excès de zèle dans la protection, mais plutôt une faiblesse des poursuites et de la prévention. En Norvège, dix hommes ont été inculpés pour chasse illégale au loup. Parmi les chasseurs de loisir, l'adage « tirer, pelleter et se taire » est devenu une attitude courante à l'égard des espèces protégées.
« La coexistence est une illusion »
La coexistence n'est pas un état, mais un processus. Elle exige des investissements dans la protection du bétail, le conseil, l'indemnisation et l'éducation. Dans les régions qui réalisent ces investissements, la coexistence fonctionne. Là où les décideurs politiques privilégient l'abattage sélectif, la coexistence demeure une illusion, non pas à cause du loup lui-même, mais par manque de volonté politique.
Liens rapides
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Sources externes :
- KORA : Écologie des prédateurs et gestion de la faune sauvage en Suisse
- BAFU : Loup en Suisse
- BfN / DBBW : Loup en Allemagne
- EFSA : Gestion des grands carnivores
- Eurogroupe pour les animaux : Protection des loups
- Parlement européen : Vote sur le statut protégé des loups
Notre revendication
Le loup fait partie intégrante de l'Europe. Son retour est une réussite pour la conservation des espèces, aujourd'hui systématiquement compromise. Ce dossier documente comment les responsables politiques, les lobbies agricoles et les associations de chasse récréative érodent la protection du loup, et explique pourquoi la solution ne réside pas dans un abattage accru, mais plutôt dans une meilleure protection du bétail, une science indépendante et un État de droit qui respecte ses engagements en matière de protection. Ce dossier sera mis à jour régulièrement en fonction de l'évolution de la situation.
À propos de la chasse de loisir : dans notre dossier sur la chasse, nous rassemblons des vérifications de faits, des analyses et des rapports de fond.