Administration de la chasse de Saint-Gall : gestion du loup sans science
Le canton de Saint-Gall recherche une personne pour le poste de « garde-faune avec fonction spéciale loup ». À première vue, cela évoque la biologie moderne de la faune sauvage, le monitoring et une approche rationnelle du conflit autour du loup. Mais qui lit l'offre d'emploi attentivement s'aperçoit rapidement qu'il ne s'agit pas d'un poste scientifique spécialisé, mais d'une fonction classique de chasse et d'exécution avec une étiquette loup.
Les exigences requises sont une formation professionnelle CFC achevée, ainsi qu'un examen d'aptitude à la chasse et une pratique cynégétique.
Sont souhaitées une expérience en matière de chasse, de gestion de la faune sauvage et de droit. Une formation universitaire en biologie ou en écologie n'est même pas mentionnée, pas plus que le travail scientifique, les statistiques ou les publications.
En bref : celui qui souhaite « gérer » le loup dans le canton de Saint-Gall a surtout besoin de mérites cynégétiques, et non de connaissances académiques sur les grands prédateurs.
Parmi les tâches figurent notamment :
- Évaluation des attaques de loups
- Direction du monitoring cantonal du loup en concertation avec les cantons voisins et l'étranger
- Planification et exécution des dites interventions de régulation en collaboration avec les gardes-faune et les sociétés de chasse
Le monitoring, l'évaluation des attaques, la coopération internationale — ce sont précisément des domaines où la compétence scientifique serait centrale. Pourtant, selon l'offre d'emploi, une formation de base CFC et quelques « bonnes connaissances spécialisées en biologie de la faune sauvage, en chasse et en protection de la nature » suffisent.
Une administration avec un passé
Cette offre d'emploi ne surgit pas de nulle part. L'administration de la chasse de Saint-Gall, sous la direction de Dominik Thiel, a fait l'objet de critiques répétées ces dernières années.
C'est ce qui est apparu de manière particulièrement évidente lors du soi-disant voyage d'étude en Russie. Le directeur de l'Office de la chasse et des absurdités s'est rendu en Russie en février 2024, en compagnie d'un garde-faune, pendant les heures de travail, pour «étudier» la chasse Lapp au loup. Au cours de cette chasse au loup de plusieurs jours, quatre loups ont été abattus. Des interventions politiques et de larges critiques s'en sont suivies.
Ces antécédents montrent que les problèmes sont structurels. Il ne s'agit pas de décisions isolées mal avisées, mais d'une administration de la chasse qui agit aux dépens des contribuables et de sa propre crédibilité.
Dossier administration de la chasse Saint-Gall
Le nouveau poste avec «fonction spéciale Loup» s'inscrit dans tout un dossier de décisions douteuses et de scandales, documenté sur Wild beim Wild. Cela comprend notamment :
Dossier administration de la chasse Saint-Gall :
- Dominik Thiel : chasseur de loups aux frais de l'État – un chef de service comme risque sécuritaire pour la protection de la faune sauvage
- Psychologie de la chasse dans le canton de Saint-Gall
- Saison de chasse jusqu'au Nouvel An : pression à l'abattage plutôt que gestion de la faune sauvage
- La chasse au brevet comme solution aux conflits liés au cerf élaphe ?
- Administration de la chasse Saint-Gall : gestion des loups sans science et sans crédibilité
- L'autorisation d'abattre un loup dans le canton de Saint-Gall était illégale
- Abrutissement populaire dans le canton de Saint-Gall
- L'Office de la chasse et des absurdités à Saint-Gall modernise la formation cynégétique
- Saint-Gall veut réguler la meute de loups au Gamserrugg
- Controverse autour d'un fonctionnaire suisseà la chasse au loup en Russie
- Les «experts» de Saint-Gall mettent fin à la régulation des loups pour cet hiver
- La pomme pourrie au sein de l'administration de la chasse saint-galloise
- Un chasseur menteur est devenu chef de département dans le canton de Saint-Gall
- Saint-Gall : Stoppez le massacre des renards et des blaireaux
- L'OFEV et les administrations de la chasse travaillent-ils encore sérieusement ?
- Comment le chasseur de loisir Simon Meier entraîne sur la mauvaise piste
La somme de ces articles dresse le portrait d'une autorité qui s'est profondément enlisée dans des intérêts propres liés à la chasse et dont les priorités sont très éloignées d'une politique faunistique moderne et fondée sur des bases scientifiques.
Conflits d'intérêts dangereux
La forte imbrication avec la chasse de loisir est particulièrement délicate. La nouvelle fonction travaille directement avec les sociétés de chasse et effectue avec elles des abattages de loups. Dans le même temps, elle est censée gérer la centrale loup, c'est-à-dire être le premier interlocuteur pour les agricultrices, la population et les médias.
Cela signifie que la personne qui planifie et accompagne les abattages doit simultanément informer de manière neutre, évaluer les attaques et fournir des données sur les effectifs. Du point de vue de la protection des animaux, il s'agit d'un conflit d'intérêts classique. Celui qui vient de la chasse de loisir perçoit souvent le loup avant tout comme un concurrent sur le territoire de chasse, et non comme une espèce protégée à l'importance écologique avérée.
Au lieu de créer un service spécialisé indépendant et scientifiquement ancré pour les grands prédateurs, le loup est intégré dans le canton de Saint-Gall au sein de la structure cynégétique militante existante. Le langage de l'offre d'emploi le révèle : le poste fait partie de la garde de la faune, soutient d'autres gardes-faune et assume accessoirement des tâches au sein du centre Castor. Les fonctions de protection deviennent des sous-produits d'une exécution marquée par la chasse.
La gestion du loup est bien plus que tirer
Une gestion contemporaine du loup englobe bien davantage que l'organisation d'abattages. Seraient notamment nécessaires :
- une collecte et une analyse de données indépendantes par des spécialistes formés en biologie, en écologie ou dans des disciplines connexes
- une communication transparente envers le public et les médias, non colorée par des intérêts propres à la chasse
- un conseil à l'agriculture sur des mesures de protection des troupeaux efficaces, fondées sur des études actuelles
- une planification à long terme en lien avec d'autres cantons et États, afin de préserver la diversité génétique et les fonctions écologiques du loup
Tout cela exige de solides qualifications scientifiques. Celui qui doit modérer le conflit socialement très chargé émotionnellement autour du loup a en outre besoin de compétences communicationnelles et médiatiques, et pas seulement de la volonté d'examiner des attaques de nuit ou d'abattre des loups.
Signal envoyé à la population
Les offres d'emploi sont aussi des signaux politiques. Elles montrent quel type de compétences un canton souhaite et quels intérêts il priorise.
Lorsqu'un poste intitulé «fonction spéciale Loup» se concentre pratiquement exclusivement sur la pratique cynégétique, les interventions de régulation et les horaires de travail irréguliers, cela envoie un message clair : le loup est considéré avant tout comme un problème à gérer, et non comme une espèce strictement protégée à l'importance écologique significative.
Quiconque espère trouver dans cet appel d'offres un poste scientifique sérieux et indépendant sur le loup sera déçu. La combinaison avec une administration de la chasse déjà compromise, qui s'est fait remarquer par des voyages de chasse en Russie, renforce encore davantage cette impression.
Une politique moderne de la faune sauvage nécessite une expertise indépendante
Personne ne conteste que les conflits entre loups et élevage doivent être pris au sérieux. Mais la réponse ne peut pas consister à confier la responsabilité en premier lieu aux chasseurs de loisir et aux autorités proches de la chasse.
Une politique moderne de la faune sauvage nécessite :
- une recherche professionnelle et indépendante
- une séparation claire entre exécution et conseil
- des processus de décision transparents
- la participation de la protection animale, de la protection de la nature et de la science
Le canton de Saint-Gall manque une occasion avec cet appel d'offres. Au lieu de devenir un pionnier dans la gestion à grande échelle du loup grâce à un service interdisciplinaire spécialisé, il mise sur l'ancien schéma : une administration de la chasse avec un catalogue de tâches légèrement modernisé.
Il est temps d'un débat honnête
Le poste de « garde-faune avec fonction spéciale loup » est peut-être sérieux au sens formellement correct et adapté aux structures cantonales de chasse existantes. C'est précisément là le problème. La politique délègue la responsabilité d'un prédateur protégé à une institution qui, historiquement, s'est surtout chargée d'organiser l'abattage d'animaux sauvages et dont la direction se perfectionne en Russie lors de chasses au loup.
Quiconque souhaite une véritable protection des animaux et un débat factuel et scientifiquement fondé sur le loup devrait lire cet appel d'offres d'un œil critique et le considérer dans le contexte de l'ensemble du dossier relatif à l'administration de la chasse saint-galloise.
Si le loup doit avoir un avenir en Suisse, il faut davantage que des « fonctions spéciales » au sein de l'administration de la chasse. Il faut des services spécialisés indépendants qui ne traitent pas le loup comme un problème, mais comme un composant intégral de nos écosystèmes.
Dossier : Loup en Suisse : faits, politique et limites de la chasse
Action participative : Demandez à votre commune, en raison de la politique catastrophique du conseiller fédéral Albert Rösti (UDC), une remise d'impôts fédéraux et cantonaux suite à l'autorisation récente de l'abattage de loups en Suisse. Vous pouvez télécharger le modèle de lettre ici : https://wildbeimwild.com/ein-appell-fuer-eine-veraenderung-in-der-schweiz/

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