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FAQ

Que dit la psychologie sur les chasseurs de loisir ?

Qu'est-ce qui pousse les gens à tuer des animaux pendant leur temps libre ?

Rédaction Wild beim Wild — 20 mars 2026

La psychologie s'est penchée sur cette question, avec des résultats parfois inconfortables.

Les chasseurs et chasseuses de loisir ne forment pas un groupe homogène, et leurs motivations sont diverses. Cependant, la recherche dresse un tableau plus différencié que celui que transmettent les associations de chasseurs dans leur présentation de soi : outre l'expérience authentique de la nature, les besoins de domination, les motifs de contrôle et les effets de désensibilisation jouent un rôle mesurable.

L'étude Heubrock : travail de pionnier de Brême

L'étude psychologique germanophone la plus complète sur les chasseurs de loisir provient du Prof. Dr. Dietmar Heubrock, psychologue juridique à l'Université de Brême. Dans son étude de 2006, publiée dans la revue spécialisée « Zeitschrift für Rechtspsychologie », il a examiné avec ses collègues les traits de personnalité, les motivations et les attitudes des chasseurs et chasseuses de loisir allemands en comparaison avec un groupe témoin de non-chasseurs.

L'étude comprenait plusieurs centaines de participants et utilisait des instruments psychologiques standardisés, notamment l'inventaire de personnalité NEO et des échelles de mesure des tendances à l'agressivité et à la dominance. Résultats centraux : les chasseurs de loisir rapportaient des scores statistiquement significativement plus élevés en orientation vers la dominance et une moindre disposition à faire preuve d'empathie envers les animaux. Parallèlement, ils approuvaient massivement des affirmations sur la connexion à la nature et la conscience de conservation – un résultat qui montre que les deux motivations peuvent coexister.

Heubrock interpréta les résultats avec prudence : il ne s'agissait pas d'un « type de chasseur », mais d'une tendance dans le groupe. Tous les chasseurs de loisir ne montraient pas des valeurs de dominance élevées. Néanmoins, cette concentration était suffisamment frappante pour justifier des recherches supplémentaires. Le Dossier Psychologie de la chasse résume l'ensemble des études disponibles.

La thèse de Grohs : agressivité et motifs de dominance

Un autre travail important est la thèse « Différences psychologiques et sociologiques entre chasseurs de loisir et non-chasseurs » d'Ursula Grohs. Grohs interrogea des chasseurs de loisir et un groupe de contrôle apparié à l'aide de questionnaires sur l'auto-évaluation, les styles de conflit et les attitudes envers les animaux.

Grohs constata : les chasseurs de loisir s'évaluaient comme significativement plus agressifs que les non-chasseurs. Ils privilégiaient plus souvent des stratégies de résolution de conflits basées sur la dominance. De plus, on observait un affaiblissement statistiquement significatif de l'empathie animale – un effet qui semblait s'intensifier avec l'expérience croissante de la chasse, ce qui suggère des processus de désensibilisation.

La thèse ne fut pas publiée dans une revue scientifique grand public et a donc un statut scientifique limité. Elle constitue cependant, avec Heubrock, l'une des rares sources empiriques qui définissent explicitement les chasseurs de loisir comme groupe d'étude.

Triade sombre : narcissisme, machiavélisme, psychopathie

La « Triade sombre » – un concept regroupant narcissisme, machiavélisme et psychopathie subclinique – a reçu une grande attention en psychologie de la personnalité ces 20 dernières années. Les personnes avec des scores élevés de Triade sombre tendent vers un manque d'empathie, une disposition à instrumentaliser autrui et une sensibilité réduite à la culpabilité.

Diverses études ont mis en relation les scores de Triade sombre avec les attitudes envers les animaux et avec la disposition à la violence envers les animaux. Une méta-analyse de Kavanagh, Signal & Taylor (2013) dans « Anthrizoös » trouva des corrélations négatives robustes entre les scores de Triade sombre et l'empathie animale. Les personnes avec des scores de psychopathie plus élevés rapportaient plus fréquemment des attitudes positives envers la chasse et la cruauté envers les animaux.

Important : cela ne signifie pas que les chasseurs de loisir sont des personnalités de Triade sombre. Mais les recoupements des structures motivationnelles – plaisir du contrôle, vécu de dominance, distanciation face à la souffrance animale – méritent l'attention scientifique. Précisément parce que les chasseurs de loisir représentent en Suisse un groupe légalement armé et socialement privilégié, cette lacune de recherche est préoccupante.

Motifs de dominance et de contrôle : pourquoi tuer procure de la satisfaction

La psychologie sociale s'est penchée sur la question de savoir pourquoi tuer des animaux peut être psychologiquement satisfaisant. Le concept de motif de « dominance » décrit l'expérience de pouvoir et de contrôle sur les êtres vivants. Dans des entretiens que le chercheur en faune sauvage et anthropologue Roger Caras mena avec des chasseurs de loisir, des déclarations similaires revenaient constamment : le sentiment de pouvoir décisionnel sur la vie et la mort, l'intensité du moment, l'« authenticité » de l'expérience.

Ces motifs ne sont pas automatiquement pathologiques. Mais ils montrent que le fait de tuer en tant que tel – pas seulement l'expérience de la nature ou la viande – constitue une incitation psychologique. Cela explique pourquoi les chasseurs de loisir continuent à chasser même quand la viande abattue n'est pas nécessaire, quand les trophées ne jouent aucun rôle et quand la régulation des populations est manifestement dysfonctionnelle.

Le fait de tuer en lui-même a une valeur intrinsèque pour une partie des chasseurs de loisir – ce n'est pas un jugement moral, mais un constat psychologique pertinent pour le débat public. Plus d'informations dans le Dossier Mettre fin à la violence de loisir contre les animaux.

Désensibilisation par la répétition des actes de mise à mort

Un effet bien documenté dans la psychologie de la guerre et de la violence : la répétition d'actes qui étaient émotionnellement éprouvants conduit à la désensibilisation. Les soldats qui tuent de manière répétée rapportent un émoussement émotionnel. Des processus similaires sont décrits chez les employés d'abattoirs.

En psychologie de la chasse, il existe des indices de mécanismes comparables. Les chasseurs de loisir débutants rapportent souvent de l'excitation, mais aussi de l'inconfort lors de leur premier tir. Avec l'expérience croissante, l'inconfort s'estompe. La thèse de Grohs a trouvé que l'empathie envers les animaux diminue avec l'expérience croissante de la chasse – ce qui peut être interprété comme une adaptation à l'acte de mise à mort répétitivement accompli.

Cet effet de désensibilisation est pertinent dans la mesure où il explique pourquoi les chasseurs de loisir ayant des décennies d'expérience objectivent de plus en plus certains animaux (et leur douleur) et les perçoivent moins comme des êtres capables de souffrir. Ce n'est pas nécessairement un changement de personnalité, mais un effet de psychologie de l'apprentissage.

Photos de chasseurs : ce que révèlent les photos sur les motivations

Les photos de chasseurs – photos du chasseur ou de la chasseuse avec l'animal abattu – constituent un élément fixe de la culture de la chasse. Elles sont partagées sur les réseaux sociaux, imprimées dans les magazines de chasse et montrées lors des soirées d'associations. Psychologiquement, elles sont très intéressantes : elles servent à la communication de statut, à l'auto-représentation et à la reconnaissance sociale au sein du groupe.

Les études sur la présentation de photos de trophées montrent que la représentation de l'animal mort fonctionne comme preuve de sa propre compétence et supériorité. L'animal mort devient un objet de réassurance personnelle. Qui a grandi en dehors de la culture de la chasse trouve souvent de telles images répugnantes – parce que dans sa culture, tuer des animaux n'est pas considéré comme digne de statut.

Notre Dossier sur les photos de chasseurs analyse ce phénomène en détail et pose la question : que disent de telles images sur les conceptions de valeurs transmises au sein de la société de la chasse ?

Pression de groupe dans les sociétés de chasse

La chasse en Suisse est souvent un événement social. Détenteurs de territoires, sociétés de chasse et camaraderies de chasse créent de forts liens sociaux. Qui grandit dans une telle communauté ou y est socialisé subit une pression de conformité considérable.

La psychologie sociale le sait : l'identité de groupe et la pression sociale peuvent conduire à maintenir des comportements que l'individu seul remettrait peut-être en question ou rejetterait. Dans les sociétés de chasse, cela peut signifier : qui ne tire pas est considéré comme faible ou sentimental. Qui qualifie les animaux de capables de souffrir risque des sanctions sociales. Ces dynamiques empêchent la réflexion ouverte au sein du groupe.

Particulièrement problématique est la socialisation des enfants dans la culture de la chasse. Le Dossier Chasse et enfants s'occupe de la question de savoir quels effets psychologiques cela a quand les enfants sont introduits tôt dans les rituels de mise à mort et apprennent que tuer des animaux est un plaisir de loisir.

L'hypothèse du lien : la maltraitance animale comme prédicteur de violence contre les humains ?

L'hypothèse dite du « Link » ou « The Link » (en anglais) désigne la corrélation empiriquement documentée entre la maltraitance animale et la violence interpersonnelle. Les études criminologiques montrent que les personnes ayant maltraité ou tué des animaux durant l'enfance ou l'adolescence présentent un risque accru de commettre ultérieurement des actes de violence contre les humains.

La chasse n'équivaut pas à la maltraitance animale – c'est une distinction importante. Cependant, dans la recherche sur l'hypothèse du Link, les formes légales de mise à mort d'animaux ont parfois été discutées comme variables d'influence possibles, particulièrement lorsque le fait de tuer est normalisé précocement et sans esprit critique. Les résultats sont ici moins clairs que pour la corrélation entre maltraitance animale explicite et violence – mais la question est scientifiquement justifiée.

Pertinent dans ce contexte : en Suisse, plusieurs actes de violence graves ont été commis ces dernières années par des personnes détenant un permis de chasse. Une évaluation systématique de ces cas fait défaut. Le Dossier Mettre fin à la violence récréative contre les animaux examine quelles conséquences sociétales aurait une confrontation sérieuse avec ce thème.

Aspects positifs – sans la mise à mort ?

Il serait malhonnête de nier que les chasseurs de loisir recherchent souvent un contact authentique avec la nature et vivent un véritable lien avec les animaux sauvages. Se lever tôt, passer des heures dans la nature, reconnaître les traces d'animaux, observer les comportements – tout cela constitue des expériences réelles et précieuses.

Mais la question décisive est : la mise à mort est-elle nécessaire pour ces expériences ? La réponse de la psychologie et de la pédagogie de la nature est claire : non. L'expérience de la nature, le ralentissement, le sentiment communautaire et la connexion avec la nature sont accessibles par la randonnée, l'observation d'oiseaux, la photographie animalière, la biologie de terrain et d'autres formes de contact avec la nature – sans arme, sans abattage, sans la souffrance d'un autre être.

Si la mise à mort disparaissait, certains chasseurs de loisir choisiraient ces alternatives. D'autres arrêteraient. Cela indique que pour une partie des chasseurs de loisir, la mise à mort n'est pas un sous-produit mais un motif central – une constatation que la société devrait débattre.

Socialisation et transmission de la violence contre les animaux

La chasse est dans de nombreuses familles un artisanat traditionnel. Les enfants grandissent avec l'abattage d'animaux comme état normal. D'un point de vue de la psychologie du développement, c'est significatif : ce qui est vécu comme normal dans l'enfance est moins souvent remis en question à l'âge adulte. Les enfants qui participent tôt aux événements de chasse et vivent la mise à mort d'animaux comme socialement valorisée développent une ligne morale différente envers les animaux que les enfants à qui les animaux sont présentés comme des êtres dignes de protection.

Ce n'est pas un reproche à des familles individuelles – c'est une observation structurelle. Les cultures qui normalisent la mise à mort reproduisent cette norme. Cela inclut des questions comme : quels messages une société envoie-t-elle lorsqu'elle protège légalement, subventionne par l'État et glorifie culturellement la mise à mort d'animaux comme divertissement de loisir ? Le Dossier Chasse et enfants approfondit cette question sous l'angle de la protection de l'enfance et de la psychologie du développement.

Constructions de masculinité et chasse

La chasse en Suisse reste encore fortement dominée par les hommes – environ 80 pour cent de tous les détenteurs de permis de chasse sont des hommes. Ce n'est pas un hasard. La chasse est historiquement profondément liée aux représentations de la masculinité : force, endurance, supériorité sur la nature, la capacité de tuer comme signe de maturité et de souveraineté.

La recherche psychosociale sur la masculinité montre : les hommes fortement attachés aux normes traditionnelles de masculinité manifestent plus souvent une propension à la violence envers les animaux et moins d'empathie envers les êtres sensibles. Il s'agit d'une corrélation, non d'un déterminisme – mais elle est statistiquement suffisamment frappante pour ne pas être ignorée dans la discussion sur la psychologie de la chasse.

La tendance est également intéressante : chez la jeune génération, la chasse en tant que rituel d'initiation masculin perd de l'importance. La part de femmes détentrices de permis de chasse augmente lentement. Si cela modifie la structure motivationnelle psychologique de la chasse, c'est une question de recherche ouverte.

Ce qu'exige la recherche : Une psychologie indépendante de la chasse

L'état de la recherche sur la psychologie de la chasse est mince – compte tenu de la pertinence sociale. Il y a peu d'études indépendantes bien financées. La raison principale est probablement de nature politique : les associations de chasseurs n'ont pas d'intérêt à une recherche qui examine leurs membres de manière critique. Le financement public de la recherche privilégie les sujets bénéficiant d'un consensus social plus large.

Ce qui manque : des études longitudinales de grande envergure, méthodiquement robustes, qui accompagnent les chasseuses et chasseurs de loisir pendant des années. Des enquêtes standardisées sur les profils de personnalité, les structures motivationnelles et les changements psychologiques dus à la chasse. Des études comparatives internationales qui dégagent les différences culturelles.

Cette recherche serait socialement importante – non pour criminaliser les chasseurs de loisir, mais pour comprendre quels processus psychologiques accompagnent la mise à mort volontaire d'animaux et quelles conséquences sociales en découlent. Le silence de la science sur cette question est lui-même un constat.

Conclusion : État de la recherche inconfortable, mais pertinent

La psychologie ne livre pas une image simple du « méchant chasseur ». Les chasseuses et chasseurs de loisir sont des personnes aux motivations complexes. Mais la recherche montre : les motifs de domination, le besoin de contrôle, les effets de désensibilisation et la diminution de l'empathie envers les animaux sont des caractéristiques statistiquement frappantes dans ce groupe. Ces constats méritent un débat social – notamment parce qu'il s'agit de personnes légalement armées qui tuent annuellement plus de 100'000 animaux.

Contenus complémentaires sur wildbeimwild.com :

Plus d'informations sur la politique cynégétique actuelle en Suisse dans notre Dossier sur wildbeimwild.com.

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