Spritenbach criminalise le droit de pétition
En novembre 2025, wildbeimwild.com a lancé la pétition « Halte à la cruauté envers les animaux à l'Umwelt Arena Spreitenbach ». Cette pétition faisait suite à un salon professionnel destiné aux chasseurs amateurs et à une enquête de la Société suisse de protection des animaux (STS) sur les conditions inhumaines de détention des reptiles, notamment à l'Umwelt Arena Spreitenbach.

Le système de pétition a été conçu de manière à ce que chaque signature volontaire et active déclenche automatiquement l'envoi d'un courriel à l'administration municipale et aux quatre conseillers municipaux : le maire Markus Mötteli (Le Centre), la maire adjointe Doris Schmid-Hofer (FDP) et les conseillers indépendants Adrian Mayr et Mike Heggli. Un courriel a également été envoyé à l'Umwelt Arena Spreitenbach (Parc environnemental de Spreitenbach).
Entre le 13 et le 17 novembre 2025, 850 courriels ont été reçus par ce biais. Aucun message menaçant, aucun message insultant, aucune fausse déclaration. Simplement des citoyens souhaitant faire part de leurs préoccupations aux autorités compétentes.
La commune de Spreitenbach a réagi en déposant une plainte pénale auprès du parquet de Baden. L'association Spreitenbach Environmental Arena est restée silencieuse. En mars 2026, la procureure Valentina Tuoni, du ministère cantonal du Tessin, a émis une injonction pénale à l'encontre de l'exploitant du site wildbeimwild.com pour « utilisation abusive de matériel de télécommunications », conformément à l'article 179 septies du Code pénal suisse. L'injonction requérait 30 amendes journalières de 30 francs suisses chacune (soit 900 francs suisses, avec sursis pendant trois ans), une amende de 100 francs suisses et 300 francs suisses de frais de justice. Un recours a été formé dans les délais impartis. L'affaire sera donc portée devant les tribunaux et constituera une décision de jurisprudence majeure concernant la recevabilité de l'engagement citoyen numérique en Suisse.
Ce qui est frappant, c'est l'inaction du conseil municipal : ni le blocage de l'adresse de l'expéditeur, ni la mise en place d'un filtre (deux actions pourtant réalisables en quelques clics), ni même la prise de contact avec wildbeimwild.com. Au lieu de cela, il s'est adressé directement au parquet. Il ne s'agit pas d'une incompétence technique, mais d'une décision politique. Répondre aux préoccupations des citoyens par des poursuites pénales envoie un message clair : la critique est inacceptable. Cette pratique a un nom : les experts l'appellent « SLAPP », pour Strategic Lawsuit Against Public Participation (poursuite stratégique contre la participation publique). Ces poursuites visent non pas à gagner un procès, mais à faire taire les critiques.
À titre de comparaison : le cas présent est manifestement disproportionné par rapport à la pratique juridique suisse : en décembre 2025, la plateforme suisse Campax (campax.org) a lancé une campagne de courriels au cours de laquelle environ 1 180 personnes ont envoyé manuellement des courriels à des membres sélectionnés du Conseil des États en utilisant un modèle fourni, structurellement identique au système de pétitions de wildbeimwild.com. Aucune poursuite pénale n’a été engagée contre Campax ni contre les expéditeurs.
Deuxièmement, au cours du même mois, le Parlement fédéral a été inondé d'environ 500 000 courriels provenant de divers expéditeurs, une attaque qualifiée de « cyberattaque » par la délégation administrative du Parlement. Le conseiller national UDC Werner Salzmann en a reçu à lui seul près de 1 700. Ni le Parlement fédéral ni les parlementaires n'ont engagé de poursuites pénales. La commune de Spreitenbach, en revanche, a porté plainte concernant 850 courriels authentiques, provenant de personnes ayant signé volontairement une pétition en faveur du bien-être animal. Dans ces conditions, l'application cohérente de la loi, conformément à l'article 8 (égalité devant la loi) et à l'article 5, paragraphe 2 (proportionnalité) de la Constitution fédérale, n'apparaît pas.
Répondre aux préoccupations des citoyens est une tâche essentielle des élus.
Les conseillers municipaux sont élus par le peuple pour répondre aux préoccupations de la population, et non pour porter plainte contre ses membres. Les élus ont le devoir d'écouter les citoyens, même lorsqu'elles sont dérangeantes ou gênantes. Or, Markus Mötteli (Le Centre), Doris Schmid-Hofer (FDP), Adrian Mayr et Mike Heggli ont instrumentalisé le droit pénal contre des militants de la cause animale, des personnes qui n'ont fait qu'exercer leur droit constitutionnel de pétitionner. Ce n'est pas gouverner, c'est de l'intimidation.
L'argument juridique décisif provient de deux agences fédérales. L'Office fédéral des communications (OFCOM) est catégorique : « La diffusion massive de messages politiques ou religieux n'est jamais considérée comme du spam. » Seuls les courriels publicitaires peuvent être qualifiés de spam. Le Secrétariat d'État à l'économie (SECO) le confirme et se réfère à la loi fédérale contre la concurrence déloyale (UWG) : selon cette loi, la réglementation anti-spam ne s'applique que si les courriels ont un but commercial. Sur son site web, le SECO précise : « Si votre publicité n'est pas susceptible d'influencer la concurrence économique, vous n'êtes pas soumis à la réglementation anti-spam. » D'après le SECO, les messages religieux sont également exemptés, au même titre que les contenus politiques.
Une pétition pour la protection animale n'est pas une publicité commerciale. Elle n'a aucune incidence sur la concurrence économique. Par conséquent, selon l'évaluation officielle des deux autorités fédérales compétentes, ces courriels ne relèvent pas de la législation anti-spam. La responsabilité pénale au titre de l'article 179 septies du Code pénal suisse ne saurait être fondée sur un acte qui ne contrevient même pas à l'interdiction de spam prévue par le droit civil. L'Office fédéral des communications (BAKOM) et le Secrétariat d'État à l'économie (SECO) sont formels : il ne s'agit pas de spam.
De plus, l'article 179 septies du Code pénal suisse exige explicitement que l'acte soit commis « avec malice ». Or, chaque courriel a été envoyé par une personne physique de manière active, volontaire et en pleine connaissance de son objet. L'intention de nuire n'est ni présente ni démontrable. La plateforme a facilité la participation démocratique à une question de bien-être animal, ni plus ni moins.
Le droit de pétition est inscrit à l'article 33 de la Constitution fédérale, et la liberté d'expression à l'article 16. La transmission automatique des signatures de pétition aux autorités compétentes est une forme reconnue et largement répandue de participation numérique, utilisée par de nombreuses plateformes de la société civile à travers le monde. Pénaliser cette pratique restreindrait de manière disproportionnée le droit de pétitionner dans son exercice numérique. Par ailleurs, la mairie de Spreitenbach aurait pu filtrer les courriels à tout moment, les transférer dans un dossier séparé ou bloquer l'expéditeur en quelques clics. Le dépôt d'une plainte pénale n'est pas une mesure proportionnée, comme le stipule expressément l'article 5, paragraphe 2, de la Constitution fédérale.
Lorsqu'une commune porte plainte au pénal parce que les préoccupations de ses citoyens deviennent trop gênantes, et qu'un parquet d'un autre canton prononce ensuite une condamnation qui est contestée en substance par l'Office fédéral des communications (OFC) et le Secrétariat d'État à l'économie (SECO), il ne s'agit ni d'une coïncidence ni d'une infraction mineure. C'est une atteinte aux fondements de la démocratie numérique. L'affaire Spreitenbach crée un précédent : une plateforme de pétitions en Suisse peut-elle être criminalisée simplement parce qu'elle est trop efficace ?
L'objection a été déposée. Le tribunal rendra sa décision. Une question demeure : que révèle l'incapacité d'un conseiller municipal à bloquer l'expéditeur d'un courriel, mais sa capacité à porter plainte au pénal, sur ses priorités, ses compétences et sa conception de la démocratie ?
Informations complémentaires : La commune de Spreitenbach porte plainte contre une plateforme de protection animale · FAQ : La chasse récréative est-elle nécessaire en Suisse ? ·Exemples de textes pour les motions critiques envers la chasse · Tous les dossiers
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