Autorités de chasse et associations de chasse : Interconnexions en Suisse
En Suisse, dans de nombreux cantons, les chasseurs de loisir s'autorégulent de fait. Il est fréquent que le personnel des autorités cantonales de chasse cumule les fonctions de chasseur et celui des associations de chasse organisées. Il en résulte un contrôle qui manque d'indépendance réelle : ceux qui sont censés établir et faire respecter les règles siègent simultanément au conseil d'administration de l'organisation même dont ils sont censés superviser les membres.

En Suisse, la gestion de la chasse relève de la compétence des cantons.
La Loi fédérale sur la chasse et la protection des mammifères et des oiseaux sauvages (LFJ) définit le cadre, mais son application, l'élaboration des plans d'abattage et le contrôle relèvent de la compétence des cantons. En pratique, cela signifie que les gardes-chasse cantonaux, les inspecteurs de la chasse et les membres des commissions sont souvent issus des mêmes milieux que les chasseurs de loisir qu'ils sont censés contrôler. Toute personne titulaire d'un permis de chasse et membre actif de l'association cantonale de chasse peut siéger simultanément au conseil qui approuve les plans d'abattage et constate les infractions.
Ce schéma n'est pas le fruit du hasard. Il est la conséquence logique d'un système façonné par des générations de lobbyistes de la chasse . La chasse est considérée comme un privilège traditionnel d'une petite partie de la population, et ce groupe est parvenu à s'emparer des institutions qui encadrent sa pratique.
Double rôle : représentant d'une association et représentant du gouvernement
Des exemples concrets de conflits d'intérêts entre personnes se retrouvent dans plusieurs cantons. Une même personne occupe simultanément un poste de direction au sein d'une association cantonale de chasse et siège dans une commission officielle chargée de statuer sur les plans de chasse ou les permis spéciaux. Dans d'autres cas, des individus passent directement de fonctions associatives à des postes administratifs, ou inversement.
De telles transitions ne sont pas automatiquement illégales. Dans une administration fondée sur l'armée comme celle de la Suisse, il est courant que des experts occupent des postes honorifiques. Le problème réside dans l'absence de séparation : ceux qui ont un intérêt personnel et social important à maintenir la chasse de loisir peuvent difficilement prendre des décisions impartiales quant à sa réglementation. Le dossier sur les associations de chasse et leur influence sur la politique et l'opinion publique documente systématiquement cet enchevêtrement.
Commissions de chasse : Témoignages de personnes concernées
De nombreux cantons ont mis en place des commissions consultatives de chasse qui participent à l'élaboration des plans de chasse, à la fixation des périodes de fermeture et à l'évaluation des demandes. La composition de ces commissions est souvent fortement influencée par les intérêts cynégétiques : des représentants des associations de chasse y siègent aux côtés des services forestiers cantonaux et des représentants agricoles. Les organisations de protection animale, les chercheurs en faune sauvage et les associations environnementales y sont rarement représentés, voire totalement absents.
Cela crée une structure où les points de vue critiques sur la chasse sont marginalisés d'emblée. Les quotas d'abattage établis par ces commissions reflètent les intérêts des chasseurs de loisir et non nécessairement l'état actuel de l'écologie faunique. Le dossier sur la réglementation et l'application de la chasse démontre comment ces structures institutionnelles sapent systématiquement l'indépendance du contrôle.
Plan de tournage : Qui décide du nombre de prises de vue ?
La fixation des quotas de chasse est un instrument essentiel de la gestion de la faune sauvage. En Suisse, cette tâche incombe aux cantons, qui s'appuient sur les demandes et les données des associations de chasse. Ainsi, les chiffres servant de base à l'élaboration des plans de chasse sont fournis par ceux qui ont intérêt à pouvoir abattre le plus grand nombre d'animaux possible.
Les recensements scientifiques indépendants et les études de population, non contrôlés par les organismes liés à la chasse, sont l'exception. L' ouvrage « La chasse de loisir commence au bureau » décrit ce processus en détail : les données elles-mêmes sont sélectives et les structures institutionnelles renforcent ce biais.
Braconnage et absence de poursuites
Les liens étroits entre les autorités de régulation et les associations de chasse ont également des conséquences sur l'application de la loi. Le braconnage et les infractions liées à la chasse ne sont pas des phénomènes marginaux en Suisse . Cependant, le nombre de cas non signalés est élevé car la surveillance est principalement assurée par des organismes proches du milieu cynégétique. Toute personne découvrant qu'un membre de son club de chasse commet une infraction se trouve confrontée à un dilemme social qui n'existerait pas sous une autorité indépendante et spécialisée.
Les atteintes au bien-être animal dans le cadre de la chasse de loisir sont rarement poursuivies de manière systématique. Les autorités responsables sont les mêmes qui représentent simultanément les intérêts des chasseurs de loisir. Des poursuites véritablement indépendantes exigent une séparation institutionnelle claire, qui fait largement défaut dans la réglementation suisse de la chasse.
Le droit de la chasse comme produit du lobbying
La législation suisse sur la chasse n'est pas le fruit d'une évaluation objective de l'intérêt public, mais plutôt le résultat de décennies de lobbying. Les associations de chasse ont activement influencé les processus législatifs aux niveaux cantonal et fédéral. Les tentatives de révision visant à renforcer l'indépendance du contrôle ou à encadrer la chasse de loisir ont été systématiquement bloquées par un lobby de la chasse bien organisé.
La loi sur la chasse (JSG) et les lois cantonales sur la chasse comportent de nombreuses exceptions introduites sous la pression d'associations. Des termes présentant la chasse récréative comme une mission de conservation de la nature ont également été intégrés au texte de loi par des lobbyistes afin de donner l'illusion d'un mandat public.
Comparaison : À quoi pourrait ressembler une surveillance indépendante
Une gestion indépendante de la faune sauvage impliquerait que des experts, sans permis de chasse ni appartenance à une association, prennent les décisions relatives aux quotas d'abattage et aux périodes de fermeture, en se basant sur des études scientifiques indépendantes. Les infractions seraient poursuivies par une autorité distincte du lobby de la chasse. Le modèle des gardes-chasse illustre ce à quoi peut ressembler une gestion professionnelle de la faune sauvage, exempte des conflits d'intérêts structurels inhérents à la chasse récréative.
Le modèle genevois est l'exemple suisse le plus connu d'alternative : le canton de Genève a aboli la chasse de loisir en 1974 et s'appuie sur des gardes-chasse professionnels. Genève et son interdiction de la chasse démontrent que les scénarios catastrophes souvent évoqués ne se sont pas concrétisés en l'absence de chasse de loisir.
Déficits de transparence dans les autorités cantonales
Dans la plupart des cantons, il est difficile de trouver des informations publiques concernant la composition des commissions de chasse, les conflits d'intérêts de leurs membres ou les critères des décisions d'abattage. Les rapports officiels sur la gestion du gibier sont rarement publiés. Les demandes formulées au titre de la loi cantonale sur la liberté d'information se heurtent à des obstacles pratiques.
Ce manque de transparence protège les réseaux existants. Sans contrôle public, il est pratiquement impossible pour les citoyens de vérifier la légitimité des décisions relatives aux tirs ou d'identifier les conflits d'intérêts.
Dimension politique : Les lobbies de la chasse au Parlement
Les imbrications ne se limitent pas aux autorités cantonales. Au niveau parlementaire, les chasseurs de loisir et leurs lobbyistes sont représentés au Conseil national et au Conseil des États. Ils participent à des processus législatifs qui affectent directement ou indirectement la chasse de loisir, sans que cela soit toujours déclaré de manière transparente. Le dossier sur le lobby de la chasse en Suisse offre un aperçu de ces imbrications parlementaires et des conflits d'intérêts qui en découlent.
Ce lobby s'oppose systématiquement aux initiatives parlementaires visant à encadrer plus strictement la chasse récréative. À l'inverse, les initiatives favorables à la chasse récréative sont lancées en priorité et mises en œuvre avec succès.
Conclusion : Une réforme structurelle plutôt qu'une critique individuelle
Le problème de l'imbrication entre les autorités de chasse et les associations de chasse ne relève pas de la mauvaise conduite d'individus, mais d'un problème structurel. Tant que le cadre institutionnel n'élimine pas les conflits d'intérêts, mais les institutionnalise, la surveillance de la chasse récréative reste une simple formalité. Une surveillance crédible exige l'indépendance du personnel, la transparence des processus décisionnels et la participation d'experts en biologie de la faune sauvage, de défenseurs du bien-être animal et du public. La première étape consiste à reconnaître le problème.
Informations complémentaires
- Le lobby des chasseurs en Suisse
- Comment les associations de chasse influencent la politique et le public
- Lois et contrôles de la chasse
- Loi sur la chasse en Suisse
- Le modèle du garde-chasse
- Genève et l'interdiction de la chasse
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