Lorsqu'on aborde la chasse de loisir, on a souvent l'impression qu'elle relève du domaine des spécialistes. Des termes comme « réglementation », « gestion des populations » ou « conservation » semblent neutres et techniques. En réalité, ils masquent des intérêts sous-jacents, des rapports de force et des stratégies d'influence ciblées. Les associations de chasse en Suisse ne sont ni des clubs de loisirs ni des associations traditionnelles. Ce sont des acteurs politiques – aux niveaux fédéral et cantonal, au sein des administrations, dans les médias et dans les instances de lobbying européennes.
La Fédération Suisse de Chasse décrit ouvertement son action en matière de politique cynégétique : veille proactive sur l’influence des partis politiques, des autorités et des organisations ; étroite collaboration avec les députés chasseurs au Parlement fédéral ; élaboration précoce de positions ; et réalisation d’études et de publications sur les enjeux actuels. Il ne s’agit pas de secret, mais d’une politique d’intérêts stratégiques, étroitement liée au Parlement. Parallèlement, des responsables de la Fédération Suisse de Chasse siègent au conseil d’administration de FACE, le lobby européen de la chasse basé à Bruxelles, qui œuvre systématiquement pour obtenir un soutien politique à l’abattage d’animaux sauvages dans la législation européenne. Ce rôle est rarement porté à la connaissance du public suisse.
Ce dossier montre comment cette influence se manifeste concrètement, par quels canaux elle opère et pourquoi la rendre visible est essentiel pour la conservation de la faune sauvage et la démocratie. En complément : notre dossier « Le lobby des chasseurs en Suisse : mécanismes d’influence à travers des études de cas cantonales » et le dossier « Médias et enjeux de la chasse » qui analyse la dimension linguistique de cette influence.
Qu'est-ce qui vous attend ici ?
- Le rôle des associations de chasse aujourd'hui : une politique d'intérêts à caractère systémique : pourquoi les associations de chasse ne sont pas des clubs traditionnels, mais des acteurs politiques organisés avec des objectifs stratégiques clairs aux niveaux fédéral et cantonal.
- Là où l'influence se manifeste réellement : les cantons comme lieu clé, les consultations comme instrument politique et la multiplicité des rôles personnels comme problème structurel.
- Groupes parlementaires et accès direct au Parlement : comment JagdSchweiz obtient un accès direct aux processus législatifs grâce à des parlementaires étroitement liés à la chasse, et quelles sont les conséquences pour la séparation des pouvoirs.
- FACE : La Suisse dans le lobby européen de la chasse : Pourquoi JagdSchweiz utilise FACE à Bruxelles pour faire pression en faveur de davantage d'abattages, ce qui est présenté au niveau national comme un « partenariat pour la conservation de la nature ».
- Le langage comme outil politique : comment les associations de chasse définissent les termes qui orientent les débats et délégitiment les critiques – avant même que la confrontation politique proprement dite ne commence.
- Relations publiques et statut d'expert : comment les associations de chasse apparaissent dans les médias comme des organismes experts objectifs, alors qu'il s'agit de groupes d'intérêt – et pourquoi les organisations de protection animale bénéficient d'un accès structurellement moindre.
- Le contrôle des données comme instrument de pouvoir : qui décide de ce qui est documenté, comment c’est documenté et quelles données sont rendues publiques ?
- Transparency International : Les problèmes structurels du système de lobbying suisse : ce que l'étude de 2019 révèle sur l'influence cachée et les imbrications sensibles dans le lobbying suisse – et ce que cela signifie pour la chasse aux loisirs.
- Comment rendre son influence visible : questions concrètes et outils pour les citoyens, les médias et la politique.
- Ce qui doit changer : des revendications politiques concrètes en faveur de plus de transparence.
- Argumentation : Réponses aux contre-arguments les plus courants.
- Liens rapides : Tous les articles, études et dossiers pertinents.
Le rôle des associations de chasse aujourd'hui : une politique d'intérêts à caractère systémique
Les associations de chasse en Suisse se sont professionnalisées au cours des dernières décennies. Elles ne sont plus de simples groupes d'intérêt réagissant aux initiatives critiques envers la chasse, mais des acteurs politiques proactifs qui anticipent la législation, élaborent des positions en amont et exploitent stratégiquement leurs réseaux. Chasse Suisse présente clairement ses principales missions en matière de politique de chasse sur son site web : suivre l'action des partis politiques, des autorités et des organisations sur les questions de chasse ; collaborer étroitement avec les députés du Parlement fédéral suisse qui pratiquent la chasse ; élaborer des positions en amont ; et produire des études et des publications sur les enjeux actuels.
Il s'agit là d'un plaidoyer légitime, certes, mais d'un plaidoyer, et non d'un travail de conservation de la nature ni d'un avis d'expert neutre. Le problème survient lorsque ce plaidoyer est perçu comme une expertise neutre : dans les échanges avec les autorités, les reportages médiatiques, les commissions parlementaires. Quiconque ignore que JagdSchweiz est une organisation politique aux objectifs stratégiques clairement définis ne peut évaluer correctement sa contribution aux débats publics. Or, une part importante de l'efficacité de ce lobby repose précisément sur ce manque de compréhension.
Leurs préoccupations fondamentales demeurent constantes depuis des décennies : garantir et étendre les droits de chasse, influencer l’application et l’interprétation des lois sur la chasse et la protection de la nature, et protéger la chasse de loisir des critiques sociales et politiques. Ces objectifs sont poursuivis simultanément aux niveaux fédéral et cantonal, avec une attention particulière portée aux domaines où les décisions d’application sont prises et où le contrôle public est le moins présent.
Pour en savoir plus : Le lobby des chasseurs en Suisse : comment opère l’influence ? et Les chasseurs : rôle, pouvoir, formation et critiques
Là où l'influence se manifeste réellement
Cantons, un emplacement clé
En Suisse, la politique de chasse est principalement mise en œuvre au niveau cantonal. Les associations de chasse y sont particulièrement présentes et efficaces – bien plus qu’au niveau fédéral, où les débats sont plus publics et le contrôle parlementaire plus strict. Les représentants des chasseurs de loisir siègent régulièrement au sein des comités consultatifs cantonaux en tant qu’acteurs reconnus. En collaboration avec les services cantonaux – autorités de chasse, vétérinaires cantonaux et services forestiers –, ils élaborent des outils de mise en œuvre, des plans de régulation et des lignes directrices qui font ensuite office de référence.
Les décisions sont souvent prises non pas au parlement cantonal, mais au sein de l'administration – lors de réunions à huis clos entre des acteurs dont les conflits d'intérêts ne sont pas systématiquement divulgués. La publicité est faible, mais l'influence est forte. Pro Natura a explicitement critiqué ce mécanisme lors de l'adoption du nouveau règlement sur la chasse (JSV), entré en vigueur le 1er février 2025 : ce règlement est problématique car il augmente les quotas de chasse et affaiblit les mécanismes de protection – conséquence d'un processus où les intérêts de la chasse étaient structurellement mieux placés que ceux de la conservation de la nature.
Les consultations en tant qu'instrument politique
Les associations de chasse participent régulièrement aux consultations lors des révisions législatives et des modifications réglementaires. Ces déclarations sont publiques, mais rarement relayées par les médias. Il est frappant de constater que des formulations issues de ces déclarations se retrouvent souvent, quasiment inchangées, dans des documents officiels ultérieurs. Lors de la révision de la loi sur la chasse, JagdSchweiz (la Fédération suisse de chasse) a explicitement indiqué dans son rapport de consultation que « l’absence de nouvelles restrictions à la liberté de chasser » était une revendication essentielle – une position qui a clairement été prise en compte par les autorités fédérales.
Rôles multiples personnels
Un problème structurel réside dans le cumul des fonctions : des chasseurs amateurs occupent simultanément des mandats politiques, siègent dans des commissions d'experts cantonales ou cumulent des fonctions dans les domaines de la chasse, de l'agriculture, de la sylviculture et de la sécurité. Ces cumuls de fonctions ne sont souvent pas illégitimes, mais demeurent systématiquement inexpliqués. Quiconque est simultanément président d'une association de chasse, membre de la commission cantonale de la chasse et membre du parlement cantonal a des intérêts particuliers dans des structures censées exercer un contrôle indépendant. Il ne s'agit pas d'une critique des individus, mais d'une faiblesse structurelle du système.
Pour en savoir plus sur ce sujet : Lois et contrôle de la chasse : pourquoi l’autorégulation ne suffit pas et La chasse en Suisse : chiffres, systèmes et la fin d’un récit
Groupes parlementaires et accès direct au Parlement
La Fédération de chasse de Suisse dispose d'un groupe parlementaire au Parlement fédéral. Ce groupe réunit des parlementaires de différents partis politiques ayant des liens étroits avec la chasse et sert de lien direct entre les intérêts de l'association et le processus législatif. Les groupes parlementaires sont légaux et répandus dans le système politique suisse, mais ils constituent également l'un des moyens d'influence les moins transparents.
Dans son étude de 2019 sur le lobbying, Transparency International Suisse a vivement critiqué le système suisse, pointant du doigt les influences occultes, les liens douteux et les privilèges d'accès. Sa principale revendication était une plus grande transparence tout au long du processus de décision politique, une documentation et une publication systématiques des activités de lobbying (« empreinte législative »), ainsi qu'une divulgation plus complète des mandats et des conflits d'intérêts. Ces exigences n'ont pas encore été pleinement mises en œuvre – et les associations de chasse profitent directement de cette lacune.
Au Parlement fédéral, cela signifie concrètement que tout député qui est également responsable d'une association de chasse ou qui délivre des accréditations permanentes à des membres de cette association bénéficie d'un accès privilégié qui n'est pas entièrement traçable dans les registres publics. Conséquence : les intérêts des chasseurs sont structurellement mieux pris en compte dans le processus législatif que ceux des 99,7 % de la population qui ne pratiquent pas la chasse de loisir.
Pour en savoir plus : Des politiciens à problèmes plutôt que des loups à problèmes : la Suisse chasse le mauvais animal et Statistiques sur les loups du Valais : chiffres d’un massacre
VISAGE : La Suisse dans le lobby européen de la chasse de loisir
Le 4 novembre 2025, le Comité exécutif de la FACE (Fédération des associations de chasse et de conservation), organisation faîtière européenne des associations de chasse basée à Bruxelles, s'est réuni à Rome. À l'ordre du jour : comment enrayer le déclin dramatique du nombre de chasseurs de loisir en Europe ? Comment coordonner les actions de lobbying auprès du Parlement européen et de la Commission européenne concernant la chasse aux oiseaux migrateurs, la chasse au petit gibier et le statut de conservation des grands prédateurs ?
JagdSchweiz est membre de FACE et siège à son conseil d'administration. Cela signifie que les responsables de l'association suisse de chasse ne sont pas de simples spectateurs du lobby européen de la chasse : ils participent activement à ses prises de décision. Lorsque FACE fait pression à Bruxelles pour obtenir davantage d'abattages d'oiseaux migrateurs dans la région méditerranéenne ou contre le statut protégé du loup dans la Convention de Berne, la Suisse y participe et y apporte son soutien actif.
Dans la communication nationale, ce rôle demeure systématiquement occulté. JagdSchweiz (l’Association suisse de chasse) met l’accent sur la « biodiversité », le « partenariat pour la conservation de la nature » et la « mission sociétale ». Le fait que cette même organisation fasse simultanément partie d’un lobby européen qui œuvre systématiquement pour inscrire politiquement et étendre l’abattage d’animaux sauvages dans la législation de l’UE est rarement mentionné dans les médias suisses. Ce décalage entre l’image que la Suisse se donne et la réalité du lobbying européen constitue un enjeu majeur de transparence.
Plus d'informations sur ce sujet : Crise de la chasse en Europe : FACE se bat pour les droits de chasse, la Suisse reste dans l'ombre , et les loups en Europe : statut protégé, conflits et pressions politiques
Le langage comme outil politique
L'un des leviers d'influence les plus efficaces du lobby de la chasse récréative est invisible car il opère en amont de tout débat politique : le langage. Les termes employés établissent des cadres d'interprétation. Celui qui contrôle le langage contrôle ce qui est considéré comme « raisonnable » et ce qui paraît « naïf » ou « émotionnel ».
Termes de chasse classiques à fonction politique :
- « Réglementer » au lieu de tuer : cela sonne administratif, neutre, nécessaire.
- « Gestion des stocks » au lieu de tuer des animaux sauvages : inscrire les êtres vivants dans une logique de ressources.
- Parler de « dommages » plutôt que de conflit avec l'usage humain : individualiser la responsabilité des animaux sauvages, et non celle de la décision de les utiliser.
- « Hégée » au lieu d’intervention auprès des populations : évoque la sollicitude, alors qu’il signifie contrôle.
- « Loup à problèmes » : établit un cadre d’interprétation dans lequel un animal spécifique est tenu pour responsable d’un conflit systémique.
Ces termes se retrouvent non seulement dans les communications associatives, mais aussi dans les documents officiels, les débats parlementaires et les articles de presse. Quiconque s'intéresse aux études sur le cadrage sait que le terme employé en premier détermine le cadre de référence. Toute critique formulée en dehors de ce cadre paraît automatiquement moins pertinente. C'est l'effet politique de la domination linguistique – et les associations de chasse en sont victimes.
Lire aussi : Médias et chasse : comment le langage, les images et les « experts » façonnent le débat et Mythes de la chasse : 12 affirmations à examiner de manière critique
Relations publiques avec un statut d'expert
Dans les médias, les chasseurs amateurs et les représentants des associations de chasse sont régulièrement présentés comme des « experts » sans que leurs intérêts soient clairement exposés. Parallèlement, les organisations de protection animale et de faune sauvage ont, structurellement, un accès moins direct aux autorités et aux médias. Il ne s'agit pas d'un complot, mais du résultat de leur influence : les associations de chasse sont importantes, bien connectées, bien financées et maîtrisent parfaitement les médias. Elles publient rapidement des déclarations que les rédactions utilisent comme « analyses d'experts », sans jamais mettre en lumière leurs véritables intérêts.
Hunting Switzerland fait manifestement appel à des professionnels des relations publiques. L'agence de communication lucernoise accompagne Hunting Switzerland dans ses relations avec les médias, se positionnant comme un « partenaire de réflexion pour le président, le conseil d'administration et la direction ». Ce qui apparaît dans un journal local comme une « évaluation de la communauté cynégétique » est, dans bien des cas, le fruit d'une communication associative préparée par des professionnels. Cette origine n'est jamais mentionnée dans les articles de presse. C'est là le problème structurel : non pas l'existence même d'un travail de relations publiques, mais le fait qu'il soit présenté comme un avis d'expert.
Pour en savoir plus : Médias et chasse : comment le langage, les images et les « experts » façonnent le débat et la psychologie de la chasse
Le contrôle des données comme instrument de pouvoir
Celui qui décide des données collectées, de leur analyse et de leur publication contrôle les fondements de tout débat politique. Dans le domaine de la chasse de loisir, les acteurs proches de la communauté cynégétique bénéficient d'un avantage structurel en matière de contrôle des données : les cantons collectent souvent les statistiques de chasse avec le soutien ou la participation d'autorités cynégétiques proches, tant personnellement que culturellement, de la chasse de loisir. Les animaux abattus par erreur ne sont pas systématiquement recensés. Les atteintes au bien-être animal pendant la chasse ne font l'objet d'aucune obligation de déclaration uniforme. L'efficacité des mesures alternatives de gestion de la faune sauvage est rarement documentée dans un format comparable aux statistiques de chasse.
Il en résulte une asymétrie structurelle de l'information : les associations de chasse peuvent s'appuyer sur des données qui confortent leurs positions. Leurs détracteurs, quant à eux, en sont souvent privés, non pas par manque de données, mais par absence d'enquêtes indépendantes. Cette asymétrie n'est pas le fruit du hasard. Elle est le résultat de décennies de manœuvres politiques qui ont empêché toute surveillance et collecte de données indépendantes dans le domaine de la chasse récréative, car ces deux éléments seraient gênants pour les groupes de pression.
Pour en savoir plus : Chasse et biodiversité : Comment la chasse récréative met en péril la biodiversité et Les autorités de chasse suisses sans scrupules
Transparency International : Qu'est-ce qui rend le système de lobbying suisse structurellement problématique ?
Dans son étude de 2019 sur le lobbying, Transparency International Suisse a clairement identifié les faiblesses structurelles du système suisse : influence occulte, conflits d’intérêts problématiques, accès privilégié et exigences de transparence insuffisantes. Sa principale revendication : une plus grande transparence tout au long du processus de décision politique, une documentation systématique des activités de lobbying, une divulgation plus complète des mandats et des sanctions en cas de non-respect des obligations de déclaration.
En matière de chasse récréative, le système de lobbying suisse permet à un petit groupe d'intérêts bien organisé d'exercer une influence structurellement plus importante sur la législation relative à la chasse et à la protection de la nature que ne le laisserait supposer sa base sociale. Ce phénomène n'est pas propre à la chasse récréative ; il s'applique à de nombreux secteurs du système corporatiste suisse. Cependant, il est particulièrement lourd de conséquences dans le cas de la chasse récréative, car les décisions prises affectent la vie et la mort de dizaines de milliers d'animaux sauvages chaque année et ont un impact sur les objectifs de biodiversité qui concernent l'ensemble de la société.
Pour en savoir plus sur ce sujet : Le lobby de la chasse en Suisse : comment opère son influence et une introduction à la critique de la chasse
Comment rendre son influence visible
La transparence commence par des questions précises. Quiconque souhaite contextualiser les déclarations, les décisions ou les reportages médiatiques relatifs à la politique de chasse devrait se poser les questions suivantes :
- Qui prend la parole ici et à quel titre ? S’agit-il d’un responsable d’association, d’un député mandaté pour la chasse, d’un fonctionnaire cantonal ou d’un chercheur indépendant spécialisé dans la faune sauvage ?
- À quel niveau la décision est-elle prise concrètement ? Au Parlement, au sein de l’administration, dans une commission – et ce niveau est-il accessible au public ?
- Quels termes sont utilisés et qu'omettent-ils ? « Réglementation » au lieu de tuer, « préjudice » au lieu de conflit d'usage : qui définit le terme et à quel cadre d'interprétation correspond-il ?
- Qui est absent des discussions, bien qu'il soit concerné ? Les chercheurs spécialisés dans la faune sauvage, les organisations de protection animale et la majorité de la population qui ne pratique pas la chasse de loisir.
- Quelles sont les données citées et qui les a recueillies ? S’agit-il de statistiques provenant d’associations de chasse, de données officielles recueillies avec la participation d’associations de chasse ou de résultats de recherches indépendantes ?
Ces cinq questions constituent l'outil de base pour évaluer de manière critique la communication sur les politiques de chasse – dans les reportages médiatiques, les débats politiques et les documents officiels.
Pour en savoir plus : Exemples de textes pour des motions critiques envers la chasse dans les parlements cantonaux et Hunt Watch : Focus sur ceux qui tuent des animaux
Qu'est-ce qui devrait changer ?
- Empreinte législative pour la législation sur la chasse : Toute tentative d’influence sur les lois relatives à la chasse et à la protection de la nature doit être documentée et accessible au public – qui a communiqué avec qui, quand et sous quelle forme. Transparency International Suisse exige cela pour l’ensemble du système de lobbying, et c’est particulièrement urgent pour les décisions politiques en matière de chasse.
- Obligation de déclaration en cas de cumul de fonctions au sein des commissions de chasse : Toute personne exerçant simultanément les fonctions de responsable d’une association et de membre d’une commission cantonale d’experts doit déclarer ce double rôle lors de chaque réunion et vote concerné. Les conflits d’intérêts ne peuvent être évalués que s’ils sont manifestes.
- Recherche indépendante sur la faune sauvage au sein des instances de politique de chasse : les commissions cantonales d’experts en matière de chasse et de gestion de la faune sauvage doivent inclure structurellement des biologistes de la faune sauvage, des écologues comportementaux et des représentants du bien-être animal – non seulement à titre consultatif, mais avec les mêmes droits de vote que les représentants des associations de chasse.
- Transparence concernant l’adhésion à FACE et les activités de lobbying européennes : JagdSchweiz doit divulguer son adhésion à FACE et les positions spécifiques que FACE représente à Bruxelles dans ses communications avec les autorités et les médias. Toute organisation se présentant au niveau national comme un « partenaire de la conservation de la nature » et agissant comme lobbyiste pour la chasse au niveau européen se doit cette transparence envers le public.
- Collecte indépendante de données sur la chasse récréative : Les tirs accidentels, les violations du bien-être animal, les impacts sur les populations fauniques et les indicateurs de biodiversité doivent être collectés et publiés par des institutions indépendantes – BAFU, WSL, universités – sans l’implication du lobby de la chasse récréative dans la méthodologie et l’évaluation.
- Exemples de motions : Exemples de textes pour des motions critiquant la chasse et exemples de textes pour des motions critiquant la chasse dans les parlements cantonaux
Argumentation
« Le lobbying est légitime en démocratie, même pour les associations de chasse. » En effet, le lobbying est légitime s'il est transparent, divulgue les conflits d'intérêts et s'inscrit dans le cadre d'une réglementation démocratiquement légitimée. Or, selon Transparency International, le système suisse de lobbying ne remplit pas ces conditions. Le problème ne réside pas dans le lobbying en lui-même, mais plutôt dans un accès structurellement privilégié et opaque.
Les chasseurs amateurs siègent dans les commissions car ils possèdent une expertise. L'expérience du terrain de chasse est précieuse. Cependant, ces chasseurs sont confrontés à des conflits d'intérêts structurels : ils paient pour le droit de chasser et bénéficient directement des décisions de répression favorables à la chasse. Les biologistes de la faune, les éthologues et les défenseurs du bien-être animal, quant à eux, ne sont pas confrontés à ces conflits d'intérêts. Les deux points de vue ont leur place, mais aujourd'hui, l'un est structurellement surreprésenté au détriment de l'autre.
« JagdSchweiz représente 30 000 membres, ce qui est démocratiquement représentatif. » Ces 30 000 membres représentent 0,3 % de la population suisse. Or, 79 % de la population est critique envers la chasse de loisir. La question de la représentativité est donc évidente. Le problème n’est pas que 0,3 % de la population puisse faire valoir ses intérêts, mais que ces intérêts aient structurellement un poids politique supérieur à celui des 99,7 % restants.
« L’adhésion à FACE relève de la coopération internationale, et non du lobbying. » FACE est enregistrée comme organisation de lobbying auprès du registre de transparence de l’UE. Elle-même considère ses activités de lobbying à Bruxelles comme sa mission principale. Siéger au conseil d’administration de FACE constitue une participation à une organisation de lobbying, et non une coopération en matière de conservation de la nature.
Sans associations de chasse, les décideurs politiques n'auraient aucun interlocuteur pour la gestion de la faune sauvage. Or, cette gestion requiert une expertise, et non des associations de chasse. Les services de garde-chasse professionnels, les instituts de biologie de la faune sauvage, les services spécialisés de l'Office fédéral de l'environnement (OFEV) et les vétérinaires cantonaux peuvent apporter un soutien expert en matière de gestion de la faune sauvage, sans le conflit d'intérêts structurel qui survient lorsque les autorités réglementaires sont également les utilisateurs.
Liens rapides
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Sources externes :
- La chasse en Suisse : Politique de chasse – tâches clés
- Chasse en Suisse : Groupe parlementaire
- Transparency International Suisse : Le lobbying en Suisse 2019 (PDF)
- Transparency International Suisse : Résumé de l'étude sur le lobbying
- Pro Natura : Le Conseil fédéral adopte une réglementation problématique en matière de chasse (décembre 2024)
- Conseil fédéral : Rapport de consultation sur la révision de la Loi sur la chasse (PDF)
- media-work.ch : Communication pour la chasse en Suisse
- CHWOLF : Communiqué de presse – Règlement sur les loups 01.03.2025
- Parlement suisse : Bulletin officiel - Révision de la loi sur la chasse
Notre revendication
Le lobbying est légitime en démocratie. Ce qui est illégitime, c'est l'accès privilégié sans transparence, les conflits d'intérêts non déclarés et le contrôle des données sans examen indépendant. Le lobby de la chasse de loisir exploite le système suisse de lobbying tant que ses faiblesses persistent. Il ne s'agit pas d'une critique des chasseurs de loisir pris individuellement, mais d'un plaidoyer pour une réforme structurelle.
IG Wild beim Wild documente ces structures car une démocratie qui prend au sérieux la protection de la faune sauvage et la biodiversité se doit de savoir qui influence les règles qui régissent la vie et la mort des animaux sauvages, comment et dans quel but. L'influence devient visible lorsqu'on pose les bonnes questions. C'est le point de départ.
Si vous avez connaissance d'informations, de documents ou de cas en cours qui devraient figurer dans ce dossier, veuillez nous les transmettre. Des informations de qualité sont essentielles à toute analyse critique pertinente.
À propos de la chasse de loisir : dans notre dossier sur la chasse, nous rassemblons des vérifications de faits, des analyses et des rapports de fond.