Le loup n'est pas un animal nuisible, mais un architecte de l'écosystème. En tant que superprédateur, il régule les populations d'ongulés, modifie le comportement de ses proies et déclenche des réactions en chaîne écologiques, de la régénération des forêts et de la végétation riveraine à la biodiversité d'habitats entiers. Ces liens sont scientifiquement documentés, internationalement reconnus et largement ignorés par la politique suisse. En effet, la politique suisse concernant le loup ne repose pas sur l'écologie, mais plutôt sur les intérêts d'un lobby de la chasse de loisir qui perçoit le loup avant tout comme un concurrent.
Ce dossier rassemble des recherches écologiques sur les loups, abordant les cascades trophiques, l'écologie des carcasses et la régénération forestière, et les confronte aux réalités politiques en Suisse. Il démontre pourquoi le retour du loup est bénéfique à la biodiversité et pourquoi les politiques de chasse reposent non pas sur des données scientifiques, mais sur la peur et les conflits d'intérêts. L'ensemble des preuves est présenté de manière à pouvoir être utilisé dans le cadre d'initiatives politiques, de débats médiatiques et de discussions publiques.
Qu'est-ce qui vous attend ici ?
- Cascades trophiques : comment le loup, en tant que superprédateur, façonne des écosystèmes entiers. Yellowstone comme point de référence, recherches européennes et implications pour la Suisse.
- Prédation sélective : pourquoi le loup renforce la capacité de survie des populations de proies en chassant de préférence les individus malades, âgés et faibles, et en quoi cela diffère de la chasse récréative.
- Écologie des carcasses : comment les proies tuées par les loups créent une source de nourriture pour les charognards, les insectes, les champignons et les plantes, et contribuent à l'expansion du réseau trophique.
- Régénération forestière et réduction du broutage : pourquoi le loup est plus pertinent pour les forêts protégées suisses que tout régime d’abattage et ce que montrent les recherches sur le paysage de la peur.
- Autorégulation : Pourquoi les loups régulent leur densité de population par le biais du comportement territorial, de la structure de la meute et de l'approvisionnement alimentaire, et pourquoi les « objectifs » fixés politiquement n'ont aucun fondement écologique.
- La timidité envers les humains : que disent les recherches sur le comportement des loups envers les humains et pourquoi le risque est statistiquement négligeable ?
- La réalité politique en Suisse : comment la fonction écologique du loup est systématiquement ignorée dans le débat politique et quels intérêts sous-tendent cette situation.
- Les récits concurrents de la chasse récréative : pourquoi les chasseurs récréatifs perçoivent le loup comme une menace et comment ce récit fausse la politique de la faune sauvage.
- Ce qui doit changer : 6 exigences pour une politique de la faune sauvage qui prenne au sérieux les données écologiques.
- Argumentation : Réponses aux objections les plus courantes concernant le rôle écologique du loup.
Cascades trophiques : le loup comme architecte d'écosystème
Les cascades trophiques décrivent un processus écologique où les changements survenant au sommet de la chaîne alimentaire affectent tous les niveaux inférieurs. Le loup est l'exemple le plus connu de cet effet descendant : en tant que superprédateur, il influence non seulement la taille de la population de ses proies, mais aussi leur comportement, ce qui se répercute sur la végétation, les sols, les cours d'eau et d'autres espèces animales.
L'exemple le plus frappant est celui du parc national de Yellowstone. Après l'éradication du dernier loup en 1926, les populations de wapitis ont explosé de manière incontrôlable, entraînant un surpâturage massif et la destruction de la végétation riveraine. Suite à la réintroduction de 31 loups en 1995, des chercheurs dirigés par William J. Ripple (Université d'État de l'Oregon) ont constaté une remarquable restauration : saules, trembles, aulnes et arbustes à baies ont repoussé, l'ombrage des berges s'est accru, la vie aquatique s'est rétablie, l'érosion a diminué et même la morphologie du fleuve a changé. L'étude comparative de Ripple (Global Ecology and Conservation, 2025) montre que Yellowstone surpasse 82 % des cascades trophiques quantifiées à l'échelle mondiale.
Ces recherches ne sont pas sans susciter des critiques : des écologistes comme Arthur Middleton (Yale) et Oswald Schmitz soulignent que toutes les zones de Yellowstone ne présentent pas la même capacité de rétablissement et que des facteurs tels que le changement climatique, la densité des ours et les dommages historiques causés aux sols masquent les effets observés. David Mech, l’un des plus grands spécialistes mondiaux du loup, met en garde contre le risque de « canoniser » le loup comme unique sauveur des écosystèmes. Cette distinction est importante : les cascades trophiques sont réelles et documentées, mais leur intensité varie selon l’écosystème, et aucun prédateur ne peut à lui seul réparer des décennies de destruction des paysages par l’homme.
Pour la Suisse, cela signifie que le retour du loup pourrait réduire la pression du broutage sur les forêts, favoriser leur régénération et renforcer la biodiversité des écosystèmes de montagne. Toutefois, ce potentiel ne se concrétisera que si la population de loups n'est pas systématiquement décimée avant de pouvoir avoir un impact écologique.
Pour en savoir plus sur ce sujet : Chasse et biodiversité : la chasse protège-t-elle réellement la nature ? et Le paysage culturel comme mythe
Prédation sélective : pourquoi les loups renforcent les populations de leurs proies
L'une des caractéristiques les mieux documentées de la prédation par les loups est sa sélectivité. Les loups « testent » leurs proies en les poursuivant brièvement et en observant leurs réactions. La vitesse de fuite, la condition physique et les comportements permettent à la meute de déterminer si un individu est en bonne santé ou affaibli. Résultat : les loups s'attaquent de manière disproportionnée aux jeunes, aux vieux, aux malades et aux animaux affaiblis.
Ce mécanisme de sélection a des conséquences importantes. À court terme, la valeur sélective moyenne de la population de proies augmente car les individus les moins viables sont éliminés. À long terme, la sélection naturelle opère : les animaux qui échappent à la prédation des loups transmettent à leur descendance leur capacité à fuir, leur vigilance et leur condition physique.
La chasse récréative fonctionne à l'inverse. Les chasseurs récréatifs ne choisissent pas les individus les plus faibles, mais plutôt les plus visibles, les plus grands et souvent les plus précieux génétiquement : le magnifique cerf aux bois impressionnants, le chamois perché sur un éperon rocheux, le chevreuil en pleine force de l'âge. Des études comme celle de Darimont et al. (2009, Science) montrent que la « prédation » humaine décime les populations de proies en moyenne bien plus que les prédateurs naturels, en éliminant sélectivement les individus les plus forts. Il en résulte un renversement de l'équilibre évolutif : au lieu de favoriser la survie et la reproduction, la chasse récréative sélectionne les individus discrets et de petite taille.
En Suisse, cette différence est particulièrement significative : dans les cantons où la chasse est pratiquée à haut niveau et où l’on privilégie les trophées, les individus les plus précieux génétiquement sont systématiquement abattus. Le loup, lui, agirait à l’inverse. Si les défenseurs de la chasse de loisir ne reconnaissent pas précisément cette fonction écologique, c’est pour une raison simple : un loup qui s’attaque aux animaux plus faibles entre en concurrence directe avec les chasseurs de loisir qui s’approprient les animaux les plus robustes.
Pour en savoir plus : La chasse en haute altitude en Suisse : rituel traditionnel, zone de violence et test de stress pour les animaux sauvages ; et les mythes de la chasse : 12 affirmations à examiner de manière critique.
Écologie des carcasses : comment les proies des loups élargissent le réseau trophique
Les loups consomment rarement leurs proies entièrement. Les restes — os, entrailles, fourrure et débris de viande — deviennent une source de nourriture pour une multitude d'autres espèces. L'écologie des carcasses est un domaine de recherche à part entière qui démontre à quel point l'impact d'une seule attaque de loup peut être profond sur l'écosystème environnant.
À Yellowstone, des chercheurs ont constaté que les carcasses de loups sont régulièrement consommées par des charognards comme les corbeaux, les pygargues à tête blanche, les pies, les coyotes et même les grizzlis. Les populations de corbeaux, à elles seules, ont grandement bénéficié de la réintroduction des loups. Mais le processus se poursuit : les insectes colonisent les carcasses, les bactéries et les champignons décomposent la matière organique, et les nutriments libérés enrichissent le sol et favorisent la croissance des plantes environnantes.
En Suisse, cette fonction est particulièrement importante pour les écosystèmes alpins, où les charognes sont naturellement rares. Depuis l'éradication des prédateurs au XIXe siècle, les communautés de charognards alpins – aigles royaux, gypaètes barbus, corbeaux et renards roux – n'ont plus d'autre source de nourriture régulière que les déchets humains. Le loup rétablit cette source alimentaire. Il ne s'agit pas d'un effet secondaire, mais d'une fonction écologique qui renforce directement la biodiversité.
À titre de comparaison : un animal abattu par un chasseur récréatif est transporté, éviscéré et consommé. La totalité de sa biomasse est ainsi retirée de l’écosystème. Un animal tué par un loup, quant à lui, reste sur place et alimente la chaîne alimentaire locale. La différence écologique entre la chasse récréative et la prédation par le loup est fondamentale à ce niveau également.
Pour en savoir plus sur ce sujet : Chasse et maladies de la faune sauvage , corridors fauniques et connectivité des habitats
Régénération forestière, dégâts causés par le broutage et paysage de la peur
En Suisse, la régénération forestière est un enjeu politique majeur. Dans les forêts de protection, qui préservent les agglomérations, les routes et les voies ferrées des avalanches, des chutes de pierres et des coulées de boue, le broutage excessif par les ongulés cause depuis des décennies de graves problèmes : les jeunes arbres sont consommés avant d’avoir atteint leur pleine croissance, et la régénération naturelle de la forêt est compromise. Le coût du reboisement artificiel et de la protection contre le broutage se chiffre en millions de francs par an.
Les recherches sur le « paysage de la peur » montrent pourquoi les loups peuvent contribuer de manière cruciale à la résolution de ce problème. En présence de loups, les cerfs, les chevreuils et les chamois modifient leur comportement spatial : ils évitent les zones à haut risque de prédation (végétation dense, cours d’eau, pentes abruptes) et passent moins de temps sur les mêmes sites d’alimentation. Cet effet, appelé « peur écologique », réduit la pression de broutage sans qu’aucun animal ne soit tué.
Des études menées à Yellowstone, dans les Carpates polonaises et dans le parc national suisse montrent que cet effet comportemental est souvent plus important que le simple effet de population : même si le nombre total de cerfs reste constant, la pression de broutage diminue car les animaux se répartissent différemment et se nourrissent moins intensément à certains endroits.
Pour la politique de protection des forêts suisses, cela représenterait un changement de paradigme : au lieu d’abattre chaque année 40 000 cerfs et 80 000 chevreuils tout en continuant à faire face à des problèmes de broutage, la présence de meutes de loups aux abords des forêts protégées pourrait réduire la pression du broutage sans argent public et sans chasse récréative. Si ce lien est rarement évoqué dans le débat politique, ce n’est pas par manque de preuves, mais plutôt par réticence à tirer les conclusions qui s’imposent : si le loup protège mieux la forêt que la chasse récréative, cette dernière perd sa dernière légitimité écologique.
Plus d'informations : Chasse spéciale dans les Grisons et alternatives à la chasse de loisir
Autorégulation : pourquoi les loups n'ont pas besoin de cibles politiques
Les loups régulent leur population grâce à un système complexe de comportement territorial, de structure de meute et d'adaptation reproductive. Une meute de loups revendique un territoire de 100 à 300 kilomètres carrés qu'elle défend contre les autres meutes. Au sein de la meute, généralement seul le couple alpha se reproduit ; les autres membres participent à l'élevage des jeunes ou se dispersent pour établir leurs propres territoires.
Lorsque le territoire et les ressources alimentaires disponibles s'épuisent, la croissance démographique stagne : les jeunes loups ne trouvent plus de territoires inoccupés, le taux de reproduction diminue et la mortalité naturelle (combats territoriaux, maladies, circulation routière, pénuries alimentaires) compense le taux de natalité. Ce mécanisme a été observé chez les loups du monde entier et fonctionne sans intervention humaine.
La Suisse compte environ 300 loups répartis en une trentaine de meutes (chiffres de 2023). L'objectif politique de réduction de la population de loups fixé en Valais (de 11 à 3 meutes, à Darbellay) est dénué de tout fondement écologique. Il ne contribue pas à la gestion de la faune sauvage, mais vise plutôt à s'attirer les faveurs des chasseurs et des agriculteurs. Le loup s'autorégule s'il est laissé à lui-même. Il ne peut cependant pas contrôler les craintes politiques ni les intérêts économiques, mais c'est précisément le rôle des mesures de protection du bétail, et non l'abattage sélectif.
La révision de 2020 de la loi sur la chasse (JSG) autorise la « régulation proactive » des louveteaux, également appelée réglementation de base. D'un point de vue écologique, cette mesure est contre-productive : l'élimination des louveteaux déstabilise la structure des meutes, entraîne la dissolution des groupes familiaux et accroît le risque de dispersion des individus survivants et de conflits sur de nouveaux territoires. La Suède en a fait l'expérience et a suspendu la chasse au loup autorisée en 2026 suite à des décisions de justice.
Pour en savoir plus : Les loups en Suisse : faits, politique et limites de la chasse et Statistiques sur les loups du Valais : chiffres d’un massacre
Timidité sociale : ce que les recherches révèlent réellement
Ces cinquante dernières années, aucun décès dû à une attaque de loup n'a été recensé en Europe occidentale. Le risque d'être tué par un chien, une vache, un cheval ou par la foudre est bien plus élevé. Des études sur la peur des loups envers les humains montrent qu'ils possèdent un instinct d'évitement profondément ancré.
Des études comportementales montrent que les loups réagissent plus fortement aux enregistrements de voix humaines qu'aux aboiements de chiens. Les données de télémétrie indiquent qu'ils évitent systématiquement les zones habitées et les sentiers très fréquentés, surtout en journée. La louve « Andrea », suivie en Carinthie (collier GPS, Université d'Udine, projet d'une valeur de 250 000 €, données collectées depuis février 2026), fournit des données complémentaires sur l'utilisation de l'espace dans les paysages anthropisés.
Le discours politique sur le « loup à problèmes » qui s'approche des humains et menace les habitations contredit ces données. Ce qui est qualifié de « comportement évident » est généralement la présence d'un loup dans une zone également fréquentée par l'homme. Dans un paysage culturel densément peuplé comme la Suisse, les observations sont inévitables, et inévitable ne signifie pas dangereux.
Le Plan de gestion du loup de 2008 pour la Suisse définit des seuils de dommages (25 attaques par mois ou 35 attaques sur quatre mois) au-delà desquels l'abattage peut être autorisé. Ces seuils concernent les dommages causés au bétail, et non les dangers pour l'homme. L'amalgame entre protection du bétail et protection humaine dans le discours politique relève d'une stratégie délibérée de gestion de la peur.
Plus d'informations sur ce sujet : Protection du bétail en Suisse et médias et questions liées à la chasse
Réalité politique contre preuves écologiques
La politique suisse concernant le loup ne repose pas sur l'écologie, mais sur un compromis politique entre le lobby agricole, les associations de chasse de loisir et une administration qui privilégie la prévention des conflits aux données scientifiques. Le rôle écologique du loup – cascades trophiques, réduction des dégâts causés par le broutage, écologie des carcasses et renforcement des populations – n'est mentionné ni dans les messages du Conseil fédéral, ni dans les consultations de JagdSchweiz (l'association suisse de chasse), ni dans les arrêtés cantonaux d'abattage.
Dans le seul canton du Valais, 27 loups ont été abattus en 2025, les meutes du Simplon et du Chablais ont été totalement éradiquées, et 7 jeunes loups ont été abattus dans le cadre des mesures de contrôle de population de base. Ces mesures ont nécessité 13 390 heures de travail et environ un million de francs suisses. Parallèlement, aucun franc n'a été investi dans la recherche sur l'impact écologique des loups sur les forêts protégées du Valais. Le canton des Grisons a abattu 35 loups en 2025. À l'échelle nationale, selon CHWOLF, 92 loups ont été tués durant la deuxième période de contrôle de population.
La Convention de Berne a explicitement déclaré en octobre 2024 que l'abattage préventif sans preuve concrète de dommages est illégal. Le Conseil de l'Europe a ouvert à l'unanimité une enquête contre la Suisse en décembre 2024. La décision de l'UE d'abaisser le niveau de protection du loup en 2025 a été critiquée par plus de 700 scientifiques, qui l'ont jugée « prématurée et erronée », et l'Initiative pour les grands carnivores en Europe (LCIE) l'a qualifiée d'injustifiée scientifiquement.
La réalité politique révèle une tendance claire : les données écologiques sont systématiquement ignorées lorsqu’elles contredisent le discours justifiant l’abattage des loups. La question n’est pas de savoir si le loup a une valeur écologique ; la recherche a déjà répondu à cette question. La question est de savoir si la politique suisse est prête à privilégier les faits aux intérêts des groupes de pression.
Pour en savoir plus : Comment les associations de chasse influencent la politique et l’opinion publique , et le lobby des chasseurs en Suisse : comment fonctionne l’influence
Les récits compétitifs de la chasse récréative
Pourquoi les défenseurs de la chasse récréative réagissent-ils avec autant de véhémence au retour du loup ? La réponse écologique est simple : le loup est un concurrent naturel du chasseur récréatif. Tous deux convoitent les mêmes proies — cerfs, chevreuils, chamois, sangliers — mais avec des mécanismes de sélection et des impacts écologiques opposés.
Les chasseurs amateurs s'attaquent aux animaux les plus forts et les plus visibles, tandis que les loups chassent les plus faibles. Les chasseurs amateurs réduisent la biomasse de l'écosystème, contrairement aux loups qui la préservent. Les chasseurs amateurs chassent de façon saisonnière et sur des territoires spécifiques, tandis que les loups chassent toute l'année et sur leur territoire. Dans les zones où les meutes de loups s'établissent, l'expérience montre que le succès de chasse des chasseurs amateurs diminue car les ongulés deviennent plus prudents, se réfugient dans des zones plus inaccessibles et modifient leurs habitudes.
Pour les chasseurs de loisir, dont l'identité repose sur les quotas de prélèvement, les trophées et le discours du « régulateur nécessaire », cela représente une menace existentielle. Si le loup endosse ce rôle de régulateur, la légitimité même de la chasse de loisir disparaît. C'est pourquoi, dans la communication de JagdSchweiz (l'association suisse de chasse), le loup est présenté non comme un acteur de l'écosystème, mais comme un « nuisible » et un « animal à problèmes », ce qui explique pourquoi le lobby investit davantage dans la campagne politique contre le loup que dans la recherche écologique sur son rôle.
L’initiative cantonale « Loups éliminés, enfin ! » de 2016, approuvée par l’UREK et qualifiée par Pro Natura de « tentative d’extermination », illustre cette dynamique : il ne s’agissait jamais d’abattage de bétail (pour lequel il existe une protection des troupeaux), mais de contrôle de l’habitat.
Pour en savoir plus : La psychologie de la chasse et la chasse au renard sans faits : comment Hunting Switzerland invente des problèmes
Qu'est-ce qui devrait changer ?
- Suivi scientifique des impacts écologiques : aucun canton suisse ne fait l’objet d’études systématiques sur les effets écologiques de la présence du loup. Un suivi à long terme, financé par l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), est nécessaire pour documenter les tendances de broutage, la structure de la végétation, les populations de charognards et la biodiversité sur les territoires des loups, et les comparer à des zones témoins sans meutes.
- Expertise écologique en matière de politique relative au loup : les autorisations de chasse sont émises par les autorités cantonales de chasse qui n’emploient ni écologues ni biologistes des populations. Toute décision réglementaire doit reposer sur une évaluation écologique indépendante qui analyse l’impact sur la structure des meutes et la fonction écologique du loup.
- Supprimer les objectifs politiques : fixer un nombre « souhaité » de meutes de loups (Darbellay : 11→3) est dénué de tout fondement écologique. Les objectifs de population doivent reposer sur l’état de conservation et la capacité de charge écologique, et non sur l’acceptation politique des partisans de la chasse récréative.
- Intégrer le loup dans la stratégie de protection des forêts : le loup doit être reconnu, dans les concepts cantonaux et fédéraux de protection des forêts, comme un régulateur écologique des dégâts causés par le broutage. Tant que la reforestation artificielle des forêts de protection coûtera des millions, tandis que ce régulateur naturel sera simultanément abattu, la politique restera incohérente sur le plan écologique.
- Protection du bétail avant l'abattage : aucun abattage ne peut être effectué sans preuve documentée que toutes les mesures raisonnables de protection du bétail ont été épuisées. Le concept Wolf Switzerland 2008 le stipule, mais il est systématiquement ignoré dans la pratique.
- Transparence concernant les erreurs d'identification et les impacts sur les meutes : Les erreurs d'identification de 2022 (loup alpha de Marchairuz, mâle alpha de Moesola, loup de Wallis non autorisé à être abattu) doivent faire l'objet d'une enquête approfondie. Chaque abattage doit être documenté et faire l'objet d'une analyse de suivi portant sur la stabilité des meutes et les impacts écologiques.
Exemples de propositions : Exemples de textes pour des propositions critiquant la chasse et exemple de lettre : Appel au changement en Suisse
Argumentation
« Le loup n'a pas sa place en Suisse, pays densément peuplé. » Pourtant, les loups vivent en Europe depuis des millénaires, y compris dans des régions densément peuplées. La France, l'Italie, l'Allemagne et l'Espagne prouvent que les loups peuvent coexister dans des paysages culturels variés. La Suisse n'est pas plus densément peuplée que certaines régions du nord de l'Italie ou du sud de l'Allemagne, où des meutes sont établies. La question n'est pas de savoir s'il y a de la place, mais s'il existe une volonté politique de coexistence.
« Les loups ne s’autorégulent pas ; ils se reproduisent de manière incontrôlée. » Or, il est démontré que les populations de loups s’autorégulent grâce au comportement territorial, à l’adaptation reproductive et à la mortalité naturelle. Aucune « reproduction incontrôlée » n’a été constatée dans aucun pays européen. Ce qui est présenté comme une « augmentation » correspond en réalité à la colonisation naturelle des habitats disponibles par une espèce autrefois éteinte. Une fois les territoires occupés, la population se stabilise.
« Le loup met en danger les populations d'animaux sauvages et la chasse de loisir. » Le loup modifie la structure et le comportement des populations d'ongulés ; il ne les éradique pas. Dans les zones où vivent des meutes de loups, les quotas de chasse diminuent car les animaux deviennent plus prudents, et non parce qu'ils disparaissent. Le fait que les chasseurs de loisir perçoivent cela comme une menace ne fait que confirmer la motivation compétitive : il ne s'agit pas d'écologie, mais d'intérêts liés aux loisirs.
Les conclusions de Yellowstone ne sont pas extrapolables à l'Europe. Les cascades trophiques ne se limitent pas à Yellowstone. Des études menées dans les Carpates polonaises, les Apennins italiens, la forêt boréale scandinave et le Parc national suisse documentent des effets comparables. L'intensité varie, mais le principe est universel : les superprédateurs façonnent les écosystèmes de manière systémique, et leur absence crée des lacunes qu'aucune chasse récréative ne peut combler.
« Le loup n’est pas en danger ; sa population doit être régulée. » Un statut de conservation favorable pour une espèce est une condition légale préalable à toute mesure de régulation. En Suisse, ce statut n’a pas été atteint pour le loup. La Convention de Berne et le Conseil de l’Europe ont jugé les pratiques de régulation suisses juridiquement problématiques. Plus de 700 scientifiques ont critiqué la dégradation du statut du loup par l’UE. Quiconque utilise le terme « réglementer » pour vouloir dire « détruire » devrait connaître la différence.
Liens rapides
Articles sur Wild beim Wild :
- Le loup aide l'écosystème forestier
- Les loups sont importants pour l'écosystème
- Des politiciens à problèmes plutôt que des loups à problèmes
- Bataille autour du loup : Déclassement de son statut protégé
- La chasse au loup sera interdite en 2026 : comment les tribunaux protègent le loup
- Le loup comme gibier : l'Autriche poursuit sa route
- Chasse illégale au loup en Suisse
- Autorité de chasse de Saint-Gall : Gestion des loups sans science
Dossiers connexes :
- Les loups en Suisse : faits, politique et limites de la chasse
- Le loup en Europe : comment la politique et la chasse récréative compromettent la conservation des espèces
- Statistiques sur le loup du Valais : chiffres d’un massacre
- Protection du bétail en Suisse
- Chasse et biodiversité : la chasse protège-t-elle vraiment la nature ?
- Le paysage culturel comme mythe
- Psychologie de la chasse
- Alternatives à la chasse de loisir
- Mythes de la chasse : 12 affirmations à examiner de manière critique
- Chasse spéciale dans les Grisons
Sources externes :
- Ripple, WJ et al. : Cascades trophiques des loups aux grizzlis à Yellowstone (Journal of Animal Ecology, 2014)
- Darimont, C. et al. : Les prédateurs humains devancent les autres agents de changement de traits (PNAS, 2009)
- Darimont, C. et al. : L'écologie unique des prédateurs humains (Science, 2015)
- National Geographic : Comment les loups sauvent l'écosystème du parc national de Yellowstone (2025)
- KORA : Loup en Suisse
- CHWOLF : Suivi de la population de loups en Suisse
- BAFU : Loups et gestion des loups
- Convention de Berne : Recommandation n° 226 (2024)
Notre revendication
Ce rapport n'a pas pour but de glorifier le loup comme un animal miraculeux. Il vise à résumer les recherches écologiques qui démontrent l'importance du loup pour la biodiversité, les forêts et l'équilibre écologique suisses, et à confronter ces recherches à la réalité politique qui ignore systématiquement ces conclusions. Les recherches menées à Yellowstone ne relèvent pas du mythe, et les cascades trophiques ne sont pas le fruit de l'imagination. Mais elles ne sont pas automatiques : pour que le loup remplisse sa fonction écologique, il doit pouvoir vivre. Une politique qui entraîne la mort de 92 loups en une seule période de réglementation, tout en prétendant protéger les espèces, est scientifiquement infondée.
Toute personne disposant d'études, de données ou d'observations concernant le rôle écologique du loup en Suisse est invitée à nous contacter. Nous nous intéressons particulièrement aux documents relatifs à l'évolution des dégâts causés par le broutage sur les territoires des loups, aux observations de charognards sur les carcasses de proies et aux données à long terme sur la répartition des ongulés.
À propos de la chasse de loisir : dans notre dossier sur la chasse, nous rassemblons des vérifications de faits, des analyses et des rapports de fond.