Chaque année, en novembre et décembre, le canton des Grisons organise une chasse spéciale. Officiellement, il s'agit d'une mesure de régénération forestière et de contrôle des populations. Cependant, un examen plus approfondi révèle un mécanisme correctif devenu une pratique institutionnalisée : la chasse régulière de septembre n'atteint pas ses objectifs de régulation, la chasse spéciale compense, et ce cycle se répète depuis l'introduction de la loi cantonale sur la chasse en 1989. Ce qui était conçu comme une mesure exceptionnelle est devenu un signal structurel qui remet en question la planification même des chasses.
Le canton des Grisons est doté d'un système de permis de chasse. Chaque année, plusieurs milliers de permis sont délivrés, accordant aux titulaires de droits de chasse récréative l'accès à l'ensemble du territoire cantonal – sans zone de chasse fixe, sans responsabilité institutionnelle pour des zones spécifiques et sans obligation de rendre des comptes à long terme pour la faune sauvage et ses habitats. Ce système de droits de chasse particuliers est le symptôme visible d'un système incapable de respecter sa propre logique de planification – et dont le fonctionnement fait donc l'objet de controverses au sein de la politique cynégétique depuis des années.
Ce dossier remet systématiquement en question la réglementation spécifique de la chasse dans les Grisons. Il ne s'appuie pas sur des jugements moraux, mais sur des faits vérifiables : chiffres, objectifs de régulation, réalités de la mise en œuvre, impact biologique et résistance politique. Nos analyses cantonales offrent une perspective plus approfondie : « Psychologie de la chasse dans les cantons des Grisons , de Berne , du Valais et de Genève » , etc.
Qu'est-ce qui vous attend ici ?
- Chasse en haute altitude et chasse spéciale : le système d’amélioration. Pourquoi les Grisons ont eu recours à la chasse spéciale pendant des décennies, ce que la chasse en haute altitude en septembre est censée accomplir mais n’y parvient généralement pas, et ce que cela révèle structurellement sur le système de chasse breveté des Grisons.
- Qu’est-ce qui est autorisé lors des chasses spéciales – et qu’est-ce que cela implique ? Quels animaux peuvent être chassés lors de chasses spéciales alors qu’ils seraient interdits lors de chasses régulières ? Pourquoi les biches gestantes, les biches et leurs faons sont-ils légalement abattus ? Et quelles sont les implications de cette pratique en matière de bien-être animal et d’éthique de la chasse ?
- Statistiques de chasse pour 2025 : que révèle réellement le plan de chasse ? Chiffres concrets du plan de chasse des Grisons pour 2025, comparaison avec les années précédentes, évolution de la population de cerfs et analyse de l’efficacité annoncée de la réglementation.
- L’initiative populaire de 2019 et ses conséquences. Comment une initiative ayant recueilli plus de 10 000 signatures a cherché à abolir la chasse spéciale, pourquoi le Grand Conseil l’a rejetée par 96 voix contre 1, quelles informations ont été dissimulées au Parlement et pourquoi la résistance politique de l’Association suisse pour la protection de la faune sauvage se poursuit.
- Le Parc national suisse : une faune sauvage préservée sans chasse au sein même du canton. Ce que ce parc national, où la chasse est interdite, a démontré depuis plus d’un siècle, pourquoi des populations d’ongulés stables sans chasse récréative ne constituent pas une exception, et ce qu’en dit l’ancien directeur du Parc national, Heinrich Haller.
- Loups, protection du bétail et défaillance institutionnelle. Ce que la meute de Calanda démontre empiriquement sur la gestion des loups, pourquoi les abattages de loups dans les Grisons manquent de justification scientifique solide et ce que le cas de Val Fex révèle sur l'application de la réglementation cantonale de la chasse.
- Ce qui doit changer. Revendications spécifiques : abolition des réglementations spéciales en matière de chasse, refonte de la chasse en haute altitude, structures pour les gardes-chasse, protection cohérente du bétail, comptabilité transparente et complète des coûts, et cadre juridique fédéral.
- Argumentation : Réponses aux justifications les plus courantes de la chasse spéciale dans les Grisons.
- Liens rapides : Tous les articles, études et dossiers pertinents en un coup d’œil.
Chasse en haute altitude et chasse spéciale : le système d'amélioration
La chasse en haute altitude dans les Grisons dure 21 jours en septembre. C'est l'événement cynégétique phare du canton, et aussi le plus lourd de conséquences en raison de sa faiblesse structurelle : chaque année, près de 1 000 amendes et contraventions sont dressées contre les chasseurs de loisir, plus que dans tout autre canton de Suisse. Pourtant, la chasse en haute altitude est officiellement l'instrument par lequel le canton est censé atteindre ses objectifs de régulation des populations de gibier.
Depuis des décennies, la situation est différente. En 2019, année de référence pour cette initiative, le plan de chasse prévoyait l'abattage de 5 430 cerfs en septembre. En réalité, 3 404 animaux ont été abattus, soit environ 2 000 de moins que prévu. Ce manque a dû être compensé par une chasse spéciale en novembre et décembre. Ce schéma se répète chaque année depuis : lors de la haute saison 2025, 3 432 cerfs élaphes et 2 502 chevreuils ont été abattus, un résultat légèrement supérieur à la moyenne des 20 dernières années, et pourtant, le canton exige encore une nouvelle chasse spéciale en novembre et décembre.
La structure de la chasse favorise les mâles destinés aux trophées, tandis que les femelles et les jeunes sont souvent épargnés lors de la chasse principale. Ceci crée un biais de sélection, qui est ensuite corrigé lors de chasses spéciales par l'élimination ciblée des femelles et des jeunes. Ce que l'on appelle une chasse « spéciale » est depuis longtemps devenu une pratique institutionnalisée : une mesure corrective devenue la norme et qui constitue un signal structurel remettant en question le plan de chasse lui-même.
Pour en savoir plus : La psychologie de la chasse dans le canton des Grisons et les chasses spéciales en 2025 : Plus de prélèvements – au lieu d’écouter le loup
Qu’est-ce qui est autorisé lors des chasses spéciales – et qu’est-ce que cela signifie ?
La réglementation spéciale de la chasse dans les Grisons autorise des pratiques interdites en chasse classique en haute altitude : le tir sur les biches gestantes et allaitantes, ainsi que sur les biches accompagnées de leurs faons, les groupes familiaux entiers et les groupes sociaux. Le tir sur les biches gestantes entraîne la mort des fœtus dans l’utérus. Les initiateurs de l’initiative populaire de 2019 ont qualifié ces scènes de « moralement, éthiquement et du point de vue de la chasse répréhensibles », et se déclarent eux-mêmes chasseurs amateurs et amoureux des animaux.
Cette pratique a également de graves conséquences biologiques. Les animaux sauvages dont les structures sociales sont perturbées par l'élimination ciblée des individus dominants et des femelles dominantes perdent leur orientation, leur ordre territorial et leurs systèmes de communication. Les chasseurs amateurs, comme ceux participant à des chasses spéciales, affolent les animaux et les poussent à quitter leurs refuges, ce qui aggrave le broutage des arbres forestiers, au lieu de le réduire. Les chasses spéciales engendrent donc précisément la pression de broutage qu'elles sont censées combattre.
De plus, cette chasse spéciale coïncide avec l'hibernation des animaux sauvages, une période de réduction de leur consommation alimentaire, de conservation de leur énergie et de début de gestation. Selon des études sur le stress, les interventions durant cette période particulièrement vulnérable génèrent des taux de cortisol particulièrement élevés. Du point de vue du bien-être animal, cette chasse spéciale est donc l'antithèse d'une mesure de régulation des populations.
Pour en savoir plus sur ce sujet : Animaux sauvages, peur de la mort et absence d’étourdissement , et études sur l’impact de la chasse sur les animaux sauvages.
Statistiques de chasse pour 2025 : ce que révèle réellement le plan de chasse
Pour la chasse spéciale de 2025, l'autorité cynégétique des Grisons prévoit d'abattre 1 711 biches et leurs faons, 281 chevreuils et 10 chamois. Le nombre de biches abattues est inférieur à celui de l'année dernière, car leur population est en léger déclin depuis 2020. En revanche, le nombre de chevreuils abattus sera plus élevé qu'en 2024, car trop de mâles et trop peu de femelles ont été prélevés lors de la chasse régulière. Ceci illustre la logique de la planification : les erreurs de sélection commises lors de la chasse régulière sont corrigées pendant la chasse spéciale par l'abattage des femelles et des jeunes animaux.
Il n'existe aucune limite au nombre de sangliers pouvant être chassés toute l'année dans les Grisons, sous prétexte de prétendus dégâts causés à l'agriculture et aux forêts. C'est un paradoxe écologique : les sangliers sont les artisans naturels des forêts. S'ils y sont chassés intensivement, ils se déplacent vers les terres agricoles, précisément là où les dégâts se produisent. Là encore, le système de chasse engendre les problèmes mêmes qu'il prétend résoudre.
La véritable signification des chiffres relatifs aux abattages sélectifs réside dans la tendance observée : malgré des années de chasse intensive avec plus de 3 000 cerfs abattus par saison, la population de cerfs dans les Grisons a parfois atteint 16 500 individus. Si les abattages sélectifs constituaient un véritable contrôle de la population, une telle augmentation serait impossible. Ils illustrent plutôt la dynamique compensatoire de la population en temps réel : plus la chasse est intensive, plus le taux de reproduction est élevé et plus le besoin de correction lors de la prochaine chasse spéciale est important.
Lire aussi : Pourquoi la chasse récréative échoue comme moyen de contrôle des populations et Mythes de la chasse : 12 affirmations à examiner de manière critique
L'initiative populaire de 2019 et son successeur
Au printemps 2019, un comité a déposé une initiative populaire visant à abolir les saisons de chasse spéciales dans les Grisons. Avec plus de 10 000 signatures, elle a enregistré une participation record pour une pétition cantonale sur la chasse. L’initiative ne demandait pas l’arrêt total de la chasse, mais plutôt une restructuration concrète : prolonger la haute saison de chasse de quatre jours, la portant à 25 jours ; atteindre les quotas d’abattage au plus tard fin octobre ; et intensifier la chasse dans les réserves fauniques pendant cette période. L’initiative s’appuyait sur l’étude « Le cerf élaphe dans le Rätikon » (2015), qui démontre que la grande majorité des cerfs élaphes sont déjà revenus dans le canton en octobre.
Le Grand Conseil a rejeté l'initiative par 96 voix contre 1, après s'être vu refuser des informations cruciales. Le conseiller du gouvernement, Mario Cavigelli (CVP), avait omis de révéler que l'Office fédéral de l'environnement (BAFU) avait conclu que l'initiative ne violait aucune loi de niveau supérieur et que des alternatives au statu quo existaient. L'IG Wild beim Wild (Groupe d'intérêt pour la faune sauvage) a par la suite porté plainte contre M. Cavigelli ; les initiateurs ont dû engager une procédure judiciaire coûteuse jusqu'au Tribunal fédéral avant même que le vote puisse avoir lieu. L'initiative populaire a échoué de justesse lors du scrutin du 19 mai 2019. Son initiateur, Christian Mathis, a réclamé au canton environ 113 000 francs suisses de dédommagement pour les frais de justice engagés ; le canton a refusé de payer et l'affaire a été portée devant le Tribunal administratif.
La résistance politique n'est pas terminée. Protection de la faune sauvage Suisse a lancé une initiative de suivi contre la chasse spéciale. Le débat démocratique autour de cette chasse spéciale dans les Grisons se poursuit et devra se dérouler dans des conditions d'information plus favorables qu'en 2019.
Plus d'informations sur ce sujet : Grisons : Oui à l'abolition de la chasse spéciale et de la chasse en Suisse : Vérification des faits, méthodes de chasse, critiques
Le Parc national suisse : la faune sauvage sans chasse dans le canton lui-même
Quiconque souhaite vérifier la théorie selon laquelle les animaux sauvages prolifèrent inévitablement de manière incontrôlée en l'absence de chasse récréative n'a pas besoin de se tourner vers Genève. Le contre-exemple le plus convaincant se trouve au cœur même des Grisons : le Parc national suisse. La chasse récréative y est interdite depuis plus d'un siècle. Les populations d'ongulés fluctuent dans des proportions naturelles, régies par le climat, la disponibilité alimentaire, les maladies et les prédateurs, et non par des quotas de chasse.
L’ancien directeur du parc national et biologiste de la faune sauvage, Heinrich Haller, le résume parfaitement : « Le parc est un espace sauvage laissé à lui-même, où personne ne chasse. Ce n’est pas un problème. Même sans chasse, il n’y a pas soudainement trop de renards, de lièvres ou d’oiseaux. L’expérience montre que la nature peut être laissée à elle-même. » Il ne s’agit pas d’une conception romantique de la conservation de la nature, mais bien du résultat empirique de plus d’un siècle d’observations dans le canton des Grisons.
Le parc national contredit frontalement le discours central de la politique cynégétique cantonale : la nécessité d’une chasse intensive pour préserver l’équilibre écologique. Si une zone sans chasse du même canton maintient cet équilibre sans intervention, alors les interventions hors du parc ne relèvent pas d’une nécessité scientifique, mais de contraintes institutionnelles, de traditions et de volontés politiques.
Lire la suite : Alternatives à la chasse : ce qui aide vraiment sans tuer d’animaux
Loups, protection du bétail et défaillance institutionnelle
Dans les Grisons, le loup est le régulateur naturel le plus efficace des populations d'ongulés et, simultanément, l'animal le plus ciblé par la politique cynégétique du canton. Le massif de la Calanda en est la preuve la plus tangible : depuis la réintroduction de la première meute de loups en Suisse en 2011, le nombre de cerfs sur le territoire du loup a diminué d'environ un tiers, tandis que la population de cerfs dans l'ensemble du canton des Grisons a augmenté de 18 % durant la même période. Il s'agit d'une cascade trophique en temps réel : les loups modifient le comportement de leurs proies, les cerfs évitent les zones à risque et les jeunes arbres peuvent se développer. Une étude de l'Université de Leeds (2025) quantifie l'effet indirect de séquestration du CO₂ par un seul loup – grâce à la réduction de la pression de broutage et à la régénération forestière – à environ 6 080 tonnes par an, soit une valeur monétaire d'environ 178 000 francs suisses. Cette étude a été réalisée pour les Highlands écossaises. Cependant, le principe de la cascade trophique s'applique également aux écosystèmes forestiers alpins tels que ceux des Grisons.
Une étude portant sur 3 000 échantillons d’excréments de loups révèle que plus de 96 % des restes de proies provenaient de chevreuils, de cerfs et de sangliers. Le bétail représentait moins de 1 %. Pourtant, 47 loups ont été abattus dans le seul canton des Grisons durant la saison 2024/25. Le canton justifie ces interventions par des arguments de « prévention des dommages », de « renforcement de la vigilance » et de « préservation des structures sociales » – une contradiction flagrante : quiconque souhaite protéger les structures sociales doit expliquer pourquoi des interventions répétées au sein des meutes, y compris auprès des louveteaux, n’augmentent pas le risque de modifications comportementales et de désadaptation.
L'affaire Val Fex (août 2025) a mis en lumière le problème de crédibilité institutionnelle : 37 moutons ont été tués ou euthanasiés par des loups dans un alpage de la commune de Sils, en Engadine. Le service cantonal de communication a affirmé que l'attaque s'était produite « malgré la mise en place de mesures de protection du bétail ». Or, l'enquête a révélé qu'au moment des faits, ni chiens de protection des troupeaux ni clôtures anti-loups n'étaient présents – les animaux paissaient dans une zone explicitement désignée comme non protégée, conformément au plan de protection du bétail de l'exploitation. Le directeur du service, Adrian Arquint, est donc poursuivi pour diffusion présumée de fausses informations. Par ailleurs, des études scientifiques concluent que les mesures non létales sont, en moyenne, plus efficaces que les interventions létales contre les attaques de bétail, et que les preuves de l'efficacité de l'euthanasie sont faibles et contradictoires.
Pour en savoir plus : La psychologie de la chasse dans le canton des Grisons et les chasses spéciales en 2025 : Plus de prélèvements – au lieu d’écouter le loup
Qu'est-ce qui devrait changer ?
- Supprimer les chasses spéciales comme solution de routine institutionnalisée : la planification de la chasse, qui engendre le même besoin d’amélioration depuis l’introduction de la loi sur la chasse en 1989, est inefficace. La première étape consiste en une analyse honnête : pourquoi la chasse au gros gibier échoue-t-elle systématiquement à atteindre ses objectifs ? Tant que cette question ne sera pas abordée politiquement, les chasses spéciales resteront ce qu’elles sont : un simple traitement symptomatique sans s’attaquer aux causes profondes.
- Prolonger et repenser écologiquement la saison de chasse en haute altitude : L’initiative populaire de 2019 a formulé une proposition fondée sur des données probantes : prolonger la saison de chasse en haute altitude de quatre jours, en utilisant le mois d’octobre, période où, selon les études, la majorité des cerfs reviennent. Cette approche mérite un réexamen politique approfondi, indépendamment du rejet du référendum.
- Une protection systématique et obligatoire du bétail est indispensable avant tout abattage de prédateurs protégés : l’abattage de loups sans épuisement avéré et documenté des mesures non létales est juridiquement contestable et scientifiquement injustifié. La protection du bétail doit être financée, contrôlée et inscrite dans la loi comme une condition préalable, et non comme un prétexte a posteriori.
- Contrôle indépendant de l'administration cantonale de la chasse : Les liens institutionnels étroits entre l'administration de la chasse, les chasseurs et les acteurs du secteur agricole dans les Grisons rendent structurellement difficile un contrôle indépendant. Un organe de contrôle externe, doté de personnel et d'une expertise scientifique, est nécessaire pour la délivrance des permis de chasse, la vérification des mesures de protection du bétail et la communication avec le public.
- Projets pilotes de zones sans chasse inspirés des parcs nationaux : le Parc national suisse démontre ce qui est possible dans les montagnes des Grisons sans chasse récréative. Des zones sans chasse, associées à un suivi systématique de la faune sauvage, permettraient d’obtenir des données comparatives fiables et de faire évoluer le débat politique des discours aux preuves empiriques.
- Comptabilité transparente et complète des coûts des chasses spéciales : Quels sont les coûts des chasses spéciales, y compris les frais administratifs, les indemnisations pour dommages, les coûts de mise en application et les frais juridiques ? Quiconque défend les chasses spéciales comme un « instrument réglementaire à coût neutre » doit présenter une ventilation honnête et exhaustive des coûts. Exemples de motions : Exemples de textes pour les motions critiquant la chasse et les Grisons : Oui, à l’abolition des chasses spéciales
Argumentation
« Des chasses spéciales sont nécessaires car la chasse régulière ne régule pas correctement les populations. » C’est l’argument le plus convaincant en faveur des chasses spéciales et, simultanément, le plus convaincant contre le système tout entier. Si la chasse régulière n’a pas atteint ses objectifs depuis plus de 30 ans et que les chasses spéciales sont institutionnalisées comme mesure corrective annuelle, alors le système est défaillant. Une régulation qui reproduit constamment ses propres besoins n’est pas une régulation.
« Sans réglementation spécifique de la chasse, la forêt subirait des dégâts dus au broutage. » Ces dégâts sont bien réels, mais leur cause n'est pas un excès de gibier, mais plutôt un manque d'espaces naturels préservés. Les battues et les chasses en battue contraignent les cerfs et les chevreuils à se réfugier dans des zones de repli, où ils broutent la végétation disponible dans des conditions de stress accru. Le parc national des Grisons, où la chasse est interdite, démontre que des écosystèmes forestiers et fauniques stables peuvent se développer sans quotas de prélèvement si les prédateurs naturels et les habitats intacts sont présents.
La chasse spéciale est correctement encadrée par la législation sur la protection animale. Cependant, abattre des femelles gestantes et allaitantes, laisser mourir les fœtus in utero et perturber les structures sociales pendant l'hibernation ne correspond pas à l'esprit de cette législation, qui reconnaît la dignité de l'animal comme un principe constitutionnel. Le fait que cette pratique soit légale démontre les limites de la législation actuelle sur la protection animale, et non son acceptabilité éthique.
« Le référendum de 2019 a démocratiquement confirmé le permis de chasse spécial. » Or, ce référendum s'est déroulé dans des conditions où le Parlement et le public ont été privés d'informations cruciales : l'évaluation de l'Office fédéral de l'environnement (BAFU) selon laquelle l'initiative ne violait aucune loi de rang supérieur. Un processus démocratique fondé sur des informations incomplètes ne confère aucune légitimité substantielle au résultat du référendum.
« Le véritable problème, ce sont les loups, pas la chasse. » Dans le massif de la Calanda, la densité de cerfs sur le territoire des loups a diminué d'un tiers depuis 2011, alors qu'elle a augmenté de 18 % dans le reste du canton. Une étude portant sur 3 000 échantillons d'excréments de loups montre que le bétail représente moins de 1 % de leurs proies. Les loups ne sont pas le problème dans les Grisons ; s'ils étaient laissés en paix, ils constitueraient un élément clé de la solution.
« La chasse spéciale s'autofinance. » Ce calcul ignore tous les coûts externes : indemnisation des dommages causés à la faune sauvage, subventions pour la protection des forêts, coûts de surveillance gouvernementale, frais juridiques et coûts liés à la concentration de la faune et aux dégâts causés par le broutage induits par la pression de la chasse. Un bilan global et honnête se fait toujours attendre – et le lobby de la chasse n'a aucun intérêt à ce qu'il soit établi.
Liens rapides
Articles sur Wild beim Wild :
- Grisons : Oui, pour l'abolition des réglementations spéciales de chasse
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- Chasses spéciales et limites de la chasse récréative
- Psychologie de la chasse dans le canton des Grisons
- Cette initiative préconise la création de « gardes-chasse à la place de chasseurs »
- Pourquoi la chasse récréative échoue comme moyen de contrôle des populations
- Exemples de textes pour les motions critiquant la chasse dans les parlements cantonaux
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Sources externes :
- Canton des Grisons : Chasse spéciale – Office de la chasse et de la pêche
- BAFU : Chasse – Chasse autorisée et chasse territoriale
- SRF : L’initiative spéciale de chasse des Grisons échoue aux urnes
- Université de Leeds : Loups et CO₂ – Étude 2025
- Professeur Josef H. Reichholf : « La chasse ne réglemente pas » (PDF)
Notre revendication
La chasse spéciale dans les Grisons n'est pas un instrument de régulation. Elle est la preuve annuelle récurrente que le système cynégétique grisonnant est incapable d'atteindre ses propres objectifs de planification depuis l'introduction de la loi cantonale sur la chasse en 1989, et que cet échec est géré institutionnellement au lieu d'être traité. L'initiative populaire de 2019 a démontré qu'une résistance de la société civile, avec plus de 10 000 signatures, est possible, mais elle a été politiquement entravée par un manque d'informations. Cette résistance s'est poursuivie avec l'initiative de suivi de Protection de la faune Suisse. Le Parc national suisse, zone sans chasse, et la meute de Calanda ont démontré depuis des années que des populations fauniques stables et la régénération naturelle des forêts sans chasse récréative ne sont pas l'exception, mais la règle.
La conséquence est tout aussi logique : quiconque souhaite une véritable gestion de la faune sauvage doit la dissocier des quotas de chasse, la fonder sur des principes scientifiques et la soumettre à un contrôle indépendant. La chasse spéciale n’est pas une solution de dernier recours pour un système qui fonctionne ; elle est la preuve manifeste que ce système nécessite une refonte en profondeur. Ce dossier sera régulièrement mis à jour en fonction des nouvelles données, études ou évolutions politiques.
À propos de la chasse de loisir : dans notre dossier sur la chasse, nous rassemblons des vérifications de faits, des analyses et des rapports de fond.