La politique officielle de chasse continue d'ignorer les régulateurs naturels comme le loup, privilégie les intérêts économiques et met ainsi en danger la biodiversité et la santé des consommateurs.
Dans le canton des Grisons, 3 432 cerfs élaphes et 2 502 chevreuils ont été abattus durant la haute saison de chasse 2025, un résultat légèrement supérieur à la moyenne des vingt dernières années. Le canton se félicite de ce résultat ; néanmoins, il se sent contraint d’organiser sa chasse spéciale annuelle, brutale et cruelle, en novembre et décembre.
Objectifs de la chasse spéciale
Pour la chasse spéciale de 2025, l'autorité cynégétique des Grisons prévoit d'abattre 1 711 biches et leurs faons, 281 chevreuils et 10 chamois. Le nombre de cerfs abattus est inférieur à celui de l'année dernière, la population étant en léger déclin depuis 2020. En revanche, le nombre de chevreuils abattus sera plus élevé qu'en 2024, un trop grand nombre de mâles ayant été prélevés durant la haute saison. Il n'y a pas de quota pour le sanglier ; sa chasse est autorisée toute l'année en raison des dégâts qu'il causerait à l'agriculture et aux forêts. Le sanglier est considéré comme le « jardinier » des forêts et y est chassé afin de limiter les dégâts qu'il occasionne aux terres agricoles.
Officiellement, cette « gestion » vise la régénération des forêts ; les écosystèmes forestiers sont censés être protégés du surpâturage dû à un nombre excessif d’ongulés. Cependant, les critiques déplorent que, malgré le déclin parfois observé des populations, les autorités continuent d’exiger des quotas élevés et de prolonger la saison de chasse par des chasses spéciales. Cette situation rappelle une gestion forestière qui traite la forêt comme une simple plantation d’arbres et ignore les processus naturels.
Lois facilitant les chasses spéciales
Depuis décembre 2023, la loi suisse sur la chasse, révisée, autorise la régulation proactive des populations de loups : les cantons sont autorisés à abattre jusqu’aux deux tiers des louveteaux d’une meute entre le 1er septembre et le 31 janvier, sous réserve de l’approbation du gouvernement fédéral et de la mise en place de mesures de protection du bétail. En 2024/25, plus de 100 loups ont été abattus de cette manière ; dans le seul canton des Grisons, 47 loups ont été victimes de cet abattage. La chasse de loisir au loup sera également autorisée dans les réserves naturelles et des interdictions de chasse seront mises en place à l’avenir, conformément à la décision du Conseil des États en septembre 2025.
Parallèlement, une nouvelle loi sur la chasse est entrée en vigueur le 1er février 2025. Suite à de vives critiques de la part des associations de protection animale, elle interdit l'utilisation de munitions au plomb. Une période transitoire, jusqu'en 2029, s'applique aux calibres supérieurs à 6 mm. L'Office fédéral de la sécurité sanitaire des aliments confirme que le plomb s'accumule dans la viande de gibier et représente un danger particulier pour les enfants et les femmes enceintes.
Critiques de la chasse
De nombreux cantons justifient des chasses spéciales par la présence de « populations de gibier excessives », mais ce problème est souvent auto-infligé. La structure de la chasse favorise les mâles destinés à la chasse aux trophées, tandis que les femelles et les jeunes sont protégés. Cela accroît le taux de natalité et crée un déséquilibre entre les sexes, lequel sert à justifier des quotas d'abattage plus élevés. Le fait que les populations « régulées » continuent néanmoins de croître montre que la chasse récréative engendre ses propres problèmes – un cercle vicieux classique.
Dans le canton des Grisons, malgré un nombre record d'animaux abattus en haute saison, les quotas de chasse ne sont pas atteints. Les chasseurs amateurs peinent à respecter la réglementation et ont désormais recours à des chasses spéciales. Fin octobre, le canton a diffusé un message enregistré annonçant la tenue d'une chasse spéciale les 8 et 9 novembre dans des régions comme Mesolcina-Calanca, Davos et Bergün-Filisur. Ceci démontre que la saison de chasse ne cesse de s'étendre, au détriment de la faune sauvage, qui peine déjà à se rétablir.
Les loups comme régulateurs naturels
Des études scientifiques montrent que les loups sont les régulateurs les plus efficaces des populations d'ongulés. En Allemagne, une étude portant sur plus de 3 000 échantillons d'excréments de loups a révélé que plus de 96 % des restes de proies provenaient de chevreuils, de cerfs et de sangliers, tandis que le bétail représentait moins de 1 %. Aux États-Unis, une étude a démontré que le retour des loups dans le Wisconsin a réduit de 24 % les collisions entre la faune sauvage et les véhicules. Environ 6 % de cette réduction était due à la diminution du nombre de cerfs ; la majeure partie résultait du fait que les animaux évitaient les routes, créant ainsi un climat de crainte. Par conséquent, les loups contribuent non seulement à réduire les dégâts causés par la faune sauvage, comme la nécessité de créer des forêts de protection, mais aussi à améliorer la sécurité publique.
En s'attaquant principalement aux animaux âgés, faibles ou malades, les loups contribuent à l'amélioration de la qualité génétique des populations fauniques. À l'inverse, la chasse récréative pratiquée par l'homme n'entraîne pas de sélection naturelle, mais favorise au contraire des conséquences indésirables, comme l'abattage de mâles robustes porteurs des meilleurs gènes. Pourtant, de nombreux cantons souhaitent « réglementer » les loups, voire éradiquer des meutes entières. En mai 2025, le Parlement européen a abaissé le statut de la population de loups en Europe, la faisant passer de « strictement protégée » à « protégée ». Cette réévaluation accorde aux États membres une plus grande liberté de chasse. Les organisations environnementales ont dénoncé cette décision comme une « atteinte à la nature » et ont averti qu'elle nuirait au rétablissement de l'espèce. Malgré ce déclassement, le statut de conservation favorable doit être maintenu.
Les munitions au plomb – un risque pour la santé
L'utilisation de munitions au plomb a de graves conséquences pour la santé humaine et l'environnement. L'Institut fédéral allemand d'évaluation des risques (BAR) avertit que le plomb altère la formation du sang et le système nerveux et s'accumule principalement dans les os ; les enfants et les fœtus sont particulièrement vulnérables. Des tests menés par l'association suisse de protection animale STS ont révélé que cinq échantillons de gibier sauvage sur treize étaient contaminés au plomb ; deux de ces échantillons dépassaient de deux à quatre fois les limites autorisées pour la viande domestique. Malgré ces constats, la Suisse n'interdit les munitions au plomb pour les balles que depuis 2025, et cette interdiction prévoit même des exceptions jusqu'en 2029.
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Ce ne sont pas seulement les consommateurs qui sont touchés : les fragments de plomb présents dans les carcasses de gibier sont ingérés par des charognards comme les renards et les rapaces, ce qui provoque leur empoisonnement. De plus, le plomb pénètre dans la chaîne alimentaire par le sol et l’eau. Bien que l’introduction de munitions sans plomb offre des alternatives viables, de nombreux chasseurs amateurs refusent de changer car ils considèrent les munitions au plomb comme « plus efficaces ». Cette attitude est contraire aux normes technologiques actuelles et constitue une approche responsable envers l’environnement et la santé.
Bruits de chasse et de loisirs perturbateurs
La pression de la chasse et le bruit des activités récréatives ont des conséquences importantes sur la faune sauvage. Une étude menée en 2024 par le Service des forêts des États-Unis a démontré que les animaux sauvages fuyaient 3,1 à 4,7 fois plus souvent lorsqu'ils étaient exposés au bruit des activités humaines et restaient vigilants plus longtemps par la suite ; après une semaine dans une zone bruyante, la densité animale était 1,5 fois inférieure à celle de la zone témoin. La chasse intensive prolonge ces perturbations durant les mois d'hiver et prive les animaux de périodes de récupération cruciales. Ceci contrevient au principe inscrit dans la Constitution fédérale de ne pas causer de souffrance ni de stress aux animaux.
Alternatives à la politique de chasse : écologie forestière et protection du bétail
L'idée que seule la chasse récréative intensive puisse protéger la forêt ignore le rôle des prédateurs naturels. Loups et lynx régulent non seulement les populations de gibier, mais modifient aussi le comportement de leurs proies : cerfs et biches évitent les zones à risque et permettent aux jeunes arbres de pousser. L'expérience en Amérique du Nord et en Europe montre que le retour des grands prédateurs peut engendrer une cascade trophique qui régénère la végétation et favorise la biodiversité.
Protection du bétail plutôt que chasse aux loups
L'augmentation du nombre de loups abattus est principalement due aux conflits avec le bétail. Cependant, les statistiques montrent qu'en 2025, 832 animaux d'élevage ont été victimes de loups en Suisse, soit 37 de moins que l'année précédente. Parallèlement, 101 loups ont été tués, ce qui a à peine modifié la population de 300 individus. Les mesures modernes de protection du bétail (clôtures électriques, chiens de protection des troupeaux, etc.) ont contribué de manière significative à réduire les dégâts, même avant les abattages massifs préventifs. Des organisations comme l'Association suisse des éleveurs de moutons réclament néanmoins des abattages encore plus importants, alors que le problème découle avant tout d'un manque de protection du bétail.
Chasse écologique en forêt ou zones sans chasse ?
Une politique forestière respectueuse de l'environnement devrait limiter au minimum la chasse récréative, au profit des processus naturels. Certains cantons expérimentent des zones sans chasse où les populations fauniques peuvent se développer sans intervention humaine. Ces zones présentent des structures sociales intactes, des taux de natalité plus faibles et une moindre dégradation des forêts. Si la gestion forestière est pratiquée simultanément de manière quasi naturelle, des écosystèmes forêt-faune stables se développent – une approche que le groupe d'intérêt « Wild beim Wild » (Groupe d'intérêt pour la faune sauvage) défend depuis des années.
Les chasses spéciales de 2025 révèlent à quel point la politique de chasse officielle est éloignée d'un élevage écologique et éthique. Malgré le déclin des populations dû à l'action active des prédateurs, les quotas d'abattage sont augmentés, la saison de chasse prolongée, et même des loups sont abattus dans des zones protégées. Toutes les munitions utilisées par les chasseurs de loisir contaminent la viande et l'environnement ; le bruit et la pression de la chasse ont un impact négatif durable sur la faune sauvage. Les données montrent que les loups et autres prédateurs régulent plus efficacement les populations d'animaux sauvages et réduisent les conflits avec les humains, tandis que les mesures de protection du bétail minimisent les pertes.
Une politique de protection de la faune sauvage tournée vers l'avenir devrait donc s'appuyer sur les régulateurs naturels, interdire immédiatement les munitions au plomb, mettre fin aux chasses spéciales et gérer les forêts de manière à ce que la biodiversité et le bien-être animal priment sur la chasse aux trophées et les intérêts économiques. C'est la seule façon de protéger durablement les populations, la nature et les animaux.
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