1er avril 2026, 20h15

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Environnement et conservation de la nature

Année internationale du saule 2026 : davantage de chasse au loup ou enfin une meilleure politique de pâturage ?

Comment les associations d'agriculteurs et les groupes de pression du secteur de la chasse de loisir exploitent l'Année internationale des bergers proclamée par l'ONU.

L'équipe éditoriale Wild beim Wild — 1er avril 2026

L’ONU a déclaré 2026 « Année internationale des parcours et des éleveurs » .

L'accent est mis sur les paysages de pâturages en tant qu'habitats pour la biodiversité, l'élevage extensif et les réalités sociales des éleveurs à travers le monde. En Suisse, l'association des agriculteurs et les défenseurs de la chasse récréative tentent déjà de profiter de l'occasion pour reformuler leurs anciennes revendications en faveur d'un abattage accru de loups, sous un jour nouveau.

Ce que l'ONU veut vraiment

Selon la FAO, les paysages pastoraux couvrent environ la moitié de la surface terrestre. Ils assurent des moyens de subsistance, de l'alimentation, une résilience face au changement climatique et une vaste gamme de services écosystémiques. L'Année internationale du futur, proclamée par les Nations Unies, met l'accent sur les communautés souvent marginalisées qui doivent survivre sur des terres rares et vulnérables au changement climatique. Son objectif est de promouvoir des cadres politiques garantissant l'accès à la terre, une juste valorisation des ressources et une durabilité écologique. À l'échelle internationale, cette année est l'occasion de sensibiliser le public à la vulnérabilité des sociétés pastorales, aux menaces que font peser les changements climatiques et l'accaparement des terres sur les pâturages, ainsi qu'à l'importance des systèmes traditionnels d'utilisation des terres.

Récits de pâturages suisses : des boucliers pour une politique problématique

En Suisse, les associations d'agriculteurs et les organisations agricoles s'emparent, comme prévu, des directives de l'ONU, même si leur interprétation reste très sélective. Des campagnes telles que « Les pâturages nous nourrissent » présentent les pâturages et l'élevage alpin comme une réussite quasi naturelle, garantissant la sécurité alimentaire, la biodiversité et la protection du climat. Or, il est d'autant plus frappant de constater que la pratique actuelle du pâturage subventionné engendre systématiquement des conflits avec les prédateurs et repose sur des fondements écologiques fragiles dans de nombreuses régions.

Dans le même temps, les représentants agricoles au Parlement réclament un assouplissement accru de la gestion du loup : des motions sont déposées pour simplifier l’abattage sélectif, le recours aux tirs défensifs par les bergers armés est à l’étude, et les réserves de chasse sont pointées du doigt comme sources de risques pour la sécurité. Le loup est instrumentalisé pour masquer des problèmes structurels qui n’ont jamais été sérieusement abordés sur le plan politique : une gestion des troupeaux sous-développée, un manque de chiens de garde, de mauvaises conditions de travail dans les alpages et une dépendance aux aides directes.

Pâturages, bergers et loups : ce que dit l'ONU et ce que la Suisse ignore.

L’Année internationale des pâturages et des éleveurs proclamée par les Nations Unies n’est pas une invitation à diaboliser sélectivement les prédateurs, mais un appel à des systèmes de pâturage adaptés, socialement équitables et écologiquement durables. Cela implique : un accès à la terre et aux ressources non entravé par des intérêts unilatéraux ; des effectifs de bétail appropriés évitant le surpâturage des prairies alpines fragiles ; et des conditions de travail décentes pour les éleveurs, qui ne devraient pas être instrumentalisés comme un simple moyen de sécurité pour justifier une hostilité politiquement motivée envers les loups.

À l'inverse, le discours suisse aborde étonnamment rarement les droits des travailleurs, les normes sociales ou les limites écologiques, et se concentre presque toujours sur les quotas d'abattage, les attaques imminentes et les populations de loups prétendument « incontrôlables ». Le loup sert de bouc émissaire afin de maintenir intacte une politique de pâturage qui aggrave la crise climatique, la perte de biodiversité et les problèmes de bien-être animal.

Quand le loup est le symptôme et non la cause

Des exemples comme celui du Valais montrent où mène cette logique : au lieu de réformer en profondeur la gestion des pâturages et la protection du bétail , on abat des loups par douzaines et on décime des meutes entières, le tout présenté politiquement comme une « gestion » pragmatique. Les statistiques officielles recensent ces abattages comme des indicateurs de performance, tandis que les jeunes animaux deviennent des dommages collatéraux d’une stratégie qui, loin de résoudre les conflits, les envenime.

Cela contredit frontalement l'esprit de l'Année internationale des Nations Unies pour la protection des pâturages : quiconque souhaite véritablement préserver les pâturages en tant que fondement écologique et social de la vie doit concevoir des systèmes de pâturage permettant la coexistence des prédateurs, au lieu de les utiliser comme prétexte pour multiplier les dérogations aux lois sur la chasse et la conservation . L'objectif est de créer des paysages résilients aux fonctions diverses, et non des zones de pâturage exemptes de prédateurs pour une production de viande et de lait toujours plus intensive.

Année des Nations Unies : une opportunité ou une façade de relations publiques ?

Les réseaux scientifiques et les ONG du monde entier insistent sur la nécessité d'orienter les investissements vers un pastoralisme durable, de faciliter la mobilité des éleveurs et de rendre les structures de gouvernance plus inclusives. En Suisse, le risque est grand que cet agenda mondial se réduise à une simple campagne d'image nationale : de belles photos de pâturages, d'éleveurs laitiers et de fromage, accompagnées d'appels à de nouveaux abattages de loups.

Les organisations de protection de la faune sauvage et les voix critiques sont particulièrement appelées à confronter le discours officiel sur le pâturage et ses aspects négatifs : la logique des subventions, le transport des animaux, le surpâturage, les privilèges de la chasse de loisir et l’externalisation systématique des risques pour les animaux sauvages.

Ce que devrait accomplir une politique de pâturage honnête

Une politique de pâturage véritablement à la hauteur de l'Année internationale de la conservation de la nature proclamée par les Nations Unies ne privilégierait pas l'élimination du bétail, mais instaurerait la protection de ce dernier comme pratique courante, garantie techniquement, financièrement et juridiquement. Elle lierait la taille des troupeaux et les objectifs de production à la durabilité écologique et aux objectifs climatiques. Les subventions directes seraient conditionnées à des contributions spécifiques à la biodiversité et au bien-être animal, et non à une simple présence généralisée sur les pâturages alpins. Enfin, les politiques relatives à la chasse récréative devraient être dissociées des intérêts des groupes de pression, afin que les conflits avec les prédateurs n'entraînent pas systématiquement des programmes d'abattage.

L’Année internationale des pâturages et des éleveurs offre l’occasion d’ouvrir ce débat ou de l’étouffer sous le couvert des nouvelles initiatives de chasse au loup. Ceux qui invoquent sérieusement l’ONU ne peuvent plus se retrancher derrière le mythe du « grand méchant loup » tant que les véritables problèmes structurels de l’élevage pastoral restent sans solution.

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