Quelles sont les alternatives à la chasse ?
Le débat sur la chasse souffre d'un problème fondamental de formulation : il est généralement présenté comme un choix binaire entre « plus de chasse » et « moins de chasse ».

Cela masque la véritable question : quelles méthodes de contrôle des populations d’animaux sauvages sont efficaces, conformes aux normes de bien-être animal, transparentes en termes de coûts et démocratiquement légitimes ?
La réponse à cette question est bien documentée scientifiquement – et elle nous éloigne de la chasse de loisir.
Le modèle de Genève : 50 ans de rétrospective
Le canton de Genève est le seul canton de Suisse à avoir totalement interdit la chasse de loisir depuis 1974. Aujourd'hui, douze gardes-chasse, employés par l'État, sont chargés de la gestion de la faune sauvage dans ce canton d'environ 282 km². Le budget annuel s'élève à environ 1,2 million de francs suisses (dont environ 600 000 francs pour le personnel, 250 000 francs pour la prévention et 350 000 francs pour l'indemnisation des dommages).
Que révèle le bilan des 50 dernières années ?
- Les populations d'animaux sauvages (cerfs, renards, sangliers) ne sont pas déséquilibrées – elles s'autorégulent en grande partie, avec le soutien d'interventions ciblées des gardes-chasse dans des situations de conflit spécifiques.
- Le gibier issu des abattages officiels est commercialisé et finance une partie des coûts d'exploitation.
- Les animaux sauvages se comportent de manière sensiblement moins timide que dans les cantons où la chasse est autorisée : les cerfs broutent en plein air pendant la journée, les renards parcourent une distance de fuite plus courte.
- Le bilan des dégâts causés par la faune sauvage n'est pas plus lourd que dans les cantons comparables où la chasse est autorisée. Au contraire : l'absence de chasseurs de loisir élimine un facteur de perturbation important qui pousse les animaux sauvages vers les zones agricoles dans d'autres cantons.
- Le canton de Genève n'a pas connu de surpopulation faunique significative qui aurait nécessité le retour à la chasse récréative.
Le modèle de Genève réfute l'argument principal des défenseurs de la chasse, selon lequel la chasse récréative est essentielle à la régulation des populations d'animaux sauvages. Notre dossier sur l'interdiction de la chasse à Genève présente l'ensemble des données et des informations contextuelles sur le contexte politique.
Gestion professionnelle de la faune sauvage : des gardes-chasse féminines plutôt que des chasseurs amateurs
Le modèle genevois montre la voie à suivre : au lieu de 30 000 chasseurs amateurs aux motivations, niveaux de formation et intérêts personnels divers, la gestion de la faune sauvage est confiée à des professionnels formés par l’État – les gardes-chasse. Ces gardes agissent selon des critères écologiques définis, sont responsables devant le public et ne poursuivent aucun intérêt personnel lié aux trophées.
Les arguments en faveur de la mise en place de gardes-chasse professionnels, présentés sur wildbeimwild.com, expliquent comment un tel système pourrait être déployé dans toute la Suisse et quel en serait le coût. Pour de nombreux cantons, une gestion professionnelle de la faune sauvage serait plus rentable que le système actuel de chasse récréative, tous coûts externes confondus.
Le dossier sur le modèle de garde-chasse décrit en détail à quoi ressemblerait une gestion professionnelle de la faune sauvage assortie d'un code de déontologie.
Cascades trophiques : les prédateurs comme régulateurs naturels
L'écologie reconnaît un mécanisme bien plus efficace et stable à long terme que toute forme de régulation humaine : la cascade trophique. En présence de grands prédateurs comme les loups et les lynx dans un écosystème, ils régulent les herbivores non seulement par la prédation directe, mais surtout par le biais de « l'écosystème de la peur » – des changements de comportement chez les proies qui entraînent une modification de l'utilisation de l'espace.
L'exemple le plus célèbre : après la réintroduction des loups dans le parc national de Yellowstone (États-Unis, à partir de 1995), les orignaux ont modifié leurs itinéraires de pâturage. Les berges des rivières, auparavant fortement broutées, se sont régénérées. La végétation a repoussé, ce qui a profité aux castors, aux poissons et aux oiseaux. Cet effet domino a transformé l'écosystème tout entier, sans intervention humaine, simplement par le retour du prédateur.
Le loup et le lynx sont déjà revenus naturellement en Suisse. Le lynx régule efficacement les populations de cerfs dans certaines régions du nord-ouest du pays. Là où le loup est présent, on observe des changements mesurables dans l'utilisation de l'habitat et le comportement des ongulés. C'est l'écologie à l'œuvre, et elle fonctionne sans chasse ni production d'hormones de stress chez les animaux.
Au lieu de réglementer les prédateurs (comme le permet la loi révisée sur la chasse de 2025), la Suisse devrait renforcer son système de régulation naturelle. Pour plus d’informations, veuillez consulter le dossier « Alternatives à la chasse récréative » .
Protection du bétail : efficace, évolutive et pérenne
On avance souvent l'argument, en faveur de l'abattage des prédateurs, qu'ils protègent le bétail des attaques. Or, rien ne le prouve empiriquement. La surveillance des troupeaux est la méthode la plus efficace et la plus rentable pour prévenir les attaques. La Suisse subventionne ces mesures, et les résultats sont sans équivoque :
- Les clôtures électriques correctement installées réduisent les attaques de loups de 58 à 100 %, selon leur configuration et le terrain.
- Les chiens de protection des troupeaux (par exemple, Kangal, Maremmano) réduisent les attaques dans les zones vallonnées à alpines jusqu'à 76 %.
- L’élevage (la présence constante des bergers) augmente considérablement l’efficacité de toutes les autres mesures et est historiquement profondément ancré dans l’agriculture alpine.
Le problème central n’est pas l’efficacité, mais la mise en œuvre : dans de nombreuses vallées alpines, les infrastructures, les connaissances et les incitations financières nécessaires à une protection efficace du bétail font défaut. Cela représente un défi d’investissement pour la société. Le dossier « La protection du bétail en Suisse » analyse l’état actuel de la mise en œuvre et explique pourquoi l’abattage sélectif n’est pas une solution viable à long terme.
Corridors fauniques et aménagement du territoire : résoudre les conflits de manière structurelle
De nombreux conflits avec la faune sauvage ont des causes structurelles : la fragmentation des habitats par les routes, les agglomérations et les barrières contraint les animaux sauvages à migrer vers les zones habitées. La solution ne réside pas dans l’abattage, mais dans l’aménagement du territoire.
Les corridors fauniques – reliant des bandes vertes entre des îlots d'habitat – permettent la migration sans contact avec les routes. Les passages fauniques supérieurs et inférieurs réduisent les accidents mortels de la route. Les zones tampons autour des zones résidentielles et agricoles atténuent les conflits. Si la loi révisée sur la chasse de 2025 a formellement renforcé les corridors fauniques, elle ouvre simultanément la voie à une augmentation des abattages sélectifs. Cette contradiction exige une explication politique.
En Suisse, environ 300 corridors fauniques sont cartographiés comme étant d'importance nationale ; plus de la moitié d'entre eux sont encore gravement dégradés ou interrompus. Investir dans la connexion de ces corridors aurait un impact à long terme plus important sur les populations fauniques que n'importe quelle saison de chasse.
Immunocontraception : une méthode contraceptive alternative aux injections.
Lorsque les populations d'animaux sauvages deviennent localement excessives, la science propose une méthode alternative : l'immunocontraception. Celle-ci consiste à administrer aux animaux des vaccins qui inhibent temporairement leur reproduction sans les tuer.
Deux préparations sont les plus avancées :
- PZP (Zona Pellucida Porcine) : Protéine dérivée de cellules ovariennes de porc, administrée comme vaccin pour empêcher temporairement la fécondation chez les femelles. Utilisée aux États-Unis depuis les années 1990 chez les chevaux sauvages, les cerfs de Virginie et les orignaux, elle a démontré des effets stabilisateurs sur les populations.
- GonaCon : vaccin mis au point par le Service américain de la pêche et de la faune sauvage qui inhibe les gonadotrophines et peut être utilisé chez les poissons mâles et femelles. Son efficacité est démontrée depuis plusieurs années avec une seule injection.
Cette méthode est adaptable aux populations fauniques urbaines et périurbaines (par exemple, les cerfs dans les zones résidentielles) où la chasse est de toute façon impossible pour des raisons de sécurité. En Suisse, les essais sur le terrain avec l'immunocontraception sont jusqu'à présent peu nombreux – une lacune en matière de recherche qui nécessite une volonté politique.
Dissuasion : Éloigner les animaux sauvages sans leur causer de dommages
Les moyens de dissuasion désignent toutes les méthodes permettant d'empêcher les animaux sauvages de fréquenter certaines zones, sans les tuer. Ces méthodes vont des plus simples aux plus techniques.
- Dispositifs de dissuasion visuelle : réflecteurs, ruban adhésif flottant, silhouettes de prédateurs
- Dissuasion acoustique : canons à gaz, dispositifs à ultrasons, cris de rapaces
- Répulsif olfactif : odeur de prédateurs (par exemple, poils de loup)
- Barrières mécaniques : clôtures électriques, filets, clôtures anti-rongeurs
- Barrières lumineuses et systèmes d'avertissement de la faune sauvage sur les routes
Les mesures de dissuasion ne constituent pas une solution permanente, mais un outil temporaire précieux, notamment en agriculture, dans les vergers et sur les sites critiques de collision avec la faune sauvage. Associées à une planification spatiale et à la protection du bétail, elles peuvent rendre l'abattage inutile dans de nombreuses situations.
Luxembourg : La chasse au renard est interdite depuis 2015
Un exemple européen rarement cité : le Luxembourg a totalement interdit la chasse au renard en 2015. La justification était pragmatique : aucune base scientifique ne justifiait la nécessité d’une telle réglementation. Depuis, il est devenu évident que la population de renards n’a pas proliféré de manière incontrôlée. Des facteurs naturels (gale, territorialité) et la population croissante de lynx régulent sa densité.
Le Luxembourg démontre que les interdictions peuvent être mises en œuvre progressivement, adaptées à des espèces spécifiques et étayées par des recherches scientifiques. La Suisse pourrait instaurer des moratoires similaires, ciblés sur certaines espèces – par exemple, le renard, le blaireau ou certaines espèces d’oiseaux – sans pour autant réformer immédiatement l’ensemble de son système de chasse.
Parcs nationaux : que se passe-t-il sans chasse ?
Le Parc national suisse de l'Engadine est la plus ancienne et la plus strictement protégée de Suisse depuis 1914. Interdits de chasse, d'exploitation forestière et d'agriculture. Qu'est-il arrivé depuis ?
Cerfs élaphes, chamois et bouquetins ont évolué naturellement. La forêt s'est régénérée et a évolué. Des prédateurs comme le lynx et le loup se sont installés dans la région ou la fréquentent. Aucun effondrement de l'écosystème. Aucun chaos dans la faune sauvage. Au contraire : un système autorégulé qui sert de zone de référence aux chercheurs du monde entier.
L'exemple du parc national illustre ce qui se produit lorsqu'on laisse à la nature l'espace dont elle a besoin. La leçon à en tirer n'est pas qu'il faille créer des parcs nationaux partout, mais que l'argument selon lequel tout s'effondrerait sans la chasse n'est pas empiriquement tenable.
Zones de tranquillité : là où la nature est tout simplement laissée tranquille
L'une des alternatives les plus simples et efficaces à la chasse est le concept de zone de tranquillité : des zones où aucune activité récréative – et aucune chasse – n'est pratiquée. Cela paraît simple, mais son efficacité a été démontrée. Des études menées en Suisse et en Scandinavie montrent que les animaux sauvages vivant dans ces zones présentent des taux d'hormones de stress plus faibles, sont plus actifs le jour et ont un taux de reproduction nettement supérieur à celui des animaux vivant dans des zones très fréquentées.
Des refuges fauniques sont mis en place de manière sporadique dans les aires protégées et les forêts de conservation en Suisse. Leur création n'est soumise à aucune obligation légale. Les défenseurs de la chasse s'opposent systématiquement à l'extension de ces refuges, arguant qu'ils accroîtraient la pression de chasse. Or, la conclusion est sans appel : moins de chasse signifie plus d'espace pour la faune sauvage, une plus grande stabilité et moins de conflits.
Le suivi de la faune sauvage comme base d'une gestion fondée sur des données probantes
Toute alternative sérieuse à la chasse récréative nécessite un fondement qui fait défaut à la politique de chasse actuelle : des données fiables sur les populations. Sans suivi systématique de la faune sauvage, nul ne sait précisément combien d’individus d’une espèce vivent dans une zone donnée, quelle est l’évolution de leur population et si des interventions sont réellement nécessaires.
La gestion professionnelle de la faune sauvage repose donc sur des méthodes de comptage standardisées : le suivi par pièges photographiques, le géorepérage GPS, l’échantillonnage génétique et le comptage le long de transects. Ces méthodes fournissent des données plus objectives que les estimations des chasseurs de loisir, qui ont tout intérêt à maximiser leurs quotas de prélèvement.
Wildlife Switzerland reconnaît elle-même que les statistiques actuelles sur la chasse ne permettent pas de tirer des « conclusions fiables sur l'état des espèces sauvages ». Cet aveu remet en cause toute la justification des pratiques de chasse actuelles : si nous ne savons pas comment se portent les animaux sauvages, nous ne pouvons pas affirmer avec certitude que la chasse est nécessaire.
Comptabilité analytique : quel est le véritable coût d'une gestion alternative ?
Les opposants aux alternatives à la chasse récréative argumentent souvent sur le coût : les gardes-chasse professionnels seraient plus onéreux que le système actuel. Or, cela n’est vrai que si l’on ignore les coûts externes. En réalité, la chasse récréative engendre des coûts sociétaux considérables : coûts liés aux collisions entre la faune sauvage et les véhicules, dus au stress induit par la chasse ; coûts des dommages causés par la faune sauvage ; frais administratifs ; coûts liés au broutage des populations fragilisées par la chasse ; et coûts sanitaires liés à l’exposition au plomb dans la viande de gibier.
Le modèle genevois coûte environ 1,2 million de francs suisses par an pour un canton d'une superficie de 282 km² et comptant environ 500 000 habitants. Extrapolé à l'ensemble du pays, sur la base de 41 285 km² de terres habitables, un système professionnel de gestion de la faune sauvage selon ce modèle serait financièrement viable, pour un coût estimé entre 150 et 200 millions de francs suisses par an – une somme non négligeable au regard du coût global de la chasse en Suisse, une fois les coûts externes pris en compte. Le rapport « Le coût réel de la chasse récréative en Suisse » présente une ventilation détaillée de ces coûts.
Conclusion : Les alternatives existent – ce qui manque, c'est la volonté politique.
Les alternatives à la chasse récréative sont scientifiquement prouvées, éprouvées sur le terrain et déjà mises en œuvre avec succès dans certaines régions. Ce qui manque, ce n'est pas le savoir, mais la volonté politique de remplacer une pratique plus que centenaire par des méthodes modernes, respectueuses des animaux et de l'environnement. Genève montre l'exemple. Le Luxembourg montre l'exemple. Le parc national montre l'exemple. La question est : quand la Suisse dans son ensemble trouvera-t-elle le courage de suivre cet exemple ?
Vous trouverez davantage de contenu sur wildbeimwild.com :
- Dossier : Alternatives à la chasse récréative
- Dossier : Genève et l'interdiction de la chasse
- Dossier : Arguments en faveur des gardes-chasse professionnels
- Dossier : La protection du bétail en Suisse
- Dossier : Interdiction de la chasse en Suisse
- Dossier : Le modèle du garde-chasse
Vous trouverez plus d'informations sur la politique de chasse actuelle en Suisse dans notre dossier sur wildbeimwild.com .
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