1er avril 2026, 22h49

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Psychologie et chasse

Psychologie de la chasse récréative dans le canton de Zoug

Le canton de Zoug est petit, prospère et urbanisé. Environ 230 chasseurs de loisir y pratiquent la chasse autorisée. La principale chasse est celle du chevreuil en octobre et novembre, traditionnellement pratiquée à courre. La chasse n'est autorisée que trois jours par semaine : le lundi, le mercredi et le samedi. Ce qui peut paraître une réglementation stricte est, d'un point de vue psychologique, la manière d'organiser une activité de loisir sous une forme structurée.

L'équipe éditoriale Wild beim Wild — 21 mars 2026

La chasse avec permis est autorisée dans le canton de Zoug.

L'Office des forêts et de la faune sauvage est responsable de la planification de la chasse. Les quotas d'abattage des chevreuils sont déterminés en fonction de la population printanière, de la population estivale estimée et du nombre d'animaux tués accidentellement ou retrouvés morts. Ce système, en apparence scientifique, occulte pourtant la question fondamentale : pourquoi chasser si le canton de Zoug ne subit ni dégâts importants liés à la faune sauvage, ni problème de surpopulation que des gardes-chasse professionnels ne pourraient résoudre ?

« Chasse bruyante » : Tradition de chasse au cerf

À Zug, la chasse au chevreuil se pratique traditionnellement à l'aide de chiens. Ces derniers débusquent les cerfs de leurs cachettes dans les fourrés. Les animaux s'enfuient alors le long de sentiers étroits, où les chasseurs amateurs se positionnent à proximité et tirent au fusil sur les chevreuils en mouvement.

Psychologiquement, cette forme de chasse est problématique à plusieurs égards. D'abord, le cerf n'est pas perçu comme un individu, mais comme une cible mouvante. La poursuite de l'animal engendre un stress maximal et un temps de réaction minimal pour le chasseur. La Société Suisse de Protection des Animaux (STS) réclame depuis des années l'interdiction de la chasse au cerf au fusil, en raison du risque élevé de blessures non mortelles et de la difficulté à retrouver les animaux blessés. Une étude danoise a montré qu'environ 25 % des renards examinés présentaient des plombs logés dans leur corps. Cela signifie qu'un renard sur quatre a été touché par un tir de fusil au moins une fois dans sa vie. Des chiffres similaires s'appliquent probablement aux cerfs.

Deuxièmement, la « chasse bruyante » est présentée comme une tradition. Le terme « cultivée », employé dans les documents officiels, est révélateur : la chasse n’est pas décrite comme une nécessité, mais comme un atout culturel. Psychologiquement, c’est crucial, car cela déplace la légitimité de la fonction vers l’identité. On chasse non par obligation, mais par tradition.

Moratoire sur les lapins : quand l'abstinence est célébrée comme un accomplissement

Depuis 1993, la chasse au lièvre est interdite dans le canton de Zoug. Il est à noter que cette interdiction a été instaurée à la demande de la communauté de chasseurs zougienne elle-même, « afin de favoriser le développement de la population ». Ainsi, les chasseurs amateurs s'abstiennent volontairement de tirer sur une espèce menacée et présentent cela comme une contribution à la conservation de l'espèce.

Psychologiquement, ce moratoire est une leçon d'auto-légitimation. La décision de s'abstenir de tuer une espèce qu'il ne faudrait pas tuer est présentée comme une preuve de responsabilité. Le fait que le lièvre d'Europe soit classé comme vulnérable (VU) sur la Liste rouge et que sa chasse ne soit plus justifiable n'est pas invoqué pour justifier le moratoire ; l'accent est mis sur la « promotion des populations ». Le message est clair : nous pourrions tirer, mais nous choisissons de ne pas le faire. Cette présentation transforme une évidence en un geste de générosité et renforce l'image des chasseurs de loisir comme des acteurs responsables.

Le fait que ce même moratoire ne s'applique pas à d'autres espèces menacées, comme les oiseaux aquatiques ou les marmottes, démontre les limites de ce raisonnement. L'interdiction est sélective et ne concerne que les espèces dont la chasse est de toute façon peu demandée. Il ne s'agit pas de conservation des espèces, mais plutôt de gestion de l'image.

Oiseaux aquatiques abattus : cormorans, foulques, canards

Dans le canton de Zoug, la chasse au canard colvert, au fuligule morillon, au fuligule milouin, à la foulque, au cormoran, à l'oie d'Égypte et au tadorne casarca est autorisée d'octobre à fin janvier. La chasse au gibier d'eau dans un canton densément peuplé et urbanisé, aux voies navigables très fréquentées, soulève des questions d'ordre psychologique.

Premièrement, la chasse aux oiseaux d'eau est totalement disproportionnée par rapport à tout besoin de réglementation, quelle que soit la définition qu'on en donne. Les espèces mentionnées ne sont ni surpeuplées ni ne causent de dommages significatifs. La chasse aux foulques et aux fuligules morillons est purement récréative, déguisée en « usage ». Deuxièmement, cette chasse se déroule dans un environnement où les mêmes plans d'eau sont utilisés pour les loisirs, l'observation de la nature et le tourisme. L'acceptation par le public de la chasse aux canards et aux foulques près des rives est probablement faible, mais cela n'est jamais vérifié. Troisièmement, l'inclusion des oies d'Égypte et des tadornes casarca sur la liste des espèces chassables démontre comment les espèces invasives sont utilisées pour légitimer l'expansion de la chasse. BirdLife Suisse critique la chasse aux oiseaux d'eau depuis des années.

Formation à la chasse : l'endoctrinement comme critère de qualité

La formation à la chasse dans le canton de Zoug dure un an et demi et est dispensée conjointement par l'Association cantonale de chasse de Zoug, le jury d'examen et l'administration de la chasse. Elle aborde des sujets allant du droit de la chasse et de la connaissance des armes à feu à l'identification des arbres, la biologie et l'écologie de la faune sauvage, et se conclut par un module sur le dressage professionnel des chiens de chasse. L'administration souligne qu'« une bonne formation garantit que la chasse à Zoug se pratique dans le respect de la réglementation en vigueur, de manière humaine et sûre ».

Psychologiquement, l'accent mis sur la qualité de la formation sert de mécanisme de légitimation. Il suggère que les personnes formées agissent correctement. Cependant, la formation transmet non seulement des connaissances, mais aussi une vision du monde. Ceux qui passent un an et demi à apprendre à tuer des animaux « professionnellement » intériorisent une normalité qui n'existe pas en dehors de ce système. Les perspectives critiques, les questions éthiques fondamentales et les alternatives à la chasse sont absentes de la formation. Le groupe d'intérêt « Wild beim Wild » (Groupe d'intérêt pour la faune sauvage avec la faune sauvage) a analysé le programme de formation à la chasse de Zug et a conclu qu'il reproduit un système d'interprétation fermé qui exclut structurellement toute critique.

Canton urbain, psychologie rurale

Zoug est l'un des cantons les plus urbanisés, les plus riches et les plus densément peuplés de Suisse. Pourtant, la psychologie de la chasse y fonctionne selon les mêmes schémas que dans les cantons alpins : la tradition comme légitimation, l'entraînement comme immunité contre la critique, la retenue comme générosité et le développement de la chasse au gibier d'eau comme normalisation.

La différence avec les cantons voisins de Suisse centrale ne réside pas dans le système lui-même, mais dans sa présentation. À Zoug, la chasse de loisir n'est pas perçue comme un héritage alpin, mais comme une pratique « contemporaine » et « bien encadrée ». Le discours est plus moderne, mais les structures restent les mêmes. Et la question fondamentale demeure : pourquoi un canton comptant 240 chasseurs de loisir n'a-t-il pas besoin d'un système de gardes-chasse professionnels inspiré du modèle genevois ?

La réponse est d'ordre psychologique, non factuel : la chasse de loisir dans le canton de Zoug s'inscrit dans un réseau social. Les chasseurs appartiennent à ce réseau. Ceux qui y appartiennent ne le remettent pas en question. Et ceux qui ne le remettent pas en question n'ont pas besoin d'alternatives.

Vous trouverez plus d'informations dans le dossier : Psychologie de la chasse

Analyses psychologiques cantonales :

À propos de la chasse de loisir : dans notre dossier sur la chasse, nous rassemblons des vérifications de faits, des analyses et des rapports de fond.

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