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Psychologie & Chasse

Psychologie de la chasse de loisir dans le canton d'Uri

Uri est un canton où la chasse de loisir n'est pas simplement pratiquée, mais défendue comme un héritage alpin. Les montagnes, la tradition, la communauté : tout fusionne en un système identitaire où la critique n'est pas perçue comme une suggestion, mais vécue comme une attaque contre son propre mode de vie. Psychologiquement, il se crée ainsi un dispositif de défense qui se stabilise par des votations populaires, une escalade politique et une auto-confirmation rituelle.

Rédaction Wild beim Wild — 18 mars 2026

Dans le canton d'Uri, la chasse à patente est en vigueur.

La chasse au grand gibier commence chaque année début septembre, la chasse au petit gibier mi-octobre. Par patente, un nombre déterminé d'animaux peut être abattu. La période de chasse est limitée à quelques semaines, mais l'effet psychologique va bien au-delà. Celui qui chasse en Uri se perçoit comme faisant partie d'un ordre qui régit les relations entre l'homme et la montagne depuis des générations. C'est précisément cette auto-perception qui rend le système si résistant au changement.

Chasse spéciale et chasse tardive : Escalade comme état permanent

Chaque année, le même schéma se répète dans le canton d'Uri : la chasse ordinaire au grand gibier ne suffit pas à atteindre les quotas d'abattage officiellement fixés pour le cerf rouge. En 2024, 264 cerfs ont été abattus pendant la chasse au grand gibier, mais le nombre de biches abattues était inférieur de 145 animaux à l'objectif fixé dans tout le canton. Une chasse de rattrapage a donc été à nouveau ordonnée dans les quatre régions de chasse du canton. En 2025, le scénario s'est répété : seulement 218 cerfs ont été abattus, encore moins que l'année précédente.

Psychologiquement, cette structure est révélatrice. La chasse de rattrapage n'est pas interprétée comme un échec du système, mais comme une preuve de sa nécessité. Moins la chasse ordinaire est efficace, plus son durcissement est exigé. Un réflexe classique de contrôle s'enclenche : quand la mesure ne fonctionne pas, ce n'est pas la mesure qui est remise en question, mais l'intensité qui est augmentée. Cela protège l'image de soi des chasseurs de loisir en tant que force d'ordre efficace.

La période de la chasse de rattrapage est particulièrement problématique. Elle commence en novembre et peut s'étendre jusqu'en décembre. Dans une lettre de lecteur Karl Mattli a souligné qu'à ce moment-là, les biches sont déjà enceintes de trois mois et encore accompagnées de leur faon de printemps. La chasse spéciale intervient donc dans une phase biologiquement très sensible. Les animaux se trouvent de plus déjà dans leur cantonnement d'hiver et ont ralenti leur métabolisme. S'ils sont poussés à la fuite par des coups de feu, ils doivent relancer leur métabolisme à plein régime en très peu de temps, ce qui entraîne une consommation d'énergie accrue et par conséquent plus de dégâts d'abroutissement.

Ici apparaît un paradoxe psychologiquement central : la chasse de loisir génère exactement les dommages qu'elle prétend combattre. La forte pression de chasse pousse les animaux sauvages dans la forêt, où ils grignotent les bourgeons d'arbres faute d'herbes et de plantes. Les dégâts d'abroutissement augmentent, ce qui sert à nouveau de justification pour encore plus de chasse. Ce cercle vicieux auto-entretenu n'est pas thématisé par l'administration de la chasse, mais rendu invisible. Psychologiquement, il s'agit d'un système de légitimation fermé qui réinterprète ses propres erreurs comme une confirmation de sa nécessité.

Massacre lors de la chasse spéciale dans le canton d'Uri

Initiative prédateurs : Quand la peur devient constitution

Un événement clé pour comprendre la psychologie de la chasse en Uri est l'initiative populaire « Pour la régulation des grands carnivores », acceptée le 10 février 2019 avec 70,2 pour cent d'approbation. Cette proposition lancée par l'Union des paysans exigeait que le canton édicte des prescriptions pour la protection contre les prédateurs et la régulation des effectifs. La « promotion des effectifs de grands carnivores » devait être interdite.

Psychologiquement, cette votation doit être lue moins comme une mesure politique que comme une manifestation collective de mécontentement. Car dans la pratique, l'acceptation n'a rien changé : les revendications étaient déjà largement satisfaites dans la législation en vigueur, et les cantons n'ont aucune marge de manœuvre pour une politique propre concernant les prédateurs. Le WWF Uri a parlé de « l'absurdité de l'initiative » et souligné que le canton d'Uri exploitait déjà la marge de manœuvre au maximum. Même le conseiller d'État compétent Dimitri Moretti a admis qu'il fallait « attendre » que la législation fédérale soit révisée.

Ce que révèle psychologiquement l'initiative, c'est un profond sentiment de menace qui ne peut être résolu par des arguments factuels. Le loup, l'ours et le lynx ne sont pas perçus comme des espèces de retour dans un écosystème, mais comme des intrus dans un monde ordonné. La formulation « la promotion des populations de grands prédateurs est interdite » révèle un renversement victime-agresseur : ce n'est pas l'animal sauvage qui est protégé, mais l'ordre humain contre l'animal sauvage. À Unterschächen, 96,1 pour cent ont voté pour l'initiative, à Isenthal 93,2 pour cent, à Spiringen 88,8 pour cent. Plus la région est rurale, plus elle est alpine, plus l'adhésion est forte.

Psychologiquement agit ici un mécanisme que la psychologie sociale décrit comme réactance de menace : plus le territoire et l'autonomie propres sont vécus comme menacés, plus la contre-réaction est dure. L'initiative n'était pas un instrument de résolution de problème, mais une soupape pour un sentiment diffus de perte de contrôle. Le président de l'Union des paysans Wendelin Loretz a parlé de manière significative d'un « cri d'alarme ou même d'un appel au secours à la Confédération ». C'est le langage de la menace, pas de la politique factuelle.

Uri : Initiative populaire contre le loup, l'ours et le lynx

Lagopèdes et lièvres variables : Quand la protection des espèces perd

Un autre événement psychologiquement révélateur est l'initiative populaire « Laisser vivre le lagopède et le lièvre variable », sur laquelle le peuple uranais a voté le 18 mai 2025. L'initiative demandait une interdiction de chasse pour les lièvres variables et les lagopèdes, dont les populations sont prouvées en déclin et qui figurent sur la Liste rouge des espèces menacées. En Suisse, 244 lagopèdes et 837 lièvres variables ont encore été tués par les chasseurs de loisir en 2023.

L'initiative a été rejetée. Psychologiquement, ce résultat est au moins aussi pertinent que celui de la votation sur les prédateurs. Car il ne s'agissait pas ici d'une menace abstraite par les prédateurs, mais d'une question concrète : les espèces menacées doivent-elles continuer à pouvoir être chassées par plaisir ? La réponse était Oui, et cela dans un contexte où même le canton du Tessin avait déjà arrêté la chasse au lagopède en 2021.

L'argumentation du lobby de la chasse est psychologiquement révélatrice. L'ancien président de l'Association des chasseurs uranais argumentait en substance que les chasseurs de loisir ne constituent pas une menace, mais sont les protecteurs de la nature. Une interdiction générale affaiblirait une « pratique essentielle de protection de la nature ». Se révèle ici le schéma d'interprétation central : tuer est présenté comme protéger, et qui remet en question le fait de tuer, met prétendument en danger la protection. Cette inversion sémantique est un exemple classique de réduction de dissonance cognitive.

Initiative populaire pour la protection du lagopède et du lièvre variable

Abattage de loup 2022 : Contrôle avant tout

En mai et juin 2022, la Direction de la sécurité d'Uri a ordonné l'abattage d'un loup, après qu'au moins 5 chèvres et 13 moutons aient été attaqués dans la commune de Wassen. L'association CHWolf a vivement condamné l'autorisation d'abattage et a argumenté qu'elle ne correspondait pas à l'ordonnance fédérale sur la chasse en vigueur. En particulier, 7 des moutons attaqués étaient gardés sur des surfaces non protégées et ne devraient donc pas être attribués au « contingent d'abattage ».

Psychologiquement, l'épisode est pertinent à plusieurs niveaux. Premièrement, il montre à quelle vitesse le réflexe de mise à mort s'enclenche dès qu'un prédateur devient visible. Deuxièmement, la réaction révèle un déficit de protection des troupeaux : après cinq ans de travail conceptuel dans le « Concept alpin Haute vallée de la Reuss », aucune protection efficace des troupeaux n'était apparemment établie. Au lieu de problématiser cette lacune, la responsabilité a été reportée sur le loup. Troisièmement, le cadrage politique montre comment le loup sert d'écran de projection pour la perte de contrôle.

Uri délivre une autorisation d'abattage sur le loup

Assouplissement au lieu de contrôle : prescriptions de chasse 2024

Au lieu de durcir les pratiques de chasse, le canton d'Uri a assoupli en 2024 les prescriptions pour les chasseurs de loisir. Les ressortissants étrangers ne doivent plus résider dix ans dans le canton avant d'être autorisés à chasser. Et la preuve de précision de tir ne doit plus être apportée avec l'arme effectivement utilisée à la chasse de loisir, mais seulement avec une arme «adaptée à la chasse».

Psychologiquement, c'est un signal révélateur. Il montre vers où s'oriente l'énergie réglementaire : non pas vers la protection de la faune sauvage, mais vers la facilitation de l'accès à la chasse de loisir. Tandis que des espèces menacées continuent d'être chassées et que la chasse tardive sur les biches pleines est ordonnée chaque année, les obstacles à l'accès aux armes sont abaissés.

L'assouplissement de la preuve de précision de tir est particulièrement explosif. Qui utilise à la chasse de loisir une arme différente de celle avec laquelle l'aptitude au tir a été prouvée, augmente le risque de tirs manqués et de souffrance animale. Que cet assouplissement soit présenté par l'administration cynégétique comme un «ajustement aux conditions-cadres modifiées» montre à quel point le langage administratif fonctionne comme instrument psychologique de lissage.

Le canton d'Uri assouplit les prescriptions pour les chasseurs de loisir

Tirs de réduction du bouquetin : chasse aux trophées avec cachet administratif

Chaque année, la direction de la sécurité d'Uri ordonne des tirs de réduction dits sur le bouquetin. Dans les colonies de Brisen, Oberalp/Tödi, Susten/Meiental et Unteralp-Guspis, bouquetins et étagnes sont autorisés à l'abattage. L'attribution se fait selon l'âge des ayants droit de chasse : qui est le plus âgé obtient d'abord une autorisation d'abattage. La venaison et les trophées reviennent aux tireurs et tireuses.

Cette pratique montre à quel point la frontière entre «régulation» et chasse aux trophées est mince en réalité. La décision administrative confère à l'abattage une légitimation bureaucratique, mais la structure ressemble à un tirage au sort pour une expérience de chasse convoitée. Psychologiquement, c'est central : l'encadrement administratif décharge les participants de toute responsabilité morale. On n'agit pas de sa propre initiative, mais «sur mandat du canton». Cette délégation de responsabilité est un mécanisme connu de décharge morale de soi.

Accidents de chasse et criminalité cynégétique : réalités refoulées

Le 7 septembre 2023, un chasseur de loisir de 38 ans a été touché par un ricochet dans la zone de Steinboden dans la commune de Spiringen et a dû être transporté à l'hôpital par la Rega. Dans le canton d'Uri existent en outre des indices de suspicion de braconnage et de violations de la protection animale, qui sont documentés sur la liste noire de JagdSchweiz.

Psychologiquement, la gestion des accidents de chasse est révélatrice. Ils sont présentés comme des accidents individuels, non comme des risques systémiques d'un loisir armé. La police enquête sur le «déroulement exact», mais un débat fondamental sur les risques sécuritaires de la chasse de loisir n'a pas lieu.

Identité alpine comme bouclier protecteur

Tous ces exemples se composent en un modèle psychologique cohérent. La chasse de loisir en Uri n'est pas une pratique isolée, mais un système identitaire. Elle est entrelacée avec la perception de soi alpine, avec l'image du «montagnard» qui ordonne son environnement, et avec une conviction profondément enracinée que cet ordre est menacé de l'extérieur.

La critique n'est donc pas traitée comme une objection factuelle, mais comme une attaque contre le mode de vie alpin. Le mécanisme est toujours le même : qui remet en question la chasse de loisir, remet en question Uri. Cette assimilation de la pratique et de l'identité rend le système extraordinairement résistant au changement.

Le canton de Genève démontre depuis 1974 qu'une gestion professionnelle de la faune fonctionne sans chasse de loisir. Ce modèle n'est pas discuté à Uri, mais ignoré. Psychologiquement, c'est cohérent : la simple existence d'une alternative fonctionnelle menace le narratif de l'indispensabilité.

Modèle genevois : interdiction de chasse depuis 1974

Uri n'est pas un cas particulier, mais un révélateur. Dans aucun autre canton ne se manifeste si clairement comment identité alpine, symbolique politique et pratique cynégétique s'entremêlent pour créer un système qui ne intègre pas la critique, mais la repousse. Qui veut comprendre la psychologie de la chasse de loisir en Suisse doit comprendre comment Uri fonctionne.

Plus d'informations dans le dossier : Psychologie de la chasse

Analyses psychologiques cantonales:

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