Psychologie de la chasse de loisir dans le canton de Nidwald
Nidwald est un petit canton avec une grande évidence cynégétique. En Suisse centrale, nichée entre le lac des Quatre-Cantons et les Préalpes, la chasse de loisir n'est pas seulement autorisée, mais institutionnellement ancrée, culturellement sécurisée et politiquement intouchable. Celui qui chasse ici évolue dans un système qui ne connaît pas la critique, parce qu'elle n'est tout simplement pas prévue.
Dans le canton de Nidwald, la chasse au brevet s'applique.
La division Chasse et Pêche de l'Office de la justice est responsable de la planification, de l'organisation et du contrôle. La chasse au gros gibier dure de début à fin septembre, la chasse au petit gibier de mi-octobre à fin novembre. Deux gardes-chasse surveillent l'ensemble du territoire cantonal. Psychologiquement, cette faible couverture est pertinente : moins il y a de contrôle indépendant, plus l'autorégulation des chasseurs de loisir agit fortement et plus la pression de réforme est faible.
Primes d'abattage : prix sur les têtes sans loi
Un des épisodes les plus révélateurs de l'histoire de la chasse nidwaldienne est l'abolition des primes d'abattage. Pendant des années, les chasseurs de loisir ont reçu des récompenses financières pour tuer certains animaux sauvages. En 2021, le Conseil d'État a décidé de mettre fin à cette pratique. La justification était aussi simple qu'accablante : il n'existe « aucune base légale qui justifie aujourd'hui cette pratique introduite à une époque antérieure ».
Psychologiquement, c'est un cas d'école à plusieurs égards. Premièrement, cela montre combien de temps des pratiques illégales peuvent perdurer quand elles sont encadrées par une communauté comme une tradition. Personne n'a remis en question la base légale tant que les primes étaient considérées comme « normales ». Deuxièmement, la correction révèle qu'elle n'est pas venue d'un débat éthique, ni d'une critique de protection animale, ni d'une pression démocratique, mais d'une vérification juridique interne. La question de savoir si le fait de tuer des animaux sauvages moyennant une prime est compatible avec la loi sur la protection des animaux (LPA) n'a même pas été posée. Troisièmement, l'absence de réaction du public montre à quel point la normalisation du meurtre est profonde : un canton paie pendant des années des primes pour abattre des animaux sans base légale, et personne ne s'en aperçoit.
Exercice de la chasse dans le canton de Nidwald 2021–2022
Déclin des chamois : la protection comme alibi
Un thème central en Nidwald est le déclin persistant de la population de chamois. Le Conseil d'État a introduit une limitation et a abaissé progressivement le nombre d'abattages : de 65 à 60 animaux, dont seulement 16 boucs. Par personne, un seul chamois peut encore être abattu. La formulation du Conseil d'État est révélatrice : on « espère que la population pourra se rétablir ».
Psychologiquement, cette formulation est instructive : elle exprime de l'espoir, pas de la certitude. L'autorité ne sait manifestement pas si la mesure fonctionne. Pourtant, la chasse continue, même si c'est dans une moindre mesure. L'alternative logique, un moratoire temporaire de la chasse aux chamois, n'est pas mentionnée. Pourquoi ? Parce qu'un arrêt complet de la chasse briserait le narratif de « l'utilisation durable ». Tant qu'on tire encore, la chasse de loisir reste intacte en tant que pratique. La réduction n'est alors pas une mesure de protection, mais une intervention cosmétique qui maintient le système en marche.
Le déclin des chamois est documenté dans tout l'espace alpin. Les causes sont multiples : changement climatique, perturbations touristiques, maladies et la chasse de loisir elle-même. En Nidwald s'ajoute un autre facteur : le lynx, qui depuis 1971 a colonisé la Suisse centrale depuis Obwald, capture des chevreuils et des chamois. Mais contrairement à la chasse de loisir, le lynx régule de manière écologiquement sensée : il capture principalement les animaux faibles et malades et réduit de manière prouvée l'abroutissement du gibier sur les jeunes arbres. Les chasseurs de loisir le considèrent néanmoins comme un concurrent, pas comme un partenaire.
Protection des mères : règlement et réalité
En Nidwald s'applique une prescription qui, à première vue, ressemble à de la protection animale : pour les cerfs, le faon doit être abattu avant l'animal adulte, afin que la protection des mères soit garantie. Cette règle doit empêcher que des mères soient abattues alors que leurs petits sont encore dépendants.
Psychologiquement, cette prescription est un exemple typique de cosmétique éthique. Elle suggère de la considération, mais laisse la question fondamentale intacte : pourquoi abat-on des faons ? La prescription normalise le fait de tuer des jeunes animaux en le liant à un ordre de succession. Ce n'est pas le « si » qui est discuté, mais le « comment ». C'est précisément ce déplacement de la question éthique fondamentale vers la réglementation technique de détail qui est une caractéristique centrale de la psychologie de la chasse : tant que les règles sont respectées, la pratique est considérée comme acceptable, indépendamment du fait que la pratique elle-même soit éthiquement acceptable.
Jagd-App : logistique numérisée du meurtre
Depuis peu, une application est mise à disposition des chasseurs et chasseuses de loisir de Nidwald, permettant de saisir numériquement les animaux abattus. L'application permet un contrôle plus efficace lors de l'inspection du gibier, l'accès aux statistiques de chasse personnelles sur plusieurs années et le téléchargement des prescriptions d'exploitation cynégétique. La division Chasse et Pêche publie en outre sa propre brochure de saison de chasse, distribuée à tous les chasseurs et chasseuses de loisir enregistrés. L'application « jouit déjà d'une grande popularité », selon les déclarations officielles.
Psychologiquement, la numérisation de la chasse de loisir constitue un signal de modernisation qui occulte la question fondamentale. L'application ne rend pas la mise à mort plus humaine, mais plus efficace. Elle optimise l'administration de la mise à mort, non son contrôle. Le fait que les propres statistiques d'abattage soient consultables sur plusieurs années crée un élément de gamification : la chasse de loisir devient une performance mesurable. La brochure, quant à elle, produit un effet identitaire. Elle transmet appartenance et validation. On fait partie d'une communauté personnellement interpellée par le canton. Tout cela stabilise le système sans le remettre en question.
Débat sur le cygne tuberculé : Nidwald pionnier de l'assouplissement
Nidwald a joué un rôle clé dans le débat national sur le cygne tuberculé. L'ancien conseiller aux États Paul Niederberger (PDC) a exigé de réduire les obstacles à une « régulation » des populations de cygnes. Conjointement avec Obwald, Nidwald a demandé à l'OFEV l'autorisation d'intervenir sur les couvées de cygnes. Plus de 16'000 personnes ont signé une pétition contre cette mesure. BirdLife Suisse et l'Alliance Animale Suisse ont critiqué cette démarche comme « éthiquement et factuellement insensée ».
Psychologiquement, ce cas montre comment le narratif gouvernemental s'étend à de nouvelles espèces. Du cerf au chamois jusqu'au cygne : dès qu'un animal est défini comme « problème », le même mécanisme s'enclenche. La solution est toujours identique : tuer, réduire, intervenir. Les approches alternatives, comme la gestion d'habitat ou les concepts de coexistence, ne sont pas débattues. Le cygne devient un cas administratif, non un être vivant. Le langage des autorités renforce cela : « régulation », « intervention », « stade initial de la couvée ». Tout cela sonne objectif et dissimule qu'il s'agit de détruire la vie.
Le cygne tuberculé ne doit pas figurer sur la liste d'abattage
Modèle de Suisse centrale
Nidwald n'est pas un cas extrême, mais un prototype. Dans aucun autre canton n'apparaît aussi clairement comment la chasse de loisir fonctionne comme évidence institutionnelle : discrètement, silencieusement, sans débat public. Les primes d'abattage sans base légale, le déclin du chamois malgré les limitations, l'application comme façade de modernisation et le débat sur le cygne comme extension du narratif de régulation composent un tableau d'ensemble : la chasse de loisir à Nidwald ne fonctionne pas parce qu'elle convainc, mais parce qu'elle n'est jamais remise en question.
Le canton de Genève démontre depuis 1974 qu'une gestion professionnelle de la faune fonctionne sans chasse de loisir. Ce modèle genevois n'est pas un sujet à Nidwald. Psychologiquement, c'est la forme la plus efficace de défense : non la contradiction, mais l'indifférence. Ce qui n'existe pas n'a pas besoin d'être réfuté.
Plus d'informations dans le dossier : Psychologie de la chasse
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