Psychologie de la chasse de loisir dans le canton de Neuchâtel
Le canton de Neuchâtel s'étend des hauteurs du Jura à la rive sud du lac de Neuchâtel. En tant que canton francophone avec chasse à patente, il partage le système cynégétique avec la plupart des cantons romands et alpins. La chasse est administrée par le Service de la faune, des forêts et de la nature (SFFN), rattaché au Département du territoire et de l'environnement (DTE) cantonal. La chasse au grand gibier a lieu en automne, la période de chasse est limitée à quelques semaines.
Neuchâtel se situe dans l'arc jurassien, qui s'étend de Genève à Schaffhouse et est considéré comme le corridor principal pour l'expansion du sanglier en Suisse.
La chasse au sanglier est par conséquent un thème dominant. Parallèlement, Neuchâtel est voisin du canton de Genève, qui a aboli la chasse de loisir depuis 1974. Cette proximité spatiale avec le modèle genevois fait de Neuchâtel un cas psychologiquement particulièrement intéressant : on connaît l'alternative, on vit à côté d'elle et on l'ignore malgré tout.
Sanglier et arc jurassien : le sujet qui ne s'éteint jamais
Le sanglier est le thème central de la politique cynégétique neuchâteloise. Le long de l'arc jurassien, les populations de sangliers se sont fortement étendues au cours des dernières décennies. Les chiffres d'abattage fluctuent fortement d'une année à l'autre, mais la tendance est à la hausse. Les dégâts agricoles causés par les sangliers exercent une pression politique sur l'administration de la chasse.
Psychologiquement, le sanglier fonctionne aussi à Neuchâtel comme instrument de légitimation : tant que le «fléau du sanglier» existe, la chasse de loisir reste nécessaire. Le fait que la chasse intensive amplifie la dynamique des populations en détruisant les structures sociales et en augmentant le taux de reproduction n'est pas thématisé dans le discours public. La pression cynégétique a rendu les sangliers nocturnes et les a repoussés dans la forêt, d'où ils sortent ensuite la nuit pour envahir les champs. La chasse de loisir génère le comportement qu'elle prétend ensuite combattre.
Culture cynégétique francophone : autre langue, mêmes schémas
En Suisse romande, on parle de «la chasse», non de «der Jagd». Cette différence linguistique masque le fait que les mécanismes psychologiques sont identiques. À Neuchâtel aussi, la chasse de loisir est présentée comme une tradition, comme un lien avec la nature, comme un service à la collectivité. Ici aussi règne un monopole d'interprétation des chasseurs de loisir sur les questions de faune sauvage. Ici aussi manque un débat public sur les alternatives.
Une différence avec la Suisse alémanique est la référence plus forte à la culture cynégétique française. En France, la chasse est un sujet politiquement chargé, étroitement lié à l'identité rurale et à la résistance contre les élites urbaines. Cette dynamique rayonne sur la Suisse romande. À Neuchâtel, la critique de la chasse est plus rapidement présentée comme une «ingérence urbaine» ou une «tutelle idéologique» qu'en Suisse alémanique. La proximité culturelle avec la France renforce les réflexes défensifs.
Genève comme voisin refoulé
Neuchâtel et Genève sont tous deux des cantons francophones de Suisse romande. Ils partagent langue, culture et nombreuses traditions politiques. Et pourtant : ce que Genève démontre depuis 1974, la gestion professionnelle de la faune sauvage sans chasse de loisir, ne trouve aucun écho à Neuchâtel. Le canton de Genève affiche une population stablede chevreuils d'environ 680 animaux (2024), régulée par seulement 20 à 36 abattages spécialisés de gardes-faune professionnels par an. Ce rapport de moins de 5 pour cent de prélèvement représente une fraction de ce qui est habituel dans les cantons avec chasse de loisir.
Psychologiquement, ce refoulement est révélateur. Neuchâtel pourrait non seulement connaître le modèle genevois, mais aussi l'adapter culturellement facilement en tant que canton francophone voisin. Si cela ne se produit pas, ce n'est pas en raison d'obstacles factuels, mais de barrières identitaires. La chasse de loisir à Neuchâtel se conçoit comme une tradition autonome, non comme un système nécessitant des réformes. La voie genevoise n'est pas considérée comme un modèle, mais écartée comme un cas particulier, comme une «exception qu'on ne peut généraliser». Cette classification est psychologiquement une stratégie de protection : ce qui est présenté comme exception n'a pas besoin d'être pris au sérieux comme alternative.
Chasse au permis au Jura : Entre forêt et vigne
La chasse au permis neuchâteloise se déroule dans un canton divisé géographiquement : les hauteurs du Jura avec des forêts denses et les versants sud avec vignobles et terres cultivées. La chasse de loisir s'exerce dans les deux espaces, avec différentes espèces cibles. Dans les forêts sont chassés chevreuils, chamois et sangliers, au lac et dans les plaines oiseaux d'eau et renards.
Psychologiquement, cette diversité spatiale génère une base de légitimation large : la chasse de loisir peut se présenter selon le contexte comme protectrice de la forêt, auxiliaire de l'agriculture ou régulatrice des populations. Cette flexibilité de justification est typique de la psychologie cynégétique : le narratif s'adapte au contexte, la pratique reste toujours la même.
Neuchâtel comme occasion manquée
Aucun autre canton n'aurait autant de facilité à adopter le modèle genevois que Neuchâtel. La proximité linguistique et culturelle est donnée, les structures administratives sont similaires, les défis écologiques comparables. Que Neuchâtel s'accroche néanmoins à la chasse de loisir est psychologiquement révélateur : la proximité du modèle rend la résistance plus forte, pas plus faible. Plus l'alternative est visible, plus la pression de s'en démarquer est grande.
Neuchâtel montre ainsi sous forme condensée ce qui vaut pour toute la psychologie cynégétique : les faits ne changent pas le système. Non pas parce que les faits seraient faibles, mais parce que le système est plus fort que les faits. La pression publique, les processus démocratiques et les votations populaires cantonales sont les seuls instruments qui peuvent changer les systèmes. Genève l'a prouvé. Neuchâtel pourrait être le suivant.
Plus d'informations dans le dossier : Psychologie de la chasse
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