2 avril 2026, 00:06

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Psychologie et chasse

Psychologie de la chasse de loisir dans le canton de Schaffhouse

Dans le canton de Schaffhouse, la saison de chasse dure presque toute l'année. Le chevreuil est chassé du 2 mai à fin janvier, le sanglier de juillet à fin février et le cerf sika d'août à janvier. Ces saisons de chasse figurent parmi les plus longues de Suisse. De ce fait, les animaux sauvages du canton de Schaffhouse ne bénéficient pratiquement d'aucune période de l'année où ils ne sont pas dérangés par des personnes armées. La notion de « période de repos » n'existe que pendant les quelques semaines de fermeture de la chasse, et non comme un principe fondamental.

L'équipe éditoriale Wild beim Wild — 21 mars 2026

Dans le canton de Schaffhouse, la chasse est limitée à des zones de chasse spécifiques .

Les communes louent 44 zones de chasse à des associations de chasse pour une durée de huit ans. Environ 300 chasseurs de loisir sont actifs, avec une prédominance masculine d'environ 20 hommes pour 1 femme, selon le président de l'Association de chasse de Schaffhouse. Le gibier comprend le chevreuil, le cerf sika, le chamois, le lièvre brun, le sanglier, le renard, le blaireau et diverses espèces d'oiseaux. Le canton est boisé à 42 %, ce qui en fait l'un des cantons les plus boisés de Suisse.

Interdiction de la chasse de nuit : quand votre propre décision devient un problème

L'interdiction de la chasse nocturne en forêt, entrée en vigueur en 2025, est essentielle pour comprendre la psychologie de la chasse à Schaffhouse. L'idée est de garantir aux animaux sauvages la tranquillité, au moins la nuit et au moins en forêt. Cette interdiction a été proposée au niveau fédéral par la Conférence pour la forêt, la faune et le paysage (KWL), une association regroupant les autorités cantonales responsables des forêts et de la faune. Schaffhouse était représentée au sein de cette conférence et a ainsi indirectement soutenu l'interdiction.

Le canton a néanmoins réagi par un rejet catégorique. Patrick Wasem, chef du département de la chasse et de la pêche et chasseur amateur, et Jonas Keller, président de l'association de chasse, sont apparus ensemble et ont insisté sur leur volonté de présenter un front uni. Keller a résumé : « Ce que vous êtes autorisés à faire diminue sans cesse, et ce que vous devez faire, c'est en faire toujours plus. » Wasem a acquiescé.

Psychologiquement, cet épisode est révélateur à plusieurs égards. Premièrement, il met en lumière le double rôle d'administrateur et de chasseur amateur :

  • Le chef cantonal du département de la chasse de loisir est lui-même un chasseur amateur. Les deux camps – ceux qui contrôlent et ceux qui sont contrôlés – se confondent.
  • Deuxièmement, le travail médiatique conjoint des autorités et de l'association de chasse montre que la frontière entre l'administration d'État et le lobbying est fluide.
  • Troisièmement, le fait de se plaindre d’être « de moins en moins autorisé » révèle une mentalité de droit acquis : la chasse de loisir est perçue comme un droit, et non comme un privilège. Toute restriction est vécue comme une perte, et non comme une amélioration.

Il est particulièrement important de noter que Schaffhouse appliquait déjà une interdiction cantonale de la chasse de nuit. La nouvelle interdiction fédérale concerne principalement la chasse au sanglier en forêt, auparavant autorisée de nuit à Schaffhouse. En 2024 – avant même l'entrée en vigueur de l'interdiction – 478 sangliers ont été abattus. Pourtant, le canton a annoncé prématurément qu'il examinerait une exception pour le sanglier. Cette résistance est intervenue avant même que les effets ne soient mesurables. Il ne s'agit pas d'une réponse politique de fond, mais d'une réaction impulsive.

Incitation financière : ceux qui paient veulent tirer.

Le système de Schaffhouse présente la particularité d'être interdépendant financièrement : la moitié de l'indemnisation pour les dégâts causés par la faune sauvage est prise en charge par l'association de chasse qui loue les terrains, l'autre moitié provenant du trésor cantonal. De plus, le canton prélève une taxe de dix pour cent sur les redevances de location, de sorte que les dégâts causés par la faune sauvage sont « en grande partie supportés par les chasseurs de loisir ».

Psychologiquement, cette structure crée un cercle vicieux : plus les dégâts causés par la faune sauvage sont importants, plus les associations de chasse doivent payer. Par conséquent, elles incitent à tirer le plus possible pour limiter les dégâts. Le système récompense l'abattage massif et pénalise la modération. Comme le soulignait justement le journal AZ de Schaffhouse, les chasseurs de loisir ont « un intérêt financier concret à tirer beaucoup ». Il ne s'agit pas de gestion de la faune sauvage, mais d'un système d'incitation économique qui encourage l'intensification de la chasse de loisir.

Le modèle genevois démontre comment la gestion de la faune sauvage peut fonctionner sans incitations financières perverses : les gardes-chasse agissent dans l’intérêt public, et non dans leur propre intérêt financier. Ils n’ont aucun intérêt à abattre plus d’animaux que nécessaire.

Cerf sika : une espèce exotique comme attraction de chasse

À Schaffhouse, la chasse au cerf sika, une espèce originaire d'Asie de l'Est et non indigène de Suisse, présente une particularité. Ce néozoon, arrivé d'Allemagne dans les années 1940, s'est implanté dans certaines régions du nord-est de la Suisse, notamment dans le Rafzerfeld et le long du Randen méridional. Plutôt que de considérer la propagation de cette espèce non indigène comme un problème écologique, le cerf sika est classé comme gibier et chassé durant une longue saison (d'août à janvier).

Psychologiquement, le cerf sika illustre la flexibilité avec laquelle la chasse récréative adapte ses justifications. Pour le cerf élaphe, on parle de « régulation », pour le sanglier, de « prévention des dégâts », et pour le cerf sika, de « gestion des espèces envahissantes ». La méthode reste toujours la même : le tir. Le fait qu’une espèce non indigène soit perçue comme un attrait supplémentaire pour la chasse, plutôt que comme un catalyseur de débats écologiques, révèle les priorités de ce système.

Domaine masculin : 20 contre 1

Le président de l'Association de chasse de Schaffhouse estime le ratio hommes-femmes parmi les chasseurs de loisir à 20 hommes pour 1 femme. Ce chiffre, loin d'être anodin, est psychologiquement crucial : la chasse de loisir à Schaffhouse est un domaine résolument masculin. De ce fait, les associations de chasse, qui gèrent 44 territoires de chasse depuis huit ans, forment des réseaux fermés, majoritairement masculins. Les décisions concernant l'abattage d'animaux sauvages sont prises au sein de ces réseaux, et non dans le cadre d'un processus démocratique ou public.

La structure de genre renforce l'identité du groupe et rend les critiques extérieures plus difficiles. Culture de la chasse, sonneries de cor, concours de chiens de chasse : autant d'outils de cohésion sociale qui créent un sentiment d'appartenance et sanctionnent la déviance. Quiconque exprime des doutes au sein d'un groupe de chasse risque non seulement sa place sur le terrain, mais aussi son réseau social.

Schaffhouse comme canton de chasse permanent

Schaffhouse incarne un modèle de chasse qui privilégie la durée maximale et le contrôle minimal. La chasse quasi permanente, les incitations financières pour un nombre élevé de prises, le double rôle d'administrateur et de chasseur de loisir, et les réseaux fermés d'associations de chasse entre hommes créent un système qui s'auto-perpétue.

L'interdiction de la chasse de nuit a brièvement mis en lumière ces structures : un système qui résiste à toute restriction, même s'il l'a auparavant soutenue. Psychologiquement, cela correspond à un système identitaire où la chasse n'est pas perçue comme une pratique réglementée, mais comme un droit menacé de l'extérieur. La question de savoir si le canton de Schaffhouse a besoin de gardes-chasse professionnels plutôt que de 300 chasseurs amateurs n'est pas posée. Non pas parce que la réponse serait difficile, mais parce qu'elle remettrait en cause le système.

Vous trouverez plus d'informations dans le dossier : Psychologie de la chasse

Analyses psychologiques cantonales :

À propos de la chasse de loisir : dans notre dossier sur la chasse, nous rassemblons des vérifications de faits, des analyses et des rapports de fond.

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