Psychologie de la chasse de loisir dans le canton de Bâle-Ville
Bâle-Ville est le canton le plus urbain et le plus densément peuplé de Suisse. Pourtant, on y chasse. La chasse de loisir se limite aux communes de Bettingen et Riehen, où une seule société de chasse exerce le droit de chasse par contrat d'affermage. Dans tout le canton vivent environ 150 chevreuils. En 2022, 48 d'entre eux ont été abattus, 4 sont morts dans la circulation routière, 5 ont été tués par des chiens. C'est la plus petite structure de chasse de Suisse.
Dans le canton de Bâle-Ville s'applique la chasse en reviers.
Les communes afferment le droit de chasse à une société de chasse pour huit ans chacune. Parmi les ongulés chassables figurent le chevreuil et le sanglier. L'administration de la chasse relève de l'Office des forêts et de la faune des deux Bâles à Sissach, qui est compétent pour les deux demi-cantons. Psychologiquement, Bâle-Ville est particulièrement révélateur car c'est ici que la disproportion de la chasse de loisir devient la plus visible : tout un appareil administratif pour 48 chevreuils par an.
Initiative populaire pour le modèle genevois : le cas de jurisprudence
À Bâle-Ville, un texte d'initiative élaboré est disponible pour l'abolition de la chasse de loisir et l'introduction d'une gestion professionnelle de la faune selon le modèle genevois. L'initiative veut ancrer la philosophie de la protection professionnelle de la faune dans la constitution cantonale. Le principe fondamental : la nature se régule largement d'elle-même. Là où des interventions sont nécessaires, des gardes-faune étatiques doivent être responsables, non des chasseurs de loisir privés. Les coûts estimés : 1,10 à 1,60 francs par habitant et par an – moins qu'un timbre-poste.
L'initiative s'appuie sur le cas de référence de Genève : depuis l'abolition de la chasse de loisir de milice en 1974, la statistique fédérale de la chasse y montre un cheptel de chevreuils d'environ 680 animaux (2024), avec un abattage spécialisé annuel de seulement 20 à 36 animaux par des gardes-faune professionnels. Le rapport entre le cheptel et les prélèvements est inférieur à 5 pour cent, une fraction de ce qui est habituel dans les cantons avec chasse de loisir. Le canton de Genève n'a jamais fait l'objet d'une objection de droit fédéral en plus de 50 ans.
Psychologiquement, ce texte d'initiative constitue un précédent. Car il montre que le modèle genevois ne fonctionne pas seulement dans un canton frontalier francophone, mais est aussi envisageable dans un canton urbain de Suisse alémanique. Si Bâle-Ville avec ses 180 chevreuils et une seule société de chasse effectue le changement de système, cela crée un espace de référence qui met sous pression le narratif de l'indispensabilité de la chasse de loisir dans toute la Suisse alémanique.
L'argument de la partie adverse : « Il y a à peine quelque chose à réguler »
La position opposée prévisible du lobby de la chasse est : à Bâle-Ville, il y a à peine de problèmes de faune sauvage et à peine d'activité de chasse, donc une initiative populaire est superflue. Psychologiquement, cette argumentation est révélatrice, car elle se réfute elle-même : s'il y a à peine quelque chose à réguler, le changement de système vers une gestion professionnelle de la faune est d'autant plus simple, moins cher et sans risque.
En réalité, la conversion concerne un domaine minimal : seules les communes de Bettingen et Riehen ont la régale de chasse, transférée par contrat d'affermage à une seule société de chasse. Simultanément, les populations d'animaux sauvages croissent aussi dans et autour de Bâle dans l'espace urbain : renards, blaireaux, castors, chevreuils et sangliers. La gestion professionnelle de la faune n'est pas une solution de luxe, mais une infrastructure préventive. La question n'est pas de savoir si Bâle-Ville a besoin de gardes-faune professionnels, mais pourquoi il y a à la place une société de chasse de loisir avec contrat d'affermage.
Chasse en reviers : l'exclusivité comme défaut systémique
La chasse en reviers à Bâle-Ville et Bâle-Campagne fonctionne selon un modèle d'affermage : une ou plusieurs personnes afferment un territoire pour huit ans. Pendant cette période, la souveraineté de chasse appartient aux fermiers. Officiellement, la « structure sociale des populations » doit être « proche de la nature » et « le comportement social naturel des animaux ne doit pas être entravé ». La chasse ne doit « pas devenir le facteur de sélection dominant ».
Psychologiquement, ce modèle d'affermage est particulièrement discutable dans un canton urbain. Il transfère à un petit groupe de personnes privées la souveraineté sur les animaux sauvages dans un espace public où vivent des centaines de milliers de personnes. L'affermage crée une exclusivité qui n'est en aucune proportion avec la pertinence sociale. Alors que le reste de la population n'a aucune influence sur la planification de la chasse, une société de chasse décide quels animaux peuvent vivre et lesquels non. Ce n'est pas de la gestion de la faune, mais un modèle féodal sous déguisement démocratique.
Canton urbain avec potentiel : corridors fauniques au lieu de territoires de chasse
Bâle-Ville grandit, et avec la ville grandissent les points de contact entre l'homme et la faune sauvage. Renards, blaireaux et chevreuils font depuis longtemps partie du quotidien urbain. L'initiative pour la protection professionnelle de la faune sauvage s'attaque précisément à cette évolution : au lieu de considérer les animaux sauvages comme des « objets de régulation », des concepts de coexistence doivent être développés. La promotion de la coexistence comprend dans un canton urbain notamment la sécurisation et la mise en réseau de corridors fauniques, la revalorisation écologique des espaces verts et la sensibilisation de la population.
Psychologiquement, Bâle-Ville se trouve à un tournant. Le canton peut soit s'accrocher à un modèle de chasse qui emploie une société de chasse pour 48 chevreuils par an, soit oser franchir le pas que Genève a fait il y a plus de 50 ans. L'initiative populaire est la tentative de clarifier démocratiquement cette question. Et c'est exactement ce qui la rend si menaçante pour le lobby de la chasse : non pas parce que Bâle-Ville serait un grand canton de chasse, mais parce qu'un succès ici changerait le débat dans toute la Suisse alémanique.
Bâle-Ville comme cas d'essai
Aucun autre canton ne se prête aussi bien au changement de système que Bâle-Ville. La structure de chasse est minimale, la population urbaine est critique envers la chasse, les coûts seraient faibles et le modèle genevois fournit plus de 50 ans d'expérience pratique. Que de la résistance soit néanmoins à prévoir montre le pouvoir psychologique du narratif de la chasse : même là où l'on chasse à peine, la possibilité d'abolir la chasse est ressentie comme une menace. Non pas parce que la chasse serait pertinente à Bâle-Ville, mais parce qu'un précédent serait créé qui remettrait en question tout le système.
C'est précisément pour cela que Bâle-Ville mérite une attention particulière. Ici, on ne se dispute pas sur la régulation des populations de cerfs, mais sur la question fondamentale : une société du 21ème siècle a-t-elle encore besoin de tueuses et tueurs de loisir armés, ou des gardes-faune professionnels suffisent-ils ?
Plus d'informations dans le dossier : Psychologie de la chasse
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