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Psychologie & Chasse

Psychologie de la chasse de loisir dans le canton de Glaris

Glaris est un canton de contradictions. Il abrite avec le Freiberg Kärpf la plus ancienne réserve naturelle d'Europe, fondée en 1548. Environ 18 pour cent de la superficie cantonale sont désignées comme réserves de chasse fédérales. En même temps, les chasseurs de loisir célèbrent leur «chasse libérale et efficace» et le canton ouvre des parties de la réserve à la chasse. Psychologiquement, Glaris révèle ainsi un schéma fondamental : la protection est célébrée tant qu'elle ne remet pas en question le système de chasse. Dès qu'elle le fait, elle est démantelée.

Rédaction Wild beim Wild — 21 mars 2026

Dans le canton de Glaris, la chasse au permis est pratiquée.

Un permis est valable pour une saison de chasse. Quatre gardes-chasse cantonaux surveillent la chasse et la protection des animaux sauvages. En 2024, les chasseuses et chasseurs de loisir ont abattu au total 1’304 ongulés sauvages : 324 cerfs, 532 chamois, 448 chevreuils, 14 bouquetins et 65 marmottes. En outre, la garde-chasse a tiré 169 animaux dans les réserves de chasse.

Freiberg Kärpf : quand la protection devient monnaie d'échange

Le 15 août 1548, le landamman Joachim Bäldi proposa au Conseil de Glaris de déclarer la région autour du Kärpf comme réserve naturelle à expliquer. La croissance démographique, l'extension des alpages et l'introduction des armes à feu avaient rendu nécessaire une interdiction de la chasse aux chamois et aux marmottes. Près de 500 ans plus tard, le Freiberg Kärpf avec ses 106 kilomètres carrés est l'une des plus grandes réserves de chasse de Suisse. Bouquetins, chamois, cerfs, chevreuils, marmottes, aigles royaux, gypaètes barbus et loups y vivent.

En 2023 s'est alors produit quelque chose qui doit être lu psychologiquement comme un démantèlement de la pensée protectrice : le Conseil fédéral a retiré une zone de huit kilomètres carrés près d'Elm de la réserve de chasse du Kärpf. Dans le même mouvement, une surface de même taille dans le Chrauchtal a été mise sous protection. Le canton a ensuite introduit dans l'ancien secteur une « chasse journalière au gibier à sabots ». La justification officielle : la zone serait une « zone de loisirs touristiques intensifs ».

Psychologiquement, ce processus est révélateur à plusieurs niveaux. Premièrement, la protection devient une monnaie d'échange : ce qui a valu pendant 475 ans est redistribué pour des intérêts touristiques et cynégétiques. La logique de compensation (« surface de même taille protégée ailleurs ») suggère une équivalence, mais ignore que les animaux sauvages ne respectent pas les frontières administratives. Deuxièmement, la justification « zone de loisirs touristiques intensifs » montre un déplacement révélateur des priorités : ce n'est pas la protection des animaux sauvages qui est au centre, mais l'utilisabilité de l'espace pour les humains. Troisièmement, le processus normalise l'intervention dans les zones protégées. Ce qui est ouvert une fois reste rarement une exception.

« Chasse libérale » : l'efficacité comme fin en soi

Le président de l'association de chasse glaronaise, Fritz Stüssi, a résumé en 2023 la conception que son organisation a d'elle-même dans une formulation remarquable : « La préservation et la poursuite de notre chasse glaronaise à patente libérale, encore actuelle aujourd'hui – la véritable mission centrale de l'association de chasse glaronaise – nous a parfaitement réussi également en 2022. » Le « seul paramètre mesurable » serait les chiffres d'abattage, et ceux-ci montreraient que « malgré la forte présence de loups, les prescriptions actuelles de chasse sont toujours sur la bonne voie ».

Psychologiquement, ce passage contient plusieurs déclarations clés. Premièrement, la chasse à patente est présentée comme « actuelle » et « digne d'être une mission centrale », sans que des critères pour cette évaluation soient mentionnés. Deuxièmement, les chiffres d'abattage sont déclarés comme seule mesure de réussite : beaucoup d'abattages égale bonne chasse. La souffrance animale, l'effet écologique, la dynamique des populations ou les alternatives ne jouent aucun rôle. Troisièmement, le loup est mentionné, mais seulement comme facteur perturbateur que l'on a « quand même » surmonté. Que le loup contribue effectivement à la réduction des effectifs n'est pas reconnu. La chasse de loisir reste la seule héroïne.

Meutes de loups Kärpf et Schilt : régulation proactive comme réflexe

Dans le canton de Glaris, deux meutes de loups se sont établies : Kärpf et Schilt. Précisément dans la plus ancienne zone de protection de la faune d'Europe chassent maintenant des loups qui y assument exactement la fonction pour laquelle la zone fut autrefois créée : la protection de l'équilibre écologique. Mais au lieu de célébrer ce retour comme un succès, le canton a réagi par des demandes de régulation.

En 2023, le canton de Glaris a demandé à l'OFEV l'abattage de jeunes loups des deux meutes. Pour la meute du Kärpf, cinq louveteaux étaient attestés, pour celle du Schilt trois. La justification : attaques d'animaux de rente par les deux meutes, qui ont eu lieu malgré les mesures de protection des troupeaux. L'OFEV a autorisé le « prélèvement » de deux jeunes loups de la meute du Kärpf et d'un de celle du Schilt. En 2025, la régulation proactive a été poursuivie : cinq jeunes loups des meutes Kärpf et Chöpfenberg ont été autorisés à l'abattage.

Psychologiquement, il est remarquable que les attaques d'animaux de rente par les loups dans le canton de Glaris aient diminué de 80 pour cent en 2024 par rapport à l'année précédente, comme Pro Natura l'a confirmé.La protection des troupeaux fonctionne. Pourtant, la régulation continue. Cela montre : la lutte contre le loup ne suit pas une logique de dommages, mais une logique de contrôle. Tant que le loup est perçu comme une concurrence à la chasse de loisir, il est régulé, indépendamment du fait que les dommages diminuent ou augmentent.

Tirs de cormorans : quand un oiseau devient bouc émissaire

En 2024, le canton de Glaris a de nouveau ordonné des tirs d'effarouchement de cormorans sur le canal de la Linth. Justification : la population d'ombres aurait « dramatiquement » régressé – en effet, seuls 60 ombres environ ont été dénombrés en 2023 sur le canal de la Linth, une régression de 95 % en dix ans. Le cormoran a été déclaré principal suspect.

Psychologiquement, cette attribution de culpabilité constitue un mécanisme de bouc émissaire classique. La régression des ombres a des causes multiples : artificialisation des cours d'eau, augmentation de la température de l'eau due au changement climatique, pollution par les pesticides et perte d'habitat. Le cormoran est un piscivore naturel qui fait partie de l'écosystème depuis toujours. Le déclarer problème principal décharge les autorités de leur responsabilité concernant les problèmes environnementaux structurels. Le tir d'un oiseau coûte moins cher et est politiquement plus simple que la renaturation d'une rivière. Ce déplacement de causes systémiques vers des espèces animales individuelles constitue un schéma fondamental de la psychologie cynégétique.

Chamois : ratio des sexes déplacé par la pression de chasse

La population de chamois de Glaris présente un « ratio des sexes déplacé » : nettement moins de boucs que d'étagnes. Le canton lui-même désigne ceci comme conséquence de la pression de chasse. La réaction : la pression de chasse sur les chamois en dessous de la limite forestière est augmentée, pour réduire les dommages d'abroutissement en forêt. Parallèlement, le rajeunissement notamment du sapin blanc est qualifié d'« insuffisant ».

Psychologiquement se révèle ici un paradoxe connu : la chasse engendre un déséquilibre entre les sexes, parce que les boucs sont préférentiellement tirés comme trophées. Parallèlement, la pression démographique qui en résulte est invoquée comme justification pour encore plus de chasse. Le canton diagnostique le problème (« ratio des sexes déplacé »), nomme même la cause (« pression de chasse »), mais ne tire pas la conséquence (réduction de la chasse), mais durcit la mesure. Ceci est psychologiquement cohérent avec un système qui ne peut remettre en question sa propre existence.

Garde-chasse dans les réserves : quand la protection devient tir

En 2024, la garde-chasse du canton de Glaris a abattu 169 animaux dans les réserves, soutenue par des chasseurs de loisir bénévoles. La justification : pour que chevreuils, cerfs et chamois « ne dévorent pas la forêt protectrice », il faut « tirer ».

Psychologiquement, la participation de chasseurs de loisir bénévoles aux tirs dans les réserves constitue une contradiction structurelle. Une réserve de chasse est par définition un lieu où la chasse de loisir est interdite. Quand les mêmes chasseurs de loisir qui chassent pour le plaisir à l'extérieur de la réserve fonctionnent à l'intérieur de la réserve comme « soutien bénévole » de la garde-chasse, la frontière entre protection et utilisation s'estompe. La réserve devient une construction administrative qui est perméable dans la pratique. Le modèle genevois montre que des garde-chasse professionnels peuvent accomplir de telles tâches sans chasseurs de loisir.

Glaris comme paradoxe

Aucun autre canton n'incarne aussi clairement la contradiction entre idée de protection et pratique cynégétique que Glaris. Le canton qui inventa la protection de la faune sauvage en 1548 ouvre aujourd'hui des parties de sa zone protégée à la chasse. Il abrite des meutes de loups qui protègent la forêt, et les régule malgré tout. Il diagnostique un déséquilibre des sexes dû à la chasse chez le chamois et augmente la pression de chasse. Il rend le cormoran responsable de la régression des ombres, au lieu de réparer l'écologie aquatique.

La «chasse libérale à patente glaronnaise» est psychologiquement un système qui affirme en permanence sa propre absence d'alternative. Le Freiberg Kärpf démontre depuis près de 500 ans que les animaux sauvages peuvent exister sans la chasse de loisir. Le fait que le canton ne transpose pas cette expérience sur le reste du territoire cantonal, mais qu'au contraire il restreigne progressivement la zone protégée, montre à quel point le narratif cynégétique est puissant. Ce ne sont pas les faits qui déterminent la politique, mais l'identité.

En savoir plus dans le dossier : Psychologie de la chasse

Analyses psychologiques cantonales:

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