1er avril 2026, 23h57

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Psychologie et chasse

Psychologie de la chasse récréative dans le canton d'Obwald

Obwald est un canton où la chasse de loisir n'est pas perçue comme un simple passe-temps, mais comme une évidence. Au cœur de la Suisse catholique et conservatrice, la chasse fait partie intégrante du tissu culturel, au même titre que l'agriculture alpine et les coutumes traditionnelles. C'est précisément cet enracinement profond qui rend toute critique si difficile : remettre en question la chasse de loisir revient à remettre en cause tout un mode de vie.

L'équipe éditoriale Wild beim Wild — 18 mars 2026

La chasse avec permis est autorisée dans le canton d'Obwald.

Le service « Faune et Chasse » de l’Office cantonal des Forêts et du Paysage est chargé de la planification, de l’organisation et du suivi de la chasse de loisir. Il est appuyé par la commission cantonale de chasse, la commission d’examen des chasseurs, l’association de gestion du gibier et les gardes-chasse bénévoles. Ce qui peut paraître une administration objective se révèle, d’un point de vue psychologique, un système étroitement imbriqué où ceux qui contrôlent et ceux qui sont contrôlés ne font souvent qu’un.

L'acte pionnier du lynx et sa suppression

Obwald a joué un rôle historique majeur dans la conservation des espèces en Suisse : le 23 avril 1971, le premier couple de lynx de Suisse a été relâché dans la réserve de chasse fédérale de Hutstock, dans la vallée de la Melchtal. Ces animaux, capturés à l’état sauvage dans les Carpates slovaques, avaient été acquis par l’intermédiaire des zoos d’Ostrava et de Bâle. Cette réintroduction faisait suite à une décision du Conseil fédéral de 1967 et à l’initiative du forestier cantonal de l’époque, Léo Lienert, qui devint par la suite célèbre dans toute la Suisse comme le « père du lynx ».

Psychologiquement, l'histoire de cette réintroduction est très révélatrice, car elle reposait sur un accord avec les chasseurs de loisir : le lynx en échange du cerf élaphe. Leo Lienert savait que ces chasseurs considéraient le lynx comme un concurrent. Pour obtenir leur accord, le cerf élaphe fut simultanément réintroduit à Obwald, une nouvelle espèce de trophée, en compensation de la présence de ce prédateur indésirable. Cet échange révèle la structure fondamentale de la psychologie de la chasse : la conservation des espèces est négociable tant que l'expérience de la chasse n'est pas compromise.

Plus de cinquante ans après, cette ambivalence persiste. Dans la chronique anniversaire de 2018 de l'Association de chasse d'Obwald, le lynx est mentionné comme une « préoccupation », sa population croissante étant présentée comme un problème. Parallèlement, cette même chronique célèbre le cerf élaphe comme une réussite. Ainsi, la communauté des chasseurs de loisir se félicite de l'animal qu'elle est autorisée à chasser et déplore celui qui lui vole ses proies. Psychologiquement, cette attitude est cohérente : le lynx ne menace pas la population de gibier, mais plutôt l'image que se fait la communauté des chasseurs de loisir d'elle-même, celle d'être la seule autorité de régulation.

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Explosion des populations de cerfs : quand la chasse récréative aggrave le problème

Au printemps 2008, 374 cerfs élaphes ont été recensés dans l'Obwald. Dix ans plus tard, leur nombre avait doublé pour atteindre 866, un chiffre que le conseil cantonal de l'Obwald a qualifié de critique. En conséquence, en 2018, 260 cerfs élaphes ont été autorisés à l'abattage, soit nettement plus que les 185 de l'année précédente. Le directeur des travaux publics, Josef Hess, a souhaité bonne chance à tous les chasseurs amateurs. Par ailleurs, une demande a été soumise au gouvernement fédéral afin de raccourcir temporairement la période de fermeture de la chasse au cerf élaphe.

Psychologiquement, le même schéma se répète ici qu'à Uri : le système réagit à ses propres défaillances par une escalade. Les populations de cerfs augmentent car la chasse induit une dynamique démographique qui stabilise, voire accroît, leurs effectifs. La chasse intensive favorise la sélection des jeunes animaux reproducteurs, modifie la structure d'âge et augmente la fertilité. Au lieu de s'interroger sur ces liens, la réaction est toujours la même : plus de prélèvements, des périodes de fermeture de la chasse plus courtes, des quotas plus élevés.

L'effet de la migration hivernale est particulièrement révélateur : en Obwald, on observe une plus grande population de cerfs en hiver qu'en été, car les animaux des cantons voisins de Berne et de Lucerne migrent vers les habitats hivernaux exposés au sud-est de la commune de Giswil. De ce fait, le quota de chasse est établi sur la base des recensements hivernaux, qui reflètent les migrations saisonnières et non les populations sédentaires. La pertinence écologique de ces quotas n'est pas débattue publiquement. Au contraire, le parlement cantonal se fait le porte-parole de l'opinion publique : une motion en faveur de l'augmentation de la chasse récréative est adoptée à l'unanimité. Il ne s'agit pas de gestion de la faune sauvage, mais de symbolisme politique.

Le modèle genevois a démontré depuis 1974 que les populations d'animaux sauvages peuvent être régulées sans chasse récréative par des gardes-chasse professionnels. À Obwald, ce modèle n'est pas envisagé. Psychologiquement, cela se comprend : la simple existence d'une alternative viable remet en cause le discours présentant la chasse récréative comme indispensable.

Chamois : Déclin malgré la chasse

Alors que les populations de cerfs élaphes augmentent, celles des chamois d'Obwald, comme dans toute la région alpine, sont en déclin. En 2016, 143 chamois ont été abattus. Les chasseurs de loisir s'inquiètent de ce déclin. Parallèlement, le lynx est également pointé du doigt, bien que les chercheurs soulignent que le changement climatique, le tourisme, les perturbations causées par la chasse de loisir elle-même et les maladies en sont les principaux facteurs.

Psychologiquement, blâmer le lynx est un mécanisme classique d'externalisation des responsabilités. Tant qu'un autre « coupable » peut être désigné, il n'est pas nécessaire de remettre en question ses propres actions. Le fait que la chasse récréative contribue elle-même au déclin des populations de chamois par les perturbations, le stress et la chasse sélective est systématiquement ignoré dans le discours sur la chasse. La chercheuse Jasmin Schnyder a démontré dans une étude que, tandis que les populations de chevreuils et de chamois diminuaient après la réintroduction du lynx, les dégâts causés par le broutage aux sapins argentés diminuaient simultanément de 32 % à 18 %. Le lynx apporte donc précisément ce que la chasse récréative prétend offrir, mais n'y parvient pas : une régulation écologiquement efficace qui profite à la forêt.

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Primes pour la chasse : une tradition sans fondement légal

Un détail particulièrement révélateur du canton voisin de Nidwald, et pertinent également pour Obwald : les deux cantons pratiquaient des primes, c’est-à-dire des récompenses financières pour l’abattage de certains animaux. À Nidwald, le gouvernement cantonal a décidé en 2021 d’y mettre fin, arguant qu’« aucun fondement juridique ne justifie cette pratique, instaurée par le passé ».

Psychologiquement, c'est une histoire édifiante. Pendant des années, des animaux ont été tués pour des raisons financières, sans aucun fondement légal. Le fait que cela n'ait jamais été remis en question témoigne de la puissante influence de la chasse récréative, qui semble être une force allant de soi pour maintenir l'ordre. Apparemment, les pratiques des chasseurs récréatifs ne requièrent aucune légitimité tant qu'elles sont présentées comme une « tradition ». Seule une révision juridique formelle a permis de corriger cette situation, et non un débat éthique, une décision démocratique, ni même la question de la compatibilité de la mise à mort d'animaux sauvages contre une prime avec les lois sur le bien-être animal.

Cygne muet : Quand la protection devient un obstacle

Obwald et Nidwald ont joué un rôle notable dans le débat national sur le cygne muet. Paul Niederberger (CVP), ancien député nidwaldien au Conseil des États, a plaidé pour la levée des obstacles à la régulation de la population de cygnes. L'Office fédéral de l'environnement (BAFU) a approuvé les demandes d'intervention dans les nids de cygnes émanant des deux cantons. Cyrill Kesseli, garde-chasse d'Obwald, a assuré que l'intervention aurait lieu « à un stade précoce, lorsque le développement de la couvée est encore à ses débuts ».

Psychologiquement, cet exemple illustre l'expansion constante du concept de « réglementation ». Ce qui relevait autrefois du seul domaine des autorités se normalise. Le langage administratif (« intervention », « phase initiale », « réglementation ») masque le fait qu'il s'agit de la destruction de nids de cygnes. Cette neutralisation sémantique permet de présenter une pratique éthiquement discutable comme un processus purement technique et bureaucratique. Plus de 16 000 personnes ont signé une pétition contre ce projet. L'Alliance Animale Suisse a qualifié la proposition d'« absurde sur les plans éthique et factuel ». BirdLife Suisse a déclaré que des interventions modérées avaient déjà été autorisées et qu'aucune mesure supplémentaire n'était nécessaire.

Les cygnes muets ne devraient pas être mis sur la liste noire.

Lynx orphelins : preuves de braconnage

À l'automne 2023, un jeune lynx orphelin a été trouvé dans le canton d'Obwald et conduit au centre de sauvetage et de réhabilitation du zoo de Goldau. Des cas similaires se sont multipliés : des lynxons orphelins ont également été découverts à Nidwald et à Schwyz. Des cas similaires avaient déjà été recensés en 2018 à Willisau et à Malters (Lucerne), cantons limitrophes d'Obwald.

Il est inhabituel que de jeunes lynx soient orphelins au sein de populations stables. L'IG Wild beim Wild (Groupe d'intérêt pour la faune sauvage) et les organisations de protection de la nature soupçonnent le braconnage d'en être la cause. Le fait que de jeunes animaux orphelins apparaissent et que des lynx disparaissent soudainement dans la région même où l'espèce a été réintroduite en 1971 « n'a probablement pas de causes génétiques », a commenté l'IG Wild beim Wild. Même le responsable du département de la chasse du canton de Lucerne a admis que « l'enthousiasme pour le lynx chez les chasseurs de loisir n'est généralement pas très élevé ».

Psychologiquement, cela révèle une dynamique dangereuse : l’ambivalence institutionnelle envers le lynx (« officiellement bienvenu, officieusement indésirable ») crée un climat où les abattages illégaux sont tolérés, ou du moins pas systématiquement poursuivis. Si les chasseurs de loisir perçoivent le lynx comme une menace pour leurs proies et que les autorités ne prennent pas de mesures proactives pour corriger cette attitude, une zone grise apparaît, permettant le braconnage sans que le système ne se sente responsable.

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100 ans de l'Association des chasseurs de brevets : une identité sans réflexion

En 2018, l'Association des chasseurs agréés d'Obwald a célébré son centenaire par une chronique commémorative exhaustive. Le gouverneur Paul Federer y soulignait combien il est « nécessaire » que la chasse, d'une part, préserve les traditions, mais aussi, d'autre part, témoigne d'un dynamisme et d'une ouverture à l'innovation. Cette chronique relate des « récits passionnants et souvent surprenants de l'histoire de la chasse » et met à l'honneur les « pratiques de chasse des chasseurs amateurs d'Obwald à travers les âges ».

D'un point de vue psychologique, cette publication commémorative illustre parfaitement le processus de construction identitaire à travers l'histoire. Elle relate une histoire linéaire couronnée de succès, où les chasseurs de loisir apparaissent systématiquement comme des gardiens responsables de la nature. Les conflits tels que la résistance du lynx, le déclin du chamois, l'explosion démographique du cerf élaphe ou la question de la souffrance animale sont soit présentés comme des défis surmontés, soit tout simplement passés sous silence. Cette réécriture de l'histoire remplit une fonction psychologique évidente : elle consolide l'identité et immunise contre toute critique. Ceux qui célèbrent un siècle de succès n'ont pas à se demander si le modèle est encore pertinent aujourd'hui.

Bouclier de protection de la Suisse centrale

Obwald s'inscrit parfaitement dans le modèle des cantons de chasse de Suisse centrale. Comme à Uri, la chasse de loisir n'y est pas considérée comme une activité optionnelle, mais comme un élément constitutif de l'identité cantonale. L'imbrication de l'administration de la chasse, de l'association des chasseurs agréés, de l'association de gestion du gibier et de la politique crée un système qui s'auto-perpétue. Les critiques extérieures sont perçues comme une ingérence dans les affaires intérieures, et non comme une contribution constructive.

L'ironie réside dans le détail historique : Obwald fut le point de départ de la réintroduction du lynx en 1971, l'un des plus grands succès de la Suisse en matière de conservation. Aujourd'hui, ce même lynx est perçu comme un concurrent dans le canton, et la présence de lionceaux orphelins témoigne de braconnages. Le canton qui, jadis, favorisait la conservation de l'espèce est désormais soupçonné de la compromettre. Psychologiquement, cela démontre à quel point la culture de la chasse a peu tiré les leçons de son propre passé.

Pour comprendre Obwald, il faut saisir que la chasse récréative n'y est pas remise en question car elle est considérée comme si naturelle que l'on n'évoque même pas la question des alternatives. Le modèle genevois est étranger à l'identité obwaldienne. Et c'est précisément là que réside la forme de défense la plus efficace : non pas des contre-arguments, mais l'invisibilité.

Vous trouverez plus d'informations dans le dossier : Psychologie de la chasse

Analyses psychologiques cantonales :

À propos de la chasse de loisir : dans notre dossier sur la chasse, nous rassemblons des vérifications de faits, des analyses et des rapports de fond.

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