Psychologie de la chasse de loisir dans le canton d'Obwald
Obwald est un canton où la chasse de loisir n'est pas négociée comme une activité de loisir, mais comme une évidence. Dans la Suisse centrale catholique-conservatrice, la chasse fait partie de l'inventaire culturel comme l'économie alpestre et les traditions. C'est précisément cette intégration qui rend si difficile l'examen critique : qui remet en question la chasse de loisir remet en question tout un mode de vie.
Dans le canton d'Obwald s'applique la chasse à patente.
Le secteur «Faune et chasse» de l'office cantonal des forêts et du paysage est responsable de la planification, de l'organisation et du contrôle de la chasse de loisir. Il est soutenu par la commission cantonale de la chasse, la commission d'examen de chasse, la communauté de gestion et la surveillance volontaire de la chasse. Ce qui sonne comme une administration objective est psychologiquement un système étroitement interconnecté dans lequel contrôleurs et contrôlés sont largement identiques.
Acte pionnier du lynx et son refoulement
Obwald a joué un rôle historiquement remarquable dans la protection des espèces en Suisse : le 23 avril 1971, la première paire de lynx de Suisse fut relâchée dans la réserve de chasse fédérale de Hutstock dans le Melchtal. Les animaux étaient des captures sauvages des Carpates slovaques, obtenues par l'intermédiaire du zoo d'Ostrava et du zoo de Bâle. Cette réintroduction reposait sur une décision du Conseil fédéral de 1967 et l'initiative de l'inspecteur forestier cantonal de l'époque, Leo Lienert, qui devint plus tard connu dans toute la Suisse comme le «père du lynx».
Psychologiquement, l'histoire de cette réintroduction est extrêmement révélatrice, car elle reposait sur un marché avec les chasseurs de loisir : lynx contre cerf. Leo Lienert savait que les chasseurs de loisir considéraient le lynx comme un concurrent. Pour obtenir leur consentement, le cerf élaphe fut simultanément introduit en Obwald, une nouvelle espèce trophée en compensation du prédateur indésirable. Ce marché de dupes révèle la structure fondamentale de la psychologie cynégétique : la protection des espèces est négociable, tant que l'expérience de chasse n'est pas menacée.
Plus de 50 ans plus tard, cette ambivalence ne s'est pas résorbée. Dans la chronique du jubilé de l'Association des chasseurs patentés d'Obwald de 2018, le lynx est mentionné comme une «préoccupation», son augmentation est présentée comme un problème. Simultanément, la même chronique célèbre le cerf comme une réussite. Les chasseurs de loisir saluent donc l'animal qu'ils ont le droit d'abattre et déplorent l'animal qui leur enlève des proies. Psychologiquement, c'est cohérent : le lynx ne menace pas le cheptel sauvage, mais l'image de soi des chasseurs de loisir en tant qu'unique instance de régulation.
Populations de cerfs explosives : quand la chasse de loisir aggrave le problème
Au printemps 2008, 374 cerfs furent dénombrés en Obwald. Dix ans plus tard, ils étaient 866, un doublement que le Conseil cantonal d'Obwald présenta comme une crise. En 2018, 260 cerfs furent par conséquent autorisés à l'abattage, nettement plus que les 185 de l'année précédente. Le directeur des constructions Josef Hess souhaitait déjà «Weidmannsheil» à tous les chasseurs et chasseuses de loisir. De plus, une demande fut déposée auprès de la Confédération pour raccourcir temporairement la période de protection du cerf élaphe.
Psychologiquement, on observe ici le même schéma qu'en Uri : le système réagit à ses propres échecs par l'escalade. Les populations de cerfs augmentent parce que la chasse déclenche des dynamiques démographiques qui stabilisent ou même accroissent les effectifs. Une forte pression cynégétique sélectionne les animaux jeunes et reproducteurs, modifie les structures d'âge et augmente la fécondité. Au lieu de réfléchir à ces relations, la réponse est toujours formulée de la même manière : plus d'abattages, périodes de protection plus courtes, contingents plus élevés.
L'effet d'immigration hivernale est particulièrement révélateur : en Obwald, plus de cerfs séjournent en hiver qu'en été, car des animaux des cantons voisins de Berne et Lucerne immigrent dans les quartiers d'hiver exposés au sud-est de la commune de Giswil. Cela signifie : la planification des abattages repose sur des comptages hivernaux qui reflètent les mouvements migratoires saisonniers, non des effectifs stationnaires. La question de savoir si les quotas d'abattage qui en découlent sont écologiquement sensés n'est pas débattue publiquement. À la place, le Conseil cantonal devient un exutoire émotionnel : on vote à l'unanimité pour plus de chasse de loisir. Ce n'est pas de la gestion de la faune sauvage, mais du symbolisme politique.
Le modèle genevois montre depuis 1974 que les populations d'animaux sauvages peuvent être régulées sans chasse de loisir par des gardes-faune professionnels. En Obwald, ce modèle n'est pas un sujet. Psychologiquement, c'est cohérent : la seule existence d'une alternative fonctionnelle menace le narratif de l'indispensabilité.
Chamois : déclin malgré la chasse
Tandis que les populations de cerfs augmentent, la population de chamois en Obwald, comme dans l'ensemble de l'arc alpin, régresse. En 2016, 143 chamois ont été abattus. Les chasseurs de loisir qualifient la diminution des effectifs de l'une de leurs ‹préoccupations›. Simultanément, le lynx est rendu partiellement responsable de cette régression, bien que les chercheurs soulignent que le changement climatique, le tourisme, les dérangements causés par la chasse de loisir elle-même ainsi que les maladies constituent les facteurs principaux.
Psychologiquement, rejeter la faute sur le lynx constitue un mécanisme classique d'externalisation de la responsabilité. Tant qu'un autre «coupable» peut être désigné, les propres actions n'ont pas besoin d'être remises en question. Le fait que la chasse de loisir contribue elle-même au déclin des chamois par les dérangements, le stress et les prélèvements sélectifs est systématiquement occultée dans le discours cynégétique. La chercheuse Jasmin Schnyder a démontré dans une étude qu'après la réintroduction du lynx, les populations de chevreuils et de chamois ont certes diminué, mais parallèlement l'abroutissement du gibier sur les sapins blancs a chuté de 32 à 18 pour cent. Le lynx accomplit donc exactement ce que la chasse de loisir prétend réaliser sans y parvenir : une régulation écologiquement efficace qui profite à la forêt.
Les lynx suisses en grand danger
Primes d'abattage : tradition sans fondement juridique
Un détail particulièrement révélateur du canton voisin de Nidwald, également pertinent pour Obwald : les deux cantons pratiquaient les primes d'abattage, soit des récompenses financières pour tuer certains animaux. En Nidwald, le Conseil d'État a décidé en 2021 de renoncer aux primes d'abattage, avec pour motif qu'«aucune base légale n'existe qui justifierait aujourd'hui cette pratique introduite en des temps antérieurs».
Psychologiquement, c'est là un cas d'école. Pendant des années, des animaux ont été tués moyennant des incitations financières sans qu'une base juridique n'existe pour cela. Le fait que cela n'ait jamais été remis en question montre à quel point la chasse de loisir agit comme une force d'ordre allant de soi. Ce que font les chasseurs de loisir n'a apparemment pas besoin de légitimation tant que c'est présenté comme «tradition». Seul un contrôle juridique formel a mené à la correction, non un débat éthique, non une décision démocratique, non la question de savoir si tuer des animaux sauvages contre prime est compatible avec la loi sur la protection des animaux.
Cygne tuberculé : quand la protection devient obstacle
Obwald et Nidwald ont joué un rôle remarquable dans le débat national sur le cygne tuberculé. L'ancien conseiller aux États nidwaldien Paul Niederberger (PDC) a exigé de réduire les obstacles à une «régulation» de la population de cygnes. L'OFEV a approuvé les demandes des deux cantons pour des interventions dans les couvées de cygnes. L'administrateur de la chasse Cyrill Kesseli (Obwald) a assuré que l'intervention s'effectuerait «à un stade précoce, quand le développement de la couvée en est encore au stade initial».
Psychologiquement, cet exemple montre comment le concept de «régulation» est constamment étendu. Ce qui était autrefois réservé à l'autorité devient normalisé. Le langage administratif («intervention», «stade initial», «régulation») masque qu'il s'agit de la destruction de couvées de cygnes. Cette neutralisation sémantique permet de présenter une pratique éthiquement discutable comme un processus technico-bureaucratique. Plus de 16'000 personnes ont signé une pétition contre ce projet. L'Alliance Animale Suisse a qualifié cette intention d'«éthiquement et factuellement absurde». BirdLife Suisse a déclaré que des interventions modérées avaient déjà été autorisées et que la démarche plus poussée était inutile.
Le cygne tuberculé ne doit pas figurer sur la liste d'abattage
Jeunes lynx orphelins : indices de braconnage
À l'automne 2023, un jeune lynx orphelin a été recueilli dans le canton d'Obwald et transféré au centre de soins du parc animalier de Goldau. Des cas similaires se sont multipliés : en Nidwald et à Schwyz, des jeunes lynx orphelins ont également été découverts. Déjà en 2018, des cas s'étaient produits à Willisau et Malters (Lucerne), limitrophes d'Obwald.
Que de jeunes lynx deviennent orphelins est inhabituel dans des populations stables. L'IG Wild beim Wild et les organisations de protection de la nature soupçonnent le braconnage comme cause. Que précisément dans la région où le lynx fut réintroduit pour la première fois en 1971, des jeunes animaux orphelins apparaissent et que des lynx disparaissent soudainement, « n'a probablement guère de causes génétiques », a commenté l'IG Wild beim Wild. La « joie concernant le lynx chez les chasseurs de loisir » n'est « généralement pas très grande », a même admis le responsable du secteur chasse du canton de Lucerne.
Psychologiquement se révèle ici une dynamique dangereuse : l'ambivalence institutionnelle envers le lynx (« officiellement bienvenu, officieusement indésirable ») crée un climat dans lequel les abattages illégaux sont tolérés ou du moins ne sont pas poursuivis de manière conséquente. Quand les chasseurs de loisir considèrent le lynx comme une menace pour leur gibier et que l'administration ne corrige pas cette attitude de manière offensive, se crée une zone grise dans laquelle le braconnage devient possible sans que le système se sente responsable.
Qu'est-ce qui fonctionne différemment dans le canton de Lucerne ?
100 ans d'Association des chasseurs brevetés : identité sans réflexion
En 2018, l'Association des chasseurs brevetés d'Obwald a célébré son centenaire avec une chronique jubilaire exhaustive. Le lieutenant-gouverneur Paul Federer y a souligné combien il était « nécessaire » « que la chasse d'une part préserve les traditions, mais d'autre part se montre aussi vivante et ouverte aux innovations ». La chronique raconte « des récits passionnants et souvent surprenants de l'histoire de la chasse » et célèbre « l'art cynégétique des chasseurs de loisir d'Obwald de tous temps ».
Psychologiquement, cet écrit jubilaire est un exemple parfait d'historiographie identitaire. Il raconte une histoire de succès linéaire dans laquelle les chasseurs de loisir apparaissent toujours comme des gardiens responsables de la nature. Les conflits comme la résistance au lynx, la faiblesse des chamois, l'explosion des cerfs ou la question de la souffrance animale n'apparaissent soit que comme des défis surmontés, soit pas du tout. Ce lissage historique remplit une fonction psychologique claire : il stabilise l'identité et immunise contre la critique. Qui célèbre 100 ans de succès n'a pas à s'occuper de la question de savoir si le modèle est encore d'actualité.
Bouclier de Suisse centrale
Obwald s'intègre parfaitement dans le schéma des cantons chasseurs de Suisse centrale. Comme en Uri, la chasse de loisir n'est pas comprise comme une pratique optionnelle, mais comme partie de l'identité cantonale. L'entremêlement de l'administration cynégétique, de l'association des chasseurs brevetés, de la communauté de gestion et de la politique génère un système qui se confirme lui-même. La critique externe est perçue comme une ingérence dans les affaires internes, non comme une contribution objective.
L'ironie réside dans le détail historique : Obwald était en 1971 le point de départ de la réintroduction du lynx, l'un des plus grands succès de protection des espèces de Suisse. Aujourd'hui, ce même lynx est considéré dans le canton comme un concurrent, et les jeunes animaux orphelins indiquent des abattages illégaux. Le canton qui permit jadis la protection des espèces est aujourd'hui soupçonné de la saper. Psychologiquement, cela montre combien peu la culture cynégétique a appris de sa propre histoire.
Qui veut comprendre Obwald doit comprendre que la chasse de loisir n'y est pas remise en question parce qu'elle est considérée comme si évidente que la question d'alternatives n'est simplement pas posée. Le modèle genevois n'existe pas pour la conception d'Obwald. Et c'est précisément la forme la plus forte de défense : non pas les contre-arguments, mais l'invisibilité.
En savoir plus dans le dossier : Psychologie de la chasse
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