2 avril 2026, 03:08

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Psychologie et chasse

Que disent les études internationales de psychologie sur les chasseurs amateurs ?

Qu’est-ce qui pousse les gens à aller régulièrement chasser en forêt et à tuer des animaux dans une société où les réfrigérateurs sont pleins et où la protection animale est inscrite dans la loi ? La réponse des défenseurs de la chasse : un lien avec la nature, la tradition, le sens des responsabilités. Des recherches psychologiques indépendantes proposent une autre explication.

L'équipe éditoriale Wild beim Wild — 18 mars 2026

Dans les enquêtes, les chasseurs amateurs citent systématiquement quatre motivations principales : le contact avec la nature, la tradition, la production de viande et la gestion de la faune sauvage.

Plusieurs études et une analyse de Hinrichs et al. (2021) publiées dans Human Dimensions of Wildlife ont examiné ces données autodéclarées auprès de plusieurs milliers de répondants aux États-Unis et ont confirmé le classement. À première vue, cela semble inoffensif.

Le problème réside dans la méthodologie : l’auto-évaluation mesure ce que les gens sont prêts à admettre, et non leurs motivations réelles ou inconscientes. Une personne recherchant avant tout une expérience en pleine nature n’a pas besoin d’arme. Une personne souhaitant gérer la faune sauvage pourrait financer des gardes-chasse professionnels. Et en Suisse, quiconque a besoin de viande peut s’en procurer au supermarché le plus proche, sans plomb ni hormones de stress. Par conséquent, les recherches axées sur les traits de personnalité plutôt que sur les motivations sont plus pertinentes.

Triade noire : la découverte la plus troublante en psychologie de la chasse

Les analyses les plus précises proviennent des recherches sur la personnalité. Kavanagh et al. (2013) ont étudié la relation entre les traits de personnalité de la « Triade noire » et le comportement envers les animaux. Leurs résultats sont considérés par Beattie (2019), dans son ouvrage *Trophy Hunting: A Psychological Perspective* (Routledge), comme le cadre explicatif le plus solide de la motivation à chasser les trophées. Narcissisme : le besoin de domination et d’admiration de l’individu prime sur le bien-être des autres êtres vivants. Machiavélisme : les animaux et la nature sont instrumentalisés pour atteindre des objectifs personnels tels que le prestige, le statut social et l’influence politique. Psychopathie subclinique : diminution de la sensibilité à la douleur et à la mort chez les autres êtres vivants, ainsi qu’une propension accrue à tuer intentionnellement sans nécessité.

Les individus obtenant des scores élevés pour les trois traits de personnalité font preuve d'une empathie nettement moindre envers les animaux et sont plus susceptibles de commettre des actes de cruauté envers eux, non seulement dans des cas extrêmes, mais aussi de manière statistiquement significative par rapport à la population générale. Selon l'analyse de Beattie, les traits de la Triade noire constituent le cadre explicatif le plus pertinent de la motivation à la chasse aux trophées, surpassant même les facteurs sociaux ou culturels.

Comment ces mécanismes se traduisent-ils en politique concrète dans le canton de Schwyz ? La psychologie de la chasse récréative dans le canton de Schwyz

Preuves en langue allemande : la thèse d’Ursula Grohs

Le fait que ces observations internationales ne constituent pas un phénomène exclusivement anglo-saxon est démontré par la seule étude systématique menée à ce jour dans les pays germanophones. La thèse d'Ursula Grohs , intitulée «  Différences psychologiques et sociologiques entre chasseurs amateurs et non-chasseurs », aboutit à une conclusion qui corrobore les recherches sur la Triade noire à un niveau méthodologique différent : les chasseurs amateurs se perçoivent comme nettement plus agressifs que les non-chasseurs, résolvent plus fréquemment les conflits par la domination et le contrôle, et manifestent une attitude sensiblement différente face à la violence.

Cette étude, méthodologiquement rigoureuse, n'a pas été reproduite depuis des années. L'absence de recherches complémentaires spécifiquement menées dans les pays germanophones, où plus d'un demi-million de personnes en Suisse, en Allemagne et en Autriche possèdent un permis de chasse et portent légalement des armes à feu, constitue une lacune scientifique aux implications sociétales.

Les chasseurs amateurs et les non-chasseurs ne diffèrent pas dans leur rapport à la nature.

Les conclusions de Grohs concordent avec ce que Kavanagh et al. décrivent au niveau de la personnalité et Beattie au niveau de la motivation : la volonté de tuer des animaux volontairement et sans nécessité est corrélée à des schémas de personnalité qui sont considérés comme des facteurs de risque dans d'autres contextes.

Informations complémentaires : Psychologie et chasse .

Masculinité toxique et contrôle des prédateurs

Un essai très commenté de Jeff Loewen (2025) développe la découverte de la Triade Noire et la relie à un modèle politiquement pertinent : les chasseurs de trophées instrumentalisent les récits sur la « gestion de la faune sauvage » et la « protection du bétail » pour éliminer les loups, les ours et les lynx, non pas principalement par crainte de la prédation sur le bétail, mais pour rendre disponibles des animaux trophées plus conventionnels.

Cela explique structurellement pourquoi le lobby de la chasse en Suisse, en Autriche et en Allemagne agit de manière si coordonnée et passionnée contre les prédateurs. Lorsqu'un prédateur naturel s'arroge la « fonction régulatrice » que les chasseurs de loisir revendiquent comme leur principale compétence, la chasse de loisir perd son principal fondement de légitimité et, par conséquent, une composante essentielle de son identité. Le loup est alors perçu non plus comme un acteur écologique, mais comme un concurrent.

Plus d'informations à ce sujet dans le dossier : Le loup en Europe : pourquoi la chasse récréative n'est pas une solution

Désengagement moral : comment tuer devient normal

La théorie du « désengagement moral » d'Albert Bandura explique comment les individus peuvent commettre des actes contraires à leurs propres valeurs sans éprouver de culpabilité. Les études sur la motivation à la chasse montrent que la quasi-totalité des mécanismes décrits par Bandura sont systématiquement employés dans la chasse récréative : le terme « prélèvement » au lieu de « mise à mort » est un euphémisme qui permet de se distancer de l'acte lui-même. L'argument du « contrôle des populations », invoqué comme justification morale, réinterprète la mise à mort comme une action de conservation. Les expressions « loup à problèmes » et « gibier nuisible » imputent la culpabilité à l'animal, rendant sa mort apparemment nécessaire. Enfin, l'argument « les autorités l'ont ordonné » transfère la responsabilité au système et occulte la décision individuelle.

Cette découverte est si importante car elle montre que le problème moral ne réside pas dans les chasseurs amateurs « mauvais » individuellement, mais dans le système de la chasse amateur lui-même, qui institutionnalise et reproduit ces mécanismes.

Analyse approfondie : Pourquoi il est nécessaire de réexaminer la psychologie de la chasse récréative

La contre-étude : la science financée par le lobbying

Face à la pression croissante visant à justifier son existence, le lobby de la chasse lance sa propre « étude ». La plateforme autrichienne jagdfakten.at promeut une étude du professeur Dietmar Heubrock, selon laquelle les chasseurs amateurs seraient « plus stables psychologiquement, moins sujets à la dépression et mieux à même de gérer les conflits » que la population générale.

Les limites méthodologiques de cette étude sont considérables : elle repose sur l’auto-évaluation, l’instrument le moins fiable en recherche sur la personnalité ; elle a été communiquée et financée par des organisations proches du secteur de la chasse ; et elle n’a pas été publiée dans une revue indépendante à comité de lecture spécialisée en psychologie de la personnalité.

Cela en fait un exemple typique de recherche motivée par l'intérêt et démontre simultanément à quel point le lobby de la chasse subit la pression de la science psychologique indépendante. La FACE (Fédération européenne des associations de chasse et de sport) a également lancé récemment une campagne de données intitulée « Pourquoi devient-on chasseur ? De nouvelles données remettent en question les stéréotypes courants », une réponse directe au nombre croissant d'études qui fragilisent l'image que la chasse de loisir projette.

Le déficit de recherche dans les pays germanophones

Dans les pays germanophones, les études indépendantes et répliquées sur la psychologie de la chasse sont quasi inexistantes. Ce n'est pas un hasard : les associations de chasse exercent une influence sur le financement de la recherche aux niveaux cantonal et national, et les chercheurs critiques évitent un domaine où ils risquent de s'exposer à une opposition politique.

Il s'agit d'un sujet socio-politique explosif : rien qu'en Suisse, environ 30 000 particuliers légalement armés pratiquent régulièrement la chasse avec des armes, tuant plus de 120 000 animaux sauvages chaque année. Le fait que la psychologie de cette pratique ne soit pas étudiée de manière systématique n'est pas un hasard, mais bien le résultat de facteurs structurels.

Ce qu'il faut : des études longitudinales indépendantes et financées par des fonds publics sur les profils de personnalité, les structures motivationnelles et les comportements des chasseurs amateurs dans les pays germanophones, sans biais d'autosélection ni financement par des groupes de pression.

À lire aussi :Entre tradition et violence : la psychologie des chasseurs amateurs | La chasse et l’esprit : les effets de la violence sur le cerveau

Les Pays-Bas comme modèle : quand la psychologie devient pratique

Ce qui est considéré comme politiquement impensable en Suisse est depuis longtemps une réalité aux Pays-Bas. En 2019, le ministère néerlandais de la Justice et de la Sécurité a instauré le « E-Screener », un test psychologique obligatoire pour tous les propriétaires d'armes à feu et titulaires de permis de chasse. Cette mesure a été prise suite à une fusillade perpétrée par un homme à qui la police, selon la Cour suprême, n'aurait jamais dû délivrer de permis de port d'armes en raison de troubles mentaux. Résultat : un chasseur amateur sur cinq échoue au test. La réaction du secteur de la chasse a été révélatrice : la Fédération néerlandaise de chasse a immédiatement exigé l'abolition du test et recommandé à ses membres de reporter leur rendez-vous afin d'éviter de perdre leur permis en pleine saison de chasse.

Ce que cette recherche signifie pour le débat politique

Tant que la psychologie de la chasse récréative restera invisible, le débat politique tournera en rond : les discussions se concentreront sur les quotas de tir, les seuils de dommages et les saisons de chasse, et non sur la question fondamentale de savoir pourquoi une démocratie organise et subventionne la violence récréative contre les animaux.

Les conclusions des recherches internationales sont sans équivoque : un test d’aptitude psychologique obligatoire pour l’obtention du permis de chasse – les Pays-Bas en ont démontré l’efficacité. Il est essentiel de financer la recherche indépendante sur les motivations de chasse, sans cofinancement ni contrôle des associations de chasse. Enfin, il faut dissocier la chasse de loisir et la gestion de la faune sauvage : les gardes-chasse professionnels, sans intérêt personnel, doivent assumer pleinement leurs responsabilités – en toute transparence, sous contrôle et en s’appuyant sur des preuves.

La psychologie ne réserve aucune surprise à ceux qui observent la chasse récréative avec un regard critique depuis longtemps. Mais elle apporte quelque chose de plus important : un langage, des concepts et des preuves permettant de frapper l’image que le lobby de la chasse a de lui-même là où elle est vulnérable, au niveau de ses fondements scientifiques.

L'équipe éditoriale est ouverte aux suggestions d'études complémentaires ou de résultats de recherche. Écrivez-nous à : info@wildbeimwild.com

Plus d'informations à ce sujet dans le dossier : Psychologie de la chasse

À propos de la chasse de loisir : dans notre dossier sur la chasse, nous rassemblons des vérifications de faits, des analyses et des rapports de fond.

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