Qu’est-ce que la protection du bétail et quelle est son efficacité ?
La protection du bétail désigne les mesures visant à protéger les animaux d'élevage des prédateurs, principalement les loups, mais aussi les lynx et les ours. Ces mesures comprennent les clôtures électriques, les chiens de protection des troupeaux et les enclos nocturnes.

Appliquées correctement, ces mesures réduisent les pertes de bétail de 58 à plus de 90 % – nettement plus efficaces que l’abattage des loups.
Ceci est démontré par des recherches internationales ainsi que par la pratique suisse, où une protection constante des troupeaux a considérablement réduit les attaques, même dans les régions abritant de grands troupeaux.
Quelles sont les mesures de protection du bétail disponibles ?
La protection du bétail ne repose pas sur une méthode unique, mais sur un système de mesures coordonnées. Les outils les plus importants sont :
- Clôtures électriques : Correctement installées, les clôtures électriques constituent la mesure la plus efficace pour se protéger des attaques de loups. Des études démontrent une protection de 58 à plus de 90 %. Les facteurs essentiels sont la hauteur (au moins 90 cm, idéalement 120 cm), la tension (au moins 4 000 volts), une mise à la terre complète et une inspection régulière.
- Chiens de protection des troupeaux : Des races spécialement dressées, comme le Bouvier des Pyrénées, le Kangal ou le Berger de Maremme, protègent les troupeaux, notamment dans les alpages. Leur utilisation réduit les pertes de bétail de 76 % en moyenne. L’efficacité dépend du nombre, du dressage et de l’âge des chiens, ainsi que de la taille du troupeau.
- Enclos nocturnes : Les moutons et les chèvres sont gardés la nuit dans des enclos sécurisés et clôturés. Cette méthode est très efficace en combinaison avec la présence de chiens, car les loups chassent généralement au crépuscule et la nuit.
- L'élevage pastoral : La présence permanente d'une bergère auprès du troupeau est la plus ancienne forme de protection des troupeaux. Dans les zones exposées de France et d'Italie, elle est associée à la présence de chiens.
- Mesures de dissuasion : Les rubans de signalisation, les détecteurs de mouvement lumineux ou sonores et autres dispositifs de dissuasion sont utilisés en complément. Ils ne sont pas suffisamment efficaces à eux seuls.
Le troupeau de Calanda : que révèlent 1 500 moutons et 37 attaques en 5 ans ?
La meute de Calanda est l'exemple suisse le plus connu de coexistence réussie. Depuis 2012, elle vit sur la crête montagneuse entre Coire et la vallée du Rhin. L'alpage de Calanda est utilisé par plusieurs exploitations d'élevage estival, qui y amènent plus de 1 500 moutons. Durant les cinq premières années d'existence de la meute, 37 attaques ont été recensées à Calanda – un faible nombre obtenu grâce à une protection constante du troupeau : chiens de protection, enclos nocturnes et clôtures électriques ont protégé les moutons pendant la période d'activité du loup.
L’exemple de Calanda montre que la protection du bétail est efficace, mais qu’elle exige des investissements, de la constance et des conseils d’experts. Le service de conseil AGRIDEA accompagne les exploitations alpines de toute la Suisse dans la mise en œuvre de ces mesures. Le dossier « Protection du bétail » présente les expériences de Calanda et d’autres régions.
La protection du bétail est-elle plus efficace que l'abattage des loups ?
Oui – plusieurs études indépendantes le démontrent clairement. L’ouvrage fondateur le plus important est celui de Stewart Breck et de ses collègues, publié dans « Frontiers in Ecology and the Environment » :
- Dans 43 % des cas de mise à mort par des prédateurs, les dégâts causés au bétail ont augmenté l'année suivante, car la structure des meutes a été perturbée et les jeunes loups sans chefs expérimentés ont agi de manière plus imprudente.
- Grâce à des mesures de protection non létales (clôtures électriques, chiens), les dégâts ont diminué dans 80 % des cas.
- Selon les études, l'effet protecteur des clôtures électriques variait entre 58 et 100 % de réduction des dommages.
- Les chiens de protection des troupeaux ont permis une réduction moyenne des dommages de 76 %.
KORA – Predator Ecology and Wildlife Management – le confirme également dans ses rapports suisses : les exploitations qui mettent en œuvre de manière systématique des mesures de protection du bétail subissent nettement moins d’attaques que les exploitations qui n’en mettent pas.
Le programme d'abattage du Valais contre les coûts de protection du bétail
Le Valais applique la politique de gestion du loup la plus radicale de Suisse. Lors de la campagne de dispersion de 2024/25, 24 loups y ont été abattus. Le coût total de cette opération – hélicoptères, déploiement de gardes-chasse, analyses ADN, frais administratifs et procédures devant le tribunal fédéral – a été estimé entre 800 000 et plus d’un million de francs suisses pour 27 animaux. Cela représente un coût de 35 000 à 40 000 francs suisses par loup abattu.
En revanche, le coût d'un système complet de protection du troupeau pour une exploitation alpine est le suivant :
- Infrastructure de clôture électrique : CHF 5 000–15 000 (subventionné jusqu'à 80 %)
- Chien de protection de troupeau (prix d'achat + 10 ans) : environ 25 000 à 30 000 CHF.
- Conseils d'AGRIDEA : financés par l'État, gratuits pour les agriculteurs
L’argent dépensé par le Valais pour l’abattage de 27 loups permettrait d’équiper entièrement 30 à 50 exploitations alpines de systèmes de protection du bétail. Au lieu de cela, le cycle d’abattage et de réintroduction des meutes se poursuit. Le rapport « Le véritable coût de la chasse récréative en Suisse » analyse ce gaspillage de fonds publics.
Modèles internationaux : la France et l'Italie
La France et l'Italie possèdent des décennies d'expérience en matière de protection du bétail dans les zones peuplées de loups.
France : Le loup est présent dans le Massif Central et les Alpes-de-Haute-Provence depuis les années 1990. Le Plan national d’actions sur le loup finance des clôtures électriques, des chiens de protection des troupeaux (patous) et l’aide aux bergers. Malgré une population de plus de 1 000 loups, les dégâts sur les exploitations entièrement protégées restent minimes.
Italie : Dans les Apennins, où le loup n’a jamais été totalement éradiqué, une tradition séculaire de protection des troupeaux perdure. Les chiens de berger de Maremme sont réputés particulièrement efficaces en terrain alpin et subalpin. Des études italiennes montrent une réduction des dégâts de 85 à 95 % dans les exploitations agricoles utilisant régulièrement des chiens.
Financement : BAFU, BLW et financement cantonal.
En Suisse, la protection des troupeaux est financée conjointement par l'Office fédéral de l'environnement (OFEV) et l'Office fédéral de l'agriculture (OFAG). Les clôtures sont subventionnées jusqu'à 80 % et les chiens de protection des troupeaux bénéficient également d'une subvention. Les conseils d'AGRIDEA sont gratuits pour les agriculteurs.
Cependant, il existe des problèmes importants :
- Un ensemble disparate de réglementations cantonales : la mise en œuvre des mesures de protection de l’élevage relève de la compétence des cantons, avec des résultats très variables. Si les Grisons disposent d’un programme relativement cohérent, d’autres cantons sont largement à la traîne.
- Obstacles bureaucratiques : les demandes de subventions sont souvent longues à déposer. De nombreuses exploitations agricoles de montagne n’ont pas les moyens de remplir des formulaires complexes et de respecter les délais.
- Investissements insuffisants : le budget de la BAFU consacré à la protection du bétail est nettement inférieur aux pressions politiques en faveur de l’abattage des loups. Les subventions ne permettent pas d’équiper entièrement toutes les exploitations éligibles.
- Manque de coordination : Il n'existe aucun organisme national de coordination de la protection du bétail doté de réels pouvoirs de coercition.
L’arrêt du Tribunal fédéral de 2025 et ses conséquences pour la protection du bétail
Dans plusieurs arrêts marquants rendus en 2025, la Cour fédérale de justice a précisé que l'abattage des loups n'est autorisé que si toutes les mesures de protection du bétail disponibles ont été manifestement épuisées et sont raisonnables pour l'exploitation. Ces décisions confortent la protection du bétail comme stratégie de protection prioritaire. Parallèlement, elles accentuent la pression sur les cantons pour qu'ils développent leur soutien à la protection du bétail et rendent les subventions plus accessibles.
Qui est responsable de la protection du bétail en Suisse ?
Les responsabilités en matière de protection du bétail en Suisse sont réparties comme suit :
- BAFU : Coordination nationale, programmes de financement, orientations politiques, coopération avec KORA – écologie des prédateurs et gestion de la faune sauvage pour le suivi.
- BLW : Subventions agricoles pour les infrastructures de protection du bétail, coordination avec les services agricoles cantonaux.
- AGRIDEA : Cet organisme spécialisé dans la protection du bétail conseille directement les agriculteurs, forme des chiens de protection des troupeaux et certifie les exploitations agricoles.
- Cantons : Mise en œuvre sur site, garde-chasse, traitement des subventions, évaluation des dommages.
- Agriculteurs : Obligation de prendre des mesures raisonnables pour prévenir les dommages, droit à des subventions et à des conseils.
Ce que la protection du bétail ne peut pas résoudre – et les améliorations nécessaires
La protection du bétail n'est pas une solution universelle et sans limites. Sur les alpages de haute montagne au terrain inaccessible, l'électrification complète est techniquement impossible. Dans ces cas, des solutions pragmatiques s'imposent : revalorisation des indemnisations, concepts de protection alternatifs et un débat franc sur les formes d'agriculture compatibles avec la présence de prédateurs. Cependant, l'abattage systématique n'apporte aucune réponse à ces situations exceptionnelles ; il est instrumentalisé à des fins politiques pour saper toute la logique de la protection du bétail.
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