6 juin 2026, 20:12

Saisissez un terme de recherche ci-dessus et appuyez sur Entrée pour lancer la recherche. Appuyez sur Échap pour annuler.

Vérification des faits: «La chasse en Suisse protège et profite»

La brochure d'Anton Merkle, président de JagdSchweiz, se lit comme un prospectus publicitaire pour la chasse de loisir: des chiffres lisses, des triangles verts, un président souriant et des phrases comme «La chasse est une activité responsable au service de la nature.» Ce qui sonne comme de la communication sur papier glacé mérite un examen attentif, car entre les lignes se cache un récit qui contredit sur des points essentiels les connaissances scientifiques, les faits écologiques et les critères éthiques.

Affirmation 1: «La régulation des populations sauvages est une tâche de l'État – les chasseurs de loisir apportent un soutien professionnel»

JagdSchweiz suggère que les 30’000 chasseurs de loisir seraient une sorte de bras armé de l'État. En réalité, d'un point de vue juridique, la chasse de loisir n'est pas une mission de protection de la nature, mais une utilisation et régulation au sein d'une gestion de la faune sauvage. Selon le droit fédéral, aucun canton de Suisse n'est tenu de prévoir la chasse de loisir. Chaque canton peut décider librement s'il autorise ou non la chasse de loisir – comme le prouve l'exemple de Genève depuis 1974.

À Genève, une dizaine de garde-faune étatiques, qui se partagent trois postes à plein temps, assurent l'ensemble de la gestion de la faune sauvage – sans chasseurs de loisir, sans patentes, sans concours de tir. Selon le garde de l'environnement genevois Gottlieb Dandliker, les dommages causés par le gibier à l'agriculture sont «pratiquement insignifiants». Les coûts annuels de l'ensemble de la gestion de la faune sauvage s'élèvent à environ un million de francs – ce qui correspond à une tasse de café par habitant. Depuis l'interdiction de la chasse, le nombre d'oiseaux d'eau hivernants a plus que décuplé. Dans le même temps, les chiffres des dommages à Genève sont comparables à ceux du canton de Schaffhouse, bien que l'on y chasse de manière régulière et cruelle.

Affirmation 2 : «Les chasseurs de loisir s'engagent pour la biodiversité et les habitats»

La brochure prétend que les chasseurs de loisir s'engagent «principalement» pour la biodiversité et les habitats. La réalité en Suisse dresse un tout autre tableau. Le rapport d'examen environnemental de l'OCDE 2017 indique : «En comparaison à l'échelle de l'OCDE, la Suisse présente l'une des plus fortes proportions d'espèces menacées, y compris parmi les mammifères.» L'OCDE a en outre constaté que la Suisse «s'appuie fortement sur la délimitation de districts francs de chasse», qui «devaient à l'origine limiter la chasse excessive», et que la «qualité des zones protégées est insuffisante».

Le WWF le confirme en 2025 : dans une étude comparative internationale sur la lutte contre la crise de la biodiversité, la Suisse se classe à la dernière place. Cela ne cadre guère avec un lobby qui prétend que ses 30’000 membres sont le moteur de la protection de la nature. La moitié des espèces animales autrefois chassables se trouvent dans un mauvais état de conservation ou ont disparu. Des espèces protégées comme le lièvre brun, le tétras-lyre ou la bécasse des bois figurent toujours sur la liste des espèces chassables.

Combattre la protection de la nature au lieu de la promouvoir

Le comportement du comité de JagdSchweiz sur des questions concrètes de protection de la nature est particulièrement révélateur. Fabio Regazzi, vice-président de JagdSchweiz et conseiller aux États du Centre, a activement combattu le parc national Adula en 2016 – le plus grand projet de protection de la nature en Suisse depuis des décennies. Le parc prévu autour du Rheinwaldhorn, dans les Grisons et au Tessin, aurait pu donner un élan considérable à la biodiversité : 250 à 300 millions de francs d'investissements sur dix ans, environ 200 emplois et une perspective d'avenir pour les communes de montagne touchées par l'exode. Au lieu de cela, la fédération tessinoise des chasseurs FCTI – dont Regazzi a longtemps été le président – a mené campagne contre le projet à grand renfort de propagande alarmiste. Les électeurs des communes concernées ont rejeté le parc. En 2018, les chasseurs de loisir ont également empêché la création d'un deuxième parc national. Il ne s'agit pas de protéger la nature : il s'agit de préserver la réserve de chasse.

Ce même Regazzi s'est engagé au Conseil national en faveur de zones sans loups, a combattu l'initiative pour la biodiversité et a tenté de rendre à nouveau acceptable l'usage des hameçons à ardillon pour la pêche – une infraction à la loi sur la protection animale. Le conseiller d'État tessinois Claudio Zali a décrit l'attitude du lobby de la chasse comme l'incarnation de l'«arrogance, du manque de conscience du droit et de l'égoïsme».

Réprimer la critique plutôt que dialoguer

Quiconque remet publiquement en question le récit de JagdSchweiz doit s'attendre à des conséquences juridiques. David Clavadetscher a porté plainte, au nom de JagdSchweiz, contre la plateforme wildbeimwild.com – pour des reportages et analyses fondés sur des faits concernant la chasse de loisir. L'objectif était de faire «disparaître de la scène» les voix critiques. Le tribunal pénal du canton du Tessin à Bellinzone a opposé un net refus : le juge Siro Quadri a constaté que les propos critiques publiés sur wildbeimwild.com ne sont pas des mensonges et n'ont aucun caractère diffamatoire. Le jugement est entré en force. Une procédure civile à Locarno a également été classée – JagdSchweiz n'a atteint aucun de ses objectifs.

Le tribunal a ainsi confirmé ce que les observateurs critiquent depuis longtemps : JagdSchweiz cultive l'intimidation plutôt que le dialogue. Des membres ont menacé d'une «guerre civile» si la chasse au renard venait à être supprimée. La fédération recourt à des images violentes, à la peur et aux fanfaronnades de chasseurs pour influencer les processus démocratiques et restreindre la liberté de la presse et d'opinion.

La promotion des habitats, c'est de la protection de la nature. Mais La chasse de loisir n'est pas automatiquement de la protection de la nature, simplement parce qu'elle se déroule en forêt. Quiconque prétend faire de la protection de la nature doit se mesurer aux critères de la protection de la nature : améliorer les habitats, réduire les perturbations, favoriser la biodiversité, instaurer la transparence et prouver les effets. C'est précisément là que le mythe commence à s'effriter.

Affirmation 3 : « 44’000 journées d'entretien – prestations bénévoles et gratuites »

JagdSchweiz fait le calcul : 44’000 « journées de travail dans la réserve » qui, à un salaire horaire de 30 francs, représenteraient une valeur de 10,5 millions de francs. Ce qui est passé sous silence : ces prétendues journées d'entretien servent en premier lieu à l'entretien de la réserve en vue de la prochaine saison de chasse – l'aménagement de points de nourrissage, la construction de miradors, l'entretien de l'infrastructure de chasse. Le « travail bénévole » est donc en grande partie du libre-service : les chasseurs de loisir entretiennent la réserve dans laquelle ils tuent ensuite des animaux.

Le véritable travail de protection de la nature – par exemple l'entretien des biotopes, les renaturations, les projets de protection des espèces – est principalement réalisé en Suisse par les organisations de protection de la nature, les cantons et la société civile. La comparaison avec un salaire horaire hypothétique masque le fait que des garde-faune professionnels pourraient accomplir ces tâches de manière plus efficace, plus respectueuse de la protection animale et sans intérêt personnel à la chasse – comme Genève le démontre depuis plus de 50 ans.

Affirmation 4 : « La chasse est une intervention ciblée dans une population connue »

La brochure prétend que la chasse de loisir est précédée d'« un comptage et d'une planification de la population sauvage ». La pratique est tout autre. Même l'Office fédéral de l'environnement (OFEV) laisse savoir, par l'intermédiaire de Wildtier Schweiz, que la statistique de chasse ne permet que des conclusions limitées sur l'état des populations.

Les données scientifiques montrent en outre qu'une chasse intensive produit le contraire d'un contrôle des populations. Servanty et al. (2009) ont publié dans le « Journal of Animal Ecology » : en cas de forte pression de chasse, la fécondité des sangliers est nettement plus élevée que dans les zones peu chassées. La maturité sexuelle survient plus tôt, et même les jeunes laies issues de marcassins deviennent gestantes. La chasse de loisir provoque ainsi précisément l'explosion démographique qu'elle prétend empêcher.

Une étude de l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) de 2014 le confirme : les populations de sangliers ne peuvent pas être réduites par les seules mesures de chasse. La reproduction des sangliers est compensatoire – les pertes dues à la chasse de loisir sont compensées par une descendance plus nombreuse.

Darimont et al. (2009, PNAS) ont montré dans une méta-analyse : les chasseurs de loisir humains modifient les populations d'animaux sauvages plus rapidement que tout autre facteur évolutif jamais observé chez les animaux sauvages. Les taux de changement phénotypique dans les populations chassées étaient jusqu'à 300 pour cent plus élevés que lors de la sélection naturelle.

Affirmation 5 : «Du gibier d'une valeur de 20 millions de francs – plus bio que la viande bio»

La brochure vante la viande de gibier comme étant de grande qualité et durable. Dans le sondage, on suggère même que la viande de gibier serait «plus bio que la viande bio». Ce que l'on passe sous silence : l'Office fédéral de la sécurité alimentaire (OSAV) précise que le sanglier, le chevreuil et le cerf peuvent figurer «parmi les aliments les plus fortement contaminés par le plomb». La cause en est la munition de chasse au plomb, qui se déforme à l'impact et se répartit en minuscules fragments dans la viande.

L'OSAV recommande : les enfants jusqu'à sept ans, les femmes enceintes, allaitantes et celles désirant un enfant devraient «éviter autant que possible de manger du gibier» abattu avec de la munition au plomb. L'Institut fédéral allemand d'évaluation des risques (BfR) met en garde : dans les foyers de chasseurs, où jusqu'à 90 portions de viande de gibier sont consommées par an, «il faut s'attendre à un risque pour la santé, en particulier chez les enfants à naître et les enfants de moins de sept ans».

La recherche actuelle montre en outre : la teneur moyenne en plomb du petit gibier abattu avec de la munition au plomb s'élève à environ 5,2 ppm – ce qui est environ 14 fois plus élevé que ce qui était admis dans les évaluations de risque de l'UE. À cela s'ajoutent les risques liés aux zoonoses comme la trichinose et l'hépatite E. L'autorité sanitaire française ANSES conseille de limiter la consommation de viande de gibier à trois fois par an au maximum.

De la charogne plutôt qu'un mets délicat

Ce que JagdSchweiz vend comme une «ressource naturelle» est souvent, dans la pratique, un risque hygiénique. Quelques minutes seulement après le tir, la coagulation du sang et la prolifération des germes commencent dans le corps de l'animal. En l'espace d'une heure, un million de bactéries peuvent se former par gramme de viande souillée. À l'abattoir, le bétail est transformé selon des prescriptions d'hygiène strictes – dans la chasse de loisir, ces contrôles font largement défaut.

La réalité sur le terrain: des heures de lenteur lors de la récupération, un refroidissement insuffisant, une éviscération non hygiénique en plein air, aucune inspection officielle des viandes. À cela s'ajoutent des résidus qu'aucun boucher n'accepterait: pesticides, contamination par le lisier, métaux lourds, PFAS – le tout sans contrôle. Les animaux sauvages qui se nourrissent dans un paysage cultivé intensivement ne sont pas automatiquement «bio». Ils absorbent ce qui se trouve dans ce paysage – et ce qui s'y trouve est souvent tout sauf naturel.

Le risque ne s'arrête pas au plomb. La viande de gibier crue ou insuffisamment cuite peut transmettre des trichinelloses, des salmonelles, E. coli et le virus de l'hépatite E. Les personnes immunodéprimées et les femmes enceintes sont particulièrement exposées – chez elles, une infection par l'hépatite E peut entraîner des inflammations du foie, une évolution chronique ou une défaillance d'organe.

«Plus biologique que le bio», la viande de gibier ne l'est assurément pas, avec sa contamination au plomb, son risque de zoonoses, l'absence de contrôle alimentaire systématique et son caractère de charogne.

Affirmation 6: «La chasse empêche la propagation des épizooties»

Le sondage de la brochure suggère que les chasseurs de loisir protègent la population des épizooties. La science dit le contraire. Plus de 18 études prouvent que la chasse au renard, par exemple, ne régule aucune population et ne protège pas non plus contre les épizooties. Au contraire: la décimation peut détruire les structures sociales au sein des populations et même renforcer la dynamique des maladies.

L'Institut Friedrich-Loeffler exige, en cas d'apparition de la peste porcine africaine chez les sangliers, de renoncer aux battues. La destruction des groupes familiaux stables entraîne non seulement une augmentation du taux de natalité, mais aussi des déplacements accrus d'animaux isolés – et donc potentiellement une propagation plus rapide des maladies.

Qui tire sur les renards tire dans son propre système de santé

Les renards ne sont pas des nuisibles, mais des agents de la police sanitaire de la nature. Un seul renard mange environ 4’000 souris par an. Les souris sont des hôtes réservoirs pour des agents pathogènes transmis par les tiques, comme la borréliose et la méningo-encéphalite verno-estivale, ainsi que pour l'hantavirus. Une étude de Tim R. Hofmeester (Université de Wageningen, 2017, Proceedings of the Royal Society B) a examiné 20 parcelles forestières et est parvenue à un résultat clair: dans les zones où l'activité du renard et de la fouine était plus élevée, les rongeurs portaient 10 à 20 pour cent de larves de tiques en moins. Dans les zones à faible activité de prédateurs, les nymphes étaient infectées par des agents pathogènes 15 pour cent plus souvent.

La conséquence est mesurable : moins de prédateurs en raison de la chasse de loisir signifie plus de souris, plus de tiques infectées et une augmentation des cas de méningo-encéphalite verno-estivale (FSME) et de borréliose chez l'humain. Les chiffres de la FSME en Suisse ont atteint début 2025 leur niveau le plus élevé depuis 2013. En Allemagne, avec 686 cas en 2024, les valeurs de FSME les plus élevées jamais enregistrées étaient les deuxièmes. L'hantavirus, transmis par les souris via la poussière d'excréments, provoque jusqu'à 2’000 cas par an – huit fois plus que l'échinocoque du renard, avec lequel les chasseurs de loisir justifient leur chasse au renard.

La chasse au renard propage l'échinocoque du renard au lieu de le combattre

JagdSchweiz prétend depuis des années que la chasse au renard protège contre l'échinocoque du renard. Une étude française à long terme près de Nancy réfute cela de manière impressionnante. Sur quatre ans, 776 renards supplémentaires ont été tués sur environ 700 kilomètres carrés – la pression de chasse a augmenté de 35 pour cent. Le résultat : la population de renards n'a pas diminué, car de jeunes renards venant des zones voisines ont immigré. Le taux d'infestation par l'échinocoque du renard est passé de 40 à 55 pour cent – parce que les jeunes renards immigrants ont transporté des fèces contaminées dans de nouvelles zones. Le titre de l'étude parle de lui-même : «Echinococcus multilocularis management by fox culling: An inappropriate paradigm.»

Au Luxembourg, c'est le contraire qui se vérifie : après l'interdiction de la chasse au renard en 2015, le taux d'infestation est passé de 40 pour cent à moins de 10 pour cent. La rage suisse n'a pas été éradiquée par la chasse de loisir, mais par des appâts vaccinaux – la Suisse est exempte de rage depuis 1998. Le Centre suisse de la rage avait déjà constaté : une réduction de la population de renards par les chasseurs est impossible.

La petite chasse comme moteur de maladies

La petite chasse détruit les communautés familiales stables chez les renards. Cela conduit à ce que chaque renarde soit fécondée et mette bas davantage de petits par portée – la population augmente au lieu de diminuer. Parallèlement, la pression de chasse chroniquement élevée provoque un stress permanent qui supprime le système immunitaire des animaux sauvages et les rend plus vulnérables aux infections. La chasse de loisir engendre ainsi des populations plus malades, stressées et à plus forte densité – le contraire de ce que prétend JagdSchweiz.

La cascade va plus loin: moins de renards signifie plus de souris et de rats, et donc plus de leptospirose (via l'urine de rongeurs dans les flaques), plus de hantavirus, plus de botulisme (parce que l'absence de charognards laisse pourrir les cadavres) et plus de maladies transmises par les tiques. Les cantons aux plus forts taux de tir de renards – dont Berne, Argovie, les Grisons et Zurich – n'ont résolu aucun de ces problèmes. Au contraire: ils contribuent à les créer.

Affirmation 7: «Plus de 80 % de la population confirme que la chasse de loisir se déroule dans le respect de la protection animale»

JagdSchweiz fait réaliser tous les deux ans un sondage de la population par l'entreprise DemoScope et présente les résultats comme la preuve d'une large acceptation de la chasse de loisir. Ce que la brochure tait: le sondage repose sur seulement 1’005 personnes interrogées. Le mandant est JagdSchweiz lui-même – c'est-à-dire l'organisation qui a un intérêt commercial à obtenir des résultats positifs. Les questions sont formulées de manière suggestive: qui, par exemple, contredirait spontanément l'affirmation que les chasseurs de loisir «s'engagent pour l'environnement», s'il ne connaît aucune perspective contraire?

JagdSchweiz admet lui-même que les résultats sont «en léger recul par rapport aux derniers sondages». La tendance est donc à la baisse – malgré un travail de relations publiques massif.

Les sondages d'opinion comme instrument de relations publiques

Le schéma est reconnaissable à l'échelle internationale: Jagd Österreich se réjouit de «85 pour cent d'approbation» – mais la question centrale est simplement: «Accordez-vous aux autres le droit de chasser s'ils le font conformément aux lois sur la chasse en vigueur?» Cela mesure une tolérance libérale envers une activité légale – et non une adhésion de fond à la chasse de loisir. L'astuce fonctionne en trois étapes: d'abord on recueille la «tolérance», puis on la réinterprète comme une «acceptation sociale» et enfin on la présente comme un «mandat public».

Le même institut DemoScope fournit des résultats opposés pour différents mandants: pour JagdSchweiz, le sondage a donné une «grande majorité» en faveur de la chasse de loisir. Pour la Protection suisse des animaux PSA, le même institut a obtenu: 64 pour cent veulent interdire le déterrage, seuls 21 pour cent veulent le maintenir. 43 pour cent veulent interdire complètement les battues, 32 pour cent supplémentaires veulent les restreindre fortement – soit 75 pour cent au total. Dès que des pratiques de chasse concrètes sont évoquées, l'approbation supposée bascule.

L'étude représentative WaMos 2 de 2012 dresse un tableau encore plus net : 79 pour cent de la population suisse émettent des réserves à l'égard de la chasse de loisir ou la rejettent par principe. Le « taux d'approbation de 80 pour cent » de JagdSchweiz n'est donc pas l'expression d'un soutien réel, mais le produit d'un questionnement ciblé et d'une communication sélective.

Les faits derrière la façade

Plus déterminants que les sondages d'opinion sont les faits : selon la Protection suisse des animaux PSA, le taux de réussite de la recherche au sang sur le gibier blessé n'atteint, selon le canton, que 35 à 65 %. Cela signifie qu'environ la moitié des animaux blessés par balle lors de la chasse de loisir ne peuvent jamais, malgré la recherche au sang, être délivrés de leur souffrance. Dans le canton des Grisons, en cinq ans, environ 3’836 animaux ont seulement été blessés par balle au lieu d'être abattus conformément à la protection animale – auxquels s'ajoutent des amendes d'ordre de plus de 700’000 francs pour des tirs illégaux.

On ne peut, dans ces conditions, parler de « respect de la protection animale ».

Affirmation 8 : « Les dégâts du gibier sont le résultat d'une biodiversité intacte »

Cette phrase de la brochure est particulièrement révélatrice. JagdSchweiz prétend que les dégâts du gibier seraient « la conséquence d'une faune riche en espèces souhaitée » – et en même temps la justification de l'existence de la chasse de loisir. C'est un raisonnement circulaire : on construit d'abord un problème, puis on se présente comme la solution.

Or les chiffres à Genève montrent : les dégâts du gibier sont comparables à ceux de Schaffhouse – un canton où l'on chasse intensivement. Avant l'interdiction de chasse de 1974, les chasseurs de loisir avaient exterminé les sangliers à Genève depuis des décennies. Aujourd'hui, environ cinq sangliers vivent sur un kilomètre carré de forêt – un niveau bas et stable, contrôlé par des gardes-faune professionnels.

Les véritables causes des dégâts du gibier – agriculture intensive, destruction de l'habitat, pratiques de nourrissage des chasseurs de loisir et pression sur les populations engendrée par la chasse – sont systématiquement occultées dans la brochure.

Affirmation 9 : « La chasse est une activité responsable pour la nature »

La dernière page de la brochure présente un « code de la chasse » assorti de recommandations de comportement : « J'évite les souffrances inutiles des animaux. » « Je participe à la préservation de la diversité des espèces. » « Je chasse avec respect et responsabilité. »

La réalité : depuis le début de la statistique du BPA en l'an 2000, plus de 75 personnes ont été tuées lors d'accidents de chasse jusqu'en 2019. D'un point de vue purement arithmétique, un accident de chasse survient toutes les 29 heures. Chaque année, on dénombre environ 300 accidents reconnus liés à la chasse de loisir – plus un nombre considérable de cas non recensés concernant les retraités et les accompagnateurs, qui n'apparaissent pas dans les statistiques.

Des études scientifiques documentent systématiquement les conséquences : les animaux sauvages vivent sous un stress permanent dans une « Landscape of Fear » (paysage de la peur). Chez les sangliers soumis à des poussées, des taux de cortisol élevés ont été mesurés (Güldenpfennig et al. 2021). Les lièvres variables chassés avec des chiens présentaient un taux de cortisol 6,5 fois plus élevé (Pedersen et al. 2024). La chasse de loisir détruit les structures familiales, impose des changements de comportement non naturels et déclenche une reproduction compensatoire.

La criminalité dans le milieu de la chasse de loisir

La catégorie « Criminalité et chasse » sur wildbeimwild.com documente depuis des années les infractions, les violations des règles et les dysfonctionnements systémiques dans le milieu de la chasse de loisir. Cela inclut le braconnage, les tirs illégaux d'espèces protégées, les tirs erronés sur des animaux domestiques et de rente, l'usage abusif des armes et les menaces contre ceux qui pensent différemment. En octobre 2024, un chasseur de loisir valaisan a abattu un chien de protection des troupeaux qu'il aurait pris pour un loup – valeur : environ 8’000 francs. Fin novembre 2024, dans le canton de Vaud, un chasseur de loisir de 64 ans a été tué par le tir d'un collègue.

La Protection suisse des animaux PSA exige notamment une interdiction du déterrage à l'échelle nationale, une restriction stricte de la battue, une obligation de déclaration pour les recherches au sang, la fin de la munition au plomb et le retrait d'espèces telles que le lièvre brun, le lièvre variable, le tétras-lyre, le lagopède et la bécasse des bois de la liste des espèces chassables. Aucune de ces revendications ne figure dans le « code de chasse » de la brochure – et aucune n'a été soutenue par JagdSchweiz.

Une activité de loisir qui tue régulièrement des humains et des animaux, qui chasse des espèces protégées et qui se soustrait à tout contrôle indépendant n'est certainement pas « responsable ».

Affirmation 10 : « JagdSchweiz collabore avec le WWF, Pro Natura et BirdLife »

La brochure énumère de nombreuses « organisations aux objectifs apparentés », parmi lesquelles le WWF, Pro Natura et BirdLife Suisse. Ce que l'on suggère : la chasse de loisir bénéficierait d'un large soutien et serait acceptée par les organisations de protection de la nature.

Ce qui se passe réellement : selon la brochure, le dialogue institutionnel sert à «empêcher des restrictions de chasse absurdes et des surréglementations démesurées». La collaboration n'est donc pas un engagement en faveur de la protection de la nature, mais un instrument stratégique de lobbying. Il ne s'agit pas de promouvoir ensemble la biodiversité — il s'agit de repousser les restrictions à la chasse de loisir.

Dialogue échoué

Ce qui frappe, c'est qui manque dans la liste des partenaires de la brochure : la Protection suisse des animaux PSA — la plus grande et la plus ancienne organisation de protection animale du pays — a cessé tout dialogue avec JagdSchweiz. La PSA exige l'interdiction du déterrage, une restriction stricte de la battue, la fin de la munition au plomb et le retrait des espèces menacées de la liste de chasse. JagdSchweiz combat chacune de ces revendications.

Le processus des parties prenantes pour la révision de la loi sur la chasse a lui aussi échoué : en octobre 2022, l'Union des paysans, l'Association de l'économie alpestre et le SAB se sont retirés des négociations communes. La «collaboration constructive» que JagdSchweiz vante dans la brochure se brise régulièrement sur la réalité — parce que le lobby de la chasse considère les compromis comme une menace pour son loisir et torpille systématiquement les revendications de protection de la nature.

La liste des partenaires dans la brochure n'est pas une coalition de personnes partageant les mêmes idées. C'est une énumération d'organisations avec lesquelles JagdSchweiz se trouve occasionnellement dans une même salle et qui défendent des positions fondamentalement différentes sur des questions centrales.

Brochure publicitaire plutôt que base factuelle

La brochure de JagdSchweiz n'est pas un document scientifique, mais un instrument de relations publiques. Elle passe systématiquement sous silence les côtés sombres de la chasse de loisir : la souffrance animale due aux tirs manqués, les risques sanitaires liés à la munition au plomb, la reproduction compensatoire, les accidents de chasse, l'état catastrophique de la biodiversité en Suisse et l'existence d'alternatives qui fonctionnent, comme dans le canton de Genève.

Quiconque veut répondre honnêtement à la question «La chasse de loisir protège-t-elle et est-elle utile ?» doit regarder au-delà des images sur papier glacé et prendre connaissance des preuves scientifiques.