Le lobby de la chasse utilise les sondages d'opinion comme arme de relations publiques
Jagd Österreich et les fédérations régionales de chasse célèbrent un nouveau sondage comme un succès historique. Mais qui lit l'étude attentivement reconnaît : l'image a plus à voir avec le marketing qu'avec les sondages d'opinion.
En février 2026, l'organisation faîtière Jagd Österreich a diffusé un communiqué de presse qui avait du poids. «85 pour cent disent Oui !», tel était le slogan qui orne depuis les sites web des fédérations régionales de chasse, de la Carinthie au Vorarlberg.
Il s'agit du résultat d'un sondage que l'Institut pour la démoscopie & l'analyse de données (IFDD) a réalisé en décembre 2025 sur mandat de Jagd Österreich auprès d'Autrichiens ayant le droit de vote. Le message se veut clair : la population soutient la chasse de loisir, les revendications de réforme n'ont pas de soutien social, le statu quo est légitimé.
Mais qui lit l'étude de manière critique constate : le chiffre dit quelque chose de tout à fait différent de ce que prétend le lobby de la chasse.
La question décisive et ce qu'elle tait
La question centrale du sondage était formulée ainsi : « Indépendamment de votre opinion personnelle sur la chasse : concédez-vous à d'autres personnes de votre pays le droit de chasser, si elles le font conformément aux lois et règlements de chasse en vigueur ? »
Cette formulation est méthodologiquement explosive. Elle ne demande pas si les personnes interrogées trouvent la chasse de loisir bonne, sensée ou souhaitent la maintenir, elle demande simplement si elles concèdent à d'autres une activité légalement autorisée. C'est une question de tolérance libérale, pas d'approbation substantielle. Avec la même logique, on pourrait demander : « Concédez-vous à d'autres le droit de boire légalement de l'alcool ? » et comptabiliser 95 pour cent d'approbation comme une « forte acceptation de l'alcool ».
La deuxième affirmation, qui a également obtenu 85 pour cent d'approbation, est construite de manière similaire : « La chasse est quelque chose de positif, si elle est pratiquée de manière responsable et éthique. » Le « si » conditionnel est décisif. Qui approuve cette affirmation ne dit pas que la chasse de loisir est effectivement pratiquée ainsi, mais seulement qu'une chasse de loisir hypothétiquement idéale serait positive. L'approbation du souvenir de trophée (84 pour cent) n'a également été recueillie que sous condition que « la chasse s'effectue conformément à la loi et apporte une contribution à la protection de la nature ». De telles conditions sont des constructions de relations publiques qui occultent la pratique réelle de la chasse.
Commanditaire, institut et conflit d'intérêts
Le sondage a été directement commandé par Jagd Österreich. L'IFDD, qui a mené l'enquête, n'est pas un institut de recherche indépendant, mais un prestataire commercial qui travaille selon commande, c'est-à-dire selon le catalogue de questions et les préférences d'évaluation du commanditaire. C'est habituel dans l'étude de marché, mais cela rend les résultats impropres à des fins de légitimation politique.
La même problématique est connue en Suisse : l'association faîtière JagdSchweiz a fait réaliser par l'entreprise d'étude de marché Demoscope un sondage qui concluait que « la grande majorité de la population suisse est d'avis qu'on chasse ici de manière durable et respectueuse du bien-être animal ». Le même institut Demoscope avait cependant établi un an auparavant, cette fois sur commande de la Protection Suisse des Animaux (PSA), que 64 pour cent de la population suisse voulaient interdire la chasse au terrier et seulement 21 pour cent souhaitaient la maintenir. Deux études, le même institut, deux images opposées, selon le commanditaire.
La chambre d'écho : comment la demi-science devient doctrine
Régulièrement, des affirmations sont diffusées depuis le milieu des chasseurs de loisir qui, à l'analyse précise, ne trouvent pas leur origine dans la science, mais dans la littérature cynégétique et des sources également peu scientifiques. Cela tient surtout à la formation souvent insuffisante dans les cours de préparation à l'examen de chasse : ceux-ci sont majoritairement dispensés par des personnes qui défendent parfois des idéologies sectaires et n'ont besoin d'aucune qualification pédagogique régulière. La biologie de la faune, l'écologie et le droit de protection des animaux n'y figurent au mieux qu'en marge, la tradition cynégétique et l'idéologie du territoire dominent le programme.
Après la formation, les chasseurs de loisir évoluent presque exclusivement dans la chambre d'écho de la presse cynégétique, qui répète et amplifie constamment des représentations biaisées et souvent simplement fausses. Dans les associations de chasse, on se confirme mutuellement dans sa propre vision du monde, il naît une communauté cloisonnée, difficilement accessible aux nouvelles informations scientifiques, avec un esprit de corps prononcé. Ce serait moins problématique socialement si ce milieu restait entre soi.
Le problème fatal est cependant le suivant : la presse locale et la politique croient encore aujourd'hui qu'une expertise se cache sous le chapeau du chasseur, et interrogent de manière réflexe les chasseurs de loisir locaux sur les sujets liés à la nature. Loup, renard, chevreuil, état de la forêt, populations de sangliers : les chasseurs de loisir sont considérés comme un groupe d'experts, bien qu'ils soient partie prenante. De cette manière, les chasseurs de loisir contaminent systématiquement le discours public avec des demi-connaissances, qui sont reprises et diffusées sans esprit critique par les rédactions. C'est précisément ce mécanisme qu'analyse le dossier «Médias et thèmes de chasse» de wildbeimwild.com et qui fournit une boîte à outils concrète pour le reconnaître.
Que se passe-t-il lorsqu'on nomme des pratiques concrètes ?
La différence entre les questions d'approbation vagues et les questions concrètes sur les pratiques de chasse réelles est dramatique. Dès que les personnes interrogées savent de quoi il s'agit réellement pour certaines méthodes, l'opinion bascule.
Selon le sondage STS : 64 pour cent veulent interdire la chasse au terrier (où les chiens sont lancés sur des renards vivants dans des tubes artificiels). 43 pour cent veulent interdire complètement la chasse battue, 32 pour cent supplémentaires veulent la restreindre fortement, soit ensemble 75 pour cent pour une fin ou une restriction massive de cette forme de chasse. L'étude WaMos-2 de 2012 montrait déjà que 79 pour cent de la population suisse ont des réserves envers la chasse de loisir ou la rejettent fondamentalement.
Le piège du cadrage : vendre la tolérance comme de l'acceptation
Le problème central réside dans un cadrage délibéré : le lobby de la chasse traduit «tolérance envers une activité légalement autorisée» en «acceptation sociale» et de là en «mandat social». Il s'agit d'un glissement rhétorique en trois étapes qui ne doit pas rester sans réponse dans un débat public.
À titre de comparaison : les animaux sauvages sont res nullius, ils n'appartiennent à personne. Ils sont un bien commun de toute la société, pas seulement des quelque 135'000 détenteurs de licences de chasse de loisir autrichiens. Le rapport entre chasseurs de loisir et non-chasseurs est en Autriche et en Suisse d'environ 1 pour 60. Malgré cela, les intérêts de cette petite minorité sont pondérés de manière largement disproportionnée par le lobbying, la législation et la suprématie interprétative médiatique.
L'argument du «gibier bio» : légitimation de consommation par tromperie sur l'étiquette
Outre le sondage d'acceptation, Jagd Österreich joue régulièrement dans sa communication publique un deuxième argument de légitimation : le gibier serait «naturel», «régional», «durable» et quasi la meilleure viande bio. L'argument est efficace et factuellement intenable.
En réalité, la viande de gibier est l'une des catégories de viande les moins contrôlées d'Europe. Cela commence par les munitions : lorsque le gibier est abattu avec des munitions contenant du plomb, ce qui reste encore la norme en Autriche et en Suisse, de très fins fragments de plomb peuvent se répandre loin dans la chair musculaire, invisibles et non éliminables lors de la préparation. La teneur moyenne en plomb dans la viande de gibier de petits animaux est selon les études d'environ 5,2 ppm, environ 14 fois plus élevée que dans les évaluations des risques de l'UE. L'Institut fédéral d'évaluation des risques (BfR) et l'Office fédéral suisse de la sécurité alimentaire (OSAV) déconseillent expressément la consommation aux femmes enceintes, aux femmes en âge de procréer et aux enfants de moins de sept ans.
S'ajoutent les risques de zoonoses : trichinose, hépatite E et salmonelloses sont documentées chez le gibier, l'hygiène de la viande en dehors des abattoirs commerciaux n'est guère contrôlée de manière standardisée. Les carcasses restent souvent non réfrigérées pendant des heures après l'abattage, dans des conditions qui entraîneraient la fermeture immédiate d'une boucherie commerciale.
L'argument « la venaison est bio » est juridiquement tout simplement faux : le gibier issu de la chasse de loisir ne peut pas être certifié ou commercialisé comme produit bio dans l'UE et en Suisse, car les conditions de production ne sont pas contrôlables. L'étiquetage comme « naturel » et « respectueux des animaux » est donc aussi un élément de cadrage délibéré dans la campagne d'acceptation autrichienne. Il suggère au consommateur une bonne conscience lors de l'achat de viande, tandis que les risques sanitaires et écologiques réels sont systématiquement occultés.
Plus d'informations sur wildbeimwild.com : Viande de gibier : naturelle, saine ou dangereuse ? · Dossier viande de gibier en Suisse · Mise en garde contre la viande de gibier du chasseur de loisir
Le sondage que personne ne cite
Un autre indice de l'utilisation sélective des données d'opinion : les études qui ne conviennent pas au lobby de la chasse sont systématiquement ignorées. La recherche indépendante montre que dans les zones non chassées ou peuplées de loups, les populations de gibier sont plus stables et en meilleure santé que dans les zones intensivement chassées. Les preuves scientifiques de l'effet régulateur supposé de la chasse de loisir sur la dynamique des populations sont bien moins évidentes que ne le présente la chasserie de loisir.
Deux exemples suisses le démontrent de manière impressionnante. Canton de Genève : Depuis l'interdiction complète de la chasse par votation populaire en 1974, la biodiversité du canton s'est manifestement rétablie. L'inspecteur cantonal de la faune Gottlieb Dandliker a documenté que les renards, martres et blaireaux « sont largement présents, mais ne posent aucun problème » et la population de lièvres est aujourd'hui la plus importante de Suisse, précisément sans chasse de loisir. 10 pour cent des surfaces agricoles sont des surfaces de compensation écologique ; la biodiversité est scientifiquement prouvée nettement plus élevée qu'à l'époque de la chasse.
Parc national suisse : Depuis sa création en 1914, une interdiction complète de la chasse s'applique dans le plus ancien parc national d'Europe centrale, et le résultat après plus de 100 ans fait l'objet d'un accompagnement scientifique. La diversité animale et végétale a depuis augmenté : 108 espèces de papillons diurnes ont été recensées (plus de la moitié de toutes les espèces suisses), l'aigle royal s'est rétabli, les cerfs rouges sont revenus d'eux-mêmes. Sur les passages d'animaux sauvages dans le parc national, on trouve environ 30 fois plus de jeunes plants d'arbres qu'à l'extérieur, les cerfs favorisent le renouvellement forestier au lieu de le mettre en danger, comme le prétend le lobby de la chasse.
S'y ajoute : une étude dans la revue spécialisée Frontiers in Ecology and the Environment a montré que les mesures non létales comme les chiens de protection des troupeaux ont réduit les dommages au bétail dans 80 pour cent des cas étudiés, tandis que les abattages de prédateurs ont eu tendance à augmenter les dommages. « Il est effarant de voir à quel point la politique accorde peu d'attention aux expériences pratiques et aux études, et se laisse au contraire guider par la pression d'intérêts particuliers », a commenté l'expert Gabor von Bethlenfalvy du WWF Suisse. De telles connaissances ne sont naturellement pas mentionnées dans les communiqués de presse des associations favorables à la chasse.
Légitimation par auto-enquête
Le message « 85 pour cent disent oui » n'est pas une preuve d'acceptation sociale de la chasse de loisir, c'est le résultat d'une mesure de relations publiques commandée par eux-mêmes, méthodologiquement optimisée avec des questions suggestives et un contexte occulté. Le même schéma se manifeste en Suisse, où le lobby de la chasse lance régulièrement des sondages qui doivent légitimer leurs propres actions, tandis que les résultats d'études contraires du même institut sont à peine mentionnés.
Qui veut débattre des besoins de réforme dans la chasse de loisir a besoin de recherche indépendante : des sondages méthodologiquement transparents avec des questions concrètes sur des pratiques de chasse spécifiques, menés sans participation des associations de chasse comme mandataires. Tout le reste est, selon les mots de l'IG Wild beim Wild, à peu près aussi révélateur qu'un poisson mort dans l'assiette.
Plus d'informations sur wildbeimwild.com : Opposants à la chasse pour de bonnes raisons · La population suisse est mal informée sur la chasse de loisir
Soutenez notre travail
Avec votre don, vous contribuez à protéger les animaux et à faire entendre leur voix.
Faire un don maintenant →