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Chasse

Les chasseurs de loisir comme protecteurs de la nature ? Le mythe à l'épreuve des faits

De nombreuses associations de chasseurs et chasseurs de loisir individuels se présentent publiquement comme des « protecteurs de la nature ». Ils parlent de gestion, d'entretien, de régulation et de responsabilité. Cela sonne rassurant, presque comme un service rendu à la collectivité. Mais cette image de soi résiste-t-elle à une vérification factuelle objective ?

Rédaction Wild beim Wild — 31 décembre 2025

Cette contribution sépare les affirmations des points vérifiables. Et elle montre pourquoi la protection de la faune sauvage ne commence pas automatiquement là où un fusil est porté.

1) Que signifie la protection de la nature ?

La protection de la nature a un objectif clair : préserver à long terme les habitats et les espèces, réduire les pressions, favoriser la biodiversité. Cela inclut les zones protégées, la reconnexion des habitats, la réduction des perturbations, la gestion des pesticides et des nutriments, moins de fragmentation par les routes et infrastructures.

La chasse en revanche est avant tout une utilisation : les animaux sauvages sont chassés, tués et valorisés ou « gérés » comme « cheptel ». Cela peut dans certaines situations entrer en conflit avec les intérêts de protection, mais parfois aussi évoluer en parallèle. Ce qui est déterminant : la chasse n'est pas automatiquement de la protection de la nature simplement parce qu'elle se déroule en forêt.

2) Affirmation : « La chasse régule les populations, la nature n'y arrive plus »

C'est l'un des arguments les plus fréquents. Il contient un noyau de vérité, mais est souvent utilisé de manière trop générale.

Oui, les écosystèmes sont aujourd'hui fortement marqués par l'homme. Les habitats sont fragmentés, l'agriculture et le trafic influencent massivement les populations d'animaux sauvages. Mais il ne s'ensuit pas automatiquement que la chasse de loisir soit la meilleure ou la seule solution.

En Suisse, de très nombreux animaux sauvages sont abattus chaque année, et pourtant les populations restent stables selon l'espèce ou augmentent même. Cela montre : la réalité est complexe, et « plus d'abattage » n'équivaut pas à « plus d'efficacité ». Les statistiques de chasse sont consultables publiquement et montrent les tendances à long terme, mais elles n'expliquent pas à elles seules les causes derrière l'évolution des populations.

Point important : si la régulation est vraiment l'objectif, il faut des critères clairs : des objectifs mesurables, un monitoring indépendant, de la transparence, une vérification d'efficacité. Pas la tradition et la logique de territoire.

3) Affirmation : « La chasse protège la forêt de l'abroutissement »

Cet argument aussi est répandu : moins d'ongulés, moins d'abroutissement, plus de rajeunissement. Dans la pratique, le débat forêt-gibier est cependant souvent simplifié.

  • L'abroutissement ne dépend pas seulement du nombre d'animaux, mais aussi de la structure forestière, du mélange d'essences, de la pression de chasse, des dérangements, des quartiers d'hiver, du nourrissage, du climat et de l'utilisation du territoire.
  • La chasse peut modifier le comportement des animaux sauvages, de sorte qu'ils se retirent dans certaines zones et y causent localement plus d'abroutissement.

Dans les discussions spécialisées sur la régulation du gibier, il est régulièrement souligné que les prédateurs naturels doivent être encouragés, sans surestimer les effets, et que la gestion doit être différenciée.

En bref : « La forêt a besoin de chasseurs » est une phrase toute faite trop simple. La forêt a surtout besoin de tranquillité, de structure, de diversité et de moins de pression de tous côtés.

4) Affirmation : « Les chasseurs font de la protection des espèces »

Ici, un regard précis s'impose : la protection des espèces signifie que les espèces et leurs habitats sont protégés, particulièrement les espèces menacées. La chasse peut y contredire, quand elle chasse directement des espèces, augmente les dérangements ou influence indirectement les habitats.

Un lien pertinent est la chasse illégale aux oiseaux en Europe. Les rapports d'organisations de protection de la nature et les analyses journalistiques montrent que des millions d'oiseaux continuent d'être tués illégalement et que de nombreux États manquent leurs objectifs de lutte. Cela ne concerne pas « la Suisse seule », mais cela montre à quel point il est problématique de présenter la chasse globalement comme protection de la nature.

Et même avec la chasse légale, la question demeure : est-ce vraiment la protection qui est priorisée ou sont-ce l'utilisation, la tradition et le « tableau » qui sont au premier plan ?

5) Affirmation : « Les chasseurs font des valorisations d'habitat »

Oui, il y a des chasseurs de loisir qui entretiennent des biotopes, valorisent des haies ou sauvent des amphibiens. De tels engagements peuvent être précieux.

Mais la vérification des faits doit demander :

  • Ce travail aurait-il également lieu sans la chasse, financé et organisé par la protection de la nature, les communes ou les cantons ?
  • À quelle fréquence le travail sur l'habitat a-t-il lieu comparé à l'exercice de la chasse elle-même ?
  • Y a-t-il de la transparence, des preuves, des objectifs de biodiversité mesurables ?

La promotion de l'habitat est de la protection de la nature. Mais elle ne devient pas automatiquement « chasse » simplement parce que les chasseurs de loisir y participent parfois.

6) Affirmation : « Sans la chasse, il y aurait plus de dégâts de gibier et plus d'accidents »

Les dégâts de gibier et les accidents avec la faune sont des sujets réels. Mais ici aussi : les causes sont souvent systémiques.

  • Les monocultures, l'agriculture intensive, le manque de zones de refuge et la fragmentation conduisent aux conflits.
  • La gestion de la faune sauvage comprend plus que les abattages : prévention, planification paysagère, mesures de protection, utilisation adaptée.

Il existe en Suisse des traitements de données et des visualisations des statistiques de chasse et de pêche qui montrent à quel point la situation varie selon la région et l'espèce.

Quand la chasse est vendue comme unique instrument, c'est généralement le signe que d'autres mesures ne sont pas mises en œuvre de manière conséquente politiquement ou financièrement.

7) Ce qui est souvent occulté dans le narratif chasse-protection de la nature

La chasse génère stress et dérangement supplémentaires

La chasse n'est pas seulement « prélèvement ». C'est du bruit, des accidents de la route avec des animaux sauvages en fuite et des chiens de chasse, de la poursuite, des coups de feu, des chiens, des chasses en battue, des affûts nocturnes. Pour la faune sauvage, cela signifie fuite, perte d'énergie, déplacement vers des habitats plus difficiles.

La chasse peut renforcer les cycles

Là où la « régulation » est pratiquée comme standard pendant des années, naît fréquemment un système d'intervention, d'adaptation et de nouvelle intervention. C'est exactement ce que critiquent aussi les analyses critiques de la chasse qui pointent la logique derrière les plans de tir et la « sécurisation des populations ».

La chasse détourne des grandes causes

Perte d'habitat, circulation, agriculture, pression récréative, climat. Ce sont les grands moteurs. Quand la chasse est mise en scène comme protection de la nature, cela ressemble parfois à un raccourci : on peut « agir » sans s'attaquer aux questions structurelles difficiles.

8) Alternatives qui ressemblent vraiment à de la protection de la nature

  • Connecter l'habitat : corridors fauniques, moins de fragmentation, meilleurs passages
  • Prendre au sérieux les zones de tranquillité : protection contre le dérangement, y compris contre le dérangement cynégétique
  • Prévention plutôt qu'abattage : protection des troupeaux, clôtures, agriculture adaptée
  • Coexistence avec les prédateurs : concepts intégrés au lieu de tirs symboliques politiques
  • Monitoring indépendant : données transparentes, objectifs clairs, contrôle d'efficacité

Concernant le rôle des prédateurs dans les écosystèmes et leur classification dans l'espace alpin, il existe de sérieuses évaluations de protection de la nature qui soulignent la complexité.

La protection de la nature est une exigence, non une étiquette

Un chasseur de loisir peut s'engager pour la nature. Mais la chasse en soi n'est pas une garantie de protection de la nature. Qui revendique la protection de la nature doit se mesurer aux critères de protection de la nature : améliorer les habitats, réduire les perturbations, favoriser la biodiversité, créer la transparence, prouver l'efficacité.

Et c'est exactement là que le mythe commence à s'effriter.

Bloc FAQ

La chasse est-elle légalement de la protection de la nature en Suisse ?
Non. La chasse est légalement une utilisation et une régulation dans le cadre d'une gestion de la faune sauvage, la protection de la nature suit d'autres objectifs et instruments.

Faut-il la chasse pour la protection de la forêt ?
Non de manière générale. L'abroutissement est multifactoriel. La protection forestière exige structure, diversité, tranquillité, prévention et gestion basée sur les données.

Pourquoi de nombreux chasseurs se disent-ils protecteurs de la nature ?
Parce qu'ils exercent certaines activités de protection de la nature ou parce que la chasse est socialement mieux acceptée quand elle est présentée comme un « service ».

Plus sur le thème de la chasse de loisir : Dans notre Dossier sur la chasse nous regroupons vérifications factuelles, analyses et reportages de fond.

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