09.10.2026, 21:22

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Loup en Suisse : faits, politique et limites de la chasse

Le loup est de retour en Suisse, et avec lui un débat mené avec véhémence, où faits, émotions et intérêts de lobbying s'entremêlent. Alors qu'une partie du monde politique souhaiterait revenir à une chasse généralisée, chercheurs et organisations de protection animale rappellent les engagements internationaux, les modèles de protection des troupeaux qui fonctionnent et le rôle écologique central du loup.

Ce dossier rassemble analyses, études et recherches de wildbeimwild.com et les situe dans le contexte de la politique suisse de la chasse, de la Convention de Berne et de la politique européenne du loup.

Ce qui vous attend ici

  • Retour du loup : effectif et répartition : Environ 30 meutes et 300 loups en 2023 dans les Alpes, les Préalpes et le Jura, la meute de Calanda comme modèle de réussite, études comportementales sur la méfiance envers l'humain.
  • Lignes de front politiques : qui chasse le loup ? Bilan valaisan du loup 2025/2026, plus de 200 scientifiques opposés au classement dans la loi sur la chasse, initiative cantonale « Loup, assez, c'est fini ! », Darbellay et Regazzi comme acteurs politiques.
  • Protection des troupeaux : ce qui fonctionne vraiment : Modèle de Calanda, coûts du tir contre la protection des troupeaux, 4'000 moutons morts chaque année de maladie ou de chute contre 336 attaques de loup, exemples internationaux.
  • Cadre juridique : Convention de Berne et loi sur la chasse : Concept Loup Suisse 2008, révision de la JSG en 2020, Convention de Berne octobre 2024, procédure d'examen du Conseil de l'Europe décembre 2024, déclassement par l'UE en 2025.
  • Tirs erronés, jeunes animaux et éthique : Tirs erronés de Marchairuz et Moesola en 2022, la régulation de base comme mise à mort systématique des jeunes animaux.
  • Agriculture de montagne et conflits structurels : Le loup comme bouc émissaire de problèmes structurels non résolus, paiements directs, politique d'implantation.
  • Lobby de la chasse et manque de transparence : le Valais comme étude de cas : Critique du DJFW en 2016, fusion entre chasse de loisir et mandat officiel, psychologie de la culture de la chasse.
  • Perspective internationale : l'Europe en guerre contre le loup : Chasse sous licence stoppée en Suède, loup de recherche « Andrea » en Carinthie, braconnage en Poschiavo.
  • Situation en octobre 2026 : Régulation du loup 2026/27, motion sur le seuil 25.4464, consultation sur la révision de la loi sur la chasse.
  • Argumentaire : Réponses aux objections les plus fréquentes de la politique de tir.
  • Liens rapides : Tous les articles, dossiers et sources externes pertinents.

Retour du loup : population et répartition

Depuis le milieu des années 1990, le loup revient en Suisse par voie naturelle, principalement via l'Italie et la France. Les données de monitoring montrent que la population s'est d'abord étendue lentement, puis beaucoup plus rapidement. En 2023, environ 30 meutes et au total quelque 300 loups ont été recensés, principalement dans les Alpes, les Préalpes et le Jura.

L'expansion se déroule de manière très différente selon les régions. Dans le canton des Grisons, la meute du Calanda est considérée comme la première meute sédentaire des temps modernes. Malgré environ 1500 moutons présents sur son territoire, seuls 37 animaux de rente ont été tués par cette meute en cinq ans : un résultat direct d'une protection des troupeaux appliquée de manière conséquente. Les programmes de tir se concentrent en revanche particulièrement sur le Valais, où la pression politique et le lobby de la chasse sont particulièrement forts. Dans le Jura, seules deux meutes sont établies (Marchairuz et Risoux), dont les loups dominants ont été tués en 2022 à la suite de tirs erronés ou transfrontaliers, ce qui a gravement mis en péril la population régionale de loups.

Les loups évitent les humains : la recherche est formelle

Des études comportementales démontrent que les loups évitent systématiquement les humains. Des expériences menées avec des enregistrements sonores de voix humaines révèlent des réactions de fuite marquées, nettement plus fortes que face à des aboiements de chiens ou des chants d'oiseaux. Cette méfiance persistante contraste fortement avec la rhétorique publique du « loup à problème » et montre clairement que les conflits naissent surtout là où se rencontrent élevage sans protection, intérêts de la chasse et pression politique.

Pour en savoir plus : Loup : fonction écologique et réalité politique et La chasse spéciale aux Grisons

Lignes de front politiques : qui chasse le loup ?

Dans plusieurs cantons, la politique et le lobby de la chasse tentent de soustraire le loup au régime de protection strict pour le faire basculer dans une logique de chasse ordinaire. Le Bilan valaisan du loup 2025/2026 en est l'exemple type : sous l'étiquette de « régulation proactive », des meutes entières et de nombreux jeunes animaux ont été autorisés au tir en l'espace de quelques mois, ce qui revient en réalité à un affaiblissement systématique de la population suisse. Rien que durant la période de régulation 2025/2026, le canton du Valais a fait abattre 27 loups : trois par décision de tir individuel, 24 via ce que l'on appelle la régulation d'effectif de meutes entières.

La science contre la loi sur la chasse

Plus de 200 scientifiques critiquent, dans une lettre ouverte, le fait que des espèces menacées comme le loup n'ont pas leur place dans la loi sur la chasse, car la chasse a plutôt tendance à exacerber les conflits qu'à les résoudre. Dans l'article « Pourquoi les espèces menacées n'ont pas leur place dans la loi sur la chasse » wildbeimwild.com approfondit précisément cette ligne de conflit. La critique centrale : les tirs détruisent les structures sociales, ce qui entraîne une reproduction accrue, une immigration et un comportement instable — exactement le contraire de ce qui est vendu comme une « régulation ».

Initiative cantonale « Loup, c'est fini, la plaisanterie ! »

Déjà en 2016, le canton du Valais exigeait, avec l'initiative cantonale « Loup, c'est fini, la plaisanterie ! », la levée du statut de protection du loup et une renégociation de la Convention de Berne. La Commission de l'environnement du Conseil national (CEATE) a approuvé cette initiative à une courte majorité. Pro Natura a qualifié cette démarche d'« initiative d'extermination ». Le Conseil fédéral avait déjà créé, dès 2012 et 2013, des possibilités de tirer des loups isolés en cas de dommages importants, sans toucher au régime de protection fondamental.

Christophe Darbellay et Fabio Regazzi

Au cœur de la chasse politique au loup se trouvent des politiciens du Centre tels que Christophe Darbellay (PDC Valais) et Fabio Regazzi (PDC Tessin). Tous deux proviennent d'un parti qui se présente comme gardien des valeurs chrétiennes, mais poursuivent, en matière de politique du loup, une politique d'intérêts sans compromis en faveur du lobby de la chasse de loisir et de la branche de l'élevage. Darbellay n'est pas seulement le responsable politique des programmes de tir valaisans, il est lui-même chasseur de loisir. Dans l'article « La guerre du loup de Christophe Darbellay : polémique contre les faits » wildbeimwild.com montre comment des événements isolés sont ciblés, montés en épingle de manière émotionnelle, tandis que les évaluations scientifiques sont évincées, afin de créer une atmosphère de menace permanente.

Regazzi, ancien président de la chasse dans le canton du Tessin, prône le modèle suédois du loup comme exemple à suivre — précisément ce modèle qui a été stoppé par les tribunaux pour non-respect des exigences de l'État de droit et de la protection des espèces. L'article « Fabio Regazzi et la politique du loup des solutions expéditives » documente comment les interventions de Regazzi déplacent systématiquement la politique de la faune, de la protection vers la minimisation.

Deux logiques s'affrontent

Au niveau fédéral et cantonal s'affrontent ainsi deux logiques : une politique centrée sur la chasse, qui traite le loup comme un « chiffre de population », et une perspective orientée vers la protection de la nature, qui place au centre les structures sociales des meutes, la protection des troupeaux et les engagements internationaux en matière de protection des espèces.

Pour en savoir plus : Bilan valaisan sur le loup : les chiffres d'un massacre et Le lobby des chasseurs en Suisse : comment fonctionne l'influence

Protection des troupeaux : ce qui fonctionne vraiment

La Suisse dispose d'un large éventail de mesures de protection des troupeaux éprouvées : clôtures électriques, parcs de nuit, chiens de protection des troupeaux, gardiennage et formes de pâturage adaptées. La meute de Calanda aux Grisons démontre que ces mesures fonctionnent même dans une région riche en loups comptant environ 1500 moutons.

Dans le débat politique, la protection des troupeaux est souvent qualifiée de « trop coûteuse », « impraticable » ou « impossible dans les régions alpines escarpées ». La réalité montre pourtant autre chose : ce n'est pas la protection des troupeaux qui échoue, mais sa mise en œuvre et son financement conséquents. En Valais, 3,2 postes à plein temps ont certes été créés pour soutenir le service compétent, mais la majeure partie des 13’390 heures de travail effectuées en 2025 a été consacrée à la gestion et à la régulation du loup, et non au conseil en matière de protection des troupeaux. En comptant des coûts complets prudents de 60 à 80 francs de l'heure, le massacre de loups en Valais a englouti à lui seul, rien qu'en 2025, entre 0,8 et un peu plus d'un million de francs d'argent public. Le tir d'un seul loup coûte au contribuable suisse environ 35’000 francs.

Attaques de loups en proportion

Pro Natura avance à ce sujet un chiffre important : selon des études, environ 4000 moutons meurent chaque année dans les montagnes suisses de maladies, de chutes ou d'intempéries, notamment en raison d'un manque de surveillance. Les 336 attaques d'animaux de rente par des loups en 2022 (le deuxième chiffre le plus élevé depuis 1998) paraissent en comparaison modestes. Un détail particulièrement révélateur : 174 attaques concernaient le Valais, 54 le canton d'Uri, où elles étaient en grande majorité imputables à un seul animal (le loup M58), qui a depuis lors migré vers l'Autriche.

Chiens de protection des troupeaux : avantages et effets secondaires

Les chiens de protection des troupeaux constituent un élément central de la gestion non létale du loup, mais ils entraînent aussi des conflits : il arrive occasionnellement des rencontres avec des randonneurs, ce que le lobby de la chasse instrumentalise régulièrement comme argument contre la protection des troupeaux. Grâce à une formation professionnelle, une signalisation claire et des stratégies de pâturage adaptées, ces problèmes peuvent toutefois être nettement minimisés.

Exemples internationaux

Dans d'autres pays européens, des projets démontrent que la coexistence avec les prédateurs est possible lorsque la volonté politique, le financement et les approches participatives se conjuguent. En Italie, les mesures de protection des troupeaux sont encouragées depuis des décennies, et en Espagne, il existe des programmes efficaces de prévention des conflits. La Suisse pourrait s'inspirer de ces expériences plutôt que de miser sur une logique de chasse jugée inefficace sur le plan scientifique.

Pour en savoir plus : Protection des troupeaux en Suisse et Alternatives à la chasse : ce qui aide vraiment, sans tuer d'animaux

Cadre juridique : Convention de Berne et loi sur la chasse

Le loup est protégé en Suisse par la Convention de Berne (1979). Cet engagement de droit international interdit en principe la mise à mort intentionnelle des loups et n'autorise des exceptions que sous des conditions strictes : lorsqu'il n'existe aucune autre solution satisfaisante, lorsque la sécurité publique est menacée ou lorsque des dommages importants sont causés aux animaux de rente. En outre, il doit être garanti dans tous les cas que l'état de conservation de l'espèce n'est pas compromis.

En octobre 2024, la Convention de Berne a explicitement confirmé que les tirs « proactifs » (c'est-à-dire l'abattage préventif sans dommage concret) sont illégaux. En décembre 2024, le comité de la Convention de Berne a ouvert une procédure d'enquête contre la Suisse, le système de régulation en vigueur étant jugé non conforme à la convention.

Loi suisse sur la chasse et concept loup

La loi suisse sur la chasse (JSG) classe le loup comme espèce protégée, mais permet depuis 2012 des tirs individuels sous certaines conditions. Le concept loup Suisse de 2008 fixe le seuil de dommages : 25 animaux de rente tués en un mois ou 35 en quatre mois autorisent la décision de tir, mais uniquement si toutes les mesures de protection techniquement possibles, réalisables et finançables ont été mises en œuvre.

Avec la révision de la loi sur la chasse de 2020, les possibilités de tir ont encore été étendues : les jeunes loups d'une meute peuvent, sous certaines conditions, être abattus même lorsqu'ils séjournent régulièrement à proximité d'habitations. Cette « régulation proactive » est critiquée car elle ne se base plus sur des dommages concrets, mais intervient préventivement dans les structures des meutes, entrant ainsi en contradiction directe avec la Convention de Berne.

Dimension européenne

Au niveau de l'UE, le loup est protégé par la directive Habitats, Faune, Flore (directive FFH). Les États membres doivent garantir un état de conservation favorable et ne peuvent autoriser des prélèvements que sous des conditions strictes. Plusieurs arrêts de la CJUE ont confirmé que les tirs ne sont légaux que si les mesures alternatives ont été épuisées et si la population n'est pas menacée.

Déclassement du statut de protection: ce qu'il signifie et ce qu'il ne signifie pas

En 2025, le statut de protection du loup dans l'UE a été déclassé de « strictement protégé » à « protégé ». Des organisations de protection de la nature telles que la Large Carnivore Initiative for Europe ont qualifié ce déclassement de « prématuré et erroné », et plus de 700 scientifiques ont exprimé leurs préoccupations dans des lettres ouvertes. Un point est décisif: l'obligation de garantir un état de conservation favorable demeure même après ce déclassement. Celui qui interprète ce déclassement comme un blanc-seing pour une chasse au loup généralisée se méprend sur le droit, ou le fait sciemment.

Pour en savoir plus : Le loup en Europe : statut de protection, conflits et pression politique et Chasse illégale au loup en Suisse

Tirs erronés: un système, pas un accident

En 2022, en Suisse, au moins trois loups ont été tirés de manière incorrecte. Dans le canton de Vaud, fin novembre, le loup dominant de la meute du Marchairuz a été abattu par erreur, alors qu'un jeune animal aurait dû être tué. En octobre, dans le canton des Grisons, c'est le mâle dominant de la meute du Moesola qui a été abattu au lieu d'un jeune loup. En mars, en Valais, un loup non autorisé au tir a été tué.

Le Groupe Loup Suisse (GLS) a qualifié ces tirs d'illégaux: des animaux autres que ceux autorisés au tir ont été tués. Les tirs d'animaux dominants sont bien plus lourds de conséquences que ceux de jeunes animaux, car ils peuvent entraîner la dissolution de meutes entières. Pour les deux meutes de loups de l'Arc jurassien (Marchairuz et Risoux), cela a représenté une menace aiguë pour l'ensemble de la population régionale de loups, puisque les animaux dominants des deux meutes ont été tués en 2022.

Ces tirs erronés ne relèvent pas du hasard, mais sont l'expression d'un système qui mise sur la quantité plutôt que sur la qualité: lorsque des quotas de tir doivent être atteints, que les conditions de visibilité sont mauvaises et que la pression politique est forte, de mauvais animaux sont aussi tués. La responsabilité en incombe non seulement aux tireurs et tireuses individuels, mais aussi aux structures politiques et administratives qui permettent et légitiment cette pratique.

Pour en savoir plus : Lois sur la chasse et contrôle : pourquoi l'autosurveillance ne suffit pas et Accidents de chasse en Suisse

Jeunes animaux dans le viseur: l'éthique sens dessus dessous

Il est particulièrement troublant de constater que des jeunes animaux ne sont pas seulement tués au sein de meutes problématiques ayant causé des attaques répétées, mais aussi dans le cadre d'une « régulation de base » appliquée à des meutes n'ayant provoqué aucun dommage grave. Ainsi, de jeunes loups sont tués avant même d'avoir eu la chance d'apprendre comment leur meute gère la cohabitation avec le bétail et le paysage. Or, ce sont précisément ces processus d'apprentissage qui sont déterminants pour que les conflits diminuent à long terme.

Une éthique digne de ce nom définirait les jeunes animaux comme une ligne rouge : s'en prendre à eux ne porte pas seulement atteinte à l'individu, mais compromet l'avenir de toute la population. La pratique valaisanne inverse ce principe : les jeunes animaux deviennent la cible privilégiée, car ils sont les plus faciles à atteindre et offrent statistiquement un « succès » rapide. Parler ici de régulation masque le fait que le fondement même de toute responsabilité morale, à savoir la protection des plus faibles, est délibérément ignoré.

Il ressort de la Bilan valaisan du loup 2025/2026 à quel point la logique de la chasse s'infiltre dans la gestion étatique de la faune sauvage : les animaux sauvages deviennent des populations, les conflits des dossiers, et la régulation des plans de tir.

Pour en savoir plus : Chasse et protection animale : ce que la pratique fait aux animaux sauvages et Animaux sauvages, peur de la mort et absence d'étourdissement

Loup et agriculture de montagne : des conflits structurels

Les conflits entre le loup et l'agriculture de montagne sont réels, mais leurs causes sont plus profondes que la simple présence de prédateurs. L'agriculture de montagne suisse est soumise depuis des décennies à une pression structurelle : disparition des exploitations, dépendance aux paiements directs, topographie escarpée et concurrence internationale marquent le quotidien de nombreuses exploitations. Dans ce contexte, le loup devient l'exutoire de problèmes structurels non résolus et la cible d'une politique de chasse qui bafoue les normes scientifiques et éthiques minimales.

Ni le rôle des paiements directs et de la politique d'implantation, ni la responsabilité des modes d'exploitation dans les conflits avec les prédateurs ne sont sérieusement discutés. Le loup endosse le rôle de bouc émissaire que l'on évacue du système à coups de vocabulaire technique (« régulation de base », « mise en œuvre complète »). Au lieu d'investir résolument dans la protection des troupeaux, la conduite des pâturages, le conseil et les adaptations structurelles, on transforme le loup en ours à problèmes qu'il faudrait « garder sous contrôle » par des tirs planifiés avec une précision administrative.

Les véritables questions – quelle agriculture promouvoir dans les zones de montagne escarpées, comment adapter l'élevage aux prédateurs et quelle place laisser à la chasse de loisir dans un État de droit moderne – restent sans réponse.

Pour en savoir plus : Le paysage culturel comme mythe et Mythes de la chasse : 12 affirmations à examiner d'un œil critique

Lobby de la chasse et opacité : le Valais comme étude de cas

La politique suisse de la chasse est fortement marquée par des associations de chasse qui disposent d'accès directs aux gouvernements cantonaux, aux commissions et aux groupes parlementaires. En Valais, l'imbrication entre le monde de la chasse, la politique et l'administration est particulièrement étroite : le Service de la chasse, de la pêche et de la faune (SCPF) a été massivement critiqué en 2016 par la commission de gestion, en raison d'une direction défaillante, de problèmes d'alcool chez certains gardes-faune et d'une administration obsolète.

Avec des gardes-faune professionnels et des groupes de chasseurs de loisir, le canton crée une infrastructure centrée sur la chasse, dont la mission principale n'est pas la protection, mais le tir efficace. Lorsque mandat régalien et chasse de loisir fusionnent en une alliance poursuivant un objectif commun, celui-ci se résume à : tuer le plus de loups possible, le plus efficacement possible, le plus discrètement possible.

L'article «Psychologie de la chasse dans le canton du Valais» analyse comment des schémas profondément ancrés de domination, d'identité et de communauté façonnent la culture de la chasse. Le retour du loup est perçu comme une menace pour cet ordre, car il remet en question le contrôle sur le territoire «propre». Des campagnes chargées d'émotion, où des attaques isolées de loups sont érigées en véritables «agressions», exploitent des images de peur archaïques et détournent l'attention des problèmes structurels.

Pour en savoir plus : Comment les associations de chasse influencent la politique et l'opinion publique et Psychologie de la chasse

Perspective internationale : l'Europe en guerre contre le loup

La politique suisse en matière de loups n'est pas un cas isolé, mais s'inscrit dans un schéma européen où associations de chasse, lobby agricole et politiciens populistes s'efforcent conjointement de vider la protection des espèces de sa substance. En Autriche, le lobby de la chasse se réorganise sous la présidence du nouveau président Anton Larcher et met en avant le slogan «la science plutôt que l'émotion», tandis que loup, ours et droit des armes sont intégrés dans un régime de contrôle cynégétique. Le loup de recherche «Andrea», équipé d'un collier GPS par l'Université d'Udine, a été abattu en Carinthie dans la nuit du 3 février 2026. Un projet de 250'000 euros s'est achevé en un seul coup de feu.

Suède : modèle ou avertissement ?

Fabio Regazzi vante depuis des années le modèle suédois du loup comme exemple à suivre pour la Suisse. Or, c'est précisément ce modèle, où des chasses sous licence avec des objectifs d'effectifs fixés politiquement, qui a désormais été stoppé par les tribunaux, car il contrevient aux exigences de l'État de droit et à la protection des espèces. Dans l'article «Chasse au loup 2026 stoppée : comment les tribunaux protègent mieux le loup que la politique» wildbeimwild.com montre ce que cela signifie pour la politique européenne du loup : la Suède ne montre pas comment fonctionne la gestion du loup, mais comment la politique de chasse échoue face à l'État de droit.

Le braconnage comme symptôme

Le cas d'un loup tué illégalement dans le Puschlav (Grisons, septembre 2025) n'est pas un cas isolé, mais fait partie d'un schéma observable dans tout l'espace alpin. L'article «Plainte pénale : un chasseur de loisir tue un loup» documente comment un droit pénal clément et un climat politique favorisent le braconnage du loup.

Pour en savoir plus : Crise de la chasse en Europe : la FACE se bat pour des tirs, la Suisse reste dans l'ombre et Chasse au trophée : quand tuer devient un symbole de statut

Situation en octobre 2026

Depuis le 1er septembre 2026, la régulation préventive des meutes de loups est en cours, elle dure jusqu'au 31 janvier 2027. Selon l'aperçu de l'OFEV (état au 4 octobre 2026), l'Office fédéral a accordé 39 autorisations de régulation de meutes, réparties sur sept cantons : Grisons, Tessin, Valais, Saint-Gall, Neuchâtel, Schwyz et Glaris. Le nombre réel de loups effectivement tués n'est pas communiqué en continu par la Confédération. Les tirs officiellement publiés sont recensés par notre compteur « Tirs de loups Suisse 2026/27 », la mise en contexte figure dans le Bilan intermédiaire après cinq semaines de régulation du loup.

Sur le plan politique, la marge de manœuvre doit encore s'élargir. Le 23 septembre 2026, le Conseil national a adopté la motion 25.4464 du conseiller aux États Fabio Regazzi par 116 voix contre 73 et 6 abstentions, après que le Conseil des États l'avait déjà approuvée lors de la session de printemps. Le Conseil fédéral doit désormais créer une base légale permettant des tirs dès que la population de loups atteint un seuil fixé avec les cantons. La motion ne mentionne aucun chiffre. Plus d'informations : «Seuil du loup : le Conseil national approuve des tirs préventifs».

Parallèlement, la procédure de consultation relative à une nouvelle révision de la loi sur la chasse, ouverte par le Conseil fédéral le 24 juin 2026, court jusqu'au 16 octobre 2026. Elle met en œuvre les motions 25.3715 (Friedli) et 25.3549 (Broulis) : les interventions dans les meutes de loups devraient désormais être possibles également entre le 1er février et le 31 mai, ainsi que dans les districts francs fédéraux. Selon le Conseil fédéral, la condition est que les loups contournent de manière répétée les mesures de protection des troupeaux ou mettent en danger des personnes. IG Wild beim Wild demande, dans sa prise de position, la suppression des deux dispositions. Contexte :« Loi sur la chasse : consultation sur les tirs de loups pendant la période de mise bas et dans les districts francs » et « Districts francs : pourquoi les tirs de loups vident de leur sens l'idée de protection ».

Pas de gestion naturelle : un massacre politique

Au final, le constat est sans équivoque : lorsque des meutes entières sont anéanties, que des jeunes animaux sont tués de manière systématique et que les chiffres de tirs sont présentés comme un succès, il ne s'agit pas d'une régulation proactive, mais d'un massacre politiquement voulu. Le loup devient l'exutoire de problèmes structurels non résolus de l'agriculture de montagne et la cible d'une politique de chasse qui bafoue les normes scientifiques et éthiques minimales.

Une approche réellement contemporaine des prédateurs devrait miser systématiquement sur des mesures non létales : protection maximale des jeunes animaux, promotion de structures de meute stables, investissements dans la protection des troupeaux, la conduite des pâturages et le conseil, limitation claire du pouvoir des chasseurs et transparence des décisions de tir. Tout le reste n'est pas de l'éthique, mais la légitimation de la violence envers les plus vulnérables.

Pour en savoir plus : Introduction à la critique de la chasse et Interdiction de la chasse en Suisse : possibilités, modèles et limites

Ce qui devrait changer

  • Protection immédiate des jeunes animaux : Une interdiction de tir pour les jeunes loups de moins de 12 mois en tant qu'exigence éthique et biologique minimale. La régulation de base, qui fait des jeunes animaux la cible privilégiée, doit être supprimée.
  • Une protection des troupeaux rigoureuse comme condition préalable aux autorisations de tir : Aucun tir sans preuve documentée que toutes les mesures de protection des troupeaux raisonnablement exigibles ont été mises en œuvre et évaluées sur au moins une saison d'estivage.
  • Un monitoring indépendant des loups : Les recensements des effectifs et les analyses de dommages doivent être réalisés par des institutions scientifiques indépendantes, sans participation d'associations de chasse ni de services cantonaux proches des milieux de la chasse.
  • Rétablir la conformité juridique avec la Convention de Berne : Les tirs préventifs de meutes entières doivent être supprimés de l'ordonnance révisée sur la chasse (OChP), indépendamment de l'issue de la procédure d'enquête en cours.
  • Transparence dans les décisions de tir : Chaque autorisation de tir doit être consultable publiquement, accompagnée de l'historique complet des dommages, de la documentation sur la protection des troupeaux et d'une justification scientifique.
  • Réforme structurelle de l'agriculture de montagne : La question de savoir quelles formes d'élevage sont compatibles avec les prédateurs dans les régions de montagne escarpées doit être posée politiquement, avec des paiements directs adaptés et des structures de conseil.
  • Interventions types : Textes types pour des interventions critiques envers la chasse et Lettre type : appel pour un changement en Suisse

Argumentaire

«Le loup menace la population de montagne.» Statistiquement, zéro attaque de loup sur des humains en Suisse. L'agriculture de montagne est confrontée à des défis structurels (disparition des exploitations, dépendance aux paiements directs, topographie) qu'aucun tir de loup ne résoudra. Qui fait du loup le responsable de problèmes structurels se trompe de bouc émissaire en politique.

« La régulation proactive évite les dommages avant qu’ils ne surviennent.» La Convention de Berne a établi en octobre 2024 que les tirs préventifs sans dommage concret, important et répété ne sont pas couverts par la convention et sont donc illégaux. La procédure d'enquête du Conseil de l'Europe, décidée à l'unanimité, en est la conséquence.

«La protection des troupeaux ne fonctionne pas dans les alpages escarpés.» La meute du Calanda prouve le contraire : 1’500 moutons, 37 attaques en cinq ans grâce à une protection des troupeaux conséquente. Ce n'est pas la protection des troupeaux qui échoue, mais sa mise en œuvre et son financement conséquents. En Valais, entre 0,8 et 1 million de francs ont été investis en 2025 dans des programmes de tir plutôt que dans le conseil en protection des troupeaux.

«L'UE a déclassé le statut de protection du loup, donc on peut maintenant chasser.» Le déclassement de «strictement protégé» à «protégé» ne change rien à l'obligation d'assurer un état de conservation favorable. Plus de 700 scientifiques ont qualifié ce déclassement de prématuré. Qui l'interprète comme un blanc-seing pour une chasse au loup généralisée se trompe sur le droit.

«Les tirs erronés sont des cas isolés regrettables.» En 2022, au moins trois loups ont été abattus par erreur : le loup dominant du Marchairuz, le mâle dominant de Moesola, un loup non autorisé en Valais. Lorsque les quotas de tir doivent être atteints sous la pression du temps et dans de mauvaises conditions de visibilité, les tirs erronés deviennent systémiques, pas aléatoires.

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Notre exigence

Le loup en Suisse n'est pas un problème de gestion. C'est une pierre de touche politique pour la question de savoir si un État de droit moderne est capable de faire valoir ses obligations de protection des espèces face aux intérêts des lobbys. Ce dossier rassemble les analyses, recherches et études de l'IG Wild beim Wild sur la politique suisse en matière de loup, car une société qui proclame la biodiversité et la protection animale comme des valeurs doit savoir ce qui se passe en son nom : des éliminations planifiées de meutes entières, des tirs systématiques de jeunes animaux et une politique de chasse qui ignore les normes juridiques internationales.

Si vous connaissez des indices, des documents ou des cas actuels qui mériteraient de figurer dans ce dossier, écrivez-nous. De bonnes informations sont le fondement de toute critique efficace.

Plus d'informations sur la chasse de loisir : dans notre Dossier sur la chasse nous rassemblons des vérifications de faits, des analyses et des reportages de fond.