Seuil pour le loup : le Conseil national approuve des tirs préventifs
Les associations de protection de la nature avertissent que des tirs basés sur des chiffres de population fixes pourraient disloquer les meutes et provoquer davantage d'attaques de bétail.
«En stock»
Le 23 septembre 2026, le Conseil national a adopté la motion 25.4464 du conseiller aux États du Centre Fabio Regazzi (TI) par 116 voix contre 73 et 6 abstentions. Le Conseil des États l'avait déjà approuvée lors de la session de printemps. Le Conseil fédéral doit désormais élaborer une base légale permettant d'autoriser le tir de loups dans une région dès que la population dépasse un seuil fixé conjointement avec les cantons.
Pro Natura, BirdLife Suisse, Groupe Loup Suisse et WWF Suisse critiquent cette décision dans un communiqué de presse commun en la qualifiant de contre-productive et inutile. Selon ces organisations, depuis le retour naturel du loup, il y a déjà eu plus de 220 interventions parlementaires concernant cette seule espèce animale, avec une cadence et une radicalité croissantes.
Ce que demande la motion 25.4464
Regazzi justifie sa démarche par la croissance de la population de loups et qualifie le système actuel d'autorisations de tir au cas par cas de trop lent, trop compliqué et inefficace. La motion 25.4464 déplace ainsi le critère de référence : on abandonne les dommages avérés ou les conflits concrets au profit d'un seuil maximal lié à la population. Il reste incertain dans quelle mesure le futur projet de loi conservera des critères liés aux conflits.
Les associations craignent qu'un lien avec des conflits menaçants ou avérés avec le bétail ne disparaisse. Elles qualifient ce modèle de « méthode de la tondeuse à gazon », qui s'oriente sur des chiffres de population fixés artificiellement. Une régulation ciblée des meutes dans les zones de conflit, tout en épargnant les loups discrets, ne pourrait ainsi plus avoir lieu.
Pourquoi les tirs dans des meutes discrètes créent des problèmes
L'objection centrale est d'ordre biologique : lorsque des loups sont tirés dans des meutes qui n'avaient jusqu'ici pas causé de dégâts sur les animaux de rente, ces unités familiales peuvent se disloquer. Des animaux isolés, dispersés et inexpérimentés recourent alors plus facilement aux animaux de rente faciles d'accès. Les tirs basés sur des chiffres d'effectifs pourraient donc engendrer davantage de conflits plutôt que moins. Les bases scientifiques à ce sujet sont réunies dans le vérification des faits concernant les effets de la chasse de loisir sur les animaux sauvages.
Que la pratique actuelle produise déjà des erreurs, c'est ce que montrent les tirs erronés de loups dominants dans le Jura, aux Grisons et en Valais.
Une régulation proactive existe déjà
La loi sur la chasse et la protection (JSG) révisée en 2022 permet déjà aujourd'hui une régulation proactive. Selon les associations, environ cent loups sont désormais abattus chaque année. Le WWF Suisse a de nouveau chiffré la part de la troisième période de régulation, de septembre 2025 à janvier 2026, à environ un tiers de la population de loups suisse.WWF Suisse a de nouveau chiffré la part de la troisième période de régulation, de septembre 2025 à janvier 2026, à environ un tiers de la population de loups suisse.
Parallèlement, l'exécution échoue souvent. David Gerke, directeur de Groupe Loup Suisse, a renvoyé, auprès de la SRF, au cas du Tessin, où vingt loups avaient été autorisés au tir, mais seulement cinq abattus. Un plafond rigide ne résout pas ce problème.
Selon les associations, les attaques sur les animaux de rente diminuent pour la quatrième année consécutive
Selon le communiqué de presse, le nombre d'attaques du loup sur les animaux de rente a de nouveau diminué en 2026, pour la quatrième fois consécutive, et la baisse s'est accentuée. Le canton des Grisons n'a enregistré que 30 attaques jusqu'à fin juillet, contre plus de 60 durant la même période l'année précédente. Les associations rappellent en outre que la Confédération a augmenté les moyens alloués à la protection des troupeaux et a réaffirmé en mai que celle-ci restait un pilier central de la gestion du loup.
La minorité minoritaire du PS et des Verts au sein de la commission préparatoire du Conseil national a également fait valoir qu'il fallait d'abord évaluer l'efficacité des instruments existants. Un soutien renforcé à l'économie alpestre serait plus efficace qu'un plafond.
Le Parlement n'attend pas sa propre analyse
Par le postulat de commission 25.3027, le Parlement lui-même a commandé une évaluation des modifications de la loi sur la chasse. Les résultats devraient être disponibles en 2027. Sans les attendre, une majorité a déjà décidé la prochaine révision de la loi. Selon les associations, les révisions incessantes déstabilisent tant les alpagistes que le service de la faune et compliquent la mise en œuvre du droit en vigueur par les cantons.
Et la suite
Le ministre de l'Environnement Albert Rösti a annoncé qu'il mettrait en œuvre la motion par une modification de la loi. Le projet passera ensuite à nouveau devant les deux chambres. Un référendum peut être lancé contre la révision de la loi sur la chasse, ce qui donnerait le dernier mot au peuple.
Complément : ce que disent les chiffres et ce qui reste ouvert
À l'échelle suisse également, les chiffres remettent en question la justification de la motion. Durant l'été alpestre 2026, selon SRF 183 animaux de rente ont été tués, contre 402 durant la même période l'année précédente. Dans le même temps, environ 350 loups vivent en Suisse au sein de plus de 40 meutes. David Gerke a déclaré à SRF que les tirs de régulation pouvaient soulager la situation localement, mais que la baisse à grande échelle était due à la protection des troupeaux. Même l'OFEV a écrit dans son rapport de mai 2026, qu'un ralentissement de la croissance de la population ne pourrait être confirmé avec certitude qu'après plusieurs autres périodes de régulation.
Il est important de distinguer effectif minimal et plafond. Les douze meutes actuellement en vigueur décrivent ce qui est nécessaire au minimum pour la survie du loup en Suisse. Elles ne constituent ni un effectif cible justifié écologiquement, ni un plafond politique. Si la valeur minimale devient de fait la valeur maximale, c'est précisément la méthode de la tondeuse à gazon contre laquelle les associations mettent en garde qui menace de s'imposer.
La motion elle-même ne fixe aucune valeur. Il reste à déterminer quel serait le seuil, s'il s'appliquerait à l'échelle nationale ou régionale, s'il compterait des meutes ou des animaux individuels, à quoi ressemblerait le suivi et quelles voies de recours resteraient possibles contre les décisions de tir. Un référendum aurait un précédent : en 2020, le corps électoral avait déjà rejeté une révision de la loi sur la chasse.
Commentaire : une politique fondée sur des chiffres plutôt que sur des dommages
La motion 25.4464 ne résout aucun problème que les données démontreraient. Les attaques diminuent, la protection des troupeaux fonctionne, la régulation existe déjà. Ce qui reste, c'est un signal politique en faveur d'une politique qui veut refouler le loup au-delà de simples limites de population. Un seuil transforme de fait un prédateur protégé en une espèce que l'on réduit selon un contingent, indépendamment du fait qu'un animal non humain donné ait jamais touché une seule brebis. Celui qui crée des faits accomplis avant même sa propre évaluation montre bien qu'il ne s'agit pas de preuves.
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La position de l'IG Wild beim Wild : L'IG Wild beim Wild rejette la chasse de loisir. Notre modèle est le canton de Genève, qui se passe de la chasse de loisir depuis 1974 : sans périodes de chasse, sans chiens de chasse, sans battues, sans miradors, sans la maltraitance animale et la criminalité qui font partie, ailleurs, de la saison de chasse. Ce qui fonctionne là-bas depuis plus de cinquante ans réfute tout prise de position de ChasseSuisse. Une association qui fonde sa politique sur des affirmations qu'elle réfute elle-même dans ses propres documents n'est pas un organisme spécialisé, mais une fabrique de désinformation.
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